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  • Rétrospective Albert LAUZERO

    Post de Pierre Raffanel « Au vent d’Autan » ©   Albert LAUZERO 172*202cm  (huile sur toile) 1974      Du 29 juin au 13 octobre 2024, sous la houlette de Michel Hue et à l’initiative de la fille du peintre, Pascale Lauzero, une rétrospective intitulée « Entre paysage et musique » a mis en lumière 70 tableaux  de 1933 aux années 2000 du peintre Albert LAUZERO à l’ église abbatiale de Flaran . Michel Hue, conservateur départemental du patrimoine et des musées du Gers nous explique lors du vernissage : « Dans le cadre de ses activités autour de l’Art contemporain depuis plus de 23 ans, la Conservation départementale du Patrimoine, des musées du Gers et de l’abbaye de Flaran  met en avant chaque été un(e) artiste qui incarne les tendances esthétiques de notre époque. » Pour cette exposition, certainement une des plus importantes rétrospectives de cet artiste, c’est également un retour aux sources ; Albert Lauzero (1909-2006) est en effet natif du Gers, plus exactement de Fleurance. L’ensemble architectural de Flaran est un témoin de l’histoire médiévale gersoise et un joyau de l’art cistercien. Depuis les années 80, il accueille un centre d’art qui abrite l’une des plus belles collections d’art au monde, constituée par le philanthrope anglo-saxon Michael Simonow, tombé amoureux de ce cadre remarquable. En quarante ans, il a constitué une collection de chefs-d’œuvre confiés à l’abbaye. Des peintures du XVIe au XXe siècle (Cézanne, Renoir, Matisse, Picasso, Monet, Braque, Tiepolo, Rubens, Courbet, Rodin …) qui se déploient aujourd’hui magnifiquement dans le dortoir des moines (XVIIIe)  qui a fait l’objet d’une importante rénovation en 2008 et 2009. Aujourd’hui, la collection Simonow forte de plus de 300 chefs-d’œuvre, unique en son genre dans le Gers et remarquable à l’échelon national, bénéfice d’un écrin à la mesure de son intérêt historique et esthétique. Certains surnomment l’abbaye de Flaran « le Petit Louvre de la Gascogne » et elle est  une étape majeure sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Des quatre itinéraires menant de France à Saint-Jacques de Compostelle, la via Podensis part du Puy. Elle traverse le massif d’Aubrac, s’arrête à Conques, Beaulieu, Moissac et passe par Flaran, autant d’étapes dans ce sud-ouest qui voyait se regrouper tous ces « marcheurs de Dieu » en quête de pénitence et d’absolution.   « Les grandes orgues » © Albert LAUZERO  147*116cm (huile sur toile) 1972 LAUZERO, une musicalité lumineuse En mars 1974, dans la revue Arts PTT n° 67, Robert Vrinat écrivait : « Notre ami Lauzero et fidèle exposant du Salon des PTT a présenté cet automne un important ensemble de ses œuvres récentes dans les belles et vastes salles de la galerie Durand-Ruel. » Albert Lauzero arrive à Paris en 1927, il a dix-huit ans, dès son arrivée la" lumière" de l'Île de France l'émerveille. Il fait son service militaire à Montpellier et prend conscience de sa vocation d’artiste. Il revient à Paris, tombe malade en 1933, se soignera pendant 5 ans, cessant même de peindre et dessiner. Il reprend sa carrière artistique en 1938, à l’Académie de la Grande Chaumière, sous le professorat d’Othon Friesz,  d’Yves Brayer et en tant que graveur dans l’atelier de Paul Bornet. Il est également postier : inspecteur à Montmorency dans l’Oise : à quelle période ? En 1947, sa première exposition particulière Galerie Carmine. Remarqué, il participe au Salon d’Automne, il vit désormais de sa peinture, il multiplie les expositions personnelles ou de groupe et  bénéficie de commandes de l’État jusque dans les années 70. Inspiré par les paysages, les bords de Seine et les villages d’Ile-De-France, il se forge très vite un style personnel au sein de l’École de Pontoise (1950) dont il est un des fondateurs avec René Blanc et Charles Pollaci. Il expose abondamment en France et à l’étranger et voyage tout autant. En 1957, il se tourne vers des expérimentations artistiques en atelier, naviguant entre le figuratif et l’abstrait, découvre la baie de Somme et inscrit désormais le thème de la musique dans ses toiles. Il est également membre de la Société Artistique PTT dès juin 1957 grâce au secrétaire général de la Fédération,  Gaston Penavayre et à l’entremise de Georges Massié, directeur adjoint des Beaux-arts de la ville de Paris. Dans les années 1970, il retrouve la lumière gasconne et se consacre à une production dense et marquante, affinant son style. En 1983, il devient un des membres fondateurs du groupe « 109 », groupe d’artistes professionnels qui expose en Biennale au Grand Palais. En 1987, Montmorency lui rend un important hommage dans le cadre de son salon et organisera une rétrospective en 2005.   « Lever de soleil sur les vignes » © Albert LAUZERO  82*101cm (huile sur toile) 1972 Quand Albert Lauzero est en région parisienne, il est attiré par les molles boucles de la seine, les toits en bâtière des clochers tapis d’Île de France, les coteaux de Montmorency, les falaises du pays cauchois : « Partant d’une palette réduite, il sait par un mûr et patient travail de la brosse faire vibrer des gris et des bleus, d’une multiple et rare distinction, dans des ciels souvent immenses, et sur un dessin nerveux, que rongent de légères épaisseurs de matière, donner du corps à tous les éléments solides, évoquant plus que représentés, avec une infinité d’ocre en des bruns chauds, quelques rouges, quelques émeraudes et de grands blancs crayeux savamment modelés. » Mais il conservera tout au long de sa vie un attachement particulier à sa terre gasconne, à la lumière de son Gers natal où il effectue des séjours réguliers. Ses œuvres sont souvent musicales. Une vibration, une émotion envoûtante, une vision poétique se dégagent de ces toiles où l’on ressent également une volonté affirmée, une nature discrète et délicate. Un dépouillement de construction qui le conduit aux limites de l’abstrait. Sa tendance à structurer les surfaces en formes géométriques, en prismes de lumière, en verticales qui s’élèvent, évoque une certaine spiritualité. Présentation de la rétrospective Albert Lauzero par Michel Hue et en présence de Pascale Lauzero lors du vernissage ©2024 Photo Pierre Raffanel   Cette visite de l'exposition est guidée par Pascale Lauzero, fille du peintre, qui nous plonge dans la vie intime de son père, révèle les conditions de réalisation des oeuvres majeures exposées, et explique l'évolution de sa peinture. © Studio Papy Nota bene : Fondée en 1151, l’abbaye de Flaran est une abbaye cistercienne située à Valence-sur-Baïse. C'est le monument le plus visité du Gers.

  • Fresque d'HOPARE à Argenteuil

    ©HOPARE - La barque des rêves partagés ©2024 Photo Nicolas Giquel Fresque d'Hopare classée 13e du concours mondial Best of 2024 - Street art Cities Post de Pierre Raffanel Dans le cadre de l’anniversaire des 150 ans de l’impressionnisme initié par le Musée d’Orsay, la ville d’Argenteuil, berceau de l’impressionnisme et le bailleur social Toit et Joie – Poste Habitat a diffusé un appel à projets pour la réalisation d’une œuvre d’art urbain sur le pignon monumental de 317 m2 de la résidence du 98 avenue Maurice Utrillo dans le quartier Val-d’Argent-Sud d’Argenteuil. La ville d’Argenteuil réaffirme ainsi l'importance de la culture pour favoriser la cohésion sociale et l’attractivité du territoire en se donnant comme priorité le développement de l'art sur son territoire. La réalisation de fresques murales constitue ainsi « un Musée à ciel ouvert » en offrant des œuvres accessibles à tous grâce à l’investissement artistique qualitatif de l’espace urbain : plus de 20 fresques de street art, de tailles et d’esthétiques diverses, d’artistes tels que Zloty ( Gérard Zlotykamien) , C215 (Christian Guémy - voir Post’Art n°5), Kan, Hydrane Lo, Sébastien Preschoux, Dark, Jérome Mesnager, Bonus, Corey Pane, Nexer, Seb Toussaint, Hugues de Vendôme, Ecraz, Bears, Junky, Vinnie Graffiti, Edouard Pignon, Blo, collectif Onoff, Hafiz Pakzad, Le Mec Blasé, Michael Barek, Théo Haggai, Wryaeyes, Xare … « Work  in progress » de la  fresque  sur le pignon du 98 avenue Maurice Utrillo (Toit et Joie – Poste Habitat) à Argenteuil ©2024 Photo Nicolas GIQUEL Le groupe Poste Habitat a fait le choix depuis plusieurs années de faire entrer la culture au cœur de son organisation et de son action quotidienne pour développer avec ses locataires des projets artistiques en pied d’immeuble (voir article Post’Art n°227). Cette fresque à l’esprit impressionniste s’inscrit dans le cadre de la charte « 1 immeuble, 1 œuvre ». Cette oeuvre a été conçue en étroite concertation avec les habitants, qui ont partagé leurs récits et leurs rêves lors de rencontres avec l’artiste. Grâce à ce processus participatif, cette création s'imprègne de l’esprit du quartier et des envies des habitants. La barque symbolise l’entraide et la cohésion et la représentation des habitants du quartier Val d'Argent Sud rende cette fresque à la fois personnelle et collective. R eprésentant notre fédération La Société Artistique et le Groupe La Poste, j’ai eu le privilège d’être un des membres du jury de comité de sélection. Plus d’une soixantaine d’artistes  et de collectifs d’artistes ont postulé et c’est l’artiste  Alexandre Monteiro, alias   Hopare, figure de l’art urbain de renommée internationale, qui a été choisi. Plusieurs étapes ont jalonné ce projet participatif en coordination partagée avec Warren et Elliot Buisson d’Urban Signature qui ont contribué à la médiation. Début juillet, plusieurs rencontres ont été organisées en présence de l’artiste et des habitants et des enfants du quartier pour recueillir leurs « impressions » suite à un questionnaire qui leur avait été proposé. Ces différents échanges ont fait émerger des symboles forts, des idées qui représentent véritablement l’esprit du quartier et de son histoire : le savoir-vivre ensemble, Claude Monet et la culture maraîchère. Puis l’artiste a proposé deux maquettes qui ont été soumis aux votes des riverains. Réunion d’échanges avec les habitants du quartier Val d’Argent d’Argenteuil avec HOPARE  et Warren Buisson d’ Urban Signature   ©2024 photo Pierre Raffanel Hopare nous confie dans l’interview de Michael Tixador pour la ville d’Argenteuil : « J’ai repris la barque et les berges de Monet, qui est un tableau classique de lui, les coquelicots. Ensuite j’ai positionné des personnes du quartier qui étaient en arc de cercle avec un enfant central. Et du coup je pense qu’on a réussi tous ensemble à regrouper toutes les idées que l’on avait eues dans cette fresque, qui est assez colorée. On a repris pour le cadre le bleu de Sèvres, justement en référence au logo de la ville d’Argenteuil. Et le fait que les gens soient dedans avec moi sur la fresque, ça me permettait de moi raconter une histoire, mais eux aussi allaient pouvoir raconter leur histoire. Et je pense aujourd’hui qu’ils sont fiers parce qu’ils peuvent dire « ça c’est mon idée » « là c’est moi qui est représenté ». Je trouve que c’est intéressant quand on vient de réaliser une fresque dans des quartiers populaires comme celui-ci, d’avoir des vraies interactions avec les gens. Parce que du coup, c’est eux qui vont vivre tous les jours avec ; l’intérêt c’est qu’ils soient fiers de leur fresque. Le graffiti ou l’art urbain, on l’appelle comme on a envie ou le street art, ça reste un art populaire et ça doit rester un art qui doit rester accessible à tous. » Inauguration  le 14 septembre 2024 de la fresque avec Hopare, Georges Mothron ( maire  d’Argenteuil) , Chantal Juglard (adjointe à la culture et au patrimoine) et Melody Tonolli ( directrice de la communication de Poste Habitat-Toit et Joie et adjointe à la mairie de Paris) ©2024 photo Pierre Raffanel Contraction de "Hope", signifiant "espoir" et "art", Hopare a la conviction que la création et l'art peuvent encore changer le monde .  Il réalise ainsi sa plus grande fresque pérenne en France. Le 16 mai 2024, formidable coup de projecteur pour cet artiste, une de ses toiles « O Re » (le « roi » en portugais)  représentant Pelé, légende du football a été acquise par Kylian Mbappe pour une somme très « rondelette » dans le cadre d’une vente de charité organisée par Artcurial au profit de « PSG For Communities » et de « Naked Heart France » ! Hopare est reconnu pour ses visages aux lignes entrelacées, peint des fresques murales gigantesques dans le monde entier : Los Angeles, Hong Kong, Paris, Tahiti...en partenariat avec l’ONU, l’Alliance française… Si  l’envie vous prend de passer par Argenteuil,  surtout venez voguer sur la « Barque des rêves partagés ». Alexandre Monteiro HOPARE signant « en bleu de Sèvres » sa fresque ©2024 Photo Nicolas GIQUEL   #Hopare #Mbappe #Streetart

  • Christophe LEGUIADER in situ

    Atelier de Christophe Leguiader © DR Photo Post et interview de Pierre Raffanel - Revue Post'Art #228 Pierre Raffanel : Quand as-tu commencé à peindre ? Christophe Leguiader : Jeune, je dessinais à Falaise dans le Calvados. Mes premières influences artistiques furent celles d’ André Dangoisse ,   mon grand-père photographe, autodidacte, passionné et émérite. Ses centaines de clichés d’après 1945 au cœur du Pays de Falaise lui vaudront même le surnom du « Doisneau du Bocage ». Quelques années après la mort prématurée à 54 ans de mon grand-père, l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie fera son éloge; s’ensuivra la numérisation par les Musées de Normandie d’une grande partie de ses tirages photographiques. « Je décide à ce moment-là que d’une manière ou d’une autre, je ferais de l’art, même collectionneur… mais encore plus important était mon attrait pour les arts circassiens : je voulais être clown ». À douze ans, le décès de ma grand-mère m’affecte énormément, je tombe malade. Le médecin de famille venu à mon chevet découvre avec étonnement ma chambre entièrement décorée d’affiches de cirque et me met en contact avec notre pharmacien, ami des Fratellini. Je rencontre un des membres de leur famille et je m’inscris à l’école du cirque située à la halle aux cuirs de la Villette à Pari s . Tous les mercredis et samedis, pendant 2 ans, j’ai suivi des cours avec Annie Fratellini.   PR : Cet apprentissage a-t-il eu un impact pour la suite de ton parcours d’artiste ? CL : Primordial car ces cours m’ont appris la discipline. « En matière artistique, on peut faire ce que l’on veut, mais il faut d’abord beaucoup travailler». Essentiel, car mon apprentissage au sein de la famille du cirque m’a transmis le respect du public. « Sans le public, l’artiste n’existe pas ! ».   PR : Et après ? CL : Je faisais de l’écriture, j’écrivais des poèmes sans trop savoir ce que j’allais faire…J’ai alors commencé un CAP de pâtissier à Paris, puis suis revenu à Falaise pour passer mon baccalauréat en 1981. Parallèlement je peignais, je réalisais des collages façon Prévert, à la manière surréaliste, comme un amusement. Ensuite, pour remonter à Paris, je passe un concours des PTT pour avoir un emploi alimentaire mais je suis nommé à Évreux en 1983 ! Du coup Je décide de reprendre des études de littérature à l'université de Rouen où je vais faire la rencontre de la médiéviste Françoise Ferrand. Parallèlement je participe à une exposition caritative à la Maison des Arts où je présente des dessins appréciés par les visiteurs. Cette expérience m’amène à la conclusion qu’à cette époque-là, il était plus facile pour un artiste peintre d’exposer, que pour un écrivain de se faire éditer ou pour un musicien de trouver une salle de concert…   PR : Quel style de dessins as-tu exposé lors de cette exposition ? CL : C’était ma première période créative : des dessins lavés. Une technique assez simple : « Si je ratais un dessin, je le passais sous la douche. Sur le papier, apparaissait alors quelque chose de nouveau ! ». En même temps, je continue mon travail d’écriture à la faculté, et ma professeur et médiéviste Françoise Ferrand m'invite à effectuer une étude comparative entre les Grands Chants courtois des trouvères et l'architecture des cathédrales gothiques.   De fil d'or et d'argent - Christophe Leguiader ( brou de noix, liant acrylique, collage, encre, feuilles d'or et d'argent) © DR Photo   PR : Pourquoi, pour qui étaient créées ces chansons d’amour au XIIe siècle ? CL : C’était un art au service des puissants, Princes, Rois ou au service de l’Église. Jusqu’au XIIe siècle, tout se déroulait dans les campagnes, puis les villes ont commencé à prendre de l’importance. Création des premières communes où les artistes de l’époque étaient des moines qui, par la suite sont devenus des clercs. Ces premiers chants courtois deviendront « prétextes » à faire émerger un art profane. Notre-Dame, référence à la Vierge Marie, vocable profondément inscrit dans la tradition de l’Église aura par la suite un second vocable : Notre-Dame de Beauté, patronne de tous les artistes…   PR : Les artistes de cette époque ne travaillaient que sur commande ? CL : Effectivement, à cette époque, les artistes sont des artisans – peintres, musiciens – qui réalisent leurs œuvres uniquement sur commande. « C’est une notion très importante pour moi, l’art est avant tout un métier ; l’art est utile. »   PR : Justement j’aborde ce thème dans l’édito de ce 228e Post’Art, peux-tu m’en dire plus ? CL : Sans conteste, « l’art est utile » fût  mon postulat de base dès mes premières réalisations. Une autre réflexion me taraudait : « Pourquoi quand on rentre dans une église romane cistercienne où il n’y a rien, se dégage une impression de beauté. »  Comme cet ouvrage de Pierre Guyotat où il n’y a rien. Je considère que la littérature est primordiale dans mon processus de création.     PR : C’est pour cela que ton atelier est rempli de bouquins ? CL : Mon atelier est d’abord une bibliothèque et je trouve fondamentale la pensée cistercienne de Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux : « Je le dis pour les simples, qui ne savent pas distinguer la couleur de la forme : la forme est essentielle à l'être ». Mais la musique est également importante pour moi. J’ai d’ailleurs appris la trompette lors de mon apprentissage en école du cirque.   PR : Y-a-t-il eu des moments charnières ? Y-a-t-il eu une évolution dans ton cheminement artistique ? CL : En 1986, j’ai arrêté d’exposer. Je ne trouvais plus de sens, des questionnements sans réponse m’ont poussé à cette pause... Puis les aléas de la vie m’ont amené à Lille en 1991, progressivement je recommence à envisager un cheminement artistique et en 1995 je recommence à exposer : une série à base de brou de noix avec pour la première fois, la capacité à présenter un ensemble cohérent et homogène. Ce fût un succès d’estime, les encouragements de peintres lillois notoires et cela m’a permis de faire une rencontre, certainement, la plus importante de ma vie avec Suzy Maes. Elle possédait deux espaces à Bruxelles : une galerie spécialisée dans le meuble-sculpture et une autre dédiée à la location. Puis elle n’a conservé qu’une seule galerie - avenue Brugmann dans le quartier résidentiel des Sablons -  avec quelques artistes dont je faisais partie, avec entre autres Speedy Graphito. Elle me prodiguait moultes conseils avisés, sans être directive et m’encourageait avec bienveillance vers une exigence de qualité. Pendant 15 ans, ce ne furent qu’expériences gratifiantes, constructives et productives. Sans titre (papier) - Christophe Leguiader   ( brou de noix, liant acrylique, collage, encre) © DR Photo   PR : Et ta rencontre avec notre association La Société Artistique ? CL : En 2002 lors d’une rencontre pendant un salon du peintre Julien Le Strugeon qui était membre adhérent de la Société Artistique depuis les années 50. À l’époque, il n’y avait déjà plus d’atelier : un problème électrique du four avait provoqué un incendie dans le local prêté par France Télécom. Avec un petit groupe d’artistes postiers, nous avons organisé un salon à Wattrelos où Julien prodiguait des cours. Puis en 2011, nous avons organisé en synergie avec la fédération, le Salon libre national à la salle des Célestines, une très belle cave voutée à Lille. Nous participions également aux salons nationaux organisés par la fédération jusqu’en 2013, cela nous permettait d’exposer à Paris avec un droit d’accrochage très peu onéreux. Notre Cercle Amical de Lille a été content de voir que, depuis ton arrivée à la fédération, cet événement fondateur et historique de la Société Artistique ait repris à partir de 2021.   PR : Est-ce que le questionnement que tes œuvres provoquent d’emblée sur nous, regardeurs, est un choix, une volonté délibérée de ta part ? CL : C’est un peu délicat de répondre à cette interrogation… Les visiteurs sont souvent ébahis, mais surtout interloqués par les aspects techniques de mes œuvres : ce fameux vernis qui ressemble à de la laque, la petite pièce très brillante et quant à mes réalisations sur papier, c’est l’aspect « brûlé » qui les interpelle.   PR : Justement, peux-tu m’expliquer tes techniques ? CL : Dans mon atelier de taille modeste, il me faut de l’eau, les dernières feuilles de rouleaux de sopalin. Au début j’utilisais l’encre de chine, maintenant le brou de noix à l’instar du peintre Pierre Soulages : c’est un matériau organique, végétal que je trouve chaleureux. Souvent la construction de ma toile se fait au brou de noix avec des traits linéaires, sans courbe ; m’inspirant de l’architecture des cathédrales. Ces traits rectilignes prédéterminent un espace bien défini. Charles Baudelaire ne nous dit-il pas : « Je déteste les courbes qui détruisent les lignes » « Je hais le mouvement qui déplace les lignes ».   PR : Pourquoi les dernières feuilles de sopalin ? CL : C’est un aspect purement technique qui me permet, grâce à un lavement doux « d’écraser mon premier dessin » et qui est la deuxième phase dans mes réalisations. Ensuite je reconstruis tout un univers qui parle aux gens.   PR : Et l’élément brillant souvent que l’on peut observer sur la majorité de tes toiles ? CL : C’est primordial. Souvent on me dit que » je peins des portes » . Effectivement cet élément s’apparente à un trou de serrure, une invitation pour les regardeurs, une incitation à la fascination. J’aime aussi qualifier mes toiles de « tableaux de porte ». Je conseille souvent de les exposer dans un couloir, un endroit de passage afin que la toile ne soit pas regardée de face, mais en passant pour garder une vision. Mais également pour donner une utilité à la toile, celles de rendre ton trajet agréable et de participer à la vie.   Sans titre (papier)  - Christophe Leguiader ( brou de noix, liant acrylique, collage, encre) © DR Photo                                                                                      PR : Crois-tu à l’inspiration, à ce souffle créateur qui anime l’artiste ?   CL : Pas du tout. Il peut y avoir des choses qui marquent, de légères et courtes fulgurances mais je crois surtout à la valeur travail. En revanche, il est très important d’avoir une mise en condition, une sorte de concentration qui peut durer quelques dizaines de minutes, plusieurs heures ou plus si besoin.   PR : Te considères-tu comme un autodidacte ?   CL  : Je n’ai pas pris de cours de peinture au sens littéral du terme. L’essentiel je l’ai appris par des cours en école du cirque : être rigoureux, travailler, s’entraîner. Cela vaut pour tous les arts, le reste n’est que de la technique qui s’apprend…Ce que j’ai toujours recherché et que je trouve formateur, c’est la rencontre avec d’autres artistes, aller à des expositions, passer du temps dans les musées. Lorsque j’étais à Évreux, j’ai eu la chance d’assister chaque mois à des expositions-conférences avec des artistes tels que Hans Hartung et à Lille, j’échange régulièrement avec le groupe des artistes de Roubaix.   PR : Le point de départ de tes créations semblent être de la poésie, un écrit ? CL : Oui à 90%. Exemple de ma dernière exposition personnelle ayant pour motif les fleurs où j’ai pris le poème  d' Arthur Rimbaud  adressé à  Théodore de Banville  «  Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs »  et celui de Louis Aragon « La Rose et le Réséda ».  Le point de départ de mes créations peut parfois être un objet. D’ailleurs, pour mon prochain tableau grand format, je vais me servir du papier de soie qui enveloppe habituellement les mandarines.   J’ai  également une réalisation en cours d’élaboration dont l’inspiration va émaner du manteau de Roger II de Sicile de couleur rouge qui se trouve à Vienne.   PR : Quel rôle joue la peinture actuellement ? L’artiste a-t-il une influence sur le monde qui l’entoure  ? CL :  L’artiste n’existe que s’il y a quelqu’un qui le regarde. L’artiste ne peut pas exister tout seul. L’art est la conjonction de 3 choses : un créateur, un spectateur et une œuvre. La magie réside dans ce principe-là. L’art est un discours, un dialogue…   PR : As-tu déjà collaboré avec d’autres artistes ? CL : Oui en 2002. J’ai vécu une expérience très forte, intense mais difficile également, avec deux jeunes artistes Olivier Radonic et Joel Fouquet. L’idée était de créer des œuvres en groupe, signées par le groupe Appart  et non par l’artiste individuellement. Nous avons exposé pendant deux ans.   PR : Et l’importance de Mozart ? CL : J’écoute plutôt Bach . En revanche,   Mozart est   pour moi le premier artiste libre, le premier artiste indépendant, le premier artiste freelance…   PR : As-tu des projets ? CL : Personnellement, des participations à des expositions collectives. Actuellement je m’investis énormément dans mon rôle de Président de l’association Reliances d’Artistes  avec laquelle j’organise différentes manifestations de peinture dans la chapelle d’Hem - véritable chef-d’œuvre de l’art sacré (tapisserie de Georges Rouault, sculptures d’Eugène Dodeigne, immense mur-vitrail   d’Alfred Manessier) - pour les Journées du Patrimoine, les ouvertures d’ateliers d’artistes. Nous collaborons également avec le festival  Mos’Art d’Hem dédié aux mosaïques contemporaines. Sans titre - Christophe Leguiader - Couverture de la revue Post'Art #228 ( brou de noix, liant acrylique, collage, encre) Extrait de la revue Post'Art #228 - décembre 2024

  • Street For Kids 9 édition

    Street For Kids - Musée en Herbe & ICART À l’occasion de cette 9ème édition de la vente aux enchères  STREET FOR KIDS , nous avons particulièrement été heureux de rencontrer lors d’une soirée privée de nombreux artistes à l'hôtel Mona Bismarck au 34 avenue de New York dans le 16e arrondissement, un lieu magique en plein cœur de Paris. L’artiste CHANOIR a réalisé une performance en direct et dédicaces. Dédicace et performance Chanoir - STREET FOR KIDS - Musée en Herbe & ICART L’artiste NASTY a réalisé un print au profit du Musée en herbe et dédicaces. Dédicace Nasty - STREET FOR KIDS - Musée en Herbe & ICART Dans le cadre de leur projet de fin d'année, les étudiants du MBA Spécialisé Marché International de l’Art de l' ’ ICART   ont organisé cette 9ème édition de la vente aux enchères caritative d’art urbain et contemporain, au profit du Musée en Herbe et ce, dans les locaux de l’ École Bilingue Chardin .   Plus d'une centaine d'œuvres majeures d'art urbain étaient exposées, un « line-up » exceptionnel d’artistes : AKTE ONE - ALBEN - ALBER - ALBERTO RUCE - ALEXÖNE - AMSTED - ANNABELLE TATTU - ARDIF - ARDPG - BANKSY- BASTO - BAULT - BLO - BOM.K - CHANOIR - CLEON PETERSON - CLET - CODEX URBANUS - CORBZE - CREN - CREY132 - DA CRUZ - DACO - DAN WITZ - YSEULT YZ DIGAN - DARK - DOK - DRAN - ELPHEGE - ENSEMBLE RÉEL - EPSYLON - ËRELL - ERIC LACAN - EVAZÉSIR - EVOL - FENX - FRANCK NOTO - FUTURA 2000 - GREGOS - GRIS ONE - GUY DENNING - ICY & SOT -IN THE WOUP - INVADER - JANA & JS - JEAN FAUCHEUR - JEF AÉROSOL - JÉRÉMY VATUTIN - JÉRÔME G. DEMUTH - JÉRÔME MESNAGER & PZK - JÉROME THOMAS - JM ROBERT - JO LITTLE - JOACHIM ROMAIN - JONONE - JORDANE SAGET - KATRE - KOUKA - KRAKEN - LADY M - LA ROUILLE - L’ATLAS - LE CYKLOP - LEK - LEVALET - LUDO - MADAME - MAHN KLOIX - MARK ZWIRNER - MARKO93 - MAXIME DROUET -  M.CHAT   - MIGUEL CHEVALIER - MISS.TIC - MONSTA - MOSKO - NASTY - NATHANAËL KOFFI - NOTY AROZ - OAKOAK - OLIVIA DE BONA - ONEMIZER - PETITE POISSONE - PHILIPPE HÉRARD - PURE EVIL - QUIK - RERO & ELSA DUAULT - ROUGE HARTLEY - SETH - SHEPARD FAIREY - STEW - SUN7 - TANC - THÉO LOPEZ - THIRSTY BSTRD - TILT - TIM ZDEY - VICTOR VASARELY - VINCENT BARGIS - WXYZ -YAZE - ZEKO

  • David DECOBERT, le pastel à l'honneur

    Le pastelliste - David DECOBERT (pastel) À la rencontre de David DECOBERT, artiste pastelliste talentueux et facteur, postier à Roissy-en– Brie en banlieue parisienne. Interview de Pierre Raffanel pour la revue POST’ART # 229 - juin 2025 Pierre Raffanel : « Il était une fois… Un Roi ! s'écrieront aussitôt mes petits lecteurs. Non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois un morceau de bois. » …ainsi commence l'interview. Ces mots sont en préambule de l’histoire de Pinocchio, ce personnage de fiction du livre éponyme du journaliste et écrivain italien Carlo Collodi. Peux-tu m’expliquer la récurrence de Pinocchio dans tes oeuvres ? Est-ce un choix délibéré ? David Decobert : Pas vraiment. C’est une marionnette que m’a offerte mon père quand j’étais enfant, dans ma dixième année. Je ne jouais pas spécialement avec et « à la limite, elle me faisait presque peur ! » Puis j’ai commencé à dessiner, je cherchais un sujet et naturellement elle m’a servi de modèle une première fois...ensuite, elle est devenue une source inépuisable d’inspiration. Au fil du temps et au gré de mes envies, Pinocchio revient régulièrement. PR : Tes débuts d’artiste, très jeune apparemment ? DD : J’ai toujours dessiné. Mais tu ne me poses pas la bonne question. La bonne question c’est : « Vous, c’est quand que vous vous êtes arrêté ! ». En fait, tous les enfants dessinent, certains ne s’arrêtent jamais. Avec plus ou moins d’assiduité, j’ai toujours été attiré par l’artistique et la chose créative. PR : Et le déclic de ta passion du pastel ? DD : A la fin des années 90. J’étais facteur et sur ma tournée il y avait un pastelliste de métier, Chris. Il faisait partie de la Société des Pastellistes de France qui avait organisé cette année-là une exposition à la Grande Halle de Roissy-en-Brie. J’ai été impressionné par cette technique, j’ai acheté ma première boîte de pastels et j’ai commencé, seul, mon apprentissage. PR : Tes premiers tableaux ont-ils été réalisés avec minutie dès le début ? DD : Oui car je suis minutieux de nature, exigeant et perfectionniste. J’ai toujours fait des oeuvres très précises, je me suis juste amélioré au fur et à mesure de ma pratique. Je me suis également documenté et j’ai pas mal fréquenté les musées. PR : En parallèle de ton métier de postier ? DD : Exactement, facteur. Enfin pour quelques mois encore, car je suis en temps partiel aménagé sénior (TPAS en « sigle postal ») et mon activité de distribution va s’arrêter complètement fin août. Je serai en préretraite et je pourrai me consacrer pleinement à mon activité artistique. J’ai eu un bac de comptabilité gestion. J’ai pratiqué deux semaines ! J’ai passé en 1990 le concours de facteur à La Poste et celui de contrôleur auquel j’ai eu une note éliminatoire. Avec du recul, je m’en réjouis maintenant car je n’aurais pas aimé l’évolution de ce métier. En étant facteur, j’ai pu, jusqu’à récemment, avoir une activité épanouissante. Au fil des années, les tournées sont devenues de plus en plus longues à cause de la baisse du trafic courrier, et ces derniers mois, l’arrêt du tri le matin et le passage en méridienne ont rendu ce métier plus difficile à mon goût. PR : As-tu toujours eu ta tournée de facteur sur la commune de Roissy-en-Brie ? DD : Quasiment. J’ai été nommé à Noisy-le Grand en Seine-Saint-Denis. Au début, j’étais remplaçant sur les tournées à découvert, puis j’ai été titulaire d’une même tournée. Puis après mes 2 ans d’affectation, j’ai demandé une mutation à Roissy-en-Brie. Double goutte pour double pente - David DECOBERT (pastel) PR : As-tu « acheté » un quartier et peux-tu m’expliquer comment cela s’est déroulé ? DD : A l’époque, deux fois par an, il y avait une « vente de quartiers ». Des quartiers se libéraient suite à des départs en retraites, des mutations…et à l’ancienneté, on postulait pour l’acheter. « Acheter » était le terme consacré car il n’y avait pas de réelle monétisation, juste un peu d’excitation provoquée par le souhait d’avoir la tournée désirée. PR : Ton temps passé à peindre a-t-il évolué avec le temps ? DD : Oui dès le moment où j’ai commencé à faire des salons dédiés au pastel en plus des expositions locales, encouragé par une amie pastelliste Nathalie Murat. Mon premier salon fut celui de Giverny en 2015, qui depuis a déménagé à Berric dans le Morbihan. Par la suite, j’ai été sollicité par différents organisateurs. PR : Tu utilises des pastels secs, peux-tu m’expliquer ta manière de les usiter ? DD : J’ai une particularité : je taille mes bâtons de pastel en pointe ou du moins de façon à avoir une arête tranchante pour obtenir une netteté dans mon trait. Ensuite je récupère la poudre que j’ai taillée, je la broie, je la passe au tamis, je remets un peu d’eau, je la roule et ainsi je reconstitue des bâtonnets plus fins de pastel. PR : Tu rajoutes un peu de fixatif ? DD : Légèrement à la fin de mes réalisations pour stabiliser la poudre. PR : As-tu des formats de prédilection pour tes tableaux ? DD : Plus c’est petit, plus je suis à l’aise. Mais depuis quelque temps je fais des formats plus grands : des 70x70cm. J’utilise une loupe pour les réaliser. PR : Ton inspiration porte sur deux thèmes génériques : des natures mortes que tu nommes « les vies silencieuses » et des tableaux avec Pinocchio comme personnage récurrent ? DD : Oui je préfère le terme anglo-saxon Still life au terme nature morte. Le périlleux temps des cerises - David DECOBERT (pastel) PR : Peux-tu m’expliquer la récurrence de tes références dans tes oeuvres : le tableau dans le tableau, la coccinelle, des bouts de scotch, des bougies, une goutte d’eau, des volutes de fumée, des déchirures … ? DD : Oui ce sont des références à des vanités qui sont des allusions au temps qui passe. La bougie, les déchirures sur le papier sont des memento mori (en latin : « souviens-toi que tu vas mourir »). Ils représentent différents éléments symboliques dont l'association évoque le caractère éphémère de la vie et la fragilité des choses matérielles. Le scotch, le tableau dans le tableau sont des clins d’oeil à la peinture trompe-l’ oeil. PR : Je trouve que tes œuvres que tu qualifies de « minimalistes poétiques » ont la qualité d’être immédiatement identifiables ? DD : Ce titre a été trouvé par la journaliste Stéphanie Portal qui a eu la gentillesse de m’autoriser à le réemployer pour mon site internet. Je vais effectivement à l’essentiel : palette de couleurs assez réduite, utilisation d’objets « simples » du quotidien (verres ordinaires, tasses), peu d’éléments exposés et épure de la mise en scène. PR : Le choix des titres de tes réalisations sont-ils poétiques, emprunts de dérision, d’humour, d’ironie et veux-tu nous transmettre des messages ? DD : Ma réponse va être décevante. Je peins plutôt au gré de ma perception du moment présent, de mes envies sans rechercher vraiment un sens, un message. Ce sont les visiteurs qui me confient que mes tableaux leur racontent des histoires, se les approprient et me livrent des interprétations que je n’aurais même pas soupçonnées ou peut-être inconsciemment. Bien souvent, le point de départ de mes créations est une envie d’utiliser une couleur, une harmonie ou une association de couleurs. PR : As-tu une organisation millimétrée de travail ? DD : Au départ c’est une envie qui va guider une idée, une couleur. Puis une fois le tableau commencé, tout est sous contrôle dans la mise en place. En revanche le temps passé n’a pas d’importance, je ne compte pas les heures, à contre-courant de notre société qui veut « que tout soit fini avant de commencer », je prends le temps qu’il faut pour mes réalisations. Ce sont certainement mes Pinocchio qui sont le plus exigeant en temporalité car plus de détails dans le personnage. PR : Ton tableau « Mon Girault 58 » est-il une référence à la marque ? DD : Oui et 58 une référence à la couleur bistre que j’utilise fréquemment. C’est un tableau qui leur était destiné et qui est d’ailleurs exposé dans leur boutique galerie à Montignac-Lascaux. Leurs pastels et ceux de la marque Rembrandt conviennent à ma pratique. Pinocchiaravaggio - David DECOBERT (pastel) PR : Comment es-tu devenu membre de la Société des Pastellistes de France ? DD : Lors d’une rencontre dans un salon de pastels. PR : La notion d’amateur dans ta pratique artistique, comment la définirais-tu ? DD : C’est une question que je ne me pose pas mais j’aurais envie de te répondre : « Je suis un peintre du dimanche qui peint tous les jours ». Peindre et m’exprimer par la créativité sont des besoins vitaux. Être artiste est plus important que la notion d’amateur ou professionnel. J’ai eu quelquefois la sensation durant ma carrière d’avoir une double vie. Mon travail « alimentaire » m’a permis une liberté dans l’expression de ma pratique artistique. PR : Souhaites-tu te poser une question ? DD : Je ne suis pas trop dans les mots. Mes tableaux en disent déjà beaucoup … Mal de cadre - David DECOBERT (pastel) "Timbre rouge ? " - David DECOBERT (pastel) Couverture de la revue Post'Art #229 Interview du pastelliste David DECOBERT par Pierre Raffanel pour la revue POST’ART # 229 - juin 2025

  • Poussant la porte du musée de La Poste

    Rencontre avec Guillaume Goy, directeur du Musée de La Poste, nouvellement nommé à la tête de cette institution le 6 janvier 2025. Interview de Pierre Raffanel pour la revue Post'Art 229 - juin 2025 Guillaume GOY - directeur du musée de La Poste ©2025 photo Patrick Lazic Pierre Raffanel : Vous avez été tout à tour au sein du groupe La Poste, facteur, chargé de clientèle, conseiller financier, conseiller en patrimoine, directeur d’établissement, directeur de territoire puis directeur de marché à la direction du réseau Outre-mer, pourquoi avoir choisi de vous orienter vers ce poste de directeur de musée ? Guillaume Goy : De façon naturelle, c’est une continuité de ma carrière. Ce poste vient compléter mon parcours managérial au sein du groupe La Poste et me permet de retrouver les racines de mon cursus universitaire : DEA en littérature et médiation culturelle, diplôme en muséographie. PR : Ce choix a-t-il dérouté vos collègues postiers ? GG : Ce choix a surpris quelques collègues postiers qui ont une vision teintée d’une certaine forme de nostalgie de ce musée et même une méconnaissance de son existence et de ses actions culturelles. Je suis très content d’en être le directeur car c’est un lieu plein de vie, un espace de libre expression où nous avons une grande responsabilité vis-à-vis de l’histoire postale, de l’Adn du groupe La Poste. Nos actions futures vont tenter d’améliorer sa notoriété et la communication des projets à venir. PR : Quelles sont vos motivations à renouer les liens avec les associations postales, les philatélistes, les collectionneurs ? GG : Mes motivations sont multiples. Mon intention première est que ce musée soit attractif, qu’il soit une vitrine du groupe La Poste mais également de nos partenaires : les collectionneurs, les postiers retraités, les artistes inspirés par l’environnement postal et bien sûr tout l’écosystème lié à la philatélie. Dans les années 70, le musée ne s’est-il pas appelé musée de la Philatélie ! En résumé, je souhaite que ce musée ait les portes grandes ouvertes à un public le plus large possible, qu’il soit un espace engagé pour la parité, l’inclusivité et la diversité. PR : Rechercher de nouveaux partenariats pour le musée de La Poste est-il également une perspective envisageable ? GG : Oui bien sûr, il est intéressant de capter de nouveaux partenariats mais, actuellement, nous allons d’abord réinstaller, stabiliser, pérenniser ceux déjà existants depuis plusieurs années et les rendre concrets par le biais d’actions communes. Puis dans un deuxième temps, nous rechercherons des partenaires pour insuffler de la nouveauté. PR : Les territoires français dénombrent quelques 1200 musées de France, 600 musées de société et de très nombreux musées d’entreprise. Le musée de La Poste est-il le seul en France à détenir ces 3 appellations ? GG : A ma connaissance, c’est la seule institution en France à détenir cette triple identité. Le fait d’aborder les expositions par ces trois prismes différents font de ce musée sa singularité et son extrême richesse. Il véhicule l’évolution sociétale, l’histoire et les valeurs de La Poste sur plusieurs siècles au travers de ses collections (plus d’un million de pièces philatéliques, historiques et artistiques). PR : Le musée de La Poste est-il uniquement financé par le Groupe La Poste et bénéficiez-vous d’abattements fiscaux spécifiques liés aux activités culturelles du Musée ? GG : Le musée de La Poste fonctionne exclusivement grâce aux financements du groupe La Poste mais il serait intéressant de mener une réflexion pour ouvrir une possibilité éventuelle au mécénat. PR : Quelles sont les prérogatives de l’appellation « musée de France » et celle-ci vous permet-elle d’être subventionné par le ministère de la culture ? GG : Pas de subvention directe mais une attention particulière du ministère de la Culture. Nous bénéficions d’aides, de formations, d’accompagnements pour des demandes de financements ou des montages de dossier : exemple, la future célébration du Bicentenaire de la photographie sous toutes ses formes et sur l’ensemble du territoire de septembre 2026 à septembre 2027. PR : Le musée de La Poste est structuré en plusieurs directions (patrimoine et expositions, attractivité, service des publics, commerciale, secrétariat général). Ce musée a-t-il un fonctionnement spécifique par rapport aux institutions similaires ? GG : Depuis la création du musée de La Poste, sa structuration a évolué. A une époque, il y a eu une direction du développement. Peu ou prou, son fonctionnement est similaire à d’autres musées. Certains ont une direction de projets éditoriaux, une direction des privatisations et du mécénat… Exposition permanente « Des femmes, des hommes et des métiers » au niveau 3 ©2025 Musée de La Poste- photo Pierre Raffanel PR : Quelle place tient l’art contemporain au sein des collections permanentes de l’histoire postale, de la philatélie française ? GG : Une place importante mais pas plus, pas moins que les collections historiques, que la photographie…L’art contemporain est présent à travers l’art postal et via les projets artistiques de la série artistique philatélique. En 1961, La Poste émet quatre timbres es artistes de renom : Braque, Matisse, Cézanne et La Fresnaye. A partir de 1974, il ne s’agit plus de reproduire sur un timbre une oeuvre existante mais de faire du timbre-poste un support de création artistique : commande est faite à Joan Miró, puis ce seront Agam, Pierre Alechinsky, Jean Dewasne, Alfred Manessier…Une autre dimension de l’art contemporain peut être liée aux propositions d’expositions avec un dialogue de nos collections historiques et des artistes invités tels Laurent Pernot, Olga Kisseleva et ce, avec une juste mesure, car ce musée doit conserver son identité postale, celle de l’histoire de La Poste et de ses valeurs, de son évolution auprès des Français depuis 600 ans, de ses innovations digitales, numériques…L’art contemporain doit venir en regard de cet univers postal, de ce patrimoine philatélique, historique et artistique et ne doit pas être notre orientation principale. PR : Justement, quel type de public fréquente le musée de La Poste ? GG : Le musée de La Poste est un musée populaire, généraliste et nous avons prévu, prochainement une étude de nos publics. Cela nous permettra de réaliser une analyse factuelle de notre visitorat. PR : Ce musée détient-il un fonds d’art contemporain d’artistes postiers ? GG : Essentiellement de l’art posté et de l’art postal. A ma connaissance, nous n’avons que quelques oeuvres d’artistes postiers. Dans les années à venir, mon souhait serait d’avoir une attention particulière à verser dans les collections du musée quelques réalisations qualitatives et respectant les exigences de valorisation patrimoniale. PR : Vous avez à coeur de mettre en valeur les artistes postiers. Un Salon national organisé en partenariat avec la fédération La Société Artistique avait lieu jusqu’en 2013 dans la galerie du Messager (actuellement dénommée galerie des expositions temporaires). Voulez-vous renouveler cette expérience ou avez-vous d’autres projets ? GG : Plusieurs projets importants sont en préparation : un premier en lien avec le monde philatélique et le deuxième serait effectivement d’inviter des artistes postiers de manière le plus large possible à exposer dans certains espaces du musée de La Poste. Je suis convaincu que nous allons faire des découvertes incroyables d’où l’idée d’organiser très prochainement un projet de mise en valeur d’une sélection d’artistes postiers. PR : Parallèlement à votre carrière postale, vous vous êtes impliqué dans la vie locale comme Conseiller municipal, chargé de la culture et du patrimoine à Avon de 2014 à 2020 ? Qu’avez-vous retenu de cette expérience et avez-vous l’intention de la renouve-ler ? GG : Ma priorité est le musée de La Poste et j’y consacre tout mon temps. L’expérience d’élu m’a permis de travailler en connexion avec des associations artistiques, des artistes, d’être commissaire d’expositions. J’ai également eu l’opportunité de créer une association dédiée à la préservation du patrimoine maraîcher. PR : J’ai cru lire que vous avez été également engagé dans d’autres projets culturels ? lesquels ? GG : J’ai été metteur en scène pendant 10 ans d’une troupe de comédies musicales qui organisait des spectacles vivants : au début des reprises (Starmania, Le Roi Soleil, les Misérables…), les trois dernières années, des créations en collaboration : dialogues, compositions musicales, costumes… Nous étions une troupe semi-professionnelle de 80 personnes, gérée par l’association Musiques et Spectacles en Montois : adolescents et adultes bénévoles, musiciens en live, ingénieurs et techniciens du son, quelques interprètes professionnels et quelque cinq mille spectateurs dans une grande salle des fêtes de Montereau-Fault-Yonne. De mes 25 ans dans le domaine culturel, ce fut une de mes plus belles expériences. PR : Avez-vous l’intention d’organiser des résidences d’artistes in situ, en complément des « Cartes blanches » du musée ? GG : Oui pourquoi pas mais avec une temporalité et des modalités qui restent à définir. Le musée Jean-Jacques Henner en a fait l’expérience et cela a été plutôt probant en termes de visitorat et de notoriété. Vue de l’exposition temporaire « La Fabrique du temps » (Commissaire d’exposition Céline Neveux et conseiller technique Etienne Klein). En premier plan photo à gauche, horloge électrique à 3 cadrans qui se trouvait dans les années 1920 à l’hôtel des Postes du Louvre © 2025 Musée de La Poste - photo Pierre Raffanel PR : Pouvez-vous nous dire quelques mots de l’exposition temporaire en cours « La fabrique du Temps » ? GG : C’est une exposition réussie, inspirante, qualitative. La commissaire Céline Neveux a réalisé un bon équilibre entre la valorisation de nos collections historiques : marcophilie, photographies et le dialogue avec des oeuvres contemporaines. Cette exposition est très appréciée des visiteurs, qui la trouvent esthétique, scientifique, interrogative. PR : Quelle sera le thème de l’exposition temporaire en 2026 ? GG : Elle débutera début avril 2026 et aura pour thème « le vêtement professionnel » comme miroir de nos identités, ce vêtement professionnel qui nous accompagne au quotidien à La Poste et dans les grandes entreprises : Sncf, Ratp, la Gendarmerie…Seront également évoqués les liens du vêtement professionnel avec la mode. Cette exposition permettra de mettre en lumière notre magnifique collection de textiles, l’une des plus quantitative et qualitative, à l’instar du Palais Galliera ou du musée de Bretagne. PR : En 2026 quels évènements sont prévus pour l’anniversaire des 80 ans du Musée ? GG : Surprise ! C’est encore un peu tôt pour dévoiler la programmation. Un travail de co-construction avec les équipes du musée est en cours. Il y aura certainement le 4 juin 2025, jour anniversaire du musée, un évènement spécifique et notre programmation habituelle sera ponctuée en 2026, aux couleurs des 80 ans du musée. Façade du musée de la Poste agrémentée d’une oeuvre du sculpteur Robert Juvin composée de cinq panneaux décoratifs en béton moulé ©2019 Musée de La Poste - photo Thierry Debonnaire Le Musée de La Poste en quelques dates (musée d’entreprise, de société et musée de France) 1946 : ouverture du musée postal, consacré à l'histoire postale et à la philatélie française, à l’Hôtel de Choiseul-Praslin (hôtel particulier du XVIIIe) dans le 6e arrondissement de Paris, propriété de la Caisse Nationale d’Epargne, qui va s’avérer trop petit pour abriter ses collections. 1966 : l’administration postale choisit comme nouveau lieu, le siège de la Compagnie Générale de Radiologie, 34 boulevard de Vaugirard. Cet hôtel est détruit en 1970 et le nouveau musée de La Poste est construit à son emplacement 1973 : installation au 34 boulevard de Vaugirard 75015 Paris dans un bâtiment conçu par l’architecte André Chatelin (Premier Grand Prix de Rome et architecte des PTT - courant emblématique de l’architecture de béton des années 1970 dite « brutaliste »). La façade est agrémentée d’une oeuvre du sculpteur Robert Juvin composée de 5 panneaux décoratifs en béton moulé. 2015 à 2019 : travaux pour une entière restructuration par l’atelier Jung Architectures (Architecte : Frédéric Jung et scénographes : Claudine Dreyfus et Isabelle Devin) et mise en valeur à l’intérieur du bâtiment de la structure alvéolaire des figures géométriques en relief du sculpteur Robert Juvin pour qu’elles soient visibles « en creux » (2700 petits prismes évoquant la surface des timbres-poste gravés en taille douce comme vue au microscope). 23 novembre 2019 : réouverture et obtention de l’appellation « Musée de France » par le ministère de la Culture. 9 août 2022 : distinction « label Architecture contemporaine remarquable » délivrée par le ministère de la Culture . Interview de Pierre Raffanel pour la revue Post'Art 229

  • Christian FOUQUET, aquarelliste

    L’Art de l’engagement et la passion du partage Bourse maritime de Bordeaux (aquarelle) © Christian FOUQUET Post de Pierre Raffanel - hommage à Christian Fouquet en 2020 Christian Fouquet nous a quittés en mai 2020. Membre pilier de La Société Artistique Aquitaine pendant plus de 40 ans, il laisse derrière lui le souvenir d’un homme dévoué, d'un artiste accompli et d'un président au grand cœur. Dès 1984, Christian transmettait déjà sa passion. Que ce soit au Palais Galien à Bordeaux ou au sein de l'Association Artistique des PTT Telecom, il enseignait l'aquarelle avec une maîtrise rare des couleurs et de la lumière. Pour beaucoup, il incarnait « l'œil du Maître », celui qui savait croquer une pinasse du bassin d’Arcachon les yeux fermés ou révéler l'orangé d'un ciel là où d'autres ne voyaient que du bleu. Ses aquarelles, lumineuses et vibrantes, restent aujourd'hui le plus beau témoignage de sa sensibilité. Des quais de Bordeaux aux vignobles girondins, des portraits ridés aux natures mortes, il savait donner vie au papier avec une précision d'instructeur et une humilité d'artisan. Christian Fouquet à l'atelier de Bègles en 2016 © DR Société artistique Aquitaine De secrétaire à Président, Christian a tout donné pour faire vivre son association. Derrière une exigence parfois forte — envers lui-même comme envers les autres — se cachait une volonté farouche de maintenir une qualité d'exposition exceptionnelle. Il ne comptait pas ses heures : vérifiant, dirigeant, proposant sans cesse. Son énergie communicative a permis de traverser les époques, des disquettes informatiques aux nouveaux locaux, sans jamais perdre l’essentiel : les valeurs de convivialité, de partage et de respect. Jean-Louis Moiret nous confiait : « Pour Christian, l'attention à l'autre n'était pas un vain mot, mais une véritable obligation morale. »  Marée basse (aquarelle) © Christian FOUQUET Évoquer Christian, c’est aussi se souvenir de son atelier personnel, véritable fourre-tout créatif où les pinceaux côtoyaient les derniers ordinateurs. C’est se rappeler son frigo, toujours plein pour accueillir l'ami imprévu et « refaire le monde » autour d'un encas.  Ses amis, Christian Rech et Alain Assémat se souviennent avec émotion de ses rituels : le petit verre de whisky-coca, la cigarette, et ce fameux message sur son répondeur : « Je vous rappellerai dès mon retour » . Ils évoquent leurs fous rires sur les quais, les siestes au Parc de la Tête d'Or et les discussions lors des trajets en train pour les salons de Rouen, Dijon, Amiens. La pinasse  (aquarelle) © Christian FOUQUET Homme de terroir, il aimait à cultiver ses tomates géantes, son figuier et contait ses combats épiques avec les oiseaux pour protéger ses cerises. Fier de son accent du Sud-Ouest, Christian était un homme élégant, « tiré à quatre épingles », mais d'une simplicité désarmante. Que ce soit à Claouey face au bassin d’Arcachon ou lors de ses échanges de tableaux à mi-chemin entre Bordeaux et Toulouse avec l’association artistique toulousaine, il privilégiait toujours le lien humain. Il a su encourager les vocations, comme celle de Christine Labadie à qui il a donné la confiance nécessaire pour enseigner la peinture à l'huile, ou celle de Claudie Bousquet qu'il a guidée dans les méandres de la gestion associative. Bassin d'Arcachon  (aquarelle) © Christian FOUQUET « Je ne peux pas te dire "chapeau l'Artiste" car tu portais la casquette, mais tes aquarelles lumineuses nous guideront sur le petit chemin de la vie. » Marie-Laure Lamontagne. Christian nous laisse une leçon de finitude et d'impermanence, mais surtout un héritage artistique et humain indélébile. Merci, Christian, pour ces 40 années de couleurs partagées. Adishatz, l'ami. Musiciens (aquarelle) © Christian FOUQUET Gare de Bordeaux  (aquarelle) © Christian FOUQUET Grand Piquey, Cap Ferret (aquarelle) © Christian FOUQUET

  • Laure CHEVALIER : entre code et couleur, entre logique et lumière

    Cette rencontre avec Laure CHEVALIER fut en ce jour du 29 juin 2025 au pavillon du Verdurier, en plein cœur de Limoges, une véritable bouffée régénérante, un ping-pong d’échanges vivifiants. Je vous transcris nos propos sous la forme d’une prose en liberté à l’image de cette artiste qui ne cherche ni la ligne droite ni la conformité et où l’on perçoit immédiatement que rien, chez elle, n’est tiède ni convenu. Cropped logo (digital art)   ©Laure CHEVALIER    Science et peinture : le grand écart fertile Elle est de ces profils rares, difficilement résumables. Biologiste de formation, informaticienne de métier, peintre par nécessité intérieure, Laure Chevalier incarne une sorte de tension féconde entre rigueur rationnelle et créativité débridée. Depuis 2003, elle évolue dans l’univers structuré de la Banque Postale. Son CV est une spirale ascendante dans l’univers des technologies : ingénieure Software développement, chargée de mission – application repository manager – ScrumMaster junior, cheffe de projet monétique, jusqu’à son rôle actuel de responsable 3DS pour les paiements en ligne. Un poste exigeant, minutieux, exigeant de la précision dans chaque décision, du calme dans la tempête. Mais en parallèle, un autre monde s’agite. Un monde silencieux, intérieur, souvent tenu secret pendant des années, qu’elle révèle peu à peu. Ce monde-là est peint, esquissé, rêvé ; un subtil mélange d’art digital et de peinture à l’huile.   Une vocation contenue Gamine déjà, elle dessinait. Plein de gribouillis sur les murs de sa chambre. Tellement que ses parents ont dû retapisser. Il y a chez elle ce geste qui ne demande pas d’autorisation, ce besoin de tracer, de représenter, de s’exprimer — sans autre médiation que le crayon levé. Un souvenir de dernière année d’école maternelle flotte, celui d’un professeur d’arts plastiques. Mais ensuite ? Aucun encouragement, aucun signal. Une filière scientifique choisie par raison. Elle parle aujourd’hui, sans amertume mais avec lucidité, de ces phrases entendues trop souvent : « T’en feras rien.  » « Faut faire quelque chose de sérieux.  » Des phrases qui sonnent encore, longtemps après. Le résultat ? Un jardin secret, un monde intérieur resté en jachère trop longtemps. Elle confie aujourd’hui quelques regrets de ne pas avoir osé, de ne pas avoir intégré une école d’art plus tôt, de ne pas s’être opposée à certaines injonctions. Mais aujourd’hui, elle peint. Et elle parle. Elle se dit « esprit Renaissance » , curieuse insatiable, toujours entre deux mondes. Le seuil  (huile) ©Laure CHEVALIER 2015 : l’année du basculement À l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Limoges, elle suit des cours en parallèle de sa vie professionnelle. Romain Larbre l’aide à sortir de sa « zone de confort créative ». Sa première immersion dans un atelier public de peinture à l’huile, en 2015, est une épiphanie : « Jamais je ne me suis sentie autant à ma place, en phase. Instinctivement je savais quoi faire.  » Il ne s’agissait pas d’apprendre, mais de retrouver quelque chose, une mémoire sensorielle peut-être, un geste enfoui, une connexion … Avant cela, pendant une dizaine d’années, elle crée déjà, en bénévole des visuels pour l’association EnDanse, des flyers, des affiches, des supports numériques. Le digital, elle continue à l’utiliser, pas en œuvre finale mais en traitements intermédiaires, en prémaquettes comme travail préparatoire. Elle y revient quand le temps manque, quand l’huile demande cette lenteur qu’impose son séchage. « Quand t’es pas sûr de ton idée, plutôt que d’investir dans du matériel, le numérique est bien pratique. » Le digital lui permet de maintenir le fil, de ne pas perdre le souffle créatif entre deux temps de vie, entre deux obligations professionnelles. Mais pour l’œuvre finale, c’est bien à la peinture qu’elle revient : cette matière vivante, indocile, profonde.   Un univers pictural fait de seuils, de décalages, d’énergies contradictoires Des récurrences dans son discours pictural : passage, transition, changement d’état. Il y a dans ses toiles un monde en perpétuel basculement. Des seuils franchis. Cette captation de moments où l’ombre passe à la lumière et réciproquement : « Chaque moment est un lieu et chaque lieu est un moment. » Ses œuvres saturées de couleurs primaires explosent d’énergie, comme une réponse à l’austérité du quotidien. Cadrages dynamiques, souvent proches de l’instant capturé. Licornes, symboles d’espoir, de réenchantement. Boxeuses tendres serrant des peluches. Des interprétations non-manichéennes où elle « fuit comme la peste les idées tranchées », les « émotions brutes », elle préfère instiller dans ses réalisations de subtils détails, parler de l’humain dans sa normalité, dans ses nuances. Sa technique picturale la pousse vers un réalisme poussé, ses tableaux flirtent avec l’hyperréalisme. Elle admire ces artistes qu’elle appelle des « imprimantes sur pattes », mais sourit en disant que ses verres progressifs l’empêchent d’atteindre ce niveau de technique ! Elle cite Magritte, Pollock, Frida Kahlo et aussi Boulet, le dessinateur-blogueur, pour l’humour et la tendresse du quotidien.   Une œuvre en mouvement, une parole qui s’affirme L’artiste oscille encore, comme une aiguille entre deux pôles : faut-il faire des œuvres esthétiques, lisibles, reconnaissables, faciles à identifier ? Ou au contraire, se laisser porter par l’instinct, au risque de la dispersion ? Elle sait ce qu’on lui conseille : faire « des œuvres de la même veine », reconnaissables. Mais elle n’en a pas envie. Dans sa série des «  Invisibles », des personnages sans tête, elle cherche à transmettre l’universalité, à effacer les identités trop marquées. Le mouvement fonctionne, dit-elle, mais les vêtements trahissent encore les genres. Rien n’est simple. Elle refuse en bloc le cliché de l’artiste maudit : « Est artiste celui ou celle qui accepte de mourir de faim ?  » Son credo est à l’opposé : « Chaque être humain porte en lui un minimum de créativité.  » Créer n’est pas un privilège, c’est une faculté humaine. Pas besoin d’autorisation pour créer. Pas besoin d’étiquette. Pas besoin de permission pour peindre ce qui déborde. Laure Chevalier est à la fois femme de chiffres, peintre instinctive et singulière, funambule entre ombre et lumière. Interview de Laure Chevalier par Pierre Raffanel - juin 2025 « Déesses contemporaines » Tiamat - Badhbh - Lethe - Lamasthu - Yavanna - So childish 2 - So childish "Hug me we're humans" - Nehalennia la boxeuse- Zeleia ( huiles) ©Laure CHEVALIER Une série picturale de Laure Chevalier librement inspirée de mises en scène photographiques réalisées avec de proches amies. Cette série de portraits réinvente les figures mythologiques féminines à travers une relecture contemporaine, intime et engagée. Le travail de l’artiste mêle technique picturale, exploration des textures et regards croisés entre Histoire, mythe et vécu personnel. Dans cette galerie de « déesses contemporaines », chaque figure convoquée — qu’elle provienne des panthéons anciens (babylonien, grec, celte, mésopotamien) ou d’univers fictionnels (Tolkien) — devient le support d’un questionnement sur la représentation féminine, le pouvoir, la mémoire et la résistance. Ici, les femmes ne sont plus muses, objets, ou simples symboles : elles sont actrices, puissantes, parfois monstrueuses, toujours souveraines. « Les dés sont pipés depuis des millénaires », affirme l’artiste. À la croisée du féminisme, du mythe et de l’expression plastique, ses « Déesses contemporaines » proposent une relecture puissante et poétique des archétypes féminins, comme autant de contre-récits face aux silences de l’Histoire. TIAMAT , matrice originelle et chaos sacré, mère de tous les dieux, déesse babylonienne, personnification des eaux primordiales.  BADHBH , déesse corneille de la guerre celte. YAVANNA , nourricière fictive et Reine de la Terre. LETHE , déesse grecque, allégorie de l’oubli et du passage. LAMASHTU , démone mésopotamienne des douleurs occultées. NEHALENNIA , divinité maritime protectrice : chacune devient figure-totem, incarnation d’un combat, d’un souvenir ou d’une émotion partagée. ZELEIA , cité oubliée de la Troade. En contrepoint, SO CHILDISH , première huile de l’artiste, s’élève comme un manifeste. Née de la stupeur et de l’indignation face à la première élection de Donald Trump, la boxeuse tend ses bras : « Hug me, we’re humans » — « Serre-moi dans tes bras, nous sommes des humains ».Une invitation à la tendresse, mais aussi à la lutte. Une fragilité armée. « Les invisibles » La dame aux couleurs - Spirits in the sky - Le banc - Breaking - L'année venait à peine de commencer - Anaérobie - Prochaine séance ( huiles) ©Laure CHEVALIER

  • Interview de Xavier CARRèRE, sculpteur et plasticien

    Xavier CARRèRE dans son atelier show-room ©2023 Photo Pierre Raffanel  Xavier Carrère nous a ouvert chaleureusement les portes (en « Herbes folles ») de ses ateliers nichés au cœur des Landes où nous avons pu découvrir son univers artistique – prolifique et élégant , son audacieux talent et sa sensibilité indéniable et peut-être même l’expression d’une certaine philosophie de vie !    Pierre Raffanel : Êtes-vous artiste verrier, souffleur de verre, sculpteur ? Xavier Carrère : Je dirais sculpteur et plasticien. J’ai réalisé essentiellement des pièces en verre mais j’ai beaucoup associé cette matière à d’autres matières (bois, bronze, béton, fer, pierre, acier...).  Je n’ai pas voulu me nommer souffleur de verre  car réducteur par rapport à mon travail, verrier c’est trop vaste, trop générique   !   PR : J’ai cru lire que votre formation avait commencé avec votre oncle maternel ? Xavier : Oui pour le verre, avec Robert Pierini, lui-même formé à la verrerie de Biot près d’Antibes pour d’abord un travail sur un verre utilitaire (verres à pied, carafes), puis s’installant à son compte en 1980 il aura rapidement une recherche personnelle. À cette époque c’est le début des petits ateliers individuels en France, Allemagne, Europe. L’accès aux couleurs, aux acides était difficile ; il n’y avait que des industries de verre, les petites unités n’existaient pas. J’ai vu naître cette évolution. Mon oncle a commencé à imaginer des décors sur des vases, s’inspirant de la nature, de poissons, d’ailes de papillon… il a fait des recherches sur les oxydes métalliques, les couleurs et a réussi à imposer un style, une signature.   PR : Avez-vous fréquenté une école d’art ? Xavier : Mon apprentissage « technique » s’est fait en assistant mon oncle : dosage d’une bonne quantité de verre au bon moment, à la bonne température. Cet apprentissage a bien duré 5 à 6 ans : répétition des gestes pour assurer une juste précision. En parallèle, avant de travailler le verre, dès mon plus jeune âge, j’ai toujours dessiné, peint, sculpté, avec une nécessité de s’exprimer au travers de l’art. Dès que j’ai eu un minimum de maîtrise, tous les soirs mon oncle me prêtait son atelier et seul, je m’essayais à créer mes premières pièces. Rapidement, mes réalisations ont été remarquées par des galeries et mes œuvres ont pu être exposées. La curiosité, mes observations de différentes techniques lors de mes voyages aux États-Unis, dans les pays de l’Est ont été essentielles à mon apprentissage ; elles m’ont ouvert des horizons. PR : Vous avez été formateur au sein de l’association ADAC à Paris ? Xavier : Oui pendant 3 ans, j’ai été responsable de l’atelier de verre soufflé et cela a été un formidable tremplin car à l’époque j’aurais voulu m’installer mais je n’avais pas les moyens financiers. Lors d’une Biennale internationale au musée Fernand Léger à Biot où j’avais été sélectionné, une rencontre avec le responsable de l’atelier de verre soufflé – chalumeau de l’ADAC m’a permis d’intégrer cette association. Ce fût une magnifique opportunité car, en dehors des cours d’initiation que je prodiguais, j’ai pu faire des recherches à l’atelier pendant les vacances scolaires. Ce fût une période d’intenses activités. J’organisais régulièrement des démonstrations de souffleurs de verre qui permettaient aux élèves d’observer le travail de ces artistes. J’ai pu inviter l’un des plus grands maîtres verriers Lino Tagliapietra,  c’était la première fois qu’un artiste italien venait montrer ses techniques en France.      "Ovolites" - plage côte landaise ©Xavier CARRèRE PR : Pourquoi n’êtes-vous pas resté en région parisienne ou dans votre terre originelle le Var ?  Xavier : Parce que j’ai préféré une région plus sereine, les Landes. À l’époque, le week-end je me baladais un peu, j’ai découvert Orthez lors de mes études de photographie et j’ai aimé l’espace, la tranquillité de cette région. Et malgré mon statut de chômeur suite à mon départ de Paris, j’ai été surpris par l’accueil très chaleureux à mon arrivée. C’est par l’entremise d’une amie rencontrée lors de mes études à l’école de photographie que je me suis installé à Soustons, j’ai loué un espace de 100m2 en plein centre-ville, j’ai récupéré quelques réalisations de collègues artistes et j’ai commencé en été une activité de galeriste. Puis j’ai trouvé un atelier perdu dans les bois de Soustons où j’ai exercé une activité de souffleur de verre, de performances qui attiraient des visiteurs pendant 2 à 3 ans.   PR : Quand votre vocation a-t-elle pointé le bout de son nez ? Xavier : J’ai envie de dire presque à la naissance, j’ai eu ce besoin de m’exprimer par la matière. En revanche, je n’ai pas été doué pour les études, je m’ennuyais un peu, j’étais rêveur, un peu tricheur. N’étant pas très à l’aise avec les potes de mon âge, je préférais la fréquentation de personnes plus âgées comme certains de mes professeurs.   PR : Pour vos sculptures en verre, la lumière est-elle essentielle ? Xavier : Pas toujours, j’ai fait des moulages de sculptures en verre pour faire des bronzes qui produisait un résultat très satisfaisant grâce au volume des formes polies, rondes. Xavier CARRèRE dans son atelier ©2023 Photo Pierre Raffanel   PR : Du coup vous n’êtes pas vraiment dans la quête d’une résultante de couleurs qui amènerait à un certaine luminosité, une transparence? Xavier : Tout à fait, c’est-à-dire que je me suis toujours méfié de la séduction que pouvait apporter le verre. Effectivement cette transparence nous attire mais je trouve cela trop réducteur. Une sculpture en béton par le biais du symbole qu’elle dégage, par ses formes peut tout autant nous séduire. C’est vrai que je peux être aussi attiré par le jeu des effets et prismes d’optique comme certains maîtres tels Yan Zoritchak mais c’est un autre registre.   PR : Quelle est l’origine du mot Ovolite  dont vous nommez certaines de vos créations ? Xavier : C’est un ami poète qui a trouvé l’idée, suite à une de mes installations d’alignement de 66 bulles de verre sur la grande plage de Biarritz en 1998. Ovo  signifiant l’œuf et lite  la pierre. Puis l’idée de les suspendre sur tes tiges métalliques m’est venu en observant les forêts de pin devant mon ancien atelier à Soustons.  Ces ovolites  sont devenus une de mes signatures.   PR : Avez-vous un processus d’inspiration ? Xavier : Je ne me suis jamais enfermé dans un processus déterminé. À partir du moment où je ne me fais plus plaisir, que je sens que je me copie, je passe à autre chose. Le grand plaisir dans la création est d’aller dans des territoires inconnus, de se surprendre soi-même, quitte à se tromper, à faire des erreurs et avoir des périodes d’errance pour mieux rebondir.   PR : A ce propos, après une période où vos œuvres étaient inspirées par le thème du « Lien », votre dernière exposition « I love your imperfections » s’est nourrie du Kintsugi, cet art séculaire japonais qui consiste à réparer des objets cassés ? Xavier : C’est mon mariage en 1999 qui m’a inspiré le thème des « Liens », les liens plus ou moins tendus, les liens qui te laissent vivre,  les liens qui t’étouffent…qui m’a permis de faire interagir différentes matières pour la création de mes sculptures. Puis un divorce, des changements de vie, ces liens qui se cassent m’ont amené à la conclusion que ces liens existent à vie et qu’ils te sont intrinsèquement liés et qu’il faut les accepter. C’est là que je me suis intéressé au Kintsugi , cet art d’accepter ces fêlures, de réparer et sublimer ces échecs, en quelque sorte de résilience.    Kintsugi - Xavier CARRèRE ©2023 Photo Pierre Raffanel PR : Quel est l’origine du Kintsugi   ? Xavier : Cet art japonais remonte au XVe siècle lorsque le chef de guerre japonais dénommé Ashkaga Yoshimasa cassa son bol fétiche lors de la cérémonie du thé. Il le renvoie alors en Chine pour le faire réparer, les artisans percent le bol et lui mettent des agrafes. Le résultat lui déplait et il met alors au point une technique avec des laques naturelles pour le restaurer : scotch, mise à l’abri de la lumière avec un certain taux d’humidité, puis une succession de séchages, ponçages et apposition de laques et la dernière étape saupoudrage d’or.  le Kintsugi by Xavier CARRèRE ©2023 Photo Pierre Raffanel   PR : Que ce soit en arrivant aux abords de votre atelier ou dans votre lumineux et spacieux showroom où nous sommes, j’ai pu admirer des créations grand format ? Xavier : Ce sont des pièces plutôt prévues pour des extérieurs. J’ai un assistant qui est un bon soudeur qui m’aide pour ces réalisations.   PR : Votre atelier a hébergé une sorte de musée du verre ? Xavier : Dès que j’ai fait l’acquisition de ce lieu à Magescq, j’ai constitué une collection de collègues verriers. Suite au décès d’un ami artiste, j’ai voulu lui rendre hommage en lui créant un espace dédié puis est venu l’idée de raconter l’histoire et les évolutions du verre contemporain depuis les années 80 car j’ai eu la chance de voir la création du premier de verre soufflé en France à Dieulefit dans la Drome. J’ai demandé à chacun des verriers des ateliers disséminées sur le territoire de confier une de leurs créations et nous avons constitué une association. Cela a duré 5 ans ;  des estrades dans l’atelier, des démonstrations de verre soufflé, une partie pédagogique avec des scolaires, des curistes. Puis la gestion devenant trop contraignante, j’ai confié cette collection au Musée- Centre de verre de Carmaux.    PR : J’ai pu contempler quelques-unes de vos créations chez les étoilés Coussau au Relais de la Poste, comment votre relation s’est-elle nouée ? Xavier : Très simplement. Dès mon arrivée dans les Landes, j’ai voulu louer leurs vitrines pour exposer mon travail, mais l’accueil que m’a réservé le chef doublement étoilé a été plus généreux. Ce fût le début d’une belle relation d’échanges mutuels qui perdure encore aujourd’hui. Je reconnais que d’avoir été adoubé par les Coussau m’a conféré et me confère une certaine notoriété.   PR : Avez-vous eu des collaborations avec d’autres artistes ? Xavier : Oui, lors du Festival d’arts numériques « Collisions » en 2018 organisé par le Fablab l’Établi à Soustons. L'originalité du festival a reposé sur la constitution de binômes d'artistes régionaux issus d'un côté des arts numériques, de l'autre des arts plastiques s'engageant à mixer et confronter leurs disciplines et leurs démarches artistiques pour créer des œuvres originales hybrides.   PR : Votre fils Iban (Jean en basque ) crée des bijoux, lui avez-vous transmis votre passion artistique ? Xavier :  Il a fait un cursus scolaire jusqu’au bac, a commencé des études de communication mais il a eu une révélation : « Je veux être bijoutier » . Il a suivi des cours à Hossegor avec Armand Varailhon, bijoutier à la retraite et s’est lancé dans l’aventure de la création de bijoux, avec pour inspiration les thèmes de l’océan, du surf et pour la fabrication, un ancrage très local.   PR : Avez-vous d’autres projets ? Xavier : Rencontrer de nouvelles galeries qui accueilleraient mes sculptures d’extérieur.   (chronique de Pierre Raffanel dans la revue Post'Art 11 - décembre 2023)   "Ovolite Post'Art" Xavier CARRèRE - Couverture Post'Art #227 ©2023 Photo Pierre Raffanel

  • La fabrication d'un vitrail

    Selon la technique traditionnelle avec Coline FABRE Reportage de Pierre Raffanel à l'atelier de Coline Fabre à TUSSON . Photographies de Marie Bueno Le vitrail est prêt à être posé ! © 2021 photo Marie Bueno U n vitrail est une cloison de verre translucide constituée de pièces de verres, colorés ou non, et sertis dans du plomb. Les verres sont colorés dans la masse, ils peuvent recevoir un décor peint avant le sertissage. Cet article présente les différentes étapes à suivre pour la fabrication d’un vitrail. Choix des verres avant la coupe © 2021 photo Marie Bueno Le tracé Pour faire un vitrail il faut d’abord le dessiner sur du papier : d’abord une maquette à l’échelle de 1/10 ème , puis l’agrandissement qu’on appelle le « carton gradeur ». D’après ce carton on fait deux tracés qui indiquent l’emplacement des plombs : un tracé sur papier calque, un tracé sur papier canson.  Chacune des pièces est numérotée et sa couleur est indiquée. Maquettes ©Photo Coline Fabre Le calibrage Le tracé sur papier canson est découpé avec des ciseaux à trois lames. Cela enlève une petite bande de papier de 2mm, l’espace qui sera nécessaire à l’emplacement du plomb. On obtient donc des calibres en papier avec lesquels on coupera les verres. Le papier calque servira à reconstituer le puzzle une fois les verres coupés. La coupe des verres Les verres sont coupés avec un diamant ou une roulette. Les calibres sont triés par couleurs. Ils sont placés sur les feuilles de verres colorés, le diamant suit le bord du calibre le plus précisément possible et on détache la chute de verre avec des pinces. Plus la coupe est précise, plus la mise en plomb sera aisée. Peinture à la grisaille © 2021 photo Marie Bueno La peinture à la grisaille Ensuite les verres peuvent être peints à la grisaille. La grisaille ne sert pas à colorer le verre, car le verre est déjà coloré. Elle peut être posée en opacité ou en voile transparent.  Par exemple les traits opaques peuvent dessiner les traits d’un visage, les plis d’un habit et la grisaille passée en voile fin indiquera les ombres et les lumières.  Cuisson © 2021 photo Marie Bueno La cuisson La grisaille est un oxyde métallique mélangée à un fondant. Ce fondant fond à la même température que le fondant qu’il y a dans le verre. Une fois peints, les verres sont cuits dans un four à 630° : à cette température, le verre rougit, se ramollit. Les fondants fondent, et s’amalgament entre eux : après le refroidissement la grisaille fait partie du verre, à la manière d’un émail sur de la céramique. Sertissage © 2021 photo Marie Bueno   Le sertissage Après la cuisson, le puzzle est reconstitué sur le calque et on procède à la mise en plomb. Le plomb est constitué de la partie verticale de 2mm, le cœur de plomb, et des parties horizontales, les ailes, qui peuvent aller de 3 à 20mm. Les verres s’encastrent contre le cœur et entre les ailes. Le sertissage se fait à plat sur des tables en bois, et à froid : on ne coule pas le plomb. Les plombs se coupent avec un couteau plat bien affuté. Sertissage © 2021 photo Marie Bueno La soudure Une fois le sertissage terminé chaque intersection est soudée avec une baguette d’étain : il fond à plus basse température que le plomb et la soudure peut se faire sans que ne fonde le plomb. La soudure se fait des deux côtés. Soudure © 2021 photo Marie Bueno Soudure © 2021 photo Marie Bueno Le masticage Le vitrail est mastiqué avec un mastic liquide (fait maison !) constitué d’huile de lin, blanc de Meudon, noir de fumée. Le vitrail est alors rigide et étanche. Et le vitrail est prêt à être posé ! Du plomb © 2021 photo Pierre Raffanel Outils de peinture ( dans l’ordre) : 1 pinceau trainard pour le trait 2 pinceau à lavis pour étaler la grisaille 3 blaireau pour répartir la grisaille en modelés 4 putois pour donner une texture au lavis 5 et 6 brosses pour des enlevages sur les fonds de grisaille 7 couteau palette pour mélanger la grisaille à l’eau 8 pilon pour broyer la grisaille Outils de peinture © 2021 photo Pierre Raffanel   Outils de vitrail (dans l’ordre) : 1 et 2 Diamant et roulette pour couper le verre 3 pince à détacher le verre 4 pince à gruger le verre 5 et 6 couteaux de montage 7 trois clous de montage 8 marteau de montage 9 fer à souder Outils de vitrail © 2021 photo Pierre Raffanel

  • Anne-Marie ARETHENS in situ

    Post de Pierre Raffanel - Revue Post'Art #227 Le goût des formes géométriques et des couleurs lumineuses «  Bésalu  » (acrylique)  © Anne-Marie ARETHENS  Direction Fagnières dans l’atelier de l’artiste, autodidacte et passionnée, Anne-Marie Arethens dans cette petite ville périurbaine du département de la Marne, près de Châlons-en-Champagne ou plus exactement à la rencontre de son couple. J’ai comme une vague impression qu’elle et son mari Gérard sont inséparables, à la ville comme à l’atelier ! Nous sommes accueillis avec chaleur et grande convivialité dans leur doucereux pavillon, en terre « connue », Gérard venant, l’an dernier, de céder sa place de Président de la Société Artistique Champagne-Ardenne à François Vigneron.   Anne-Marie ARETHENS dans son atelier   © Photo Pierre Raffanel Anne-Marie a dessiné et peint dès le plus jeune âge, avant même son entrée à l’école primaire. Elle habite à la campagne et se retrouve rapidement seule à la maison car, benjamine de la famille, ses deux frères ayant respectivement 15 et 8 ans d’écart d’âge, le grand étant parti de l’école en apprentissage et le deuxième en pension à Châlons. Cette précocité sera encouragée par les instituteurs et professeurs de dessin et tout son temps libre sera consacré à sa passion naissante. Elle aurait aimé faire les beaux-arts mais ses parents lui disent : « quel intérêt ? ». Elle commence alors un travail de secrétaire, une année durant dans un garage Renault. Puis, parallèlement dès 16-17 ans, elle prendra des cours de peinture par correspondance à la Famous Artists School située à Cannes La Bocca pour peaufiner sa technique : « J’envoyais mes dessins et ils me revenaient corrigés. Puis il y a eu une pause… ». «  Composition  » (acrylique)  © Anne-Marie ARETHENS  Avant 1992, sa priorité sera sa vie de famille, ses jumeaux et sa fille qu’elle cumulera avec un parcours professionnel riche d’expériences diverses et de rebondissements. Grâce à l’entremise de son époux, elle travaillera pendant 22 ans à la coopérative agricole, 42 heures hebdomadaires, d’abord près du silo Champagne Céréales puis, en 1992 l’entreprise fusionne et déménage sur Reims. Anne-Marie, prime de licenciement en poche, se fait alors recruter chez Atebat, un architecte, juste à côté de son domicile. Ce sera le déclic, un parfum de liberté, du temps libéré, elle reprendra alors le pinceau…et participera à des ateliers dans un centre social et culturel : la MJC du Verbeau. Ensuite deux ans après, même scénario, comme une histoire qui se répète : l’entreprise déménage à Reims et elle ne veut pas partir. Elle trouve un CDD de secrétaire pendant un an chez un plombier-chauffagiste ; puis en remplacement d’un congé-maternité elle travaillera pour la mairie à la foire de Châlons-en-Champagne. Ensuite elle se fera embaucher à La Poste (encodage dans un centre courrier) puis au service crédit au centre financier. Ses dernières années de salariée se dérouleront au service communication de la mairie de Châlons.  «  Le lavoir  » (acrylique)  © Anne-Marie ARETHENS  Mais revenons en 1992, l’année qui a réenclenché sa soif de peindre, son envie d’en découdre avec la matière picturale…En premier lieu, l’artiste réalisera des copies d’œuvres de grands maîtres : Renoir, Van Gogh...Elle y apprend son art. Cela lui permet d’acquérir de bonnes bases en peinture et d’essayer moultes techniques : pastel, huile, un peu d’aquarelle, peinture au couteau puis acrylique. Pas à pas, elle progresse, emmagasine de l’expérience personnelle grâce à des échanges avec des artistes d’une association fagniérote puis avec les peintres de la Société Artistique de Champagne-Ardenne. Au fil du temps, elle affine ses goûts, cherche « son style » et un jour de 2010, elle se décide : couleurs à satiété, projections de lumière et formes géométriques… Le point de départ de ses réalisations sont souvent des photos prises lors de vacances en famille à Collioure, Gruissan, Roquefort des Corbières, en Grèce ou en Italie comme le Ponte Vecchio à Florence. Puis sur l’ordinateur et avec l’aide de son mari, ils modifient les perspectives avec un logiciel de retouches d’images afin de trouver un équilibre de proportions qui soit à sa convenance. Quelquefois, suivant la taille de la toile choisie, elle applique des coefficients multiplicateurs adaptés. Elle dessine au crayon ses formes géométriques, patiemment, mathématiquement à la manière d’un « dessin industriel » , utilisant ses grilles de calcul, de multiples…un travail minutieux, méticuleux. Les ombres sont souvent réalisées à main levée. Ses thématiques récurrentes sont des paysages architecturaux en faisceaux de couleurs lumineuses et perspectives d’inspiration cubiste. «  Ile de Ré  » (acrylique)  © Anne-Marie ARETHENS  Lors d’une exposition collective à Sarry, l’aquarelliste André Chapsal lui confie amicalement : « Ton style c’est chouette, mais à la longue tu vas te lasser ! » Mais que nenni : ce style correspond parfaitement à son caractère, elle aime tout ce qui est rectiligne, ordonné avec une palette de couleurs sans cesse renouvelée. Sa méthode : le rangement ! Pour éviter de choisir les mêmes teintes, les tubes sont rangés et, à chaque nouvelle création, elle sélectionne de nouvelles tonalités. Pour réaliser ses aplats, les couleurs utilisées sont assez opaques, presque sans nuance pour représenter le plus souvent des paysages géométriques avec ou sans verdure. Ses toiles sont souvent des clins d'œil à la Bretagne, aux dédales atypiques des pays du pourtour méditerranéen ou encore au Jard anglais et aux petites rues cachées du centre-ville de Châlons. Lors d’une exposition personnelle à l’abbaye de Vinetz, le maire de Châlons, Benoist Apparu lui dira : « Quelle belle idée de donner des couleurs méditerranéennes à notre ville de Châlons ! ». En effet, Anne-Marie Arethens, une artiste qui au travers de ces créations volontairement colorées, nous insuffle du baume chatoyant au cœur. Ses œuvres discrètement chamarrées transcendent d’une douce mais affirmée féminité notre environnement quelquefois morose et un tantinet grisâtre. Post de Pierre Raffanel - Revue Post'Art #227 «  Roquefort des Corbières  » (acrylique)  © Anne-Marie ARETHENS  «  Leucate village  » (acrylique) affiche de l'expo "La ville en couleurs"  © Anne-Marie ARETHENS  «  Céret  » (acrylique)  © Anne-Marie ARETHENS

  • Interview de C215 Christian GUÉMY, artiste urbain et pochoiriste

    Pierre Raffanel : Merci à vous de nous accorder de votre temps, de votre disponibilité… C215 : C’est avec plaisir ! PR : Pourquoi ce nom C215 ? C215 : Par hasard, ça n’a aucun sens. A la base, le street art est souvent lié à l’anonymat avec beaucoup de références à l’univers des codes et de tout ce qui peut être crypté . PR : Vos débuts d’artiste ? C215 : C’est mon entourage qui m’a encouragé. Je n’ai pas de formation, je suis autodidacte. PR : Votre notoriété, comment vous l’appréhendez ? C215 : Si j’avais su, ça m’aurait drôlement impressionné !! PR : Ah bon ! mais satisfait quand même ? C215 : Bien sûr je suis content, mais parfois j’ai quelques regrets, notamment avec le recul je n’aurais pas donné mon vrai patronyme pour préserver ma sphère privée… Nostos, Christian Guémy dit C215, boîte aux lettres 2012, pochoir et acrylique sur boîte aux lettres murale (© Adagp Paris 2019 © Musée La Poste—La Poste 2019—Thierry Debonnaire) PR : Vos œuvres sont-elles à « messages » ? C215 : Non pas de réelle logique qui se répercute d’une œuvre à une autre, mais plutôt une logique basée sur mon outil de travail principal, mon scalpel : je passe le plus clair de mon temps à découper mes pochoirs à la main…en ce moment, je suis content d’avoir retrouvé une forme de spontanéité de mes débuts, avant d’être professionnel ; je travaille avec moins de contraintes qu’avant. PR : Comment abordez-vous votre travail créatif d’artiste urbain ? C215 : J’aime être libre dans l’approche, dans l’espace-temps…dans la rue : vous peignez, vous partez, après votre toile elle est détruite, abimée, effacée… vous n’êtes pas confronté à une validation, à une humiliation. PR : Justement, que pensez-vous des vols de street art, par exemple des boîtes aux lettres ,qui deviennent monnaie courante depuis quelques années ? C215 : Ça m’embête surtout pour La Poste et pour les usagers ! Si je fais une œuvre dans l’espace public, c’est pour qu’elle profite à tous. Mais je trouve attristant que l’œuvre fasse l’objet d’une convoitise liée à une marchandisation . PR : Pour La Poste, vous avez déjà créé plusieurs timbres , une série de portraits pour la Croix-Rouge française entre autres, avez-vous un projet en cours ? C215 : Oui, le portrait de Paul-Emile Victor pour pour le territoire des Terres australes et antarctiques françaises. Je crois à la fonction caritative du timbre qui permet de donner à des causes ou à des associations. Carnet de 10 timbres La Croix Rouge française . Portraits d’anonymes réalisés au pochoir par Christian Guémy  dont celui de sa grand-mère Micheline Bonnefon (timbre à droite) (© La Poste, photographies de créations de C215) PR : Quelles sont vos influences, vos artistes références ? C215 : Avec le temps, j’ai l’impression que c’est Ernest Pignon Ernest. Si je devais en citer d’autres je dirais Ben Vautier, Le Caravage et Banksy. PR : Avez-vous déjà collaboré avec d’autres artistes ? C215 : Un peu mais de moins en moins. Mes créations sont de plus en plus orientées par des considérations de société, d’opinions. Ce n’est pas évident de s’associer avec un autre artiste sur une œuvre commune et de suivre le même message, d’être sur la même « ligne »… PR : L’art urbain est-il « en opposition » à la peinture et aux peintres « traditionnels » ? C215 : Non, c’est juste une évolution des techniques par exemple l’utilisation de la bombe aérosol et aussi le dispositif multimédia, internet qui a fait évoluer la représentation. PR : D’accord mais l’approche est sensiblement différente tout de même ? C215 : Oui car tout est intégré dans l’œuvre elle-même, sa diffusion virale sur internet, sa diffusion dans l’espace public avec les personnes qui vont s’approprier l’œuvre avec les photos. C’est pensé autrement. PR : Peut-on parler d’une « démocratisation » de la peinture ? C215 : On peut dire ça, en tous cas il y a moins d’intermédiaires. PR : L’art urbain et le droit d’auteur, à qui appartiennent les œuvres de street art ? C215 : Les objets, les supports sur lesquels je peins appartiennent à leurs propriétaires. L’œuvre est protégée par le code de la propriété intellectuelle même si elle est peinte sans autorisation. Souvent il y a un accord avec l’artiste et le propriétaire « patrimonial » du support de l’œuvre (mur, boîte aux lettres, porte, bornes…). PR : Quelles sont vos méthodes de travail et comment vous définiriez-vous ? C215 : Essentiellement comme un portraitiste. J’effectue en amont un travail préparatoire sur le modèle à l’aide de pochoirs. Puis suivant le support, le temps qui m’est donné par le commanditaire, le projet, j’utilise différentes techniques mais la bombe aérosol reste mon outil principal. Post de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art - novembre 2020 Parallel Universe - Show & Tell Gallery      Exposition à Toronto de C215 avec Logan Hicks © C215 -Adagp Paris 2020

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