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- Christian FOUQUET, aquarelliste
L’Art de l’engagement et la passion du partage Bourse maritime de Bordeaux (aquarelle) © Christian FOUQUET Post de Pierre Raffanel - hommage à Christian Fouquet en 2020 Christian Fouquet nous a quittés en mai 2020. Membre pilier de La Société Artistique Aquitaine pendant plus de 40 ans, il laisse derrière lui le souvenir d’un homme dévoué, d'un artiste accompli et d'un président au grand cœur. Dès 1984, Christian transmettait déjà sa passion. Que ce soit au Palais Galien à Bordeaux ou au sein de l'Association Artistique des PTT Telecom, il enseignait l'aquarelle avec une maîtrise rare des couleurs et de la lumière. Pour beaucoup, il incarnait « l'œil du Maître », celui qui savait croquer une pinasse du bassin d’Arcachon les yeux fermés ou révéler l'orangé d'un ciel là où d'autres ne voyaient que du bleu. Ses aquarelles, lumineuses et vibrantes, restent aujourd'hui le plus beau témoignage de sa sensibilité. Des quais de Bordeaux aux vignobles girondins, des portraits ridés aux natures mortes, il savait donner vie au papier avec une précision d'instructeur et une humilité d'artisan. Christian Fouquet à l'atelier de Bègles en 2016 © DR Société artistique Aquitaine De secrétaire à Président, Christian a tout donné pour faire vivre son association. Derrière une exigence parfois forte — envers lui-même comme envers les autres — se cachait une volonté farouche de maintenir une qualité d'exposition exceptionnelle. Il ne comptait pas ses heures : vérifiant, dirigeant, proposant sans cesse. Son énergie communicative a permis de traverser les époques, des disquettes informatiques aux nouveaux locaux, sans jamais perdre l’essentiel : les valeurs de convivialité, de partage et de respect. Jean-Louis Moiret nous confiait : « Pour Christian, l'attention à l'autre n'était pas un vain mot, mais une véritable obligation morale. » Marée basse (aquarelle) © Christian FOUQUET Évoquer Christian, c’est aussi se souvenir de son atelier personnel, véritable fourre-tout créatif où les pinceaux côtoyaient les derniers ordinateurs. C’est se rappeler son frigo, toujours plein pour accueillir l'ami imprévu et « refaire le monde » autour d'un encas. Ses amis, Christian Rech et Alain Assémat se souviennent avec émotion de ses rituels : le petit verre de whisky-coca, la cigarette, et ce fameux message sur son répondeur : « Je vous rappellerai dès mon retour » . Ils évoquent leurs fous rires sur les quais, les siestes au Parc de la Tête d'Or et les discussions lors des trajets en train pour les salons de Rouen, Dijon, Amiens. La pinasse (aquarelle) © Christian FOUQUET Homme de terroir, il aimait à cultiver ses tomates géantes, son figuier et contait ses combats épiques avec les oiseaux pour protéger ses cerises. Fier de son accent du Sud-Ouest, Christian était un homme élégant, « tiré à quatre épingles », mais d'une simplicité désarmante. Que ce soit à Claouey face au bassin d’Arcachon ou lors de ses échanges de tableaux à mi-chemin entre Bordeaux et Toulouse avec l’association artistique toulousaine, il privilégiait toujours le lien humain. Il a su encourager les vocations, comme celle de Christine Labadie à qui il a donné la confiance nécessaire pour enseigner la peinture à l'huile, ou celle de Claudie Bousquet qu'il a guidée dans les méandres de la gestion associative. Bassin d'Arcachon (aquarelle) © Christian FOUQUET « Je ne peux pas te dire "chapeau l'Artiste" car tu portais la casquette, mais tes aquarelles lumineuses nous guideront sur le petit chemin de la vie. » Marie-Laure Lamontagne. Christian nous laisse une leçon de finitude et d'impermanence, mais surtout un héritage artistique et humain indélébile. Merci, Christian, pour ces 40 années de couleurs partagées. Adishatz, l'ami. Musiciens (aquarelle) © Christian FOUQUET Gare de Bordeaux (aquarelle) © Christian FOUQUET Grand Piquey, Cap Ferret (aquarelle) © Christian FOUQUET
- Laure CHEVALIER : entre code et couleur, entre logique et lumière
Cette rencontre avec Laure CHEVALIER fut en ce jour du 29 juin 2025 au pavillon du Verdurier, en plein cœur de Limoges, une véritable bouffée régénérante, un ping-pong d’échanges vivifiants. Je vous transcris nos propos sous la forme d’une prose en liberté à l’image de cette artiste qui ne cherche ni la ligne droite ni la conformité et où l’on perçoit immédiatement que rien, chez elle, n’est tiède ni convenu. Cropped logo (digital art) ©Laure CHEVALIER Science et peinture : le grand écart fertile Elle est de ces profils rares, difficilement résumables. Biologiste de formation, informaticienne de métier, peintre par nécessité intérieure, Laure Chevalier incarne une sorte de tension féconde entre rigueur rationnelle et créativité débridée. Depuis 2003, elle évolue dans l’univers structuré de la Banque Postale. Son CV est une spirale ascendante dans l’univers des technologies : ingénieure Software développement, chargée de mission – application repository manager – ScrumMaster junior, cheffe de projet monétique, jusqu’à son rôle actuel de responsable 3DS pour les paiements en ligne. Un poste exigeant, minutieux, exigeant de la précision dans chaque décision, du calme dans la tempête. Mais en parallèle, un autre monde s’agite. Un monde silencieux, intérieur, souvent tenu secret pendant des années, qu’elle révèle peu à peu. Ce monde-là est peint, esquissé, rêvé ; un subtil mélange d’art digital et de peinture à l’huile. Une vocation contenue Gamine déjà, elle dessinait. Plein de gribouillis sur les murs de sa chambre. Tellement que ses parents ont dû retapisser. Il y a chez elle ce geste qui ne demande pas d’autorisation, ce besoin de tracer, de représenter, de s’exprimer — sans autre médiation que le crayon levé. Un souvenir de dernière année d’école maternelle flotte, celui d’un professeur d’arts plastiques. Mais ensuite ? Aucun encouragement, aucun signal. Une filière scientifique choisie par raison. Elle parle aujourd’hui, sans amertume mais avec lucidité, de ces phrases entendues trop souvent : « T’en feras rien. » « Faut faire quelque chose de sérieux. » Des phrases qui sonnent encore, longtemps après. Le résultat ? Un jardin secret, un monde intérieur resté en jachère trop longtemps. Elle confie aujourd’hui quelques regrets de ne pas avoir osé, de ne pas avoir intégré une école d’art plus tôt, de ne pas s’être opposée à certaines injonctions. Mais aujourd’hui, elle peint. Et elle parle. Elle se dit « esprit Renaissance » , curieuse insatiable, toujours entre deux mondes. Le seuil (huile) ©Laure CHEVALIER 2015 : l’année du basculement À l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Limoges, elle suit des cours en parallèle de sa vie professionnelle. Romain Larbre l’aide à sortir de sa « zone de confort créative ». Sa première immersion dans un atelier public de peinture à l’huile, en 2015, est une épiphanie : « Jamais je ne me suis sentie autant à ma place, en phase. Instinctivement je savais quoi faire. » Il ne s’agissait pas d’apprendre, mais de retrouver quelque chose, une mémoire sensorielle peut-être, un geste enfoui, une connexion … Avant cela, pendant une dizaine d’années, elle crée déjà, en bénévole des visuels pour l’association EnDanse, des flyers, des affiches, des supports numériques. Le digital, elle continue à l’utiliser, pas en œuvre finale mais en traitements intermédiaires, en prémaquettes comme travail préparatoire. Elle y revient quand le temps manque, quand l’huile demande cette lenteur qu’impose son séchage. « Quand t’es pas sûr de ton idée, plutôt que d’investir dans du matériel, le numérique est bien pratique. » Le digital lui permet de maintenir le fil, de ne pas perdre le souffle créatif entre deux temps de vie, entre deux obligations professionnelles. Mais pour l’œuvre finale, c’est bien à la peinture qu’elle revient : cette matière vivante, indocile, profonde. Un univers pictural fait de seuils, de décalages, d’énergies contradictoires Des récurrences dans son discours pictural : passage, transition, changement d’état. Il y a dans ses toiles un monde en perpétuel basculement. Des seuils franchis. Cette captation de moments où l’ombre passe à la lumière et réciproquement : « Chaque moment est un lieu et chaque lieu est un moment. » Ses œuvres saturées de couleurs primaires explosent d’énergie, comme une réponse à l’austérité du quotidien. Cadrages dynamiques, souvent proches de l’instant capturé. Licornes, symboles d’espoir, de réenchantement. Boxeuses tendres serrant des peluches. Des interprétations non-manichéennes où elle « fuit comme la peste les idées tranchées », les « émotions brutes », elle préfère instiller dans ses réalisations de subtils détails, parler de l’humain dans sa normalité, dans ses nuances. Sa technique picturale la pousse vers un réalisme poussé, ses tableaux flirtent avec l’hyperréalisme. Elle admire ces artistes qu’elle appelle des « imprimantes sur pattes », mais sourit en disant que ses verres progressifs l’empêchent d’atteindre ce niveau de technique ! Elle cite Magritte, Pollock, Frida Kahlo et aussi Boulet, le dessinateur-blogueur, pour l’humour et la tendresse du quotidien. Une œuvre en mouvement, une parole qui s’affirme L’artiste oscille encore, comme une aiguille entre deux pôles : faut-il faire des œuvres esthétiques, lisibles, reconnaissables, faciles à identifier ? Ou au contraire, se laisser porter par l’instinct, au risque de la dispersion ? Elle sait ce qu’on lui conseille : faire « des œuvres de la même veine », reconnaissables. Mais elle n’en a pas envie. Dans sa série des « Invisibles », des personnages sans tête, elle cherche à transmettre l’universalité, à effacer les identités trop marquées. Le mouvement fonctionne, dit-elle, mais les vêtements trahissent encore les genres. Rien n’est simple. Elle refuse en bloc le cliché de l’artiste maudit : « Est artiste celui ou celle qui accepte de mourir de faim ? » Son credo est à l’opposé : « Chaque être humain porte en lui un minimum de créativité. » Créer n’est pas un privilège, c’est une faculté humaine. Pas besoin d’autorisation pour créer. Pas besoin d’étiquette. Pas besoin de permission pour peindre ce qui déborde. Laure Chevalier est à la fois femme de chiffres, peintre instinctive et singulière, funambule entre ombre et lumière. Interview de Laure Chevalier par Pierre Raffanel - juin 2025 « Déesses contemporaines » Tiamat - Badhbh - Lethe - Lamasthu - Yavanna - So childish 2 - So childish "Hug me we're humans" - Nehalennia la boxeuse- Zeleia ( huiles) ©Laure CHEVALIER Une série picturale de Laure Chevalier librement inspirée de mises en scène photographiques réalisées avec de proches amies. Cette série de portraits réinvente les figures mythologiques féminines à travers une relecture contemporaine, intime et engagée. Le travail de l’artiste mêle technique picturale, exploration des textures et regards croisés entre Histoire, mythe et vécu personnel. Dans cette galerie de « déesses contemporaines », chaque figure convoquée — qu’elle provienne des panthéons anciens (babylonien, grec, celte, mésopotamien) ou d’univers fictionnels (Tolkien) — devient le support d’un questionnement sur la représentation féminine, le pouvoir, la mémoire et la résistance. Ici, les femmes ne sont plus muses, objets, ou simples symboles : elles sont actrices, puissantes, parfois monstrueuses, toujours souveraines. « Les dés sont pipés depuis des millénaires », affirme l’artiste. À la croisée du féminisme, du mythe et de l’expression plastique, ses « Déesses contemporaines » proposent une relecture puissante et poétique des archétypes féminins, comme autant de contre-récits face aux silences de l’Histoire. TIAMAT , matrice originelle et chaos sacré, mère de tous les dieux, déesse babylonienne, personnification des eaux primordiales. BADHBH , déesse corneille de la guerre celte. YAVANNA , nourricière fictive et Reine de la Terre. LETHE , déesse grecque, allégorie de l’oubli et du passage. LAMASHTU , démone mésopotamienne des douleurs occultées. NEHALENNIA , divinité maritime protectrice : chacune devient figure-totem, incarnation d’un combat, d’un souvenir ou d’une émotion partagée. ZELEIA , cité oubliée de la Troade. En contrepoint, SO CHILDISH , première huile de l’artiste, s’élève comme un manifeste. Née de la stupeur et de l’indignation face à la première élection de Donald Trump, la boxeuse tend ses bras : « Hug me, we’re humans » — « Serre-moi dans tes bras, nous sommes des humains ».Une invitation à la tendresse, mais aussi à la lutte. Une fragilité armée. « Les invisibles » La dame aux couleurs - Spirits in the sky - Le banc - Breaking - L'année venait à peine de commencer - Anaérobie - Prochaine séance ( huiles) ©Laure CHEVALIER
- Interview de Xavier CARRèRE, sculpteur et plasticien
Xavier CARRèRE dans son atelier show-room ©2023 Photo Pierre Raffanel Xavier Carrère nous a ouvert chaleureusement les portes (en « Herbes folles ») de ses ateliers nichés au cœur des Landes où nous avons pu découvrir son univers artistique – prolifique et élégant , son audacieux talent et sa sensibilité indéniable et peut-être même l’expression d’une certaine philosophie de vie ! Pierre Raffanel : Êtes-vous artiste verrier, souffleur de verre, sculpteur ? Xavier Carrère : Je dirais sculpteur et plasticien. J’ai réalisé essentiellement des pièces en verre mais j’ai beaucoup associé cette matière à d’autres matières (bois, bronze, béton, fer, pierre, acier...). Je n’ai pas voulu me nommer souffleur de verre car réducteur par rapport à mon travail, verrier c’est trop vaste, trop générique ! PR : J’ai cru lire que votre formation avait commencé avec votre oncle maternel ? Xavier : Oui pour le verre, avec Robert Pierini, lui-même formé à la verrerie de Biot près d’Antibes pour d’abord un travail sur un verre utilitaire (verres à pied, carafes), puis s’installant à son compte en 1980 il aura rapidement une recherche personnelle. À cette époque c’est le début des petits ateliers individuels en France, Allemagne, Europe. L’accès aux couleurs, aux acides était difficile ; il n’y avait que des industries de verre, les petites unités n’existaient pas. J’ai vu naître cette évolution. Mon oncle a commencé à imaginer des décors sur des vases, s’inspirant de la nature, de poissons, d’ailes de papillon… il a fait des recherches sur les oxydes métalliques, les couleurs et a réussi à imposer un style, une signature. PR : Avez-vous fréquenté une école d’art ? Xavier : Mon apprentissage « technique » s’est fait en assistant mon oncle : dosage d’une bonne quantité de verre au bon moment, à la bonne température. Cet apprentissage a bien duré 5 à 6 ans : répétition des gestes pour assurer une juste précision. En parallèle, avant de travailler le verre, dès mon plus jeune âge, j’ai toujours dessiné, peint, sculpté, avec une nécessité de s’exprimer au travers de l’art. Dès que j’ai eu un minimum de maîtrise, tous les soirs mon oncle me prêtait son atelier et seul, je m’essayais à créer mes premières pièces. Rapidement, mes réalisations ont été remarquées par des galeries et mes œuvres ont pu être exposées. La curiosité, mes observations de différentes techniques lors de mes voyages aux États-Unis, dans les pays de l’Est ont été essentielles à mon apprentissage ; elles m’ont ouvert des horizons. PR : Vous avez été formateur au sein de l’association ADAC à Paris ? Xavier : Oui pendant 3 ans, j’ai été responsable de l’atelier de verre soufflé et cela a été un formidable tremplin car à l’époque j’aurais voulu m’installer mais je n’avais pas les moyens financiers. Lors d’une Biennale internationale au musée Fernand Léger à Biot où j’avais été sélectionné, une rencontre avec le responsable de l’atelier de verre soufflé – chalumeau de l’ADAC m’a permis d’intégrer cette association. Ce fût une magnifique opportunité car, en dehors des cours d’initiation que je prodiguais, j’ai pu faire des recherches à l’atelier pendant les vacances scolaires. Ce fût une période d’intenses activités. J’organisais régulièrement des démonstrations de souffleurs de verre qui permettaient aux élèves d’observer le travail de ces artistes. J’ai pu inviter l’un des plus grands maîtres verriers Lino Tagliapietra, c’était la première fois qu’un artiste italien venait montrer ses techniques en France. "Ovolites" - plage côte landaise ©Xavier CARRèRE PR : Pourquoi n’êtes-vous pas resté en région parisienne ou dans votre terre originelle le Var ? Xavier : Parce que j’ai préféré une région plus sereine, les Landes. À l’époque, le week-end je me baladais un peu, j’ai découvert Orthez lors de mes études de photographie et j’ai aimé l’espace, la tranquillité de cette région. Et malgré mon statut de chômeur suite à mon départ de Paris, j’ai été surpris par l’accueil très chaleureux à mon arrivée. C’est par l’entremise d’une amie rencontrée lors de mes études à l’école de photographie que je me suis installé à Soustons, j’ai loué un espace de 100m2 en plein centre-ville, j’ai récupéré quelques réalisations de collègues artistes et j’ai commencé en été une activité de galeriste. Puis j’ai trouvé un atelier perdu dans les bois de Soustons où j’ai exercé une activité de souffleur de verre, de performances qui attiraient des visiteurs pendant 2 à 3 ans. PR : Quand votre vocation a-t-elle pointé le bout de son nez ? Xavier : J’ai envie de dire presque à la naissance, j’ai eu ce besoin de m’exprimer par la matière. En revanche, je n’ai pas été doué pour les études, je m’ennuyais un peu, j’étais rêveur, un peu tricheur. N’étant pas très à l’aise avec les potes de mon âge, je préférais la fréquentation de personnes plus âgées comme certains de mes professeurs. PR : Pour vos sculptures en verre, la lumière est-elle essentielle ? Xavier : Pas toujours, j’ai fait des moulages de sculptures en verre pour faire des bronzes qui produisait un résultat très satisfaisant grâce au volume des formes polies, rondes. Xavier CARRèRE dans son atelier ©2023 Photo Pierre Raffanel PR : Du coup vous n’êtes pas vraiment dans la quête d’une résultante de couleurs qui amènerait à un certaine luminosité, une transparence? Xavier : Tout à fait, c’est-à-dire que je me suis toujours méfié de la séduction que pouvait apporter le verre. Effectivement cette transparence nous attire mais je trouve cela trop réducteur. Une sculpture en béton par le biais du symbole qu’elle dégage, par ses formes peut tout autant nous séduire. C’est vrai que je peux être aussi attiré par le jeu des effets et prismes d’optique comme certains maîtres tels Yan Zoritchak mais c’est un autre registre. PR : Quelle est l’origine du mot Ovolite dont vous nommez certaines de vos créations ? Xavier : C’est un ami poète qui a trouvé l’idée, suite à une de mes installations d’alignement de 66 bulles de verre sur la grande plage de Biarritz en 1998. Ovo signifiant l’œuf et lite la pierre. Puis l’idée de les suspendre sur tes tiges métalliques m’est venu en observant les forêts de pin devant mon ancien atelier à Soustons. Ces ovolites sont devenus une de mes signatures. PR : Avez-vous un processus d’inspiration ? Xavier : Je ne me suis jamais enfermé dans un processus déterminé. À partir du moment où je ne me fais plus plaisir, que je sens que je me copie, je passe à autre chose. Le grand plaisir dans la création est d’aller dans des territoires inconnus, de se surprendre soi-même, quitte à se tromper, à faire des erreurs et avoir des périodes d’errance pour mieux rebondir. PR : A ce propos, après une période où vos œuvres étaient inspirées par le thème du « Lien », votre dernière exposition « I love your imperfections » s’est nourrie du Kintsugi, cet art séculaire japonais qui consiste à réparer des objets cassés ? Xavier : C’est mon mariage en 1999 qui m’a inspiré le thème des « Liens », les liens plus ou moins tendus, les liens qui te laissent vivre, les liens qui t’étouffent…qui m’a permis de faire interagir différentes matières pour la création de mes sculptures. Puis un divorce, des changements de vie, ces liens qui se cassent m’ont amené à la conclusion que ces liens existent à vie et qu’ils te sont intrinsèquement liés et qu’il faut les accepter. C’est là que je me suis intéressé au Kintsugi , cet art d’accepter ces fêlures, de réparer et sublimer ces échecs, en quelque sorte de résilience. Kintsugi - Xavier CARRèRE ©2023 Photo Pierre Raffanel PR : Quel est l’origine du Kintsugi ? Xavier : Cet art japonais remonte au XVe siècle lorsque le chef de guerre japonais dénommé Ashkaga Yoshimasa cassa son bol fétiche lors de la cérémonie du thé. Il le renvoie alors en Chine pour le faire réparer, les artisans percent le bol et lui mettent des agrafes. Le résultat lui déplait et il met alors au point une technique avec des laques naturelles pour le restaurer : scotch, mise à l’abri de la lumière avec un certain taux d’humidité, puis une succession de séchages, ponçages et apposition de laques et la dernière étape saupoudrage d’or. le Kintsugi by Xavier CARRèRE ©2023 Photo Pierre Raffanel PR : Que ce soit en arrivant aux abords de votre atelier ou dans votre lumineux et spacieux showroom où nous sommes, j’ai pu admirer des créations grand format ? Xavier : Ce sont des pièces plutôt prévues pour des extérieurs. J’ai un assistant qui est un bon soudeur qui m’aide pour ces réalisations. PR : Votre atelier a hébergé une sorte de musée du verre ? Xavier : Dès que j’ai fait l’acquisition de ce lieu à Magescq, j’ai constitué une collection de collègues verriers. Suite au décès d’un ami artiste, j’ai voulu lui rendre hommage en lui créant un espace dédié puis est venu l’idée de raconter l’histoire et les évolutions du verre contemporain depuis les années 80 car j’ai eu la chance de voir la création du premier de verre soufflé en France à Dieulefit dans la Drome. J’ai demandé à chacun des verriers des ateliers disséminées sur le territoire de confier une de leurs créations et nous avons constitué une association. Cela a duré 5 ans ; des estrades dans l’atelier, des démonstrations de verre soufflé, une partie pédagogique avec des scolaires, des curistes. Puis la gestion devenant trop contraignante, j’ai confié cette collection au Musée- Centre de verre de Carmaux. PR : J’ai pu contempler quelques-unes de vos créations chez les étoilés Coussau au Relais de la Poste, comment votre relation s’est-elle nouée ? Xavier : Très simplement. Dès mon arrivée dans les Landes, j’ai voulu louer leurs vitrines pour exposer mon travail, mais l’accueil que m’a réservé le chef doublement étoilé a été plus généreux. Ce fût le début d’une belle relation d’échanges mutuels qui perdure encore aujourd’hui. Je reconnais que d’avoir été adoubé par les Coussau m’a conféré et me confère une certaine notoriété. PR : Avez-vous eu des collaborations avec d’autres artistes ? Xavier : Oui, lors du Festival d’arts numériques « Collisions » en 2018 organisé par le Fablab l’Établi à Soustons. L'originalité du festival a reposé sur la constitution de binômes d'artistes régionaux issus d'un côté des arts numériques, de l'autre des arts plastiques s'engageant à mixer et confronter leurs disciplines et leurs démarches artistiques pour créer des œuvres originales hybrides. PR : Votre fils Iban (Jean en basque ) crée des bijoux, lui avez-vous transmis votre passion artistique ? Xavier : Il a fait un cursus scolaire jusqu’au bac, a commencé des études de communication mais il a eu une révélation : « Je veux être bijoutier » . Il a suivi des cours à Hossegor avec Armand Varailhon, bijoutier à la retraite et s’est lancé dans l’aventure de la création de bijoux, avec pour inspiration les thèmes de l’océan, du surf et pour la fabrication, un ancrage très local. PR : Avez-vous d’autres projets ? Xavier : Rencontrer de nouvelles galeries qui accueilleraient mes sculptures d’extérieur. (chronique de Pierre Raffanel dans la revue Post'Art 11 - décembre 2023) "Ovolite Post'Art" Xavier CARRèRE - Couverture Post'Art #227 ©2023 Photo Pierre Raffanel
- La fabrication d'un vitrail
Selon la technique traditionnelle avec Coline FABRE Reportage de Pierre Raffanel à l'atelier de Coline Fabre à TUSSON . Photographies de Marie Bueno Le vitrail est prêt à être posé ! © 2021 photo Marie Bueno U n vitrail est une cloison de verre translucide constituée de pièces de verres, colorés ou non, et sertis dans du plomb. Les verres sont colorés dans la masse, ils peuvent recevoir un décor peint avant le sertissage. Cet article présente les différentes étapes à suivre pour la fabrication d’un vitrail. Choix des verres avant la coupe © 2021 photo Marie Bueno Le tracé Pour faire un vitrail il faut d’abord le dessiner sur du papier : d’abord une maquette à l’échelle de 1/10 ème , puis l’agrandissement qu’on appelle le « carton gradeur ». D’après ce carton on fait deux tracés qui indiquent l’emplacement des plombs : un tracé sur papier calque, un tracé sur papier canson. Chacune des pièces est numérotée et sa couleur est indiquée. Maquettes ©Photo Coline Fabre Le calibrage Le tracé sur papier canson est découpé avec des ciseaux à trois lames. Cela enlève une petite bande de papier de 2mm, l’espace qui sera nécessaire à l’emplacement du plomb. On obtient donc des calibres en papier avec lesquels on coupera les verres. Le papier calque servira à reconstituer le puzzle une fois les verres coupés. La coupe des verres Les verres sont coupés avec un diamant ou une roulette. Les calibres sont triés par couleurs. Ils sont placés sur les feuilles de verres colorés, le diamant suit le bord du calibre le plus précisément possible et on détache la chute de verre avec des pinces. Plus la coupe est précise, plus la mise en plomb sera aisée. Peinture à la grisaille © 2021 photo Marie Bueno La peinture à la grisaille Ensuite les verres peuvent être peints à la grisaille. La grisaille ne sert pas à colorer le verre, car le verre est déjà coloré. Elle peut être posée en opacité ou en voile transparent. Par exemple les traits opaques peuvent dessiner les traits d’un visage, les plis d’un habit et la grisaille passée en voile fin indiquera les ombres et les lumières. Cuisson © 2021 photo Marie Bueno La cuisson La grisaille est un oxyde métallique mélangée à un fondant. Ce fondant fond à la même température que le fondant qu’il y a dans le verre. Une fois peints, les verres sont cuits dans un four à 630° : à cette température, le verre rougit, se ramollit. Les fondants fondent, et s’amalgament entre eux : après le refroidissement la grisaille fait partie du verre, à la manière d’un émail sur de la céramique. Sertissage © 2021 photo Marie Bueno Le sertissage Après la cuisson, le puzzle est reconstitué sur le calque et on procède à la mise en plomb. Le plomb est constitué de la partie verticale de 2mm, le cœur de plomb, et des parties horizontales, les ailes, qui peuvent aller de 3 à 20mm. Les verres s’encastrent contre le cœur et entre les ailes. Le sertissage se fait à plat sur des tables en bois, et à froid : on ne coule pas le plomb. Les plombs se coupent avec un couteau plat bien affuté. Sertissage © 2021 photo Marie Bueno La soudure Une fois le sertissage terminé chaque intersection est soudée avec une baguette d’étain : il fond à plus basse température que le plomb et la soudure peut se faire sans que ne fonde le plomb. La soudure se fait des deux côtés. Soudure © 2021 photo Marie Bueno Soudure © 2021 photo Marie Bueno Le masticage Le vitrail est mastiqué avec un mastic liquide (fait maison !) constitué d’huile de lin, blanc de Meudon, noir de fumée. Le vitrail est alors rigide et étanche. Et le vitrail est prêt à être posé ! Du plomb © 2021 photo Pierre Raffanel Outils de peinture ( dans l’ordre) : 1 pinceau trainard pour le trait 2 pinceau à lavis pour étaler la grisaille 3 blaireau pour répartir la grisaille en modelés 4 putois pour donner une texture au lavis 5 et 6 brosses pour des enlevages sur les fonds de grisaille 7 couteau palette pour mélanger la grisaille à l’eau 8 pilon pour broyer la grisaille Outils de peinture © 2021 photo Pierre Raffanel Outils de vitrail (dans l’ordre) : 1 et 2 Diamant et roulette pour couper le verre 3 pince à détacher le verre 4 pince à gruger le verre 5 et 6 couteaux de montage 7 trois clous de montage 8 marteau de montage 9 fer à souder Outils de vitrail © 2021 photo Pierre Raffanel
- Anne-Marie ARETHENS in situ
Post de Pierre Raffanel - Revue Post'Art #227 Le goût des formes géométriques et des couleurs lumineuses « Bésalu » (acrylique) © Anne-Marie ARETHENS Direction Fagnières dans l’atelier de l’artiste, autodidacte et passionnée, Anne-Marie Arethens dans cette petite ville périurbaine du département de la Marne, près de Châlons-en-Champagne ou plus exactement à la rencontre de son couple. J’ai comme une vague impression qu’elle et son mari Gérard sont inséparables, à la ville comme à l’atelier ! Nous sommes accueillis avec chaleur et grande convivialité dans leur doucereux pavillon, en terre « connue », Gérard venant, l’an dernier, de céder sa place de Président de la Société Artistique Champagne-Ardenne à François Vigneron. Anne-Marie ARETHENS dans son atelier © Photo Pierre Raffanel Anne-Marie a dessiné et peint dès le plus jeune âge, avant même son entrée à l’école primaire. Elle habite à la campagne et se retrouve rapidement seule à la maison car, benjamine de la famille, ses deux frères ayant respectivement 15 et 8 ans d’écart d’âge, le grand étant parti de l’école en apprentissage et le deuxième en pension à Châlons. Cette précocité sera encouragée par les instituteurs et professeurs de dessin et tout son temps libre sera consacré à sa passion naissante. Elle aurait aimé faire les beaux-arts mais ses parents lui disent : « quel intérêt ? ». Elle commence alors un travail de secrétaire, une année durant dans un garage Renault. Puis, parallèlement dès 16-17 ans, elle prendra des cours de peinture par correspondance à la Famous Artists School située à Cannes La Bocca pour peaufiner sa technique : « J’envoyais mes dessins et ils me revenaient corrigés. Puis il y a eu une pause… ». « Composition » (acrylique) © Anne-Marie ARETHENS Avant 1992, sa priorité sera sa vie de famille, ses jumeaux et sa fille qu’elle cumulera avec un parcours professionnel riche d’expériences diverses et de rebondissements. Grâce à l’entremise de son époux, elle travaillera pendant 22 ans à la coopérative agricole, 42 heures hebdomadaires, d’abord près du silo Champagne Céréales puis, en 1992 l’entreprise fusionne et déménage sur Reims. Anne-Marie, prime de licenciement en poche, se fait alors recruter chez Atebat, un architecte, juste à côté de son domicile. Ce sera le déclic, un parfum de liberté, du temps libéré, elle reprendra alors le pinceau…et participera à des ateliers dans un centre social et culturel : la MJC du Verbeau. Ensuite deux ans après, même scénario, comme une histoire qui se répète : l’entreprise déménage à Reims et elle ne veut pas partir. Elle trouve un CDD de secrétaire pendant un an chez un plombier-chauffagiste ; puis en remplacement d’un congé-maternité elle travaillera pour la mairie à la foire de Châlons-en-Champagne. Ensuite elle se fera embaucher à La Poste (encodage dans un centre courrier) puis au service crédit au centre financier. Ses dernières années de salariée se dérouleront au service communication de la mairie de Châlons. « Le lavoir » (acrylique) © Anne-Marie ARETHENS Mais revenons en 1992, l’année qui a réenclenché sa soif de peindre, son envie d’en découdre avec la matière picturale…En premier lieu, l’artiste réalisera des copies d’œuvres de grands maîtres : Renoir, Van Gogh...Elle y apprend son art. Cela lui permet d’acquérir de bonnes bases en peinture et d’essayer moultes techniques : pastel, huile, un peu d’aquarelle, peinture au couteau puis acrylique. Pas à pas, elle progresse, emmagasine de l’expérience personnelle grâce à des échanges avec des artistes d’une association fagniérote puis avec les peintres de la Société Artistique de Champagne-Ardenne. Au fil du temps, elle affine ses goûts, cherche « son style » et un jour de 2010, elle se décide : couleurs à satiété, projections de lumière et formes géométriques… Le point de départ de ses réalisations sont souvent des photos prises lors de vacances en famille à Collioure, Gruissan, Roquefort des Corbières, en Grèce ou en Italie comme le Ponte Vecchio à Florence. Puis sur l’ordinateur et avec l’aide de son mari, ils modifient les perspectives avec un logiciel de retouches d’images afin de trouver un équilibre de proportions qui soit à sa convenance. Quelquefois, suivant la taille de la toile choisie, elle applique des coefficients multiplicateurs adaptés. Elle dessine au crayon ses formes géométriques, patiemment, mathématiquement à la manière d’un « dessin industriel » , utilisant ses grilles de calcul, de multiples…un travail minutieux, méticuleux. Les ombres sont souvent réalisées à main levée. Ses thématiques récurrentes sont des paysages architecturaux en faisceaux de couleurs lumineuses et perspectives d’inspiration cubiste. « Ile de Ré » (acrylique) © Anne-Marie ARETHENS Lors d’une exposition collective à Sarry, l’aquarelliste André Chapsal lui confie amicalement : « Ton style c’est chouette, mais à la longue tu vas te lasser ! » Mais que nenni : ce style correspond parfaitement à son caractère, elle aime tout ce qui est rectiligne, ordonné avec une palette de couleurs sans cesse renouvelée. Sa méthode : le rangement ! Pour éviter de choisir les mêmes teintes, les tubes sont rangés et, à chaque nouvelle création, elle sélectionne de nouvelles tonalités. Pour réaliser ses aplats, les couleurs utilisées sont assez opaques, presque sans nuance pour représenter le plus souvent des paysages géométriques avec ou sans verdure. Ses toiles sont souvent des clins d'œil à la Bretagne, aux dédales atypiques des pays du pourtour méditerranéen ou encore au Jard anglais et aux petites rues cachées du centre-ville de Châlons. Lors d’une exposition personnelle à l’abbaye de Vinetz, le maire de Châlons, Benoist Apparu lui dira : « Quelle belle idée de donner des couleurs méditerranéennes à notre ville de Châlons ! ». En effet, Anne-Marie Arethens, une artiste qui au travers de ces créations volontairement colorées, nous insuffle du baume chatoyant au cœur. Ses œuvres discrètement chamarrées transcendent d’une douce mais affirmée féminité notre environnement quelquefois morose et un tantinet grisâtre. Post de Pierre Raffanel - Revue Post'Art #227 « Roquefort des Corbières » (acrylique) © Anne-Marie ARETHENS « Leucate village » (acrylique) affiche de l'expo "La ville en couleurs" © Anne-Marie ARETHENS « Céret » (acrylique) © Anne-Marie ARETHENS
- Interview de C215 Christian GUÉMY, artiste urbain et pochoiriste
Pierre Raffanel : Merci à vous de nous accorder de votre temps, de votre disponibilité… C215 : C’est avec plaisir ! PR : Pourquoi ce nom C215 ? C215 : Par hasard, ça n’a aucun sens. A la base, le street art est souvent lié à l’anonymat avec beaucoup de références à l’univers des codes et de tout ce qui peut être crypté . PR : Vos débuts d’artiste ? C215 : C’est mon entourage qui m’a encouragé. Je n’ai pas de formation, je suis autodidacte. PR : Votre notoriété, comment vous l’appréhendez ? C215 : Si j’avais su, ça m’aurait drôlement impressionné !! PR : Ah bon ! mais satisfait quand même ? C215 : Bien sûr je suis content, mais parfois j’ai quelques regrets, notamment avec le recul je n’aurais pas donné mon vrai patronyme pour préserver ma sphère privée… Nostos, Christian Guémy dit C215, boîte aux lettres 2012, pochoir et acrylique sur boîte aux lettres murale (© Adagp Paris 2019 © Musée La Poste—La Poste 2019—Thierry Debonnaire) PR : Vos œuvres sont-elles à « messages » ? C215 : Non pas de réelle logique qui se répercute d’une œuvre à une autre, mais plutôt une logique basée sur mon outil de travail principal, mon scalpel : je passe le plus clair de mon temps à découper mes pochoirs à la main…en ce moment, je suis content d’avoir retrouvé une forme de spontanéité de mes débuts, avant d’être professionnel ; je travaille avec moins de contraintes qu’avant. PR : Comment abordez-vous votre travail créatif d’artiste urbain ? C215 : J’aime être libre dans l’approche, dans l’espace-temps…dans la rue : vous peignez, vous partez, après votre toile elle est détruite, abimée, effacée… vous n’êtes pas confronté à une validation, à une humiliation. PR : Justement, que pensez-vous des vols de street art, par exemple des boîtes aux lettres ,qui deviennent monnaie courante depuis quelques années ? C215 : Ça m’embête surtout pour La Poste et pour les usagers ! Si je fais une œuvre dans l’espace public, c’est pour qu’elle profite à tous. Mais je trouve attristant que l’œuvre fasse l’objet d’une convoitise liée à une marchandisation . PR : Pour La Poste, vous avez déjà créé plusieurs timbres , une série de portraits pour la Croix-Rouge française entre autres, avez-vous un projet en cours ? C215 : Oui, le portrait de Paul-Emile Victor pour pour le territoire des Terres australes et antarctiques françaises. Je crois à la fonction caritative du timbre qui permet de donner à des causes ou à des associations. Carnet de 10 timbres La Croix Rouge française . Portraits d’anonymes réalisés au pochoir par Christian Guémy dont celui de sa grand-mère Micheline Bonnefon (timbre à droite) (© La Poste, photographies de créations de C215) PR : Quelles sont vos influences, vos artistes références ? C215 : Avec le temps, j’ai l’impression que c’est Ernest Pignon Ernest. Si je devais en citer d’autres je dirais Ben Vautier, Le Caravage et Banksy. PR : Avez-vous déjà collaboré avec d’autres artistes ? C215 : Un peu mais de moins en moins. Mes créations sont de plus en plus orientées par des considérations de société, d’opinions. Ce n’est pas évident de s’associer avec un autre artiste sur une œuvre commune et de suivre le même message, d’être sur la même « ligne »… PR : L’art urbain est-il « en opposition » à la peinture et aux peintres « traditionnels » ? C215 : Non, c’est juste une évolution des techniques par exemple l’utilisation de la bombe aérosol et aussi le dispositif multimédia, internet qui a fait évoluer la représentation. PR : D’accord mais l’approche est sensiblement différente tout de même ? C215 : Oui car tout est intégré dans l’œuvre elle-même, sa diffusion virale sur internet, sa diffusion dans l’espace public avec les personnes qui vont s’approprier l’œuvre avec les photos. C’est pensé autrement. PR : Peut-on parler d’une « démocratisation » de la peinture ? C215 : On peut dire ça, en tous cas il y a moins d’intermédiaires. PR : L’art urbain et le droit d’auteur, à qui appartiennent les œuvres de street art ? C215 : Les objets, les supports sur lesquels je peins appartiennent à leurs propriétaires. L’œuvre est protégée par le code de la propriété intellectuelle même si elle est peinte sans autorisation. Souvent il y a un accord avec l’artiste et le propriétaire « patrimonial » du support de l’œuvre (mur, boîte aux lettres, porte, bornes…). PR : Quelles sont vos méthodes de travail et comment vous définiriez-vous ? C215 : Essentiellement comme un portraitiste. J’effectue en amont un travail préparatoire sur le modèle à l’aide de pochoirs. Puis suivant le support, le temps qui m’est donné par le commanditaire, le projet, j’utilise différentes techniques mais la bombe aérosol reste mon outil principal. Post de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art - novembre 2020 Parallel Universe - Show & Tell Gallery Exposition à Toronto de C215 avec Logan Hicks © C215 -Adagp Paris 2020
- 150 ans d’impressionnisme
L’impressionnant hommage national à l’impressionnisme Anna Boch (1848-1936) Cueillette (1890) Huile sur toile 74 x 107 cm Collection particulière © Vincent Everarts Paris 1874, première exposition impressionniste. Monet, Renoir, Degas, Morisot, Pissarro, Sisley, Boudin, Bracquemond ou encore Cézanne ont la volonté en ce jour du 15 avril 1874 de s’affranchir des règles officielles et d’organiser leur propre exposition, sise 35 boulevard des Capucines. 150 ans déjà. Une occasion unique pour le Musée d’Orsay qui abrite la plus vaste collection au monde d’œuvres impressionnistes, de célébrer cette date anniversaire, considérée comme le point de départ d’une nouvelle vision artistique, le coup d’envoi d’un mouvement de rupture de la place de l’art dans son époque. À l’initiative de Christophe Leribault, cet hommage va être célébrer bien au-delà des cimaises parisiennes ; 178 chefs-d’œuvre du mouvement quitteront les quais de l’ancienne gare d’Orsay pour des musées aux 4 coins du territoire français. La grande exposition « Paris 1874. Inventer l’ impressionnisme » a lieu à Paris du 26 mars au 14 juillet 2024 sous le commissariat de Sylvie Patry et Anne Robbins du Musée d’Orsay et, du 8 septembre 2024 au 20 janvier 2025 à Washington sous le commissariat de Mary Morton et Kimberly Jones du National Gallery of Art. Elle propose de retracer l’avènement d’un mouvement artistique surgi dans un monde en pleine mutation, celui d’un après-guerre, faisant suite à deux conflits : la Guerre franco-allemande de 1870, puis une violente guerre civile. Dans ce contexte de crise, ces 31 jeunes artistes - parmi lesquels sept sont aujourd’hui renommés internationalement – se rassemblent sous forme de société anonyme coopérative pour exposer leur travail dans l’ancien atelier du photographe Nadar en une présentation qui n’a rien d’homogène : scènes de la vie moderne, des paysages croqués en plein-air, des tableaux plus conventionnels, de même que des sculptures, gravures et émaux. Comme le note un observateur de l’époque, « ce qu’ils semblent rechercher avant tout, c’est l’impression ». « Un soir avec les impressionnistes, Paris 1874 » Exposition 3D ©Excurio - Gédéon Experiences ©musée d'Orsay Grâce une « expédition immersive » en réalité virtuelle de 45 minutes, nous pouvons nous plonger dans les conditions de visite du XIXe siècle de cette mythique exposition : lueurs blafardes de l’éclairage au gaz, ambiance sonore avec les artistes, les commentaires des invités et les moqueries des critiques lors du vernissage : un voyage véritable dans le temps, fondé sur de minutieuses recherches réalisées durant 2 ans par Excurio, Gédéon Expériences. Au fil de cette déambulation, des échappées vous emmèneront plus loin, sur les lieux qui ont marqué les débuts du mouvement et inspiré les tableaux que vous avez sous les yeux. Vous explorerez ainsi les salles du Salon ; l’atelier du peintre Frédéric Bazille ; la très animée île de la Grenouillère au bord de la Seine, avec Monet et Renoir peignant côte à côte ; ou encore la chambre d’hôtel de Monet au Havre, où celui-ci travaille à son célèbre tableau Impression, Soleil Levant. De Paris à la Normandie, vous participez ainsi à un véritable voyage sur les sites de l’impressionnisme naissant, en une extraordinaire plongée au cœur de la création. Dans « Paris 1874 », une confrontation d’œuvres ayant figuré à l’exposition impressionniste de 1874 et de tableaux et sculptures montrés au même moment au Salon officiel permet de restituer le choc visuel des œuvres des impressionnistes, mais aussi de le nuancer, par des parallèles et recoupements inattendus entre la première exposition impressionniste et le Salon. Cette exposition du musée d’Orsay montre les contradictions et l’infinie richesse de la création contemporaine tout en soulignant la modernité radicale de l’art de ces jeunes artistes. « Bonne chance !», les encourage un critique, « il ressort toujours quelque chose des innovations. » Cette exposition est une nouvelle occasion de voir ou revoir La danseuse de Degas, le Bal masqué à l’opéra de Manet prêté par Washington, La loge de Renoir venue de Courtauld de Londres, Le boulevard des capucines de Monet conservé à Kansas City…mais également des artistes plus conservateurs avec Gérôme, Alma-Tadema, Ferdinand Humbert, Gervex, Detaille, Albert Maignan…Malgré un succès de scandale et malgré le soutien de quelques collectionneurs De Bellio, Choquet, Hoschedé, Caillebotte, et du critique Théodore Duret, l’exposition de 1874 fut un échec. L’exposition présentera des prêts exceptionnels, notamment Impression, soleil levant de Claude Monet, dont le titre inspire le terme d’« impressionniste » – une moquerie de journaliste qui finira pourtant par donner son nom à ce mouvement artistique et sceller son succès. Deux expositions parallèles Il est à noter qu’en cette année 1874, à quelques semaines d’écart, deux expositions vont avoir lieu à Paris, la Première exposition des artistes indépendants dans l’ancien atelier de Nadar et le Salon officiel au Palais de l’industrie. Près de 300000 visiteurs se pressent sur les Champs-élysées contre 3500 boulevard des Capucines ! On a laissé entendre que les peintres académiques exposaient au Salon officiel tandis que la future avant-garde impressionniste participait, seule, chez Nadar. Or, il n’en est rien. Douze artistes expositions simultanément leurs œuvres dans les deux lieux, certainement pour avoir une meilleure chance de trouver un public d’acheteurs. Berthe Morisot (1841 -1895) Vue du petit port de Lorient 1869 -Huile sur toile 43,5 x 73 cm Washington, The National Gallery of Art, Ailsa Mellon Bruce Collection, 1970.17.48 ©Image Courtesy of the National Gallery of Art, Washington 178 œuvres prêtées, 34 institutions participantes, 13 régions représentées. La lumière des impressionnistes a su capter tout à la fois la métamorphose des jours et les mutations du siècle. Une lumière qui portait si loin qu’elle augurait de toutes les modernités à venir, de l’expressionnisme à l’abstraction. 150 ans après, il convenait que l’écho de cet événement inaugural résonne sur tout le territoire. Le prêt de nombreuses œuvres sur tout l’hexagone se justifie par le fait que l’impressionnisme n’est pas né uniquement à Paris. Les artistes ont travaillé à la campagne, au bord de la mer, en Normandie, dans le sud de la France…La plupart des œuvres prêtées iront en Normandie (Caen, Giverny, Rouen) pour le festival Normandie Impressionnisme, mais c’est le Musée Ingres-Bourdelle à Montauban qui a ouvert le bal de ce tour de France, avec une exposition qui a débuté le 19 janvier avec deux œuvres de Gustave Caillebotte : le Parterre de Marguerites prêté par le musée des impressionnismes Giverny et Les Soleils, jardin du Petit Gennevilliers, peinte en 1885 et faisant partie des collections du musée d’Orsay. Et si nous continuons ce tour de France de cet anniversaire des 150 ans de l’impressionnisme... Amiens Ne possédant aucune œuvre impressionniste, le Musée de Picardie a sollicité le prêt du tableau Sur la plage d’Edouard Manet, peint en 1873 à Berck-sur-Mer. C’est en effet par l’angle territorial que le musée souhaite aborder la peinture impressionniste, en montrant une plage bien connue des Amiénois. La présentation du tableau sera l’occasion de montrer au public les aspects qui caractérisent l’art de Manet : liberté dans l’imitation du motif, fluidité de la touche, exécution en plein air, abandon des règles de la perspective, intimité du sujet. Bordeaux Le regard fatal de Berthe Morisot dans Le Balcon de Manet (1832-1883) et La Cabane des douaniers de Claude Monet (1840-1926) surplombera les quais bordelais de la Garonne au MusBA. La présentation de ces deux invités de marque est l’occasion de mettre en lumière les collections du musée, qui vont du pré-impressionnisme au post-impressionnisme avec Jean-Baptiste Corot et l’École de Barbizon, Eugène Boudin et son Port de Bordeaux, Auguste Renoir, Mary Cassatt et les Bordelais Louis-Auguste Auguin et Alfred Smith. Une riche programmation culturelle accompagnera l’événement… Douai Les drapeaux de La Rue Montorgueil flotteront à Douai. Le prêt de ce chef-d’œuvre de Claude Monet, qui constitue une des sources visuelles de l’art de Henri Duhem, est un évènement qui permet d’évoquer l’arrivée de la modernité dans le Nord et la personnalité attachante de cet artiste, collectionneur et mécène. Avocat de formation, puis élève de Henri Harpignies et d’Émile Breton, Henri Duhem peint toute sa vie des paysages des Flandres, du Maroc, du Boulonnais, de Paris, de Suisse ou de la Côte d’Azur – où il finit ses jours – à l’huile, comme à l’aquarelle. À la tête d’une confortable fortune familiale, il constitue une importante collection autour de Monet, Pissarro, Renoir, Corot, Carrière, Rodin, Meunier ou Claus. Il publie plusieurs articles et essais sur ces artistes, avec lesquels il correspond. Il soutient par de nombreux achats et des commandes le début de carrière de ses amis Henri Le Sidaner et Henri Martin et fut en quelque sorte le « Caillebotte » des post-impressionnistes. Actif pendant 40 ans au musée de Douai, il y fait entrer des œuvres de presque tous ces artistes. Il eut enfin une activité inédite de marchand d’art. Lille Le Palais des Beaux-Arts de Lille possède deux toiles de Claude Monet représentant le village de Vétheuil, issues toutes deux de la donation Masson datant des années 1970 : La Débâcle, peinte dans les premières semaines de 1880 et Vétheuil, le matin, réalisée vingt ans plus tard. Vétheuil occupe une place singulière dans la vie et l’œuvre de l’artiste. En rapprochant les œuvres du Palais des Beaux-Arts de Lille de quatre prêts prestigieux du musée d’Orsay sur le même sujet, tous signés Claude Monet (Les Glaçons, 1880 ; Église de Vétheuil, 1879 ; La Seine à Vétheuil, effet de soleil après la pluie, 1879 ; Vétheuil, soleil couchant, vers 1900), cette exposition permettra d’évoquer à la fois le rythme des saisons et deux périodes stylistiques de l’artiste. Limoges Cité natale du peintre Pierre-Auguste Renoir, la Ville de Limoges s’associe à l’événement avec le musée d’Orsay par le prêt exceptionnel d’une toile du peintre, Portrait de Fernand Halphen enfant, 1880. Le tableau vient rejoindre les cinq toiles de Renoir déjà exposées au Musée des Beaux-Arts. Pour l’occasion, une nouvelle salle est aménagée dans le parcours permanent, entièrement consacrée aux collections impressionnistes du musée (Armand Guillaumin, Joaquin Sorolla), dont les œuvres de Renoir forment le point central, organisées autour du portrait prêté par le musée d’Orsay. Aux côtés du Portrait de Jean (1899) du même peintre ou des Enfants de Gabriel Thomas (1894) de Berthe Morisot, le prêt d’Orsay vient conforter la spécificité d’un fonds tourné vers la représentation de l’enfance. Enfin, la toile est choisie pour être l’« œuvre doudou » du musée, ambassadrice auprès des crèches. Montpellier À Montpellier, le musée Fabre accueillera deux chefs-d’œuvre d’Édouard Manet : Le Fifre (1866) et le Portrait d’Émile Zola (1868). Les collections du musée Fabre pour cette période ont pour cœur les œuvres de Frédéric Bazille, artiste montpelliérain mort trop jeune, en 1870, pour figurer à l’exposition de 1874. Celui-ci fut néanmoins partie prenante des débuts de l’impressionnisme, entretenant une relation tant amicale que d’émulation artistique avec Alfred Sisley, Auguste Renoir, et Claude Monet. Les prêts exceptionnels du musée d’Orsay seront l’occasion d’évoquer les prémices de l’impressionnisme, et notamment la filiation de Gustave Courbet à Frédéric Bazille, deux artistes majeures des collections montpelliéraines, en mettant l’accent sur la figure centrale d’Edouard Manet. Ces deux toiles prendront place dans une salle dédiée du parcours permanent qui mettra en valeur les liens des trois artistes, ainsi que les figures critiques, littéraires et politiques, qui les ont accompagnés et ont défendu la Nouvelle Peinture. Le portait d’Émile Zola par Manet sera ainsi mis en dialogue avec le Portrait de Charles Baudelaire par Courbet ainsi que celui d’Antonin Proust par Manet, homme politique et fervent défenseur des arts, organisateur d’une des premières expositions officielles de Courbet à l’école des beaux-arts de Paris en 1882. Nantes Le trésor national Partie de bateau de Gustave Caillebotte sera présenté dans la salle « Plein air, pleine mer » du musée d’arts de Nantes. Cette salle propose un accrochage resserré sur la peinture de paysages « aquatiques » autour de l’impressionnisme, d’Eugène Boudin à Paul Signac. Les œuvres de Claude Monet, Les Nymphéas à Giverny (1917) et Gondole à Venise (1907) et celles de Johan Barthold Jongkind, Maxime Maufra, Alfred Sisley mettent en avant la manière dont la lumière se reflète sur l’eau, se diffracte dans l’air ou fait vibrer, l’espace d’un instant, l’écume blanche des vagues de Bretagne, de la côte normande ou de la Méditerranée. Pont-Aven Le Musée de Pont-Aven, en partenariat avec le Mu.ZEE d’Ostende (Belgique) rend hommage à Anna Boch (Saint-Vaast, Belgique, 1848- Ixelles, Belgique, 1936), 175 ans après sa naissance. L’exposition dresse le portrait multiple d’une artiste, mélomane, collectionneuse, mécène, voyageuse et passionnée d’architecture à la personnalité dynamique et avide de découvertes. Seule femme à avoir adhéré aux cercles artistiques Les XX (fondé en 1884, 10 ans après la première exposition impressionniste) et La Libre Esthétique, animés par son cousin Octave Maus, elle s’y est positionnée – fait rare pour l’époque – d’égale à égale avec ses confrères. Ensemble, ils se lancent dans l’aventure du néo-impressionnisme, alors incarné par Théo van Rysselberghe, Paul Signac et Georges Seurat. Dans le cadre des « 150 ans de l’impressionnisme avec le musée d’Orsay (1874-2024) », le Musée de Pont-Aven bénéficie du prêt exceptionnel d’un tableau de Van Gogh : Le Portrait d’Eugène Boch, frère d’Anna. Van Gogh fait la connaissance du peintre belge Eugène Boch (1855-1941) vers la mi-juin 1888, alors que ce dernier séjourne pour quelques semaines dans une commune toute proche d’Arles. Le 11 août, une idée a germé dans son esprit, celle de réaliser le portrait d’un ami artiste sur un fond bleu étoilé. Deux semaines plus tard, Boch pose pour Van Gogh. Bien qu’il ne la considère que comme une «esquisse», Van Gogh encadre cette œuvre qu’il nomme Le Poète. Roubaix La Piscine de Roubaix a émis l’idée de demander à sa « Joconde », La Petite Châtelaine de Camille Claudel, de convier quelques enfants impressionnistes des collections nationales. Trois tableaux, de Degas, Renoir et Pissarro, et deux sculptures de Degas seront les invités de marque du marbre élaboré par Claudel dans l’esprit de l’impressionnisme, au début des années 1890. La confrontation de La Petite Châtelaine avec l’étrange Garçon au chat de Renoir et l’ambiguë, iconique Petite danseuse de 14 ans de Degas fera résonner trois visions modernes et iconoclastes de l’enfance. Normandie : Bayeux, Caen, Giverny, Honfleur, Le Havre, Rouen, Saint-Lô et Yvetot. À Bayeux, le musée d’Art et d’Histoire Baron Gérard a pu bénéficier du prêt exceptionnel du musée d’Orsay de Port-en-Bessin, avant-port, marée haute, seule œuvre de la série conservée dans une institution publique française, offre au territoire local un accès privilégié à l’histoire de l’impressionnisme et de son évolution par la présentation inédite d’un paysage réalisé in situ. En Normandie, le Bessin et son littoral ont été une source d’inspiration pour les maîtres du néo-impressionnisme. Au cours de l’été 1888, Georges Seurat a fait de Port-en-Bessin son sujet d’étude, donnant lieu à la réalisation de huit toiles. Caen Le musée des Beaux-Arts de Caen présente une exposition consacrée aux représentations de la ville marchande de 1860 à 1914, organisée dans le cadre conjoint des « 150 ans de l’impressionnisme avec le musée d’Orsay » et du festival Normandie Impressionniste 2024. Constitué d’une vingtaine d’œuvres, le prêt exceptionnel consenti par le musée d’Orsay permet d’éclairer ces décennies marquées par un essor économique sans précédent. Les lieux de commerce se multiplient. Formes anciennes et nouvelles coexistent : l’apparition des grands magasins n’entraîne pas la disparition des boutiques traditionnelles et des échoppes, à l’exemple des étals de bouquinistes représentés par James Wilson Morrice. Les artistes s’attardent sur le mouvement des rues. Sensibles à la présence des commerçants ambulants, aux gestes des modistes, aux attitudes des garçons de café, ils relèvent encore les lettres des enseignes, des publicités et des affiches qui font de la ville un petit théâtre de la marchandise. La programmation culturelle pensée autour de l’exposition met l’accent sur les résonances contemporaines de son propos. Giverny Le projet du musée des impressionnismes Giverny souhaite donner une vision un peu décalée du thème « l’impressionnisme et la mer » en abordant la période de 1870 à 1900. L’exposition se déclinera ainsi en thématiques structurantes : les ports, mais aussi la Normandie et la Bretagne, le traitement de lumière et de la nuit, les tempêtes et les naufrages, la vie en villégiature, le goût du voyage illustreront le parcours et montreront aussi l’originalité des points de vue, le cadrage photographique ou le mode de vie des estivants à l’époque. L’ensemble des 16 prêts exceptionnels consentis par le musée d’Orsay rassembleront des peintures de Johan Barthold Jongkind, Eugène Boudin, Félix Cals, Claude Monet, Édouard Manet, Auguste Renoir, mais, aussi Philip Steer ou Charles Laval. Des œuvres méconnues dialogueront avec des peintures célèbres, créant ainsi un dialogue fécond entre peintures, dessins, estampes, mais aussi photographies et documents d’époque. Le goût des impressionnistes pour les scènes de plage, les vues maritimes ou les portraits des estivants est bien connu et toujours populaire auprès du grand public. Le mouvement impressionniste n’est pas homogène et le traitement du sujet de la marine et du bord de mer diffère selon les tempéraments, mais aussi les préoccupations propres à chaque artiste. Quoi de commun entre Monet et Renoir sur la mer ? De même Pissarro ne voit pas le Havre comme Monet. Le périmètre géographique est assez restreint : les séjours des artistes se concentrent entre la Normandie et la Bretagne. Honfleur L’exposition En compagnie d’Eugène Boudin (1824 -1898) célébre le bicentenaire de la naissance du peintre à Honfleur et le 150e anniversaire de la première exposition impressionniste. Entre Côte de Grâce et Côte Fleurie, à l’aube de l’impressionnisme proposée par le musée Eugène Boudin est centrée sur la figure du peintre et ses amitiés artistiques. Située avant l’éclosion du mouvement impressionniste, l’exposition met en relief la place du littoral normand où Isabey, Courbet, Jongkind ou encore Monet se rendent afin d’explorer, par la palette et le motif, les ciels et paysages situés autour de Honfleur dans les années 1860 et le début des années 1870. Outre le rôle de la Ferme Saint-Siméon comme lieu de rencontre et d’émulation artistique, ou l’année 1865, année phare de fréquentation par des artistes de renom du littoral normand, une attention particulière est portée sur la relation unissant Monet à ses deux mentors. Eugène Boudin, qui l’initie à la pratique en plein air, et Jongkind qui l’aide à parachever son traitement du paysage. Le prêt exceptionnel par le musée d’Orsay de la toile de Monet, La Charrette. Route sous la neige à Honfleur de 1867 ainsi qu’une sélection de toiles d’Eugène Boudin et de Jongkind permettent cette mise en regard singulière. Le Havre L’exposition du MuMa du Havre permettra de confronter des chefs-d’œuvre de la peinture, notamment impressionniste, et de la photographie et de présenter aussi des œuvres rares ou méconnues. Les toiles prêtées par le musée d’Orsay, Cathédrale de Rouen, Train dans la campagne, de Claude Monet, Port de Rouen, Saint-Sever de Camille Pissarro, ou encore la photographie d’ Edmond Bacot Partie supérieure de la façade de la Cathédrale de Rouen, viennent à l’appui des thématiques de l’exposition : le renouvellement de la représentation du paysage et de la modernité que peintres et photographes ont, à leur manière, contribué à forger. Rouen Le musée des Beaux-Arts de Rouen choisit d’élargir la focale et de faire un pas de côté en abordant la figure de Whistler et la fascination profonde et durable que celui-ci exerce entre 1874 et 1914 en France et, plus globalement, en Europe et aux États-Unis. Rassemblant plus de 180 œuvres, cette exposition donne à voir, pour la première fois, l’influence capitale de l’esthétique, de la sensibilité de Whistler sur ses contemporains. À travers le prêt de 24 œuvres (14 peintures et 10 photographies), le soutien du musée d’Orsay à ce projet est exceptionnel. Pièce majeure des collections nationales, l’œuvre la plus illustre de Whistler Arrangement en gris et noir n°1, ou la mère de l'artiste (1871) renouvelle les codes traditionnels du portrait. Le jeu de lignes verticales de la composition renforce l’aspect hiératique de la pose. En rupture avec l’idée qu’une œuvre se doit de raconter une histoire, Whistler affuble ses peintures de sous-titres musicaux, privilégiant l’harmonie colorée à consonance musicale, plutôt que le sujet de la toile. L’impact de cette peinture est immense. Nombreux sont les artistes – qu’ils soient peintres, photographes, écrivains, poètes ou compositeurs, et plus récemment cinéastes – influencés par la singularité de sa peinture, tout autant que par la personnalité hors du commun du dandy américain. Les œuvres des photographes Alfred Stieglitz et Paul Haviland, ainsi que des peintres Charles Cottet, John White Alexander et Fernand Khnopff prêtées par le musée d’Orsay illustrent parfaitement les multiples postérités de Whistler. Whistler James Abbott Mac Neil (1804-1881) Arrangement en gris et noir n° 1, ou la mère de l'artiste (1871) Paris, musée d'Orsay © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Jean Schormans Saint-Lô Le prêt de la peinture de Degas représentant les graveurs Desboutin et Lepic s’inscrit dans le projet d’exposition intitulée Degas, Manet, Pissarro, impression(s) de gravures qui se déroule au musée d’art et d’histoire de Saint-Lô du 15 juin au 15 septembre 2024. Le musée met en lumière une technique pratiquée par les artistes impressionnistes mais longtemps restée confidentielle : la gravure. Celle-ci témoigne des recherches sur la lumière, de l’intérêt que les artistes portent aux nouvelles techniques graphiques. Elle permet une histoire révisée de l’impressionnisme qui ne se cantonne pas seulement aux peintres présents aux huit expositions. L’œuvre du musée d’Orsay est intéressante à plus d’un titre car elle permet d’aborder le caractère expérimental de cette technique. C’est en effet sous la direction de Lepic que Degas s’initie au monotype. Lepic est aussi à l’origine d’un procédé, l’eau forte mobile, lui permettant de retranscrire les variations atmosphériques. De plus, cette œuvre témoigne des liens étroits entre les artistes. Ils se représentaient mutuellement dans leurs œuvres et se réunissaient aussi pour encrer ensemble et imprimer des planches chez l’éditeur Cadart. Yvetot Le Musée des Ivoires, situé à Yvetot, accueille un prêt exceptionnel du musée d’Orsay : Les Villottes de Charles Angrand. Le musée municipal présentera cette œuvre en lien avec l’exposition de Marc Desgrandchamps qui se déroulera simultanément à la galerie Duchamp, centre d’art contemporain d’intérêt national. Les 150 ans de l’impressionnisme sont l’occasion pour la Ville d’Yvetot, son musée municipal et son centre d’art contemporain d’intérêt national, de considérer le Pays de Caux – ses paysages, ses spécificités, sa lumière – comme un motif à part entière. Un territoire que les peintres, et notamment les impressionnistes et les artistes proches du mouvement, ont su saisir. Car il est bien question de saisissement : à l’image de ce tableau de Charles Angrand, Les Villottes. Artiste rouennais, qui a arpenté ce territoire et dont les préoccupations picturales, vers 1887 au moment de la réalisation de cette huile sur carton, ne sont pas – encore – éloignées des recherches de ses amis Impressionnistes, et en premier lieu de celles de Claude Monet. Manière ainsi de créer un aller-retour entre deux peintres, entre deux regards qui interrogent à 150 ans de distance, ces mêmes paysages. Extrait de la revue Post'Art n°227 (mai 2024) Chronique de Pierre Raffanel
- Interview de Bruno BOURDET, la BD à l'honneur !
Post de Pierre Raffanel (interviews novembre - décembre 2022) Pierre Raffanel : Bruno, tout d’abord un grand merci d’avoir répondu sans hésitation, avec bienveillance et talent à ma sollicitation de réaliser cette couverture sur mesure pour ce 9ième numéro de notre revue associative Post’Art ! Comment a démarré ta passion pour le dessin ? Bruno Bourdet : Tout simplement dès mon plus jeune âge. J’étais abonné au journal de Mickey et ça m’a donné envie de dessiner des petits Mickeys. À l’adolescence, mes parents, voyant l’intérêt que je portais au dessin, m’ont inscrit aux Beaux-arts d’Angoulême; au début à temps partiel puis j’ai continué mes études à temps complet pendant 2 ans. Durant ma scolarité mes parents m’achetaient très régulièrement des bandes dessinées… PR : Quelle coïncidence…la capitale française de la Bande dessinée ! Serait-ce une prédestination ? BB : Effectivement c’est peut-être ça qui m’a nourri, j’étais baigné dedans. J’aimais bien la B.D. mais rapidement je me suis mis à peindre car je trouvais que je pouvais m’exprimer artistiquement de manière plus libre et que la peinture m’offrait plus de possibilités. PR : Quelles techniques utilises-tu ? BB : Après une esquisse au crayon, de la peinture à l’huile mais également à l’acrylique. Pour mes tableaux, je m’inspire à la fois de l’exotisme et du fantastique, laissant libre cours à l’imaginaire, sans artifice, ni modèle. Pour la colorisation de mes illustrations de bande dessinée, j’ai 2 méthodes : la peinture à l’ancienne directement sur la planche ou la palette numérique sur écran. On peut aussi mélanger les 2 méthodes : tu travailles en direct ta peinture et tu fais quelques retouches en numérique. En numérique, je ne commence jamais avec une page blanche, je fais toujours en amont mon encrage noir et blanc, puis je scanne mon dessin pour coloriser en numérique. PR : As-tu un atelier ? BB : Oui, je travaille dans la pièce principale, la pièce de vie car j’aime bien mon petit confort, être en présence de la télévision ou avec de la musique. Je suis à l’aise quand je dessine et je peins dans l’environnement familial, entouré de mes enfants. J’aime quand mon entourage interfère, participe à mes travaux en cours…Pour l’écriture, en revanche je préfère être isolé. PR : Ta double casquette de Postier et d’artiste a-t-elle généré des obstacles durant ton parcours professionnel ? BB : Bien au contraire, mon étiquette d’artiste m’ a toujours permis d’avoir « la côte » auprès de mes collègues du Centre financier de Nantes et ce, depuis mes débuts à la Poste en 1990. Cela s’est même accentué depuis 2 ans quand je me suis mis à faire de la figuration pour des tournages de cinéma. PR : As-tu commencé ton parcours postal - passage obligé à l’époque - à Paris ? BB : Oui, au Centre financier de Paris avec des horaires de brigade. Ce rythme de travail a été et est essentiel pour mes diverses activités créatives. J’y suis resté 13 ans, habitant dans un premier temps dans le quartier montmartrois puis ensuite au cœur du Marché des Puces de Saint-Ouen parmi les antiquaires. C’était un choix personnel car j’adorais fouiner dans ces milieux et tous les week-ends étaient festifs ! Après j’ai eu une envie de verdure, de retourner à la campagne, d’avoir un contact avec la forêt…j’ai obtenu ma mutation à Nantes. PR : As-tu fait des rencontres déterminantes, as-tu eu des périodes qui ont stimulé ton parcours artistique ? BB : oui, à mes débuts je faisais du café-théâtre avec une amie qui m’a encouragé à peindre pour que je présente quelques tableaux à une artiste peintre de sa connaissance . Dans la foulée, c’était le mois septembre 1999, je me suis inscrit au Salon de la Société Artistique et j’ai été sélectionné pour exposer au Musée de La Poste en décembre de la même année. Cette nouvelle visibilité m’a permis pendant 4 ans d’exposer dans une galerie dans le quartier parisien du Marais, puis dans une autre en face du Centre Beaubourg. Cela a duré une quinzaine d’années pendant laquelle j’ai été surpris de voir l’intérêt suscité par des galeries parisiennes puis nantaises par mes peintures d’inspiration fantastique. PR : En regardant quelques-unes de tes planches de B.D. j’ai la sensation que l’humour tient une place importante ? BB : Dès mon arrivée à Nantes j’ai exposé régulièrement dans la galerie Art Mel. Un jour la gérante m’a proposé de réaliser des vaches humoristiques sous forme de tableaux de divers formats. La fraîcheur de ces réalisations a eu de suite un bel écho auprès du public et m’a redonné l’envie de faire de la bande dessinée avec l’humour en fil conducteur. Parallèlement, deux de mes projets auprès d’éditeurs n’ont finalement pas abouti. En revanche, je suis souvent sollicité pour des planches personnalisées. PR : As-tu des artistes « références » ? BB: Dans le fantastique, incontestablement Philippe Druillet pendant sa période Métal hurlant. Dans une moindre mesure, Moebius et bien évidemment Enki Bilal avec son style inimitable. Plein d’autres artistes tels Tardi, Frankin, Uderzo m’ont également « nourri ». En revanche la ligne claire d’Hergé m’a moins inspiré graphiquement. Pour la peinture, j’aime énormément les préraphaélites, les peintres issus du courant symboliste comme Böcklin, Waterhouse, Rossetti, Burne-Jones, Gustave Moreau mais aussi Gustave Doré, Klimt, Alter Holz. PR : As-tu déjà eu des collaborations pour tes créations avec d’autres artistes ? BB : oui, quelques-unes. À une époque, je m’étais mis en recherche de scénaristes pour mes illustrations mais ces réalisations n’ont finalement pas intéressé les éditeurs. Je me suis donc mis à travailler seul. J’ai plusieurs romans finalisés mais je mets un point d’honneur à ne pas les autoéditer. PR : As-tu un projet actuellement ? BB : C’est plus qu’un projet puisque mon roman jeunesse Hibiscus et la conquête de Balaou vient de paraître courant octobre. PR : Comment as-tu basculé vers l’écriture ? BB : Deux facteurs ont contribué à ce changement : une restructuration et une réorganisation des horaires concernant mon travail au Centre financier, et dans ma vie personnelle une sollicitation constante de mes deux jeunes enfants. Ne pouvant dessiner à ma guise, j’ai trouvé une nouvelle source d’inspiration et me suis tourné naturellement vers l’écriture, ai créé ce roman illustré, fais du démarchage sur internet et obtenu la validation des éditions vosgiennes Ex-Aequo. Peut-être même qu’une collection va suivre avec cette fillette créole Hibiscus… PR : Tes enfants sont-ils tes premiers lecteurs ? BB : Non, je suis un peu cachotier, c’est un peu mon jardin secret. Je partage mon travail d’écriture avec uniquement 3 à 4 personnes, enfin jusqu’à présent…puisque maintenant mon bouquin va être diffusé ! PR : Quelle est à ton avis la place de la Bande dessinée parmi les Arts ? BB : elle a vraiment sa place …je suis heureux de son évolution depuis ma jeunesse grâce, entre autres, à l’école Pilote et tous ces artistes : Druillet, Gotlib, Moebius… qui ont permis à la B.D. d’acquérir ses lettres de noblesse et d’être un moyen d’expression à part entière, un Art majeur. © Bruno Bourdet ( Le Village La Poste - Vache au café - L’Ambassadrice) le Petit dragon de Ragon ( mascotte du quartier de Ragon à Rezé, ville limitrophe de Nantes) © Bruno Bourdet "Le postillon des temps futurs" Couverture sur-mesure pour la revue Post'Art - Décembre 2022 © Bruno Bourdet © Société Artistique de La Poste
- Le street art s’expose sur papier
Post de Pierre Raffanel - janvier 2026 - Paris Vernissage exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel Le Bastille Design Center a récemment fermé les portes de la 4 ième édition de « 100% Paper IV ». Plus qu’une simple exposition collective, ce projet d’envergure orchestré par Hopare et Urban Signature s’impose désormais comme le manifeste d’une scène urbaine qui n’a plus peur de l'éphémère. L’artiste plasticien Alexandre Monteiro, commissaire d’exposition pour l’événement est reconnu pour ses visages féminins fragmentés et ses fresques monumentales. Pour cette édition, il signe un collage inédit taille XXL qui accueille les visiteurs dès l'entrée. Urban Signature, spécialisé en évènements de street art "sur-mesure", apporte son expertise logistique et curatoriale avec à la manœuvre les frères Elliot et Warren Buisson. Hopare réalisant le collage taille XXL pour l'exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel Dans l'imaginaire collectif, le street art est indissociable du béton, de l'acier et des grands formats muraux. Pourtant, l'exposition 100% Paper IV a rappelé que le papier reste la cellule souche de la création urbaine. C’est sur ce support, souvent perçu comme fragile ou préparatoire, que l’idée prend vie avant de braver les éléments extérieurs. Le choix du lieu d’exposition dans ce bâtiment industriel « le Bastille Design Center » permet un contraste saisissant entre le caractère brut, historique et métallique du bâtiment et la fragilité organique du papier créant une dynamique visuelle captivante. Exposition 100 % PAPER IV au 1er étage du Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel Environ 300 créations originales présentées, explorant toutes les facettes de ce matériau ; du petit format intime aux grandes pièces impressionnantes et aux diverses techniques : dessins à la main, encres de chine, collages complexes, sérigraphies artisanales, lithographies et techniques mixtes. L'exposition réussit le tour de force de faire cohabiter des légendes du street art et la jeune garde montante avec un casting de quelques 120 artistes. Des références : Maye, Jo Di Bona, Miss Van, Pez, Levalet, Madame, RNST, Sax, Jo Little. Des habitués : Horss, Raf Urban, Matt_tieu, Caroline Karenine, Graff Matt. Des nouveaux venus : Vinie, Ensemble Réel, Abys, Ador, Taroe. Habituellement organisée dans le 3e arrondissement, l'exposition monte en puissance en investissant le 74 boulevard Richard-Lenoir. Ce bâtiment du XIXe siècle offre une architecture de métal et de verre répartie sur trois niveaux : le rez-de-chaussée en espace d'accueil et point névralgique ; le sous-sol avec une ambiance plus brute et underground ; et le premier étage avec son impressionnante verrière (12 mètres de hauteur), où la lumière naturelle sublime les textures du papier. Les « patrimoniaux » escaliers en bois qui craquent ajoutent une dimension sensorielle et historique à la visite. Exposition 100 % PAPER IV au rdc du Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel L'événement a été conçu pour être interactif et accessible, un lieu de vie et de rencontre avec un espace shop situé à l'entrée permettant d'acquérir des œuvres en édition limitée (Maye, Ardif, Ador...), des objets dérivés (livres, textiles) à des prix plus doux que les pièces originales. Un parcours famille avec un jeu de piste a été proposé aux enfants : ils devaient retrouver des drapeaux cachés dans l'expo pour compléter leur propre affiche de collage. Également une pièce au 1 er étage aménagée comme une classe d’école, dédiée à des ateliers de dessin et coloriage avec comme motif de base un portrait féminin d’Hopare. Atelier dessin jeune public lors de l'exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel L’exposition a également soulevé une question cruciale sur le marché de l’art actuel : comment collectionner l'inaccessible ? Le street art est par essence public et périssable. Le passage au papier permet cette transition vers l'intime. « Le papier, c’est le retour à la main, au trait brut sans l’artifice de la bombe aérosol à grande échelle. C’est une mise à nu de l’artiste. » dixit la note d’intention de l’exposition . En maintenant une entrée gratuite et en proposant des œuvres originales à des prix variés, l'événement a conservé l’ADN démocratique du mouvement urbain, évitant l'écueil de l'élitisme des galeries traditionnelles. Le succès de cette 4 ième édition confirme que le public est en quête d'expériences physiques et tangibles. Dans un monde de plus en plus numérique, le grain du papier et l’odeur de l’encre au Bastille Design Center ont offert une parenthèse organique bienvenue. 100% Paper IV n'était pas seulement une exposition de vente ; c'était la preuve vivante que le street art, loin d'être un effet de mode, continue de se structurer et de se réinventer. © HOPARE - exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel ©DECKTWO - exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel © VINIE -exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel
- Street art à la Poste du Louvre
Post de Pierre Raffanel - décembre 2025 BRUSK - 3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Retour sur la 3 e édition du festival de street art et d’art contemporain orchestrée par la galerie Roussard à La Poste du Louvre avec La Poste Immobilier. Ce fût l’occasion de redécouvrir ce monument parisien, emblème de l’architecture fin XIXème siècle, récemment rénové et réouvert au public, conçu par l’architecte Julien Guadet. Brusk - 3 édition Street Art Poste Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel 18 artistes pour cette exposition de type muséal & performances live de 12 artistes dans la cour intérieure, espace semi-couvert par une architecture métallique typique, dans le plus pur style Eiffel : Anagruz, Ardif, Astro, Brusk, Patricia Casagrande, Djalouz, Ender, Ensemble Réel, Graffmatt, Clément Herrmann, Jaëraymie, Jo Di Bona, Kaldea, Levalet, Mathieu1976, Jérôme Mesnager,Nadège Dauvergne, Ninin, OneMizer, Petite Poissonne Alexis Raoult, Joachim Romain, Rafael Sliks, Shaz, Sax, Softtwix, Stoul, Tito/Mulk, Wèkup. Nadege Dauvergne - 3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Kaldea - 3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Graffmatt -c'est dans la boîte-3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Jo Di Bona - 3 édition Street Art Poste Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel SOFTTWIX -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Rafael SLIKS- 3 édition Street Art Poste Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Onemizer -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Henry Blache aka SAX -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Djalouz -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Anagruz -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel #BilanExpo #ArtUrbain #ArtContemporain #LaPosteImmobilier #PosteLouvre #CultureÀParis #laPoste
- La céramiste Yolande MICHELON in situ
La Madelon « Centenaire de la guerre de 14-18 » (laque avec incrustation) ©Yolande MICHELON © 2023 Photo Pierre Raffanel À peine arrivés dans cette charmante campagne icaunaise, nous sommes plongés illico dans les effluves de vernis et de térébenthine de l’atelier de Yolande et par l’enthousiasme contagieux de cette artiste. Il y a presque 25 ans, Yolande est tombée « en amour » de la laque. Découverte au détour d’une promenade à Prémery dans la Nièvre, elle visite une exposition dans des anciens abattoirs, elle y découvre des paravents magnifiques : la laque fut une révélation quasi-instantanée ! Dès la semaine qui suivit, elle s’inscrivit aux cours de Lièn, laqueuse et n’eût de cesse depuis, que d’apprendre ce savoir-faire ancestral. L’apprentissage fut long et ce n’est qu’après plusieurs années de pratique qu’elle commença à maîtriser les techniques et procédés de la laque. L' artiste Yolande Michelon en interview avec Pierre Raffanel ©2023 Photo Marie Bueno Mais revenons, au début de son histoire : elle naît à Paris, son père est alors menuisier-ébéniste mais sa mère souhaitant ouvrir un commerce, la famille déménage à Auxerre où Yolande y poursuivra ses études. Adolescente, elle se rêve décoratrice d’intérieur, mais son père de souche stéphanoise ne veut pas qu’elle aille à Paris pour ses études. Elle se fait alors embaucher au standard PTT. S’ensuivra une belle carrière à la Poste : dactylo à la Direction, puis secrétaire au service des Ressources Humaines. Ensuite, une antenne de documentation est créée, elle y organise les concours de facteurs et les recrutements, qui à l’époque étaient massifs ! Par la suite on lui proposera le poste de rédactrice du journal local postal Jourpost et deviendra responsable de communication. S on apprentissage artistique se fera pendant ses années « postales », durant ses loisirs ; au début dans son garage puis viendra la construction de son atelier, attenant à sa maison. À ses débuts, les matériaux indispensables à la fabrication de ses laques étant onéreux, Yolande pratique la porcelaine. Elle peint également des dessins sur bois, à base de caséine sur des armoires normandes… Son inspiration, elle la puise dans son quotidien, elle est insatiable, fait feu de tout bois : vue de Paris par satellite, des aurores boréales, des yeux comme motifs pour une exposition dans une clinique ophtalmologique en Allemagne, des miroirs, des bouts d’ardoise… Rien n’est aléatoire dans sa créativité : un dessin, un calque prédéterminent la composition de ses laques souvent abstraites… La discipline de la laque est complexe par la diversité des supports utilisés (bois, fer, terre…), par les diverses techniques à maîtriser (savants dosages de mélange de vernis et térébenthine ou de pigments broyés de couleurs et blanc de Meudon…) et par les nombreuses étapes successives. Beaucoup d’abnégation et « d’huile de coude » sont également indispensables : plusieurs couches successives de couleurs plus ou moins épaisses, de ponçages, de lustrages sont nécessaires pour l’obtention du résultat escompté : un aspect lisse et agréable au toucher. Ces divers étapes, maintes fois répétées pour retrouver la trace du décor composée en amont, et entrecoupées de temps de séchage vont révéler brillance, profondeur de l’œuvre ! Ses réalisations requièrent de la patience, une grande habilité manuelle, un goût du bricolage, mais aussi le sens de la débrouille : elle récupère de-ci de-là, un maximum de choses, d’objets, de cailloux… et les transforme au service de sa créativité – écolo avant l’heure d’une certaine façon. Yolande est intarissable sur les techniques de ce savoir-faire, à la fois ancestral depuis les premières utilisations en Chine, 1000 ans avant J-C et moderne par l’émergence au fil des décennies d’un style occidental qui ne cesse d’évoluer (exemple de la période Art Déco). La technique de la laque offre un terrain d’expérimentation presque sans limite : métallisation de feuilles d’or, d’argent, de cuivre, d’aventurine ou poudre de métal ; incrustation de matériaux très fins (coquilles d’œuf, nacre) ou très épais (écaille, ivoire) et de décors avec l’inclusion et accumulation de couleurs. Enfin vous l’avez compris, le travail de la laque nécessite passion et longueur de temps. Alors n’hésitez pas à prendre un peu du vôtre pour visiter au gré de vos humeurs le LACtelier de la « sémillante » Yolande Michelon ou de plonger votre regard dans une de ces laques au détour d’une exposition. (chronique de Pierre Raffanel dans la revue Post'Art 11 - décembre 2023) "Rivière nacrée" Céramique de Yolande Michelon ©2023 Photo Pierre Raffanel
- Poste Rodier : quand l’Art urbain s’empare du patrimoine Postal.
Post de Pierre Raffanel - décembre 2025 Attorno a tutto, il mare - HITNES - Vulcano - HITNES - Baile de los americas - HITNES © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition temporaire "Échappées" Quel voyage ! L'exposition "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" à la Poste Rodier vient de clore ses portes, et je suis encore sous l'impression de cette fable moderne exceptionnelle, d’une parenthèse artistique suspendue. Imaginée par l’artiste Alëxone Dizac pour la Fondation Desperados, cette exposition collective m’a permis de naviguer au travers de récits réels, imaginaires, intimes et collectifs grâce aux œuvres de 12 artistes d’Art urbain dans l’ancienne halle occupée par les facteurs. Les volumes industriels de ces espaces bétonnés ont offert une caisse de résonance inédite à ces expressions libres. A moment in time - Andrew SCHOULTZ © 2025 Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" La force de cette initiative réside dans sa capacité à nous inviter à tracer notre propre échappée. C'était un rappel puissant de la créativité et de la liberté qui peuvent émerger au cœur même de l'environnement urbain. Cet édifice postal a été réalisé avant la disparition du corps des architectes des PTT en 1973, par André CHATELIN, architecte en chef des PTT. On lui doit également le musée de La Poste. Pour Rodier, il imagine une structure aux grandes portées et volumes généreux, organisée sur 8 niveaux. Getting there - CMP ONE ©Photo Pierre Raffanel © 2025 Exposition "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" En ouvrant ses portes de manière temporaire, le site Rodier s'inscrit dans une démarche d'urbanisme inclusif et dynamique, devenant un théâtre d’évasion, un labyrinthe narratif guidé par Julia Montauk. Ce partenariat entre la Fondation Desperados et la Poste Immobilier préfigure la future transformation du lieu : un programme immobilier mixte répondant aux nouveaux enjeux de la Ville de Paris et du Groupe La Poste. C'est ici que le « combo art et patrimoine » joue son rôle le plus noble : donner un sens nouveau à la ville et accompagner sa mutation en douceur. Cette initiative est un rappel puissant que la créativité et la liberté peuvent émerger au cœur même des structures les plus rigides. Promenons-nous dans les bois - MADAME © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine « Echappées célèbre un art en mouvement, enraciné dans la parole, mais tendu vers l’imaginaire. Un art qui ne s’expose pas seulement : il se raconte. Ces échappées sont celles du quotidien, des cadres des théories, du réel strict, pour basculer dans un monde où les récits font œuvre, et où l’œuvre devient récit. » ICINORI - Mayumi Otero & Raphaël Urwiller © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine Le Casting de l’exposition temporaire "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" (Les 12 Artistes) Commissariat (Alëxone Dizac) : Pour son premier commissariat, Alëxone a composé une équipe internationale et pluridisciplinaire, mêlant peinture, sculpture, photographie et installations : 100TAUR (France) : Spécialiste des créatures hybrides et de l'art fantastique. Andrew Schoultz (USA) : Connu pour ses paysages dynamiques et ses motifs répétitifs complexes. Benjamin Laading (France) : Travaille sur l'esthétique du graffiti (le "fatcap") avec une précision académique. Charles Fréger (France) : Photographe de renom explorant les costumes et les rituels populaires. CMP One (Danemark) : Figure historique du graffiti, maître du lettrage et des scènes urbaines. Duy Anh Nhan Duc (Vietnam/France) : Artiste botaniste qui crée des œuvres délicates avec la nature. Le parloir des souhaits - DUY ANH NHAN DUC © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine Hitnes (Italie) : Muraliste fasciné par le monde animal et les sciences naturelles. Icinori (Mayumi Otero & Raphaël Urwiller - France) : Duo d'illustrateurs et éditeurs au style graphique unique. Madame (France) : Célèbre pour ses collages poétiques et ses jeux de mots vintage. Miss Van (France) : Pionnière de l'art urbain féminin, connue pour ses "Poupes" sensuelles et oniriques. Steph Cop (France) : Sculpteur qui redonne vie au bois mort à travers ses personnages "Aro". Yun-Jung Song (Corée/France) : Artiste explorant l'identité et les émotions à travers des compositions oniriques. Creaturas - MISS VAN © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine











