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- Interview de Bruno BOURDET, la BD à l'honneur !
Post de Pierre Raffanel (interviews novembre - décembre 2022) Pierre Raffanel : Bruno, tout d’abord un grand merci d’avoir répondu sans hésitation, avec bienveillance et talent à ma sollicitation de réaliser cette couverture sur mesure pour ce 9ième numéro de notre revue associative Post’Art ! Comment a démarré ta passion pour le dessin ? Bruno Bourdet : Tout simplement dès mon plus jeune âge. J’étais abonné au journal de Mickey et ça m’a donné envie de dessiner des petits Mickeys. À l’adolescence, mes parents, voyant l’intérêt que je portais au dessin, m’ont inscrit aux Beaux-arts d’Angoulême; au début à temps partiel puis j’ai continué mes études à temps complet pendant 2 ans. Durant ma scolarité mes parents m’achetaient très régulièrement des bandes dessinées… PR : Quelle coïncidence…la capitale française de la Bande dessinée ! Serait-ce une prédestination ? BB : Effectivement c’est peut-être ça qui m’a nourri, j’étais baigné dedans. J’aimais bien la B.D. mais rapidement je me suis mis à peindre car je trouvais que je pouvais m’exprimer artistiquement de manière plus libre et que la peinture m’offrait plus de possibilités. PR : Quelles techniques utilises-tu ? BB : Après une esquisse au crayon, de la peinture à l’huile mais également à l’acrylique. Pour mes tableaux, je m’inspire à la fois de l’exotisme et du fantastique, laissant libre cours à l’imaginaire, sans artifice, ni modèle. Pour la colorisation de mes illustrations de bande dessinée, j’ai 2 méthodes : la peinture à l’ancienne directement sur la planche ou la palette numérique sur écran. On peut aussi mélanger les 2 méthodes : tu travailles en direct ta peinture et tu fais quelques retouches en numérique. En numérique, je ne commence jamais avec une page blanche, je fais toujours en amont mon encrage noir et blanc, puis je scanne mon dessin pour coloriser en numérique. PR : As-tu un atelier ? BB : Oui, je travaille dans la pièce principale, la pièce de vie car j’aime bien mon petit confort, être en présence de la télévision ou avec de la musique. Je suis à l’aise quand je dessine et je peins dans l’environnement familial, entouré de mes enfants. J’aime quand mon entourage interfère, participe à mes travaux en cours…Pour l’écriture, en revanche je préfère être isolé. PR : Ta double casquette de Postier et d’artiste a-t-elle généré des obstacles durant ton parcours professionnel ? BB : Bien au contraire, mon étiquette d’artiste m’ a toujours permis d’avoir « la côte » auprès de mes collègues du Centre financier de Nantes et ce, depuis mes débuts à la Poste en 1990. Cela s’est même accentué depuis 2 ans quand je me suis mis à faire de la figuration pour des tournages de cinéma. PR : As-tu commencé ton parcours postal - passage obligé à l’époque - à Paris ? BB : Oui, au Centre financier de Paris avec des horaires de brigade. Ce rythme de travail a été et est essentiel pour mes diverses activités créatives. J’y suis resté 13 ans, habitant dans un premier temps dans le quartier montmartrois puis ensuite au cœur du Marché des Puces de Saint-Ouen parmi les antiquaires. C’était un choix personnel car j’adorais fouiner dans ces milieux et tous les week-ends étaient festifs ! Après j’ai eu une envie de verdure, de retourner à la campagne, d’avoir un contact avec la forêt…j’ai obtenu ma mutation à Nantes. PR : As-tu fait des rencontres déterminantes, as-tu eu des périodes qui ont stimulé ton parcours artistique ? BB : oui, à mes débuts je faisais du café-théâtre avec une amie qui m’a encouragé à peindre pour que je présente quelques tableaux à une artiste peintre de sa connaissance . Dans la foulée, c’était le mois septembre 1999, je me suis inscrit au Salon de la Société Artistique et j’ai été sélectionné pour exposer au Musée de La Poste en décembre de la même année. Cette nouvelle visibilité m’a permis pendant 4 ans d’exposer dans une galerie dans le quartier parisien du Marais, puis dans une autre en face du Centre Beaubourg. Cela a duré une quinzaine d’années pendant laquelle j’ai été surpris de voir l’intérêt suscité par des galeries parisiennes puis nantaises par mes peintures d’inspiration fantastique. PR : En regardant quelques-unes de tes planches de B.D. j’ai la sensation que l’humour tient une place importante ? BB : Dès mon arrivée à Nantes j’ai exposé régulièrement dans la galerie Art Mel. Un jour la gérante m’a proposé de réaliser des vaches humoristiques sous forme de tableaux de divers formats. La fraîcheur de ces réalisations a eu de suite un bel écho auprès du public et m’a redonné l’envie de faire de la bande dessinée avec l’humour en fil conducteur. Parallèlement, deux de mes projets auprès d’éditeurs n’ont finalement pas abouti. En revanche, je suis souvent sollicité pour des planches personnalisées. PR : As-tu des artistes « références » ? BB: Dans le fantastique, incontestablement Philippe Druillet pendant sa période Métal hurlant. Dans une moindre mesure, Moebius et bien évidemment Enki Bilal avec son style inimitable. Plein d’autres artistes tels Tardi, Frankin, Uderzo m’ont également « nourri ». En revanche la ligne claire d’Hergé m’a moins inspiré graphiquement. Pour la peinture, j’aime énormément les préraphaélites, les peintres issus du courant symboliste comme Böcklin, Waterhouse, Rossetti, Burne-Jones, Gustave Moreau mais aussi Gustave Doré, Klimt, Alter Holz. PR : As-tu déjà eu des collaborations pour tes créations avec d’autres artistes ? BB : oui, quelques-unes. À une époque, je m’étais mis en recherche de scénaristes pour mes illustrations mais ces réalisations n’ont finalement pas intéressé les éditeurs. Je me suis donc mis à travailler seul. J’ai plusieurs romans finalisés mais je mets un point d’honneur à ne pas les autoéditer. PR : As-tu un projet actuellement ? BB : C’est plus qu’un projet puisque mon roman jeunesse Hibiscus et la conquête de Balaou vient de paraître courant octobre. PR : Comment as-tu basculé vers l’écriture ? BB : Deux facteurs ont contribué à ce changement : une restructuration et une réorganisation des horaires concernant mon travail au Centre financier, et dans ma vie personnelle une sollicitation constante de mes deux jeunes enfants. Ne pouvant dessiner à ma guise, j’ai trouvé une nouvelle source d’inspiration et me suis tourné naturellement vers l’écriture, ai créé ce roman illustré, fais du démarchage sur internet et obtenu la validation des éditions vosgiennes Ex-Aequo. Peut-être même qu’une collection va suivre avec cette fillette créole Hibiscus… PR : Tes enfants sont-ils tes premiers lecteurs ? BB : Non, je suis un peu cachotier, c’est un peu mon jardin secret. Je partage mon travail d’écriture avec uniquement 3 à 4 personnes, enfin jusqu’à présent…puisque maintenant mon bouquin va être diffusé ! PR : Quelle est à ton avis la place de la Bande dessinée parmi les Arts ? BB : elle a vraiment sa place …je suis heureux de son évolution depuis ma jeunesse grâce, entre autres, à l’école Pilote et tous ces artistes : Druillet, Gotlib, Moebius… qui ont permis à la B.D. d’acquérir ses lettres de noblesse et d’être un moyen d’expression à part entière, un Art majeur. © Bruno Bourdet ( Le Village La Poste - Vache au café - L’Ambassadrice) le Petit dragon de Ragon ( mascotte du quartier de Ragon à Rezé, ville limitrophe de Nantes) © Bruno Bourdet "Le postillon des temps futurs" Couverture sur-mesure pour la revue Post'Art - Décembre 2022 © Bruno Bourdet © Société Artistique de La Poste
- Le street art s’expose sur papier
Post de Pierre Raffanel - janvier 2026 - Paris Vernissage exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel Le Bastille Design Center a récemment fermé les portes de la 4 ième édition de « 100% Paper IV ». Plus qu’une simple exposition collective, ce projet d’envergure orchestré par Hopare et Urban Signature s’impose désormais comme le manifeste d’une scène urbaine qui n’a plus peur de l'éphémère. L’artiste plasticien Alexandre Monteiro, commissaire d’exposition pour l’événement est reconnu pour ses visages féminins fragmentés et ses fresques monumentales. Pour cette édition, il signe un collage inédit taille XXL qui accueille les visiteurs dès l'entrée. Urban Signature, spécialisé en évènements de street art "sur-mesure", apporte son expertise logistique et curatoriale avec à la manœuvre les frères Elliot et Warren Buisson. Hopare réalisant le collage taille XXL pour l'exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel Dans l'imaginaire collectif, le street art est indissociable du béton, de l'acier et des grands formats muraux. Pourtant, l'exposition 100% Paper IV a rappelé que le papier reste la cellule souche de la création urbaine. C’est sur ce support, souvent perçu comme fragile ou préparatoire, que l’idée prend vie avant de braver les éléments extérieurs. Le choix du lieu d’exposition dans ce bâtiment industriel « le Bastille Design Center » permet un contraste saisissant entre le caractère brut, historique et métallique du bâtiment et la fragilité organique du papier créant une dynamique visuelle captivante. Exposition 100 % PAPER IV au 1er étage du Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel Environ 300 créations originales présentées, explorant toutes les facettes de ce matériau ; du petit format intime aux grandes pièces impressionnantes et aux diverses techniques : dessins à la main, encres de chine, collages complexes, sérigraphies artisanales, lithographies et techniques mixtes. L'exposition réussit le tour de force de faire cohabiter des légendes du street art et la jeune garde montante avec un casting de quelques 120 artistes. Des références : Maye, Jo Di Bona, Miss Van, Pez, Levalet, Madame, RNST, Sax, Jo Little. Des habitués : Horss, Raf Urban, Matt_tieu, Caroline Karenine, Graff Matt. Des nouveaux venus : Vinie, Ensemble Réel, Abys, Ador, Taroe. Habituellement organisée dans le 3e arrondissement, l'exposition monte en puissance en investissant le 74 boulevard Richard-Lenoir. Ce bâtiment du XIXe siècle offre une architecture de métal et de verre répartie sur trois niveaux : le rez-de-chaussée en espace d'accueil et point névralgique ; le sous-sol avec une ambiance plus brute et underground ; et le premier étage avec son impressionnante verrière (12 mètres de hauteur), où la lumière naturelle sublime les textures du papier. Les « patrimoniaux » escaliers en bois qui craquent ajoutent une dimension sensorielle et historique à la visite. Exposition 100 % PAPER IV au rdc du Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel L'événement a été conçu pour être interactif et accessible, un lieu de vie et de rencontre avec un espace shop situé à l'entrée permettant d'acquérir des œuvres en édition limitée (Maye, Ardif, Ador...), des objets dérivés (livres, textiles) à des prix plus doux que les pièces originales. Un parcours famille avec un jeu de piste a été proposé aux enfants : ils devaient retrouver des drapeaux cachés dans l'expo pour compléter leur propre affiche de collage. Également une pièce au 1 er étage aménagée comme une classe d’école, dédiée à des ateliers de dessin et coloriage avec comme motif de base un portrait féminin d’Hopare. Atelier dessin jeune public lors de l'exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel L’exposition a également soulevé une question cruciale sur le marché de l’art actuel : comment collectionner l'inaccessible ? Le street art est par essence public et périssable. Le passage au papier permet cette transition vers l'intime. « Le papier, c’est le retour à la main, au trait brut sans l’artifice de la bombe aérosol à grande échelle. C’est une mise à nu de l’artiste. » dixit la note d’intention de l’exposition . En maintenant une entrée gratuite et en proposant des œuvres originales à des prix variés, l'événement a conservé l’ADN démocratique du mouvement urbain, évitant l'écueil de l'élitisme des galeries traditionnelles. Le succès de cette 4 ième édition confirme que le public est en quête d'expériences physiques et tangibles. Dans un monde de plus en plus numérique, le grain du papier et l’odeur de l’encre au Bastille Design Center ont offert une parenthèse organique bienvenue. 100% Paper IV n'était pas seulement une exposition de vente ; c'était la preuve vivante que le street art, loin d'être un effet de mode, continue de se structurer et de se réinventer. © HOPARE - exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel ©DECKTWO - exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel © VINIE -exposition 100 % PAPER IV au Bastille Design Center ©photo Pierre Raffanel
- Street art à la Poste du Louvre
Post de Pierre Raffanel - décembre 2025 BRUSK - 3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Retour sur la 3 e édition du festival de street art et d’art contemporain orchestrée par la galerie Roussard à La Poste du Louvre avec La Poste Immobilier. Ce fût l’occasion de redécouvrir ce monument parisien, emblème de l’architecture fin XIXème siècle, récemment rénové et réouvert au public, conçu par l’architecte Julien Guadet. Brusk - 3 édition Street Art Poste Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel 18 artistes pour cette exposition de type muséal & performances live de 12 artistes dans la cour intérieure, espace semi-couvert par une architecture métallique typique, dans le plus pur style Eiffel : Anagruz, Ardif, Astro, Brusk, Patricia Casagrande, Djalouz, Ender, Ensemble Réel, Graffmatt, Clément Herrmann, Jaëraymie, Jo Di Bona, Kaldea, Levalet, Mathieu1976, Jérôme Mesnager,Nadège Dauvergne, Ninin, OneMizer, Petite Poissonne Alexis Raoult, Joachim Romain, Rafael Sliks, Shaz, Sax, Softtwix, Stoul, Tito/Mulk, Wèkup. Nadege Dauvergne - 3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Kaldea - 3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Graffmatt -c'est dans la boîte-3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Jo Di Bona - 3 édition Street Art Poste Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel SOFTTWIX -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Rafael SLIKS- 3 édition Street Art Poste Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Onemizer -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Henry Blache aka SAX -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Djalouz -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Anagruz -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel #BilanExpo #ArtUrbain #ArtContemporain #LaPosteImmobilier #PosteLouvre #CultureÀParis #laPoste
- Interview de Coline FABRE, créatrice de vitraux contemporains
Pierre Raffanel : Comment vous définiriez-vous : maître verrier ? peintre ? Y a-t-il une terminologie féminine pour désigner votre profession ? Coline Fabre : Ah, alors là ! (sourire) C’est une question d’actualité, c’est vrai ! Je me définis comme une créatrice de vitraux. Le terme exact serait maître verrier ou verrier, mais maître verrier c’est aussi celui qui souffle…Or pour la réalisation d’un vitrail, j’utilise généralement du verre soufflé déjà coloré. Certains disent vitrailliste, je l’abhorre. Pourtant cela ne me choque pas si cela concerne la mosaïque de dire mosaïste ! Pour la féminisation de la terminologie, on aurait pu dire maîtresse verrière mais définitivement je préfère le terme «créatrice de vitraux ».Il y a aussi les verriers restaurateurs qui font de la conservation de vitraux. PR : Quelle a été votre formation ? Coline : Au départ, l’École des Métiers d’Art dans le XVe arrondissement de Paris, plus exactement l’ENSAAMA (École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art) où j’ai obtenu mon diplôme en 1980. J’ai ensuite travaillé dans divers ateliers durant les vacances d’été et les deux ans qui suivirent, années pendant lesquelles j’ai eu l’occasion de travailler chez Jean-Jacques Grüber. Cette rencontre fût primordiale puisqu’elle m’a permis de devenir l’assistante de sa fille Jeannette Weiss-Grüber, artiste spécialisée dans la création de vitraux contemporains autour de vitraux anciens. PR : Fréquenter la famille Grüber fut certainement riche d’enseignements ? Coline : Oui l’expérience fut formidable, Jeannette étant la petite-fille du célèbre Jacques Grüber – grande figure du vitrail Art nouveau (École de Nancy) – et son oncle étant le peintre expressionniste Francis Grüber, mort jeune, ami d’Yves Tanguy et de Pierre Tal Coat. Le père de Jeannette, Jean-Jacques Grüber aurait certainement été célèbre s’il avait été historien de l’Art du Vitrail mais il a dû reprendre l’atelier à la mort de son père Jacques ! PR : Peut-on parler de dynastie dans l’Art du Vitrail ? Coline : Oui, la famille Gruber faisait partie d’une « dynastie » créée en 1900 par Jacques Gruber. La plus ancienne de ces dynasties est l’atelier Simon-Marq à Reims, cela remonte au XVIIe siècle. À ce jour une des seules qui subsiste est l’atelier Duchemin dans le XIVe arrondissement de Paris., repris par leurs filles Marie et Charlotte . PR : Existe-t-il des courants, des écoles en région ? Coline : Il y a eu des courants, qui toujours étaient en rapport avec l’évolution de la peinture et des autres arts visuels. Comme par exemple l’école de Nancy. PR : Combien de temps êtes-vous restée dans l’atelier de Jeannette Weiss-Grüber ? Coline : Mon expérience avec Jeannette a duré dix ans puis elle a fermé son atelier et nul n’a repris dans sa famille. Atelier de l'artiste à Tusson - Maquette d’un vitrail ©photo marie bueno PR : Aurait-elle pu vous transmettre son atelier ? Coline : Non, parce qu’entretemps, les Monuments Historiques m’avaient confié mon premier ouvrage dans le cadre des chantiers d’été de l’association « Le Club Marpen » à Tusson. À partir de 1985, chaque année, je m’éclipsais de son atelier pendant trois ou quatre mois pour réaliser la création des quinze baies de l’église abbatiale de Marcillac-Lanville, un édifice majeur des Charentes. J’avais établi mon atelier dans l’église même pour m’imprégner le plus possible de l’atmosphère du lieu, je peignais les vitraux dans les fenêtres et pouvais observer le jeu changeant de la lumière au gré des heures. En 1990 j’ai acheté mon atelier à Tusson, près de Ruffec et d’Angoulême et m’y suis installée. J’intervenais régulièrement comme professionnelle et encadrais des stagiaires sur les chantiers d’été organisés par le « réseau Rempart ». PR : Qu’est-ce que le réseau Rempart ? Coline : C’est une union d’associations œuvrant pour la sauvegarde du patrimoine et qui a pour objectif principal de conduire des actions de réhabilitation et de mettre en valeur des patrimoines architecturaux, archéologiques... Leur devise « Restaurer les édifices en restaurant les humains ». PR : Votre apprentissage est-il venu d’une vocation ? Coline : Enfant, juste une envie de dessiner, souvent recroquevillée sur mon cahier. Quelquefois à l’école on me disait « Va finir ton heure en salle de dessin ! ». Plus tard, à l’École des Métiers d’Art, je m’imaginais faisant de l’illustration pour enfants, de la publicité… PR : Du figuratif. Pourtant vos choix se sont portés vers l’abstraction ? Coline : L’idée a commencé à germer…à Grimaud lors de vacances familiales dans les années 70… j’ai fait la rencontre d’un ami de la famille qui créait des bijoux en verre tout à fait extraordinaires. « Un jour - la seule fois dans sa vie - il a réalisé les vitraux d’une église en utilisant du gemmail : il mettait du verre concassé dans la résine, ça avait une allure sympathique et assez contemporaine ». Et je me suis dit : « Tiens, le vitrail contemporain ça existe ! ». PR : La lumière tient un rôle important dans vos œuvres ? Coline : Oui, primordial. Au travers des vitraux il faut tendre vers une résultante blanche à l’aide d’un équilibre de couleurs. Les reflets peuvent être colorés mais je ne veux pas qu’on ait la sensation d’être dans un aquarium avec des visages à l’aspect bleuté. Les vitraux anciens très colorés de la cathédrale de Chartres en sont un bel exemple ! A contrario, si on regarde des vitraux du XIXe siècle, la lumière résultante est souvent jaunâtre, pisseuse ! PR : Je vais être un tantinet provocateur… pourquoi la blancheur serait-elle plus opérante ? Coline : Ah ! Effectivement pourquoi ça serait mieux ? Cette lumière blanche me permet de ne pas dénaturer l’édifice lui-même. PR : Si je reprends vos propos dans l’article « Imaginaire et Inconscient », extraits de la revue l’Esprit du temps, l’idée serait que « le vitrail est un voile tendu entre deux blocs de pierre massifs qui ont toujours été là ». Ce qui signifierait que le vitrail sous-tendrait une structure existante, servirait de lien au patrimoine et que cette lumière blanche diffusée par le vitrail serait plus opportune à révéler et magnifier le lieu ? Coline : Tout à fait…et d’ailleurs j’ai fait beaucoup de vitraux jaunes et blancs, j’ai recommencé de multiples fois ma première fenêtre et me suis aperçue que les tons ocres et jaunes s’associaient magnifiquement à des fresques anciennes. PR : Effectivement dans l’église de Chavenat ou celle d’Artiguevieille, vous avez réalisé des vitraux dans les tons jaunes assez lumineux et blancs… Coline : J’ai mis longtemps à comprendre qu’il faut plus de verre blanc que de verre jaune. Mes premiers vitraux, je les ai réalisés à l’ancienne, c’est à dire que le blanc-blanc n’existait pas, le blanc c’était toujours du verdâtre. J’ai voulu créer des parallèles, des équivalents avec mes créations contemporaines. J’ai longtemps cherché et recommencé mes ouvrages ! Prieuré de Marcillac-Lanville (Charente) Réalisation 2018-2020 ©Coline Fabre ©photo pierre raffanel PR : Justement, cette recherche de la résultante de blanc, l’avez-vous obtenue uniquement de manière empirique ou revêt-elle des aspects purement techniques et mathématiques ? Coline : En fait c’est mathématique et pourtant je ne m’explique pas pourquoi à la Chapelle du Rosaire de Saint Paul de Vence (vitraux d’Henri Matisse et de son maître-verrier attitré Paul Bony) , il n’y a pas une once de blanc, pourtant la résultante est blanche à partir de verres jaunes, bleus, verts. PR : Votre processus d’inspiration ? Est-il une vision fulgurante ou une émanation du vide ? Coline : Après avoir chassé toutes les idées parasites, mon processus de création naît du vide pourtant rempli de l’édifice qui lui, est bel et bien présent. D’ailleurs à Milly-la-Forêt il y a une chapelle peinte par Jean Cocteau où se trouve un petit écriteau avec cette pensée qui semble évidente au premier abord : « A Milly-la-Forêt, j’ai trouvé un cadre ». Effectivement, « le lieu existe, tu n’as pas à le choisir, le format de tes peintures est là ! ». PR : Vous avez besoin d’une immersion totale du lieu, mais la vision émanant de l’édifice n’est-elle pas trop prégnante ? N’êtes-vous pas happée par l’endroit ? Coline : Non, je ne me laisse pas happer, ça serait beau si c’était ça ! Au début, sur mes premières créations, c’était un peu compliqué, je procédais de manière empirique. Puis, au fur et à mesure de la trentaine de chantiers que j’ai pu réaliser, une vision jaillit, s’impose et en même temps il se passe souvent un laps de temps assez long où il ne se passe rien. Heureusement les dates butoirs entre les appels d’offres et le démarrage des réalisations permettent de laisser mûrir l’inspiration. PR : La plupart de vos créations de vitraux sont situées dans des églises et chapelles romanes, principalement en Charente et en Bourgogne ? Coline : Il y a beaucoup d’églises romanes en Charente et c’est la raison pour laquelle je m’y suis installée. J’adore cette architecture qui m’autorise à être « bien contemporaine» en étant moins connotée que le style gothique. De plus elles ont pour moi une dimension plus abordable qui me permet de rentrer dans un univers et de vraiment développer une écriture personnelle en résonance avec l’architecture du lieu. Ma préoccupation première est d’intégrer des vitraux contemporains dans ces monuments historiques… Prieuré de Marcillac-Lanville (Charente) Réalisation 2018-2020 ©Coline Fabre PR : Faut-il être croyante pour réaliser des œuvres dans des lieux de culte ? Coline : Oui j’adorerais être croyante mais je ne le suis toujours pas ! Un jour un évêque m’a dit lors d’une inauguration dans une petite église : « Vous devez avoir une foi très profonde pour faire d’aussi beaux vitraux ! ». Ma réponse fut : « Écoutez, je ne suis pas pratiquante mais je suis contente que mes vitraux soient praticables ! » J’aime ces lieux qui sont propices à la contemplation et à la méditation. « Je dirais que je me sens, à travers ces édifices, dépositaire, non de la croyance des anciens, mais de ce que celle-ci a éveillé en eux : le désir de créer. Cette quête de chaque jour. » PR : Peut-on dire qu’il y a de la spiritualité dans vos œuvres ? Coline : Je pense qu’à partir du moment où je suis dans une architecture sacrée, je vais aller dans le sens de l’édifice et me couler dans l’atmosphère qu’il dégage. Je vais être réceptive à son caractère unique et mes créations vont s’imprégner de la spiritualité du lieu. PR : Pourquoi votre choix de l’abstraction au lieu d’une figuration que vous nommez « réalisme illusionniste qu’a laissé le XIXe siècle » ? Coline : L’abstraction est plus évocatrice et les vitraux peuvent s’épanouir pleinement, dans la simplicité que nécessite une église romane. Ce qui m’embête c’est quand, dans une fenêtre, à partir du moment où « ce voile tendu entre deux blocs » te propose une espèce de volume, une perspective, des choses derrière : ce n’est plus du tout « un voile tendu ». C’est là que se dégage un faux volume, une chose qui n’existe pas et qui fait semblant d’exister; et cela ne me plaît pas du tout ! PR : Avez-vous eu des collaborations avec d’autres artistes ? Coline : Non, car mon statut d’artiste (Maison des artistes) ne me permet pas de réaliser de vitraux d’un autre artiste, il faudrait que je sois artisan et que je prenne des assurances spécifiques… « J’œuvre seule » et je suis toujours celle qui intervient en dernier sur les chantiers après les couvreurs, les maçons… PR : Avez-vous d’autres projets ? Coline : Oui j’ai eu la chance qu’on me propose de créer un ensemble de mobilier liturgique... Post de Pierre RAFFANEL Extrait de la revue Post Art 6 - juillet 2021 - La Société Artistique "Pictograf" Vitrail de Coline FABRE Couverture originale de la revue POST'ART n°6
- Interview de Georg HALLENSLEBEN, illustrateur et peintre
L’artiste aux 2 facettes ou lorsque l’illustration devient peinture ... Son parcours Né en 1958 en Allemagne, il s’initie au dessin dès son plus jeune âge, s’inscrit dans une Académie d’Art à Cologne. Puis part à Rome où il peint, dessine sans relâche pendant près de vingt ans. Il fait ses premières expositions dans des galeries en Suisse et en Autriche. Actuellement il réside à Paris où il se consacre à l’illustration jeunesse et à des « séries et variations » de peinture. Ses rencontres et « moments charnières » Adolescent, il conçoit et dessine son premier livre jeunesse. Plus tard, lors de la foire internationale du livre jeunesse de Bologne, il remodèlera cette première maquette à base de successions d’images et Pauline paraîtra en 1999. A Rome, il sympathise avec l’américaine Kate Banks assistante de l’éditrice new-yorkaise Frances Foster, ensemble ils collaborent à l’histoire de Baboon publié en 1996 chez Gallimard . Le célèbre collectionneur allemand d’art contemporain Hans Van der Grinten , mettra en scène avec passion dessins et aquarelles de l’artiste dans le musée de Kranenburg. Sa rencontre avec Pierre Marchand créateur du secteur jeunesse chez Gallimard fut primordiale. C’est là que Georg travaille avec la maquettiste Anne Gutman sur des livres illustrés écrits par Kate Banks. Petit à petit, une belle connivence naîtra, amènera Anne à l’écriture. Ce sera le point de départ de moultes collaborations et continuera quand, en 1999 Pierre Marchand deviendra directeur de création au groupe Hachette. Les personnages Gaspard et Lisa créés avec Anne, sont des icônes au Japon et ont même une « ville » dans un parc d’attraction au pied du mont Fuji. Les livres à tirettes ou à effets sonores de Pénélope mettent avec humour l’enfant au cœur des histoires souvent drôles. Plus récemment le roman Les Couzinzines raconte les tribulations d’Achille avec sa famille et ses cousins avec, une fois n’est pas coutume, des dessins à la plume. «A Paris» Gaspard et Lisa avec Hello Kitty (Hachette Livre 2014) ©Georg Hallensleben ©photo pierre raffanel Son atelier Il est au cœur de l’appartement familial, niché au centre de Paris, avec un air de campagne et une ambiance de dolce vita. Georg et son épouse Anne Gutman travaillent énormément : il peint les images et elle écrit les histoires, fait la mise en page…l’échange est permanent ! Leurs trois enfants sont leurs premiers lecteurs. Vue d'atelier ©Georg Hallensleben Ses inspirations Paysages glanés au cours de ballades à pied ou à bicyclette en Suisse italienne et en Italie : le mélange des rochers, montagnes avec des éléments béton aux sorties des tunnels, du métal des garde-fous et des panneaux de signalisation… Souvenirs de Milan, Rome, du lac de Cöme, de Gênes et ses autoroutes, du viaduc Morandi, du petit village de Guadagnolo… Ses techniques Au commencement, des dessins à foison, des travaux monochromes…L’artiste aime les « séries » avec des variations : des séries grises à la gouache noire et des déclinaisons dans les tons marron. Les couleurs de sa palette très réduite (jaune, rouge clair et foncé, bleu cobalt et cyan, violet et blanc) nourrissent ses peintures à l’huile. Georg compare ses « séries » aux variations d’un thème musical. Il cite les variations de Jean Sébastien Bach et les interprétations à chaque fois revisitées de Bob Dylan lors de ces concerts. Il joue ses « accords » en modulant ses tonalités et en déclinant un même thème en plusieurs œuvres ...Il aime parler de tension entre la profondeur et la surface plane du tableau ! Ses illustrations : après la gouache de ses débuts et à part un petit détour par l’acrylique, il peint à l’huile des pleines pages aux douces couleurs chatoyantes qui décrivent l’aspect concret et le quotidien de la vie des enfants. Des œuvres d’atmosphères tout en légèreté ! « Comme Bonnard, Hallensleben goûte les couleurs de la vie, la prouesse technique sous l'apparente facilité » (Florence Noiville - Le Monde - février 2000). Illustration extraite de Gaspard et la Tour Eiffel (Hachette Livre 2014) ©Georg Hallensleben Ses projets De nouvelles illustrations et histoires de Gaspard et Lisa , de Pénélope , une série pour les petits appelée Mon chaton, un projet de BD (une histoire de fantômes) avec Anne Gutman… De nouvelles « séries variations » de peintures inspirées d’images de street view et de caméras de surveillance avec différents stades de transformations, en différentes tonalités. La ville de Gaspard et Lisa dans le parc d’attractions Fuji-Q Highland au Japon © Georg Hallensleben Post de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art - juin 2020
- La céramiste Yolande MICHELON in situ
La Madelon « Centenaire de la guerre de 14-18 » (laque avec incrustation) ©Yolande MICHELON © 2023 Photo Pierre Raffanel À peine arrivés dans cette charmante campagne icaunaise, nous sommes plongés illico dans les effluves de vernis et de térébenthine de l’atelier de Yolande et par l’enthousiasme contagieux de cette artiste. Il y a presque 25 ans, Yolande est tombée « en amour » de la laque. Découverte au détour d’une promenade à Prémery dans la Nièvre, elle visite une exposition dans des anciens abattoirs, elle y découvre des paravents magnifiques : la laque fut une révélation quasi-instantanée ! Dès la semaine qui suivit, elle s’inscrivit aux cours de Lièn, laqueuse et n’eût de cesse depuis, que d’apprendre ce savoir-faire ancestral. L’apprentissage fut long et ce n’est qu’après plusieurs années de pratique qu’elle commença à maîtriser les techniques et procédés de la laque. L' artiste Yolande Michelon en interview avec Pierre Raffanel ©2023 Photo Marie Bueno Mais revenons, au début de son histoire : elle naît à Paris, son père est alors menuisier-ébéniste mais sa mère souhaitant ouvrir un commerce, la famille déménage à Auxerre où Yolande y poursuivra ses études. Adolescente, elle se rêve décoratrice d’intérieur, mais son père de souche stéphanoise ne veut pas qu’elle aille à Paris pour ses études. Elle se fait alors embaucher au standard PTT. S’ensuivra une belle carrière à la Poste : dactylo à la Direction, puis secrétaire au service des Ressources Humaines. Ensuite, une antenne de documentation est créée, elle y organise les concours de facteurs et les recrutements, qui à l’époque étaient massifs ! Par la suite on lui proposera le poste de rédactrice du journal local postal Jourpost et deviendra responsable de communication. S on apprentissage artistique se fera pendant ses années « postales », durant ses loisirs ; au début dans son garage puis viendra la construction de son atelier, attenant à sa maison. À ses débuts, les matériaux indispensables à la fabrication de ses laques étant onéreux, Yolande pratique la porcelaine. Elle peint également des dessins sur bois, à base de caséine sur des armoires normandes… Son inspiration, elle la puise dans son quotidien, elle est insatiable, fait feu de tout bois : vue de Paris par satellite, des aurores boréales, des yeux comme motifs pour une exposition dans une clinique ophtalmologique en Allemagne, des miroirs, des bouts d’ardoise… Rien n’est aléatoire dans sa créativité : un dessin, un calque prédéterminent la composition de ses laques souvent abstraites… La discipline de la laque est complexe par la diversité des supports utilisés (bois, fer, terre…), par les diverses techniques à maîtriser (savants dosages de mélange de vernis et térébenthine ou de pigments broyés de couleurs et blanc de Meudon…) et par les nombreuses étapes successives. Beaucoup d’abnégation et « d’huile de coude » sont également indispensables : plusieurs couches successives de couleurs plus ou moins épaisses, de ponçages, de lustrages sont nécessaires pour l’obtention du résultat escompté : un aspect lisse et agréable au toucher. Ces divers étapes, maintes fois répétées pour retrouver la trace du décor composée en amont, et entrecoupées de temps de séchage vont révéler brillance, profondeur de l’œuvre ! Ses réalisations requièrent de la patience, une grande habilité manuelle, un goût du bricolage, mais aussi le sens de la débrouille : elle récupère de-ci de-là, un maximum de choses, d’objets, de cailloux… et les transforme au service de sa créativité – écolo avant l’heure d’une certaine façon. Yolande est intarissable sur les techniques de ce savoir-faire, à la fois ancestral depuis les premières utilisations en Chine, 1000 ans avant J-C et moderne par l’émergence au fil des décennies d’un style occidental qui ne cesse d’évoluer (exemple de la période Art Déco). La technique de la laque offre un terrain d’expérimentation presque sans limite : métallisation de feuilles d’or, d’argent, de cuivre, d’aventurine ou poudre de métal ; incrustation de matériaux très fins (coquilles d’œuf, nacre) ou très épais (écaille, ivoire) et de décors avec l’inclusion et accumulation de couleurs. Enfin vous l’avez compris, le travail de la laque nécessite passion et longueur de temps. Alors n’hésitez pas à prendre un peu du vôtre pour visiter au gré de vos humeurs le LACtelier de la « sémillante » Yolande Michelon ou de plonger votre regard dans une de ces laques au détour d’une exposition. (chronique de Pierre Raffanel dans la revue Post'Art 11 - décembre 2023) "Rivière nacrée" Céramique de Yolande Michelon ©2023 Photo Pierre Raffanel
- Poste Rodier : quand l’Art urbain s’empare du patrimoine Postal.
Post de Pierre Raffanel - décembre 2025 Attorno a tutto, il mare - HITNES - Vulcano - HITNES - Baile de los americas - HITNES © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition temporaire "Échappées" Quel voyage ! L'exposition "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" à la Poste Rodier vient de clore ses portes, et je suis encore sous l'impression de cette fable moderne exceptionnelle, d’une parenthèse artistique suspendue. Imaginée par l’artiste Alëxone Dizac pour la Fondation Desperados, cette exposition collective m’a permis de naviguer au travers de récits réels, imaginaires, intimes et collectifs grâce aux œuvres de 12 artistes d’Art urbain dans l’ancienne halle occupée par les facteurs. Les volumes industriels de ces espaces bétonnés ont offert une caisse de résonance inédite à ces expressions libres. A moment in time - Andrew SCHOULTZ © 2025 Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" La force de cette initiative réside dans sa capacité à nous inviter à tracer notre propre échappée. C'était un rappel puissant de la créativité et de la liberté qui peuvent émerger au cœur même de l'environnement urbain. Cet édifice postal a été réalisé avant la disparition du corps des architectes des PTT en 1973, par André CHATELIN, architecte en chef des PTT. On lui doit également le musée de La Poste. Pour Rodier, il imagine une structure aux grandes portées et volumes généreux, organisée sur 8 niveaux. Getting there - CMP ONE ©Photo Pierre Raffanel © 2025 Exposition "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" En ouvrant ses portes de manière temporaire, le site Rodier s'inscrit dans une démarche d'urbanisme inclusif et dynamique, devenant un théâtre d’évasion, un labyrinthe narratif guidé par Julia Montauk. Ce partenariat entre la Fondation Desperados et la Poste Immobilier préfigure la future transformation du lieu : un programme immobilier mixte répondant aux nouveaux enjeux de la Ville de Paris et du Groupe La Poste. C'est ici que le « combo art et patrimoine » joue son rôle le plus noble : donner un sens nouveau à la ville et accompagner sa mutation en douceur. Cette initiative est un rappel puissant que la créativité et la liberté peuvent émerger au cœur même des structures les plus rigides. Promenons-nous dans les bois - MADAME © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine « Echappées célèbre un art en mouvement, enraciné dans la parole, mais tendu vers l’imaginaire. Un art qui ne s’expose pas seulement : il se raconte. Ces échappées sont celles du quotidien, des cadres des théories, du réel strict, pour basculer dans un monde où les récits font œuvre, et où l’œuvre devient récit. » ICINORI - Mayumi Otero & Raphaël Urwiller © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine Le Casting de l’exposition temporaire "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" (Les 12 Artistes) Commissariat (Alëxone Dizac) : Pour son premier commissariat, Alëxone a composé une équipe internationale et pluridisciplinaire, mêlant peinture, sculpture, photographie et installations : 100TAUR (France) : Spécialiste des créatures hybrides et de l'art fantastique. Andrew Schoultz (USA) : Connu pour ses paysages dynamiques et ses motifs répétitifs complexes. Benjamin Laading (France) : Travaille sur l'esthétique du graffiti (le "fatcap") avec une précision académique. Charles Fréger (France) : Photographe de renom explorant les costumes et les rituels populaires. CMP One (Danemark) : Figure historique du graffiti, maître du lettrage et des scènes urbaines. Duy Anh Nhan Duc (Vietnam/France) : Artiste botaniste qui crée des œuvres délicates avec la nature. Le parloir des souhaits - DUY ANH NHAN DUC © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine Hitnes (Italie) : Muraliste fasciné par le monde animal et les sciences naturelles. Icinori (Mayumi Otero & Raphaël Urwiller - France) : Duo d'illustrateurs et éditeurs au style graphique unique. Madame (France) : Célèbre pour ses collages poétiques et ses jeux de mots vintage. Miss Van (France) : Pionnière de l'art urbain féminin, connue pour ses "Poupes" sensuelles et oniriques. Steph Cop (France) : Sculpteur qui redonne vie au bois mort à travers ses personnages "Aro". Yun-Jung Song (Corée/France) : Artiste explorant l'identité et les émotions à travers des compositions oniriques. Creaturas - MISS VAN © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine
- Sylvain AUBRY in situ
Des phares en ligne et points de mire «Ar men » ©Sylvain AUBRY (huile) © 2024 photo Pierre Raffanel Post de Pierre Raffanel - revue Post'Art #227 Un petit crachin en préambule…Nous sommes à Songy, près de Vitry-le-François. Sylvain m’a prévenu : « La plaque mentionnant le numéro de mon adresse est cachée sous la verdure. » Discrètement, un peu à l’image de cet artiste... Nous sommes sur le perron, prêts à découvrir son atelier, son havre de tranquillité, son antre de créativité aménagée dans les combles de sa maison. Vue panoramique de l’atelier de Sylvain AUBRY avec, à ses côtés son intervieweur Pierre Raffanel ©2024 photo Marie Bueno Aux sons crépitants d’un feu de bois, une coupette de kéfir à la main, nous entamons de conviviaux échanges ; lui m’évoquant ses passions pour le sport - course, athlétisme, planche à voile, dériveur – et moi des réminiscences de manœuvres avec l’armée au camp de Suippes et d’une fourragère lors de mon service militaire. Sa passion pour la peinture est venue à la trentaine, à la fin des années 80 mais depuis longtemps une envie le taraudait : s’exprimer par l’écriture, la peinture, la sculpture…Le point de départ de ses créations et de son apprentissage : un pari avec un ami peintre lors d’un repas « arrosé entre potes », la veille du lancement d’un concours « Dessine ton village » du village de Saint-Amand sur Fion. « Territoire Breton - Baie de Douarnenez » ©Sylvain AUBRY (huile) 40x90cm , création originale exposée et sélectionnée lors du 94e Salon national de la Fédération de la Société Artistique en juillet 2023 au Bastille Design Center - PARIS XIe ©2023 photo Pierre Raffanel Parallèlement Sylvain Aubry a eu un parcours de fidélité aux « PTT » : au début technicien de maintenance au centre de tri – colis de Pantin, pendant 6 ans et avec un cycle de travail de deux nuits sur quatre. Puis rapidement il déménage à Épernay, ce qui lui permet de faire des allers-retours facilement. Par la suite, il deviendra technicien informatique à France Télécom : « à l’époque, il fallait être deux personnes pour transporter les disques durs des premiers PC (ordinateurs personnels) ». Ensuite, à Châlons-en-Champagne, il reviendra à La Poste pour être cadre chargé d’opérations (technique opérationnelle du courrier de la Champagne Ardennes et de la Picardie) : « j’étais responsable d’une cinquantaine de techniciens, c’était très intéressant mais très prenant : dépannages des machines-courrier la nuit, le week-end aussi ! ». Son dernier « job » fût responsable au contrôle de gestion avec Xavier Moulun qui fût également président de la Société Artistique Champagne Ardenne. Et puis une demande de temps partiel aménagé sénior, toujours en cours…qui lui permet de pleinement partager avec son épouse leur passion commune de la voile et de vivre six mois par an sur leur voilier amarré au lac du Der entre Vitry Le François et Saint Dizier. «Phare de l’Ile de Batz » ©Sylvain AUBRY (huile) ©Photo Pierre Raffanel L’artiste Sylvain Aubry est complétement et viscéralement autodidacte : « je suis un peu une mule, le jour où je me suis décidé à me lancer, j’ai peint tous les jours, je n’avais pas de pinceaux, je peignais avec des cotons tige, j’en ai fait des seaux ! » Au début c’était de l’aquarelle puis avec ses mélanges de pigments il réalisait des natures mortes à l’huile avec pour motif « des pots à lait ». Il a toujours trouvé amusant de produire des images qui racontent des histoires. Dès l’enfance, lors de ces vacances en Bretagne avec ses parents, il est fasciné par le phare de Tévennec situé à la pointe occidentale de la Bretagne, dans la partie nord du raz de Sein au large de la pointe du Van. Ce sera le point de départ de sa principale source d’inspiration. Plus tard, des photos dans un magazine de voile et une reproduction de ce même phare « blanc sous un ciel d’orages ». La beauté de cette vision va amorcer sa passion pour les phares en général, ce thème devient alors une récurrence pour l’artiste, un véritable ancrage d’expressions véritables, une manière sincère de peindre des histoires humaines. La liberté également de les représenter sur terre comme au milieu de l’océan, de la mer…Un de ses autres phares fétiches se situe sur la Pointe des Chats dans le Morbihan. L’artiste l’a souvent peint et exposé, permettant ainsi dans chacun de ses tableaux de rendre hommage à ce site unique, l’île de Groix, seule réserve naturelle géologique à intérêt minéralogique de France. «Phare de l’Ile de Batz » ©Sylvain AUBRY (huile) ©Photo Pierre Raffanel Sylvain se déplace régulièrement en Bretagne pour y puiser une inspiration tranquille et remplir des carnets d’aquarelle format A3. Des croquis sur motifs de paysages authentiques du Finistère, de Belle-Île-en-Mer. Une occasion unique de moments privilégiés et de partage avec ses trois petits-enfants. Au début, certaines de mes réalisations de paysages m’ont été inspirées par le peintre Nicolas de Staël . Puis, par l’entremise de Jean Claude Baillet, j’ai intégré la Société Artistique Champagne Ardenne et rejoint les membres du bureau en tant que secrétaire quelques temps. L’association et ses artistes adhérents m’ont permis des échanges fort utiles pour mon apprentissage en peinture. Le peintre Daniel Bigaré fût un « sacré moteur » grâce à ses conseils avisés et j’ai souvent peint sur motif en extérieur avec l’aquarelliste André Chapsal. Sylvain aime à parler des influences bénéfiques des associations qui permettent ces rencontres ; même si le but de chacun des membres est différent : pour certains la peinture est un passe-temps et pour d’autres une réelle passion. D’ailleurs, me confie-t-il, je vais te conter l’anecdote de la « confiture de nouilles » ou comment expliquer à un artiste que l’on n’aime pas son œuvre d’art même si sa réalisation a demandé beaucoup d’heures de travail : « C’est comme de la confiture de nouilles, tu prends 10 litres d’eau et 2 kilos de pates, tu fais réduire, tu égouttes. Ce qui reste, tu le mets dans 5 litres d’eau, tu le refais bouillir. C’est assez long. Tu fais réduire jusqu’à ce qu’il ne te reste qu’une masse informe : de la confiture de nouilles. Le résultat : c’est très long à faire, c’est compliqué mais c’est dégueulasse. » «Phare de l’Ile de Batz » ©Sylvain AUBRY (huile) ©Photo Pierre Raffanel Aujourd’hui, le nouveau challenge de Sylvain Aubry, c’est la gravure : « J’ai toujours adoré cette technique, ce procédé de gravure douce qu’est la manière noire. Le premier travail consiste à grainer la plaque de cuivre uniformément de petits trous, à l’aide d’un outil appelé berceau. Ensuite ces petits points vont garder le noir de l’encre et pour faire la forme, on écrase les trous. ». Pour cet apprentissage, il va appliquer la même philosophie qu’il y a trente ans lors de ses premiers pas en peinture : par étapes progressives, en faisant des erreurs, en les corrigeant, recommençant avec passion, façonnant la matière ; tranquillement, paisiblement dans sa « caverne » d’artiste, son atelier cocon en prenant le temps… Comme l’écrivait Nicolas Boileau dans l’Art poétique :“Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. » "Sans titre" ©Sylvain AUBRY (huile) ©photo Marie Bueno L’artiste Sylvain AUBRY dans son atelier ©photo Marie Bueno
- Guy HELLE in situ
Visite de l’atelier du pastelliste Guy HELLÉ à Mairy s/ Marne, village aux environs de Châlons en Champagne. Post de Pierre Raffanel - revue Post-Art n°4 Guy Hellé dans son atelier ©2020 photo Pierre Raffanel Une allée d’arbustes bien taillés, des cotonéastres de Franchet. Une terrasse de pierres façonnée par les mains de Guy. Une maison coquette. La déco, c’est le hobby de Ginette, sa moitié : l’ambiance est délicatement romantique, empreinte d’une douce nostalgie. Au premier étage, l’atelier est une belle pièce mansardée. Il y a plus de vingt ans, c’était la chambre de leur fille partie depuis « vivre sa vie ». L’atelier est sobre, ordonné : tables, chevalets… une ribambelle de fusains, feutres, plumes, crayons, estompes, pinceaux, gommes mie de pain, fixatifs et une « collection » de bâtonnets de pastels secs, dans une gamme de tons doux et subtils. L’atelier mansardé de Guy Hellé ©2020 photo Pierre Raffanel Guy Hellé a « deux amours » son pays de naissance l’Alsace et la Champagne où il réside depuis plus de quarante-cinq ans et une passion le pastel. Il a façonné sa technique, au fil des années, en autodidacte déterminé. A l’adolescence, il a commencé à s’exprimer « au crayon » s’inspirant de lithographies commanditées sous Napoléon III pour recenser les monuments historiques. « Au lycée, je n’ai pas vraiment eu de référence culturelle ! ». C’est le « Lagarde et Michard » qui sera source de ces premières inspirations : les pastels d’Edgar Degas, les poésies du romantique Gérard de Nerval, les scènes champêtres de Jean-François Millet. Son véritable coup de cœur est indéniablement le tableau « Souvenir de Mortefontaine » de Jean Baptiste Corot. Jean Baptiste Corot « Souvenir de Mortefontaine » 65x89 cm © GrandPalaisRmn - Collection Musée du Louvre Ses influences picturales : l’école de Barbizon, les impressionnistes, le cercle de Saint Léonard avec les peintres Charles Spindler, Henri Loux, Lucien Blumer, Lothar bon Seebach et les lithographies de Jacques Rothmuller. En forêt d’Offendorf : le Rossmoerder (pastel) Guy HELLE ©2020 photo Pierre Raffanel Le thème de prédilection de ses tableaux est l’Alsace : sa campagne, ses paysages, ses villages, ses rieds…L’inspiration vient le plus souvent lors de ses randonnées dans le massif vosgien : « il faut savoir ressentir les choses. C’est à partir de ce moment que l’on peut construire une interprétation, un développement. Qui dit ressentir dit être séduit et c’est cette situation d’être séduit qui nous pousse à vouloir mémoriser et conserver un rêve, une atmosphère ... et aussi à les partager ». Strasbourg : quai de la Bruche et le grand platane (pastel) Guy HELLE ©2020 photo Pierre Raffanel Guy Hellé est un des plus fidèles peintres de la Société Artistique de Champagne Ardenne, présent depuis les débuts de l’association en 1985 où il a pu partager sa passion avec ses amis peintres « Dédé » Chapsal et Michel Denis. Vignoble et vue sur Mittelbergheim et sur le Haut-Andlau (pastel) Guy HELLE ©2020 photo Pierre Raffanel Le Haut-Andlau sous un coucher de soleil automnal (pastel) Guy HELLE ©2020 photo Pierre Raffanel








