top of page

Résultats de recherche

61 résultats trouvés avec une recherche vide

  • Hommage au Facteur Cheval

    Post de Pierre Raffanel (vernissage à Etrepagny ) Vernissage le 26 mai 2025 à Etrepagny : projet culturel de Poste Habitat avec le graveur Hakim BEDDAR et des élèves du collège Louis Anquetin en partenariat avec la Fondation La Poste, la ville d’Etrepagny et le ministère de l’Education nationale ©2025 photo Pierre Raffanel A l’occasion du centenaire de la mort de Ferdinand Cheval, plusieurs événements lui ont rendu hommage en 2024. En avril 2024, Philaposte célèbre le facteur Cheval au travers d’un timbre, inséré dans une planche qui laisse plus de place au dessin, réalisé par l'illustratrice spécialisée Sophie Beaujard, de Bourg-de-Péage dans la Drôme. Timbre du Facteur Cheval émis (avril 2024) par Philaposte ©2024 Création et gravure Sophie Beaujard d’après photo portrait Bridgeman Image Nous évoquerons également le projet culturel de Poste Habitat Normandie, mêlant art et histoire, à destination de ses locataires et des élèves du collège Louis Anquetin d’Etrépagny en étroite synergie avec l’artiste graveur Hakim Beddar. Ce projet artistique célèbre le centenaire de la disparition du Facteur Cheval, figure emblématique de l’art brut et des postiers. Jour du vernissage le 26 mai 2025, Hakim Beddar, la plaque à graver et gravures du Facteur. ©photo Pierre Raffanel L’artiste graveur Hakim Beddar a animé pendant plusieurs mois des ateliers d’initiation à la gravure et au calligramme, en lien avec cette figure, avec les jeunes du collège Louis Anquetin de la ville. Plusieurs visites de son atelier, un ancien centre de tri de La Poste réhabilité, ont été également organisées au fil des mois. Durant l’année scolaire 2024-2025 l’artiste, les enseignantes d’arts plastiques Amélie Coru et Lauriane Charière–Fielder et les collégiens ont interrogé le portrait et les maximes du Facteur Cheval via l’initiation à la gravure, l’écriture et le calligramme. A l’issu de ce projet, les œuvres créées ont été exposées lors de la 8e édition du Festival Au-delà des toits en 2025 et un carnet de timbres à l’effigie du Facteur Cheval, publié par Philaposte a permis d’immortaliser ce travail collaboratif. L’artiste Hakim Beddar a dédicacé le bloc de timbres lors du vernissage le 26 mai 2025 à Etrepagny en présence de quelques 150 personnes. Bloc de 4 timbres « Graver et écrire le Facteur CHEVAL » Estampe / Titre : Facteur Cheval ©2018 - Hakim BEDDAR ©photo Hakim Beddar ©ADAGP-Paris-2024 Dessins des élèves de la classe de 6eC du collège Louis Anquetil d’Etrepagny Ce projet d’éducation artistique initié par Patricia Guérin et mené par Poste Habitat Normandie, Antoine Cramoisan et son équipe, en partenariat avec la Fondation La Poste, la ville d’Etrepagny et l’Education Nationale illustre une fois de plus que la culture est un vecteur de lien social et de bien-vivre ensemble. Et peut-être, cerise sur le gâteau, a-t-il suscité des vocations artistiques dans les années à venir pour quelques élèves ... Bloc de 4 timbres « Graver et écrire le Facteur CHEVAL » Estampe / Titre : Facteur Cheval ©2018 - Hakim BEDDAR ©photo Hakim Beddar ©ADAGP-Paris-2024 Je vous livre quelques-unes des maximes de Ferdinand Cheval. qui ont inspiré les calligrammes et qui ont été la « base des travaux » des collégiens avec les portraits du Facteur, créés par l’artiste Hakim Beddar : « La vie sans but est une chimère » « Le travail fut ma seule gloire, l’honneur mon seul bonheur. » « Pour arriver au but, il faut être têtu. » « Les fées de l’Orient viennent fraterniser avec l’Occident. » « Ce que tu vois, passant, est l’œuvre d’un paysan. D’un songe, j’ai sorti la reine du monde. » « Ce monument est l’œuvre d’un paysan. Sous la garde des trois géants, j’ai placé l’épopée des humbles courbés sous le sillon. A la fraternité des peuples. » Photo in situ d’une des citations du Facteur Cheval (ici sur l'une des colonnes du Temple égyptien) ©photo DR Le « Palais idéal » est aussi une sorte de livre monumental, orné de multiples inscriptions, poèmes ou manifestes, offrant une réflexion sur la volonté, la mort, la fuite du temps. Presque toutes viennent directement du Facteur Cheval lui-même mais certaines citations sont issues d’autres plumes. Dessin « façade est du Palais idéal » de l’artiste Hakim Beddar. ©Hakim Beddar ©ADAGP-Paris-2025 ©photo Pierre Raffanel Post-scriptum : Anne-Marie Liger, dans la revue Art Ptt n°204 en septembre 2012, avait déjà évoqué dans son article « Etonnants bâtisseurs » ce représentant de l’art naïf et d’art brut pour l’anniversaire d’achèvement de son « Palais idéal ». Timbre du Palais Idéal du Facteur Cheval émis en avril 1984 par Philaposte © 1984 Création de Pierre Albuisson Palais Idéal et musée du Facteur Cheval 8 rue du Palais - 26390 HAUTERIVES

  • Entretien avec Josette RASLE, commissaire d'exposition

    Propos recueillis par Pierre RAFFANEL en septembre 2025 Josette RASLE ©photo DR Quid de ton parcours « postal » ? Et de ton parcours associatif : secrétaire générale de la Société littéraire de La Poste et rédactrice en chef de la revue Missives ? Josette Rasle : J’ai débuté ma carrière postale aux chèques postaux à Orléans où je suis restée un peu plus de deux ans, en faisant la permanence à la bibliothèque à l’heure du déjeuner. Les bibliothèques des PTT étaient des mines. Il y avait vraiment un fonds incroyable. Je suis arrivée à Paris fin 1982 pour m’occuper de la Société littéraire que j’ai ouverte à de nouvelles activités. Avec quelques membres du Conseil d’administration et des délégués nous avons pensé qu’il fallait faire évoluer la revue, changer son titre un peu vieillot, son aspect… et cela a donné ce que tu sembles bien connaître. As-tu fait un parcours d’études en lien avec l’art ? J.R. : Non je suis une autodidacte qui a toujours eu la passion de l’art et de la littérature. Quelle est l’exposition au musée postal dont tu as été commissaire et qui t’as le plus marquée ? Et d’une exposition durant tout ton parcours ? J.R. : Toute exposition est marquante car chacune nécessite un travail et une réflexion différente. Une exposition monographique ne se travaille pas comme une exposition collective ou une exposition à caractère « historique ». Ma première exposition, je l’ai consacrée à Hervé Télémaque qui était un ami. Il m’a fait confiance. Et tout s’est passée dans la plus grande des complicités. Travailler avec un artiste encore vivant c’est passionnant si cela se fait dans l’écoute et le respect de la parole de chacun. Une exposition se fait aussi avec toute une équipe : de la direction qui doit approuver le projet à l’équipe technique qui doit être efficace et bienveillante. Ce qui était le cas. Je dois dire que j’ai eu de la chance car les différents directeurs avec qui j’ai travaillés étaient ouverts à la nouveauté. De même que la responsable de la communication et l’attachée de presse. J’ai beaucoup appris des artistes. Avec Nils Udo – que j’ai rencontré à La Réunion où nous avions été invités en même temps : lui pour créer une œuvre moi pour mener un atelier sur le Facteur Cheval, notre échange a été vivifiant et très amical. J’ai beaucoup aimé consacrer une exposition au Facteur Cheval. J’ai de magnifiques souvenirs là encore avec Christophe Bonin qui était le directeur du Palais Idéal, avec la plasticienne polonaise Gabriela Morawetz qui avait fait toute une installation de photos et de voiles. C’était magique. Avec le Musée (grâce au service de la communication) et Le Palais nous avons organisé bon nombre d’événements. Notre collaboration se poursuivra d’ailleurs bien après cette exposition. Je pourrais aussi citer l’exposition hors-les murs L ’art fait ventre réalisée au petit musée du Montparnasse avec, pour l’accompagner, des manifestations dans la charmante allée, notamment des petites cantines concoctées par l’artiste/ cuisinière Brigitte de Malau en clin d’œil à la cantine de Marie Vassilieff qui nourrissait Picasso, Braque etc… pendant la guerre. Avec Martine Morel, directrice de la communication, nous avons dû batailler. Nous avons vécu quelques heures chaudes mais nous ne regrettons rien. Et puis nous avions la confiance et le soutien de Mauricette Feuillas, notre directrice. Cependant l’exposition la plus difficile à réaliser a été « Aragon et l’art moderne », pas à cause de la personnalité de l’écrivain mais parce que le Musée de la Poste n’est pas le Centre Pompidou. Il a donc fallu ouvrir mon carnet d’adresse et le carnet d’adresse des amis, pour obtenir certains prêts d’une très grande valeur. Je n’ai pas toujours pu montrer ce que j’aurais aimé montrer mais bon je suis fière que ce soit le musée de La Poste qui soit à l’origine de cette célébration. Les deux autres mousquetaires du surréalisme avaient eu leur exposition, manquait le troisième qui est tout de même l’un de nos plus grands écrivains. Mais ceci dit, j’ai trouvé de la joie à concevoir, à réaliser tous mes projets (Lonné et Verbena, José Abad, Chaissac Homme de lettres, Chaissac et Dubuffet travaillée avec le Musée des Sables d’Olonne, Gleizes et Metzinger dont l’exposition a été reprise par le Musée de Lodève, Bernard Rancillac, etc.…) Josette Rasle et Kashink devant la palissade du Musée de la Poste qu'elle vient de peindre dans le cadre de l'événement " Ralentir Street art 2016-2019" en co-commissariat avec Céline Neveux ©photo DR As-tu eu des rencontres singulières dans ta vie ? Des « moments charnières » dans tes expériences professionnelles ? J.R. : Oui beaucoup. J’ai été en prise avec énormément de gens de toutes sortes, en France et à l’étranger. Les numéros spéciaux que j’ai créés m’ont amené à travailler avec des écrivains, des artistes, des philosophes, des sociologues, des comédiens, des directeurs de théâtre, de musées, des géographes, des ambassades etc., à faire des déplacements, notamment avec le Festival Est-Ouest de Die qui, à l’époque, avait centré ses échanges sur les pays de l’ancien bloc de l’Union Soviétique. Nous tentions de dénicher les perles rares qui participeraient en France au Festival. Une manne pour ces pays fermés. Il y avait toujours de belles découvertes dans des lieux souvent inattendus, coupés de tout. Chaque numéro spécial a été pour moi un voyage. Le travail que j’ai entrepris pendant deux ou trois ans avec Chomo, un artiste singulier qui vivait en ermite dans la forêt de Fontainebleau a été une aventure passionnante. L’Asie centrale, la Sibérie… mais aussi André Degaine, ce postier fou de théâtre, le facteur Jean-Louis Toussaint qui faisait chanter les timbres etc… Tous ont contribué à leur façon à rendre mon travail – que je n’ai jamais considéré comme tel - passionnant. Je m’intéressais beaucoup aux cultures dites minoritaires et j’ai souvent axé les numéros spéciaux sur elles tout en les accompagnant à leur sortie de rencontres de plusieurs jours qui se déroulaient au Studio Raspail. Là aussi j’ai des souvenirs forts. Mais j’ai aussi créé des numéros spéciaux adhérents et des ateliers d’écriture, des prix etc… avec l’aide d’Anne-Marie Bence et de Martine Rauzet ; j’avais le même plaisir à travailler avec mes collègues. Rester au plus près de la vie, qu’elle soit sur votre territoire ou à des milliers de kilomètres. Regarder ce que fait l’autre, essayer de comprendre sans jugement hâtif. Au musée de la Poste, l’aventure a continué différemment, de façon plus resserrée mais tout aussi intense. Qu’est-ce qui t’a amené à écrire cet ouvrage « écrivains et artistes Postiers du monde » en 1997 ? J.R. : En fait, je voulais faire une exposition de quelques artistes et écrivains français et étrangers qui ont travaillé à La Poste, ponctuellement ou qui y avait fait carrière. Mon intention était de montrer que les PTT avait été un vivier de créateurs depuis toujours. J’avais rencontré la directrice de la Halle St Pierre qui avait trouvé l’idée intéressante et qui faisait sens dans ce musée puisqu’on pouvait ranger bon nombre de ces artistes sous la bannière art naïf ou art brut. Mais elle est partie quelques mois après, avant même que nous ayons pu mettre en route le projet. Il faut dire que la Halle Saint-Pierre n’était pas le musée que l’on connaît aujourd’hui. Sa remplaçante qui s’était montrée enthousiaste à son arrivée a peu à peu changé d’avis, ayant trouvé des projets qui lui tenaient plus à cœur et qui étaient les siens. De deux choses l’une où je remisais au placard ce travail que j’avais bien avancé ou alors je transformais le projet en livre. Ce qui n’est pas du tout la même chose mais bon… J’ai alors reçu le soutien d’André Darrigrand qui, en plus de ses fonctions de Directeur Général du groupe, était aussi Président de la Société Littéraire. Ce livre t-a-t-il permis de découvrir des artistes postiers dont tu n’avais pas eu écho ? Ce livre n’étant pas une anthologie, comment as-tu opéré pour faire ta sélection d’artistes ? J.R. : Quelques-uns, notamment l’Espagnol Vicente Perez Bueno, le Mexicain Hermenegildo Bustos…. Je connaissais Bastien-Lepage tellement prisé par les artistes scandinaves, Vivin, Rimbert, Lonné, Verbena, Mac Nab, F.A.Cazals dont j’ai fait rééditer le Jardin des ronces pour le 100ème anniversaire de la Société littéraire. … mais mon intention était ailleurs. Il ne s’agissait pas pour moi de dresser un inventaire de tous les postiers écrivains ou artistes qui s’étaient distingués ou se distinguaient dans ces domaines, il s’agissait plutôt de montrer comment un métier, une entreprise comme les PTT dont l’humain était au cœur de leur mission – relier les hommes par la voix ou la correspondance– pouvait influencer les comportements, l’imaginaire de ceux qui en avait la charge. Montrer comment celle-ci permettait, voire suscitait, la créativité du personnel qui avait par ailleurs la chance de s’exprimer par le biais de multiples associations souvent créées par des responsables au plus haut niveau qui avait à cœur de tisser un lien au sein de l’entreprise. Ce secteur associatif des PTT est un phénomène assez unique, cité en exemple dans le rapport qu’avait commandé Jack Lang sur la culture dans la Fonction publique. Les propositions de ces associations étaient souvent exigeantes. Et cela donne raison aux travaux d’Isabelle Lajarte que tu m’as évoqué et que j’ignorais. "Ecrivains et artistes postiers du monde - Maîtres de Poste XIX - XX siècles" de Josette RASLE ©1997 Ed. Cercle d'art - Paris En 1991, dans son étude sociologique « Les peintres amateurs », elle a consacré un chapitre étayé aux peintres amateurs postiers. Elle révèle en effet qu’il y a une proportion plus élevée de peintres « engagés » dans leur activité artistique par rapport aux autres groupes de peintres amateurs et que 10% d’entre eux (sur les 1500 adhérents en 1991) ont un déroulement de carrière assez intéressant pour qu’on s’y attarde ? Qu’en penses-tu ? J.R. : Je ne connais pas son étude mais je suis à peu près sûre que ses réflexions rejoignent les miennes mais en tant que sociologue elle a certainement approfondi et analysé des aspects que je n’ai fait qu’effleurer. En 1989, pour célébrer la Révolution française, nous avions constitué un petit groupe d’associations émanant de divers ministères : les Finances, l’Agriculture… et je dois dire que le secteur des PTT était le plus étoffé. Même si des choses intéressantes se passaient chez eux, il n’y avait pas cette diversité. Ton livre chronique les postiers artistes et écrivains, pourquoi ce choix de domaines d’expression ? J.R. : Pour moi l’un ne va pas sans l’autre. J’ai toujours allié les deux, que ce soit dans Missives ou dans ma vie personnelle. Dixit ton édito de 1997 « les PTT sont depuis toujours une pépinière de talents ». En 2025, y a-t-il autant d’artistes postiers qu’en 1997 ? Existe-t-il actuellement une culture PTT, « pététiste » comme l’aimait à le dire René Rimbert ? J.R. : L’entreprise a beaucoup changé depuis la séparation de La Poste et de France Télécom et avec elle son esprit. Beaucoup d’employés se sont sentis trahis par la réforme qui remettait en cause le service public, leur façon de travailler, le développement de leur carrière. Le secteur associatif en a d’ailleurs pâti. Des délégués – tous bénévoles – qui assuraient la liaison entre les régions et le siège social ont remis leur démission. Peu à peu on a compté au sein des associations plus d’adhérents extérieurs que d’adhérents internes. La Poste et France Télécom continuaient cependant à leur verser des subventions. Dans ces conditions, il est devenu plus difficile de repérer les postiers et télécommunicants singuliers. Le profil du personnel a aussi peu à peu évolué. Les mentalités aujourd’hui ne sont plus les mêmes et il n’y a plus vraiment le sentiment d’appartenance à l’entreprise. Peut-être subsiste-t-il encore à la Poste – on le perçoit dans des actions menées par la Fondation du groupe, mais à France Télécom je ne crois pas. Depuis les années 80-90 il y a eu une forte « démocratisation » des activités de loisirs, culturelles ou artistiques. Quel est ton avis sur l’évolution de la pratique picturale amateur des postiers ? J.R. : Il m’est difficile de répondre à cette question car en rejoignant le Musée de La Poste j’ai perdu contact d’une certaine façon avec le personnel. Je travaillais pour un public sans distinction de son appartenance à quoi que ce soit. Toutefois, si nul n’a apparemment plus besoin de l’entreprise pour exercer ses passions car un choix s’offre à lui à l’extérieur, ce n’est peut-être pas aussi simple et aussi mirifique. Il reste un pourcentage du personnel qui a besoin de ce partage, de cet échange entre collègues. J’ai pu le constater à travers la Fondation La Poste dont j’ai été membre du C.A. pendant plusieurs années. Des postiers lui soumettent des projets, à caractère culturel ou sociétal, fort intéressants à l’échelon de leur ville, de leur village ou s’engagent sur des Festivals ou autres qu’elle soutient. Une autre façon de s’impliquer et d’impliquer l’entreprise. Toi-même tu dois bien t’en rendre compte à travers l’association artistique. En lisant la revue que vous publiez, je ne vois pas qu’il y ait grand changement. Des rubriques nouvelles sont proposées qui répondent peut-être plus à ce que les postiers attendent aujourd’hui mais ce qui perdure et doit perdurer c’est l’organisation de salons qui leur permettent d’exposer leurs œuvres et ce dans toute la France. L’entre-soi s’il est fait dans un certain esprit - qui n’a rien à voir avec le repli sur soi – peut être stimulant, encourageant. Créer est une chose, montrer ses œuvres en est une autre. Et les difficultés pour trouver des « débouchés » sont aussi difficiles pour les amateurs que pour les artistes confirmés. Après la Seconde Guerre mondiale, la pratique artistique a été fortement encouragée au sein des entreprises. A l’époque, les dirigeants voulaient favoriser, entre autres objectifs, l’émergence d’une solidarité de classe et accorder de l’importance aux activités sociales dans le cadre professionnel. Cette tendance s’est inversée. Pourquoi la dimension artistique et culturelle tend à disparaitre des priorités de l’entreprise contemporaine et semble devenir accessoire dans un contexte de rationalisation et de performance ? J.R. : Ta réponse est dans ta question. La rentabilité, l’argent sont au cœur des préoccupations de tous les grands groupes – y compris ceux qui ont des missions de service public. Cette recherche de la rentabilité, de la performance à outrance participe à la déshumanisation de nos sociétés. C’est un choix politique et sociétal. La mondialisation, la concurrence, le toujours plus vite, le toujours plus quelque chose sont un cancer qui ronge et laisse sur le bas-côté de la route toute une population qui n’a pas ni les clés ni les moyens de réagir. La culture, en général, est un moyen d’épanouissement de l’être humain, une élévation de l’esprit mais elle est aussi un moyen de contestation d’un ordre établi ; elle ne disparaît pas seulement des entreprises (dont on peut contester avec raison que ce soit leur mission) mais de la société civile. Il n’y a qu’à voir le budget consacré à la culture au niveau national et régional. Il n’a jamais été aussi bas. Les années Lang sont loin derrière nous. Peut-on parler de la même manière des artistes professionnels et de ces artistes qui exercent parallèlement à leurs travaux créatifs une activité alimentaire ? J.R. : Ce n’est pas parce qu’on expose dans une galerie et qu’on a une reconnaissance du monde artistique professionnel que l’on a la vie facile. Il n’est pas rare que des artistes professionnels aient une activité alimentaire. Ils sont professeurs aux Beaux-arts ou dans des écoles ou assistants etc… Si l’écriture ne nourrit pas son homme, c’est souvent vrai aussi pour l’art. Je connais bon nombre d’artistes de valeur qui vivent très chichement. Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus par le marché de l’art qui se complexifie de plus en plus et qui devient de plus en plus une affaire de spéculation. C’est la raison pour laquelle, il faut créer des lieux alternatifs, des rencontres.... Dans quelle mesure Henri Raynal a-t-il contribué au travers de la revue Arts PTT de la Société Artistique à la notoriété d’artistes postiers et ce, malgré que le monde de l’art n’ait pas vraiment pris et ne prenne toujours pas au sérieux ces parutions les concernant ? J.R. : J’ai beaucoup de respect et d’amitié pour Henri Raynal qui est un écrivain inclassable. Son œuvre souvent jugée complexe et par trop hybride, reçoit un soutien grandissant et mérité de la part de philosophes, de penseurs de tous les âges. Sa vision du monde, son enthousiasme pour ce qui est, sa façon si personnelle de célébrer l’univers, la diversité qui pour lui est adoration de l’Un, est de plus en plus et de mieux en mieux partagée. Henri a donné beaucoup de son talent et de son temps pour essayer de rendre visible certains postiers et nul doute que sa voix a eu un écho auprès de galeries, de critiques d’art qu’il fréquentait. Il a beaucoup fait aussi pour informer, guider ses collègues dans cette jungle de l’art et sa rubrique dans Arts PTT était toujours intéressante même si ses goûts n’étaient pas toujours les miens. Et ce que j’aime chez lui, c’est sa ferveur, sa générosité et sa volonté de défendre les artistes qu’il aimait, qu’ils soient connus ou totalement inconnus. Tu m’as évoqué le fait que la revue Post’art (anciennement Arts PTT) pourrait faire des portraits de postiers singuliers quel que soit leur domaine ? Peux-tu m’en dire plus… J.R. : C’est une idée qui n’est pas nouvelle mais qui a le mérite de mettre en avant un postier passionné par un domaine. C’est toujours intéressant de partager ses passions et de donner à voir un autre visage d’une personne. Affiches des expositions "Gaston Chaissac" "Aragon et l'art moderne" "Facteur Cheval " -Commissariats Josette Rasle ©Musée de La Poste Commissariats d’expositions au musée postal de Josette Rasle - Hervé Télémaque, du coq à l’âne (Musée de La Poste, 2005) - Deux postiers singuliers : Raphaël Lonné, Pascal Verbena (Musée de La Poste du 1er octobre 2005 au 11 février 2006) - Gaston Chaissac, homme de lettres (Musée de La Poste, 2006) - Marc Pessin, au cœur de l’écrit (Musée de La Poste, en collaboration avec la revue Missives) - Avec le facteur Cheval (Musée de La Poste, 2007, en collaboration avec le Palais Idéal du Facteur Cheval) - Charles Lapicque, une rétrospective (Musée de La Poste, 2008) - José Abad, du timbre à la sculpture (Musée de La Poste, 2009) - Le Bestiaire d'André Masson (Musée de La Poste, 2009) - Aragon et l'art moderne (L'Adresse Musée de La Poste, 2010) - Nils-Udo – Nature, rétrospective (L'Adresse Musée de La Poste, 2011) - Gleizes et Metzinger, du cubisme et après (L'Adresse Musée de La Poste, 2012. Itinérance au Musée des beaux-arts de Lodève) - Chaissac-Dubuffet, Entre plume et pinceau (L'Adresse Musée de La Poste, 2013, (en collaboration avec l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonne) - L'Art fait ventre (L'Adresse Musée de La Poste au Chemin du Montparnasse, 2014) - Faites vos vœux ! Ex-voto d'artistes contemporains (L'Adresse Musée de la Poste au Chemin du Montparnasse du 6 octobre 2014 au 3 janvier 2015) - Rétrospective Bernard Rancillac (Musée de La Poste à l’Espace Niemeyer, 2017, en collaboration avec le musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonne) Affiches des expositions "L'art fait ventre" "Ex-voto" Rétrospective Rancillac" - Commissariats Josette Rasle ©Musée de La Poste Autres commissariats de Josette Rasle - Raphaël Lonné, Centro de Bellas Artes, 2007 (Madrid -Espagne) - Le Facteur Cheval et Sir Edward James (Mexique) - Libres comme l’art – 100 ans d’histoire entre les artistes et le PCF (Co-commissariat avec Renaud Faroux, Espace Niemeyer, 29 novembre 2021 -29 janvier 2022) - A venir : 1936/2026 – Résonances (Co-commissariat avec Renaud Faroux, Espace Niemeyer, octobre 2026 – janvier 2027) Publications -Ecrivains et artistes postiers du monde - Maîtres de poste, XIXe-XXe (Ed. Cercle d’art – mai 1997) -Co-édition avec Dominique Brunet de plusieurs ouvrages de correspondances de Gaston Chaissac (Editions du Murmure, Gallimard et Claire Paulhan…) - Co-édition avec Renaud Faroux de Libres comme l’art-100 ans d’histoire entre les artistes et le PC, Editions de l’Atelier, 2022 - A paraître (en librairie le 21 août) : J’ouvre /Je ferme, Editions du Murmure, collection « Le Chant d’Orphée »

  • Au pied du "mur poisson" : fresque de l'artiste urbain Florian Dejardin

    In situ avec Florian Dejardin - Propos recueillis par Pierre Raffanel en octobre 2025 Post de Pierre Raffanel - mars 2026 Fresque « Mur poisson » - Reyniès - Montauban - Tarn et Garonne ©Florian DEJARDIN ©photo DR Le Street Art est souvent perçu comme un élan de spontanéité pure, une trace laissée à la hâte sur le béton. Pourtant, la réalisation d'une fresque de grande taille est un exercice de haute précision qui mêle ingénierie des matériaux, géométrie et narration. Pour comprendre ce processus méticuleux, nous avons suivi l’artiste urbain Florian Dejardin lors de la création de son œuvre « Le Mur Poisson ». Nous avons recueilli son témoignage. Son récit montre bien que derrière l'aspect spontané d'une fresque se cache une méthodologie rigoureuse, presque académique, adaptée aux contraintes du support urbain. Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR 1. Préparer le dialogue avec le béton Florian Dejardin : « Le mur est apprêté lorsqu’il est brut de béton/ ciment, afin qu’il ne "boive" pas les pigments de la peinture en spray, ainsi les couleurs restent vives et ressortent plus franchement. » Pierre Raffanel : Avant même que la première goutte de couleur ne touche la paroi, un travail de préparation invisible est nécessaire. Le support n'est pas qu'une surface ; c'est un matériau vivant, poreux et exigeant. Sans cette sous-couche, la peinture s'enfoncerait dans les pores du ciment, perdant son éclat et sa durabilité. L'apprêt crée une barrière protectrice qui garantit la saturation chromatique. Il faut dompter la porosité du support : le béton et le ciment sont des matériaux très "assoiffés". Sans une couche d'apprêt (souvent une sous-couche acrylique), le liant de la peinture aérosol est absorbé, ce qui rend les couleurs ternes et "poussiéreuses". En isolant le mur, l'artiste garantit une saturation maximale des pigments. Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR 2. L'esquisse, le tracé Florian Dejardin : « On trace les traits de construction avec une teinte plutôt neutre et assez claire, afin qu’une fois recouverts ceux-ci disparaissent en se fondant sous les couches plus soutenues. » Pierre Raffanel : Une fois le mur "apprêté", l'artiste doit projeter son dessin à grande échelle. C'est la phase la plus critique pour la structure de l'œuvre : concevoir l'ossature de la fresque, créer cette armature graphique, ce « squelette pictural» destiné à être recouvert par la « chair » de la couleur. L'utilisation d'une teinte neutre et claire pour l'esquisse est stratégique. C'est ce qu'on appelle souvent la mise en place au "grisaille" ou avec des couleurs "fantômes". Cela permet de valider les proportions à grande échelle, de corriger facilement les erreurs sans créer d'épaisseurs disgracieuses et s’assurer que le trait de construction ne "transperce" pas visuellement les couleurs finales. Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR 3. L'équilibre entre préparation et improvisation Florian Dejardin : « Les artistes sont souvent prémunis d’esquisses plus ou moins finalisées pour la mise en place des différents éléments, une part d’improvisation est toujours possible (éléments de liaisons, fioritures, animations dynamisantes, mise en relief…) » Pierre Raffanel : Contrairement aux idées reçues, le street-artiste ne part pas à l'aveugle. Cependant, il laisse une porte ouverte à l'énergie du moment. Florian Dejardin souligne un point crucial : l'esquisse sur papier n'est qu'une base. Le passage du format A4 au mur de plusieurs mètres change la perspective. L'improvisation permet d'adapter l'œuvre à l'environnement direct (lumière, mobilier urbain, texture du mur). Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR 4. La narration : quand le mur raconte une histoire Florian Dejardin : « Ici cartes postales ou photos s'envolent, des personnages s'en échappent, hommage à une région, au temps qui passe. Le peintre prend du recul, trace quelques lettres, dans l'esprit de la composition, empreintes graphiques volatiles. L'écriture, le verbe est l'homme. » Pierre Raffanel : Dans cette étape, la fresque quitte le simple domaine décoratif pour devenir narrative. Une fresque réussie n'est pas qu'une prouesse technique ; c'est un message. Pour « Le Mur Poisson », Florian Dejardin a intégré des éléments qui lient l'œuvre à son territoire et à l'humanité. L'utilisation de cartes postales et de lettrages ajoute une dimension temporelle et humaine. L'ajout d'éléments graphiques et volatiles transforme le mur en un poème visuel, où la typographie devient un pont entre l'artiste et le spectateur, une symbolique du mouvement et de l’éphémère. L'écriture : c'est la signature de l'intellect humain sur la matière brute. Dixit Florian Dejardin : "L'écriture, le verbe est l'homme". Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR 5. La finition : l'œil de l’artiste Florian Dejardin : « Contours, dernières retouches et finitions, les peintres peaufinent et améliorent certains détails. » Pierre Raffanel : La dernière étape est celle du contraste et de la définition. C'est ici que l'œuvre prend sa profondeur finale. C’est souvent avec le "contour" (souvent noir ou de couleur foncée) que l’artiste redonne du punch à l'ensemble, faisant sortir les volumes et affirmant le style final. Le travail de Florian Dejardin sur « Le Mur Poisson » nous rappelle que l'art urbain est un artisanat exigeant. De la préparation chimique du support à la réflexion philosophique sur le "verbe", chaque coup de spray est le fruit d'une longue réflexion technique et artistique. Détail de la fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR Détail de la fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR #streetart #arturbain

  • @ l’ère numérique avec Florence LAFONT

    Post de Pierre Raffanel - mai 2026 « Quand l’écran s’allume elle peint sur sa tablette Toutes les couleurs sans pinceau qu’elle dit avec ses doigts. » Inspiré par le travail créatif de Florence Lafont, J'ai tapé sur mon clavier ces quelques vers du texte de Jean-René Mariani, légèrement adaptés pour la circonstance. J'aurais pu aussi intituler ce post : "Quand l'humanité flirte avec la créativité. " Démon et merveilles © Florence LAFONT Notre entrevue aurait pu être n’importe où… L’atelier de Florence est un nomade technologique. Le worshop de l’artiste numérique se déplace très facilement puisqu’il suffit d’un ordinateur portable, d’un logiciel de peinture numérique, d’une tablette et d’un stylet …Nul besoin d’une pièce dédiée, de chevalets, de pinceaux, de palettes, de tubes de peinture, de fixatifs …. L’ADN commun au « peintre traditionnel » et à l’artiste numérique c’est bien évidemment une bonne dose d’inspiration et de créativité. Il y a vingt-sept ans, Florence était enquêtrice à la Sofres et lors de remplissages « fastidieux » de questionnaires elle a commencé à griffonner des dessins « pour rompre la monotonie ». Ensuite Florence a été recrutée guichetière à la Poste, au back-office puis au middle-office de l’agence télévente du 3634 à Noisy-le-Grand. Courant 2020 elle a souhaité quitter la région parisienne pour changer de rythme de vie, se rapprocher de la nature et s’installe alors dans le Beaujolais. Aujourd’hui encore, Florence est chargée de clientèle à Fleurie dans une maison France Services hébergée par La Poste où elle s’épanouit pleinement. Comme elle le dit si bien : « Je suis attachée à l'esprit de service, je chéris l'humain humaniste et priorise toujours l'échange, le partage et le dialogue. » Acqua Di Somni © Florence LAFONT (dédicace réalisée spécialement pour la revue POST'ART n°5 - décembre 2020) Mais revenons au chant lexical de la passion de Florence : calques, pixels, stencil , palette d’outils, tablette Wacom Bamboo, logiciel ArtRage, stylet, écran, souris…tous ces termes qui définissent l’univers de la peintre numérique. Mais aussi d’autres mots plus habituels au monde pictural comme feutre, pastel, aquarelle, huile, dessin…car la pratique numérique n’a pas de réelle limite. Toutes les techniques « traditionnelles » de peinture peuvent être reproduites. On peut aussi, me suggère Florence, utiliser un dessin réalisé au crayon, le scanner pour l’importer dans le logiciel adéquat puis le transformer à loisir et à satiété, en superposant des « calques » que l’on pourrait définir comme des couches superposées ou des pochoirs. Ainsi les éventuelles corrections ou changements se font plus facilement que sur une « vraie toile » : la liberté de l’erreur en quelque sorte ! Femme © Florence LAFONT Florence puise son inspiration dans son quotidien ; quelquefois même au bureau elle crayonne des ébauches de futures œuvres. Suite à un drame personnel, Florence a eu l’idée de concevoir des « cartes de deuil périnatal » pour faciliter l’envoi d’un message de soutien aux parents ayant vécu la mort précoce d’un nouveau-né…Ses réalisations deviennent alors œuvres sociales, un art thérapeutique offrant des mots et des images là où le silence est souvent trop lourd. Un art comme passerelle vers ce qu’on n’ose pas dire, un médiateur discret entre ce que l’on ressent et les non-dits. Son double parcours est une magnifique illustration de la citation de Ralph Waldo Emerson qu'elle affectionne : « N'allez pas là où le chemin peut mener. Allez là où il n'y a pas de chemin et laissez une trace. » Cartes de deuil périnatal © Florence LAFONT ©photo Pierre Raffanel L’artiste Florence LAFONT, stylet à la main, la souris en attente...©2020 photo Pierre Raffanel

  • Ces salons d’art contemporain qui transforment une ville en musée vivant

    Post de Pierre Raffanel - 3 mai 2026 « Ils veulent être utiles à vivre et à rêver » (*) Imaginez une ville, un bourg, un village où, soudain, le quotidien s’efface devant l’imaginaire. Le temps d’un salon, les rues ne mènent plus seulement au travail, à l'école, à la boulangerie, chez l’épicier, les centres commerciaux mais vers des fenêtres ouvertes sur l’art. Pour ces communes, accueillir un salon annuel, c’est briser la routine urbaine. Les bâtiments publics perdent leur rigidité administrative pour devenir des écrins. Les salles de fêtes se transforment pour quelques jours en centre d’art contemporain. Le passant devient visiteur, l'habitant devient « critique d'art » le temps d’une immersion et d’une déambulation au cœur des œuvres des artistes professionnels et amateurs. Les passantes, les citoyens ne vont pas "au musée", c'est le musée qui vient à eux, en accessibilité libre et gratuite. Vernissage du 49 Salon de Saint Aubin les Elbeuf - Société des Artistes Elbeuf Boucle de Seine (SAEBS) (en premier plan - création de l'invitée d'honneur Delphine Devos) Le vernissage est souvent le point d'orgue de ces manifestations culturelles. Quelquefois même il y a un finissage. On y croise les élus, les artistes locaux, les curieux et les passionnés. C'est ici que le "musée vivant" prend tout son sens : contrairement aux galeries souvent froides et silencieuses ; ici on parle, on débat, on s'étonne à voix haute. La culture devient lien(s), crée des ponts entre les générations. Elle agit comme un langage commun, accessible à tous. Les œuvres exposées sont le point de départ d’un dialogue entre néophytes et artistes. Ces salons prennent des allures de bistrot parisien de la Belle Époque ! Chaque année, de nouveaux talents émergent, confirmant que la création est un mouvement perpétuel. Pour les artistes confirmés, c’est l’occasion d’une monstration de leurs nouvelles créations. Ces salons ne sont pas des simples juxtapositions de cadres, de réalisations en volumes ; ils sont une respiration nécessaire dans la vie d'une cité, une manière authentique de partager les aventures créatrices des artistes, d’échanges pluriels et de découvertes sans cesse renouvelées. 34 Salon de Peinture et de Sculpture de Maromme avec en premier plan une réalisation de l'invité d'honneur Laurent Levillain ( céramiste et sculpteur) En mai 2026, lors du 34e Salon de Peinture et de Sculpture de Maromme près de Rouen, Annie-Claude Ferrando nous confiait : « Monter une exposition collective est avant tout un véritable acte de création. Tout commence par un choix : celui de l’invité d’honneur. C’est le point de départ ; l’impulsion première de cette aventure. Alors l’imagination s’élance. Tout doit concourir à créer une émotion immédiate. Il faut que les visiteurs soient saisis dès leur arrivée dans la salle d’exposition. Mais cette vision rêvée est-elle réalisable ? C’est là qu’interviennent les techniciens, indispensables partenaires de cette manifestation culturelle. Dans un même temps, le service communication de la ville nous propose affiche et invitation, premières images visibles de l’exposition à venir. Puis, insidieusement, une légère angoisse s’installe. Aurons-nous suffisamment d’exposants ? Les œuvres seront-elles à la hauteur de nos attentes ? Rien n’est jamais acquis. Le jour du dépôt des toiles approche, suivi de celui, décisif, de la sélection par un jury. Et puis, ces étapes franchies, arrive le jour J. Techniciens, panneaux, spots, tableaux, sculptures, toute l’équipe des bénévoles de notre association, accompagnés d’amis venus prêter main-forte…On installe, on déplace, on ajuste, on doute…puis peu à peu la satisfaction s’installe. Les œuvres, presque magiquement, trouvent leur place. Malgré la fatigue, les sourires apparaissent : nous comprenons que, cette fois encore, une belle exposition est en train de naître. Enfin, les dernières sculptures sont posées, les tableaux accrochés aux cimaises, la numérotation achevée. Les spots s’allument et la lumière révèle, sublime, rassemble ! » 34 Salon de Peinture et de Sculpture de Maromme avec l'invité d'honneur Laurent Levillain L’art est la conjonction de trois choses : un créateur, un spectateur et une œuvre. Ces expositions collectives en sont la preuve tangible. L’occasion également de présentations d’une grande diversité de thématiques et de techniques : acrylique, pastel, huile, aquarelle, fusain, dessin, encre, céramique, émail, gravure, monotype, laque, vitrail...sculptures bois, métal, bronze… Lorsque l’art est vécu comme une expérience partagée, il permet d’affirmer le rôle des individus en tant que citoyens actifs plutôt que consommateurs passifs de culture. Chère lectrice, cher lecteur, votre prochaine visite d’un salon sera sans conteste la meilleure façon de vous imprégner des vibrations que procure la matière picturale, de vous procurer des émotions et des sensations d’émotions par la contemplation de réalisations en 3D et en 360° degrés. Peut-être aussi vous interrogerez-vous sur le rôle des artistes dans notre société en vous imprégnant de leurs visions poético-politiques de notre quotidien. 93 Salon national - Bastille Design Center - PARIS XI - La Société Artistique Fédération nationale Curation Pierre Raffanel ©photo Pierre Raffanel (*) Paroles extraites de la chanson "Utile" de Julien Clerc ( Paroles & musique : Etienne Roda Gil / Julien Clerc) ©EMI Music Publishing France, Sidonie, Sony/ATV Music Publishing LLC Rétrospectives des curations de Pierre Raffanel · Exposition itinérante « Le vert dans tous ses états » (Espace La Poterne – Paris XIIIe février 2021 & Galerie 3F – Paris XVIIIe mai 2021) 30 artistes · Exposition itinérante d’art posté Lettr’Art (Espace culture Maisons-Alfort - février mars 2021) (Centre Azureva Ile d’Oléron – octobre 2021) (Château de l’Hermine à Vannes – août 2021) 90 mail art · Rétrospective Gaston Sébire - peintre de la Marine (Lemnys La Poste –Paris XVe - mars à mai 2021) 20 tableaux · Exposition « Fruits et légumes ou la gourmandise » (Espace culture Siège La Poste –Paris XVe – juin à septembre 2021) 30 artistes · 93e Salon national (Bastille Design Center 700 m2 - Paris XIe - Fédération Société Artistique La Poste - décembre 2021) 110 artistes – 250 œuvres · Exposition « Dites-le avec des fleurs » (Espace culture DNAS Gentilly – février 2022) 20 artistes · Exposition d’art posté Lettr’Art (Espace culture Maisons-Alfort – octobre à décembre 2022) 70 mail art · 48e Salon libre national (Tour de la Défense et Greniers du Roy à Villemur-sur-Tarn - Société Artistique Midi-Pyrénées – juin 2022) 100 artistes – 130 oeuvres · « Paysages et territoires » 94e Salon national (Bastille Design Center 700 m2 – Paris XIe Fédération Société Artistique La Poste - juillet 2023) 90 artistes – 200 œuvres. · Rétrospective Pierre Lonchamp – « La fringale de vivre » (Espace culture Maisons-Alfort –septembre à décembre 2023) 20 tableaux · 49e Salon libre national - Abbaye de Vinetz à Châlons-en-Champagne & Espace culturel chapelle de Saint-Memmie (Fédération Société Artistique La Poste -mai 2024) 80 artistes – 110 oeuvres · Rétrospective d’art posté Lettr’Art (Châlons-en-Champagne – juin 2024) 130 mail art. 48e Salon libre national (Tour de la Défense à Villemur-sur-Tarn - juin 2022) ©photo Pierre Raffanel 48e Salon libre national (Greniers du Roy à Villemur-sur-Tarn – juin 2022) ©photo Pierre Raffanel 49e Salon libre national (Abbaye de Vinetz à Châlons-en-Champagne - mai 2024) ©photo Pierre Raffanel 49e Salon libre national (Espace culturel chapelle de Saint-Memmie - mai 2024) ©photo Pierre Raffanel « Paysages et territoires » 94e Salon national (Bastille Design Center 700 m2 – Paris XIe - juillet 2023) ©photo Pierre Raffanel 93e Salon national (Bastille Design Center 700 m2 – Paris XIe - décembre 2021) ©photo Pierre Raffanel

  • Éternel MUCHA

    Chronique de Marie BUENO - mars 2023 - Revue Post'Art n°11 Exposition "Eternel MUCHA" au Grand Palais immersif ©2023 Photo Pierre Raffanel En mars 2023 le Grand Palais immersif a accueilli une superbe exposition pleine de poésie, de douceur et d’émotions qui retrace le parcours d’un immense artiste européen, emblématique du XXe siècle : Alphonse Mucha, également connu sous le nom d'Alfons Mucha. Artiste prodigue et engagé qui semble avoir vécu cent vies à la fois : illustrateur virtuose, affichiste, graphiste, peintre monumental, architecte d’intérieur, décorateur et professeur d’art, surtout connu pour son style artistique distinctif, qui est devenu synonyme de l'Art Nouveau. La scénographie de cette exposition, d’une grande intelligence, nous permet une immersion exceptionnelle et époustouflante dans la vie de ce peintre. Dès l’entrée dans une salle grande dimension, assis ou allongé sur de grands poufs, on assiste à une projection triptyque grandiose (non sans rappeler les projections de l’Atelier des lumières) : des explosions de couleurs et de formes, une bande musicale très prenante, on en prend plein les yeux et les oreilles ! Les œuvres de l’artiste se prêtent parfaitement à ce concept d’immersion. Une balade de salle en salle nous plonge dans la vie de cet artiste humaniste, son parcours, ses techniques, sans oublier la mise en perspective avec tous les artistes influencés par Mucha. Une exposition originale qui fourmille de détails utilisant des animations variées qui rendent l’interactivité pertinente, un hologramme  avec la voix originale de Mucha, le côté ludique des petits écrans qui permettent au visiteur de créer sa propre œuvre, voire de se prendre pour Mucha. Une véritable expérience sensorielle visuelle, auditive et même olfactive - une sorte de voyage à la fois intemporel et magique ! Publicité JOB - Alphonse MUCHA © Mucha Trust Mucha né en pleine renaissance nationale tchèque le 24 juillet 1860 à Ivancice, en Moravie (aujourd'hui République tchèque), passionné par le dessin dès son enfance, montre un talent artistique précoce. Il a étudié à l'Académie des Beaux-Arts de Munich, en Allemagne, période où il peint des décors de théâtre avant de s'installer à Paris à 27 ans en 1887. En 1889 il poursuit ses études à l’Académie Julian et à l’Académie Colarossi. Un riche mécène l’aide le temps de sa formation mais il doit ensuite travailler comme illustrateur publicitaire pour des magazines et des journaux. Le tournant dans sa carrière : à la veille de Noël, encore peu connu, il fait un remplacement en 1894 chez l’imprimeur Lemercier et reçoit une commande urgente qui va transformer sa vie : Sarah Bernhard fait appel à lui pour l’affiche de la pièce de théâtre Gismonda. Tombant littéralement sous le charme du style original de Mucha elle signe avec lui un contrat de six ans. Elle devient sa muse et son amie proche. C’est le début du succès. Mucha devient alors l’illustrateur et dessinateur de sa génération : décors de théâtre, affiches publicitaires qui recouvrent les murs et colonnes Morris de tout Paris : Lorenzaccio, Rêverie et Automne… En 1900, tout le monde « se l’arrache », l’Art nouveau est à son apogée, Mucha devient l’artiste le plus recherché de ce style. Trois portraits d’Alphonse MUCHA -  Exposition "Éternel Mucha"  ©2023 Photo Pierre Raffanel L’originalité de son style surprend à plusieurs égards : Sarah Bernhardt sensuelle, quasiment en grandeur nature, femme magnifiée presque idéalisée avec des tons doux et pastels qui contrastent avec les couleurs criardes et/ou éclatantes utilisées par les autres affichistes de l’époque (Jules Chéret et Toulouse-Lautrec). Le message, le texte informatif subtilement intégré dans les plis de la robe de Gismonda… il réitèrera la stylisation et les figures isolées dans de nombreuses autres affiches. Il transforme l’affiche descriptive en affiche séductrice qui capte tous les passants. L’affiche publicitaire devient un Art à part entière ! Bref, ces affiches pour le théâtre Bernhardt ont été très populaires dans toute l’Europe, ont contribué à la célébrité internationale de Mucha et ont popularisé le style de l'Art Nouveau. Des œuvres caractérisées par des femmes élégantes et gracieuses, souvent entourées de motifs floraux et organiques. L'utilisation de couleurs vives, de lignes courbes et harmonieuses et grand nombre de petits détails qui fourmillent pour créer des compositions harmonieuses et esthétiques. Éternel Mucha © 2023 Maxime Chermat pour Grand Palais Immersif À l’occasion de l’Exposition Universelle il participe à de nombreux projets. On lui confie les décors du pavillon de la Bosnie-Herzégovine où il présente La Nature, un buste en bronze orné de malachite représentant l’idéal féminin de l’époque. En 1901, la bijouterie Fouquet (rue Royale) lui commande la réalisation des décors de sa boutique parisienne (reconstituée au sein des collections permanentes du musée Carnavalet). Il collabore avec plusieurs marques comme Lefèvre-Utile (les célèbres biscuiteries Lu), les champagnes Ruinart ou Moët & Chandon ou encore des parfums de renom. Dans cette exposition, on peut admirer une série de panneaux décoratifs intitulée "Les Quatre Saisons" représentant une saison différente et une scène féminine dans un paysage correspondant. Ces œuvres sont très appréciées pour leur beauté et leur symbolisme. En cette fin de XIXe siècle, le développement des techniques de  lithographie en couleur favorise l’essor des affiches publicitaires et donc la popularité de Mucha. Pour lui, les affiches permettent d’offrir de l’art dans les rues aux personnes qui n’ont pas les moyens d’aller dans les musées. L'exposition se concentre sur son influence permanente, du mouvement pacifiste "Flower Power", des années soixante aux mangas japonais, en passant par les super-héros, les comics, les artistes de rue et même l'art du tatouage. Son style innovant et fascinant est même transposé à de nombreuses œuvres et appliqué à divers objets qui ornent les maisons des amateurs d’art dans le monde entier !  L’atelier de MUCHA - Exposition « éternel MUCHA » © Mucha Trust   ©2023 Photo Pierre Raffanel En 1904 Mucha s’installe aux États-Unis et enseigne dans plusieurs universités. Dans le monde entier, il influence de nombreux artistes. Adulé au Japon (résonnance entre l’art de l’affiche de Mucha et la tradition de l’estampe ukiyo-e), il est aussi reconnu comme le précurseur des mangas (muchamania au Japon dès 1970). En 1910, après avoir obtenu un grand succès à Paris, Mucha revient à Prague en Tchécoslovaquie où il poursuit ses projets artistiques tout en agissant également dans le mouvement national en France. Le "style Mucha" a fasciné les amateurs du monde entier, en tant que peintre que ce soit dans ses toiles mais aussi dans ses œuvres monumentales, comme l'Épopée slave mais aussi en tant qu'illustrateur et designer lorsqu'il s'agit de l’ornement des objets de toutes sortes, ses créations de peintures, d'illustrations, de sculptures et de bijoux, ses décorations de bouteilles de champagne, flacons de parfum...Mucha a également réalisé des peintures qui reflétaient ses intérêts pour la spiritualité, la mythologie et la nature. Ces œuvres sont souvent caractérisées par des formes serpentines aux ancrages d’or ou d’argent et  des symboles mystiques. Il a également créé des illustrations pour des livres, des magazines et des calendriers. Il est un artiste engagé, peintre philosophe et grand humaniste qui place l’homme au centre de ses préoccupations. Il entre en 1898 au Grand Orient de France et dans l’esprit de la franc-maçonnerie qui prône « l’amélioration de l’humanité et la conscience de la liberté », il souhaite contribuer au progrès de l’humanité à travers son art. Il rêve de réaliser un projet d’envergure retraçant la mythologie slave riche de symboles, « L’Épopée slave » un ensemble de vingt tableaux qui raconte l’histoire de ces hommes du IIIe au XXe siècle et qui développe une vision de l’histoire comme modèle pacifiste du monde. En 1901 Mucha est même nommé chevalier de La Légion d’Honneur. Entre 1904 et 1909, il fera plusieurs séjours aux États-Unis pour chercher les fonds nécessaires à l’accomplissement de ce projet, c’est finalement l’industriel Charles Richard Crane qui acceptera de le financer. En 1912, il rentre dans son pays natal et se consacre à la peinture. En 1919, l’indépendance du nouvel état de Tchécoslovaquie est confirmée par le traité de Versailles. L’artiste est persuadé que l’art peut aider les peuples à s’unir et à maintenir la paix. Malheureusement à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, en 1938, la Tchécoslovaquie perd d’importantes régions et en 1939, l’entrée à Prague des Allemands signe la fin de l’indépendance acquise seulement vingt ans plus tôt. Mucha fait partie des premières personnalités arrêtées par la Gestapo. Peu de temps après sa libération, Mucha décède d’une pneumonie à le 14 juillet 1939 (à Prague).  L'œuvre de Mucha est extrêmement influente et contribue à la redéfinition de l'art de l'époque. Son style unique a été largement imité et inspiré de nombreux artistes de l'Art Nouveau. Mucha a lui-même continué à travailler jusqu'à la fin de ses jours mais son travail a été quelque peu oublié après sa mort. Cependant et heureusement, dans les années 1960, il est lié à un regain d'intérêt et est de nouveau considéré.  «Bières de la Meuse » Alphonse Mucha © Mucha Trust  "Éternel Mucha" : un visiteur crée sa propre œuvre à  l’aide d’un écran tactile ©2023 Photo Marie Bueno   Chronique de Marie BUENO - mars 2023 - Revue Post'Art n°11 #Mucha #PalaisImmersif

  • Les coulisses d’un jury d’art contemporain

    Post de Pierre Raffanel - mars 2026 Dessin d'un jury d'art contemporain ©2025 Gemini ©Post Pierre Raffanel Passer de l'autre côté du miroir et troquer son regard de visiteur contre celui de jury d’une exposition d’art est une expérience aussi gratifiante que complexe. C’est un exercice d’équilibre entre sensibilité personnelle, rigueur technique et responsabilité éthique. Être membre d’un jury, ce n’est pas simplement désigner ce qui est "beau". C'est avant tout savoir articuler pourquoi une œuvre mérite d’être distinguée. C’est transformer une émotion subjective en un argumentaire construit. Le jury cherche la "voix" de l'artiste. On ne recherche pas la perfection technique pure qui peut parfois paraître froide, mais cette étincelle de singularité : l’intention de l’artiste et la cohérence de sa réalisation par le choix de matériaux et de la composition. Le plus grand défi reste l’impartialité : mettre de côté ses a priori, faire fi de parti-pris. Un juré peut détester l'art abstrait mais reconnaître qu'une toile non-figurative est magistralement exécutée. L'objectif est de juger l'œuvre le plus objectivement possible et non selon ses goûts personnels. Si l'art contemporain semble parfois éthéré, les coulisses d'un jury sont un mélange de passion brute, de politique culturelle et de logistique pure. Bien que chaque exposition ait son propre thème, les jurys définissent en amont des critères de sélection qui s'appuient généralement sur trois piliers : la maîtrise technique (gestion des médiums, de la lumière, de la perspective et de la finition ), l’originalité (capacité à s'éloigner des clichés et à proposer une vision neuve) et l’impact émotionnel (la force de l'œuvre à arrêter le regard et à susciter une réaction) . La délibération, c’est souvent le moment le plus intense : un dialogue de regards des membres du jury composé de profils variés : galeristes, critiques, collectionneurs ou autres artistes. Cette diversité est essentielle car elle permet de croiser les perspectives. Le débat au sein d'un jury est un laboratoire d'idées. Une œuvre que l'on avait ignorée au premier tour peut soudainement s'illuminer grâce à l'analyse d'un collègue. Le consensus n'est pas toujours immédiat, et c'est là que réside la beauté de l'exercice : la défense passionnée d'un talent qui mérite d'être mis en lumière. Enfin, être jury, c’est avoir conscience de l’impact de ses décisions. Pour un artiste, un prix ou une sélection peut être un catalyseur de carrière, un boost de confiance ou une porte ouverte vers de nouvelles opportunités. C’est un rôle de passeur de lumière. En fin de compte, le jury ne crée pas le talent, il le révèle au public. C'est un hommage au travail passionné des créateurs et un engagement envers la vitalité de la scène artistique. 28 mars 2026 à la MDDA à Maromme sélection des oeuvres pour le 34 Salon de Peinture avec Annie-Claude Ferrando près des chevalets (présidente de l'association "Les amis du Salon de Peinture de Maromme" ) ©2026 photo Pierre Raffanel J’ai eu le plaisir depuis quelques années de passer de l’autre côté de la toile, de la scène en rejoignant différents jurys. Le dernier en date où j’ai été convié : le jury du 34 ème  Salon de Peinture et de Sculpture qui aura lieu du 2 au 17 mai 2026 à l’Espace Culturel Beaumarchais à Maromme, aux environs de Rouen. Je vais vous relater les rouages de son organisation. Annie-Claude Ferrando, présidente de l’association « Les amis du Salon de Peinture de Maromme » choisit l’invité d’honneur qui peut à son tour inviter d’autres artistes. En 2026, l’invité d’honneur et céramiste Laurent Levillain a décidé de convier les enfants des écoles avec qui il avait réalisé des sculptures. Sont également invités par le comité de l’association les neuf lauréats de l’année précédente et quelques artistes découverts dans différents salons. Les exposant.e.s ont postulé et participent en s’exonérant d’un droit d’accrochage. Leurs contributions permettent de financer les frais d’organisation du Salon. Leurs œuvres sont déposées la veille de l’organisation du jury. Le comité de l’association propose à tous les artistes invités au Salon de faire partie du jury (22 en 2026). Avec une jauge à neuf personnes, ce jury est composé de celles et ceux qui volontairement se proposent pour en être membres. Le jury est renouvelé à chaque nouvelle édition. Cette 34 édition revêt une dimension symbolique toute particulière pour l'association organisatrice "Les amis du Salon de Peinture et de Sculpture de Maromme". Soucieux d'assurer la pérennité de l'évènement, les membres du bureau actuel ont décidé d'anticiper la passation de pouvoir et choisi d'amorcer une transition sereine à horizon 2027-2028. C'est dans cet esprit de partage et dans un souci d'anticipation de transmission des savoir-faire et de préservation de l'identité créative de ce Salon, qu' ils ont invité la future présidente Emma Poppy et 3 personnes de son équipe à être observatrices des sélections. Les actuels membres du bureau de l'association "Les amis du Salon de Peinture de Maromme" en présence d' Emma Poppy et de son équipe, en prévision d'une future passation de pouvoir à horizon 2027-2028  ©2026 photo Marie Bueno Journal de bord du samedi 28 mars 2026 : MDDA à Maromme. Les 7 membres du jury sont, à 9h00 pétantes, prêts à débuter la sélection des œuvres in situ. Jean-Luc Feron, vice-président et trésorier fait les présentations et nous explique les tenants et aboutissants de cette journée. La présidente Annie-Claude Ferrando anime la session et nous suggère l’objectif simple mais exigeant de ces sélections : « Prendre ce qui est bon ! » Les 4 membres du comité ( Jocelyne Paumelle, Françoise Angot- Lacoste, Joelle Genty, Cyrille Boulet) sont également présentes et garantes de la rigueur administrative : suivi et conformité des inscriptions ; vérification des informations concernant les postulant.e.s, des titres des œuvres et du respect des dimensions des œuvres (stipulées par le règlement de ce 34 e  Salon).  Bénévolement, Claude Ferrando, Pierre Genty, François Liroy, Laurence Blondel veillent également au bon déroulé de l’organisation : transport et installation des œuvres sur 2 chevalets par des bénévoles de l’association, mise au « purgatoire » des tableaux et sculptures non retenues par le jury. La matinée se déroule dans une atmosphère d’échanges feutrés, constructifs. Le duel des narratifs, diversité des regards : à tour de rôle les membres du jury défendent leurs points de vue, confrontent leurs avis avec impartialité. Bref une franche bonne humeur, de très bons moments de partage, parfois amusants. Pause déjeuner sur place. La sélection d’œuvres s’enchaîne sans discontinuité : une centaine d’artistes… Quelques œuvres créent discussions, hésitations…un pastel des falaises d’Etretat fait débat… Annie-Claude en chef d’orchestre instille de temps en temps aux membres du jury quelques conseils avisés… L’organisation est rondement menée par l’équipe des bénévoles, avec efficacité et bienveillance. Fin de la session du jury : 16h45. Plus de 135 œuvres sélectionnées, prêtes à être exposées aux cimaises du 34 e Salon qui s’annonce comme une édition de belle qualité à l’Espace culturel Beaumarchais de Maromme. Dans les prochains jours, deux étapes importantes : Françoise Angot et Joelle Genty procèderont à la restitution des œuvres non sélectionnées aux artistes idoines. Annie-Claude et Claude Ferrando, Jocelyne Paumelle, Sylviane Leygonye réaliseront une relecture des fiches pour l'élaboration et l'impression du catalogue du 34 Salon. 28 mars 2026 : l'antichambre des sélections où sont stockées les oeuvres avant leur passage devant le jury  ©2026 photo Pierre Raffanel Jean-Luc Féron expliquant les rouages de l'organisation du 34 Salon de peinture de Maromme  ©2026 photo Marie Bueno   Afiiche du 34 Salon de Peinture de Maromme - mai 2026 ©Mairie Maromme -service communication Historique de mes participations à un jury : ·        1997 avril / Tremplin Rock / NECC Maisons-Alfort ·        1998 mai / Tremplin Rock / NECC Maisons-Alfort ·        2001 juin / Tremplin Rock / NECC Maisons-Alfort ·        2002 juin / Tremplin Rock / NECC Maisons-Alfort ·        2020 à 2025  / Expositions thématiques   Fédération Société Artistique La Poste / « Paysages et territoires » « Fruits et légumes ou la gourmandise » « Le vert dans tous ses états » « Dites-le avec des fleurs » « Fête du sport – Olympiades 2024 » Paris 13 – Paris 14 – Paris 15 -Maisons Alfort - Gentilly ·        2021 déc. / 93 e  Salon national Fédération Société Artistique La Poste   (110 artistes) / Bastille Design Center - Paris ·        2021-2022-2023 Concours national Lettr’Art – challenge d’art posté (mail art) avec 40 artistes ·        2022 juin / 48 e  Salon national Fédération Société Artistique La Poste   (90 artistes) / Tour de la Défense et Greniers du Roy - Villemur-sur-Tarn ·        2023 juillet / 94 e  Salon national Fédération Société Artistique La Poste   (100 artistes) / Bastille Design Center - Paris ·        2024 mai / 49 e  Salon national Fédération Société Artistique La Poste   (90 artistes) / Abbaye de Vinetz   Châlons-en-Champagne et espace culturel – chapelle –  Saint-Memmie ·        2024 janvier /Appel à projets de Poste Habitat – Bailleur Toit et Joie : « Prendre place » / Saint-Denis / artistes sélectionnées : Anouck Lemarquis  et Anaïs Leroy ·        2024 mars / Casting des musiciens du métro – Maison de la RATP / Paris ·        2024 mai /Appel à projets de Poste Habitat – Bailleur Toit et Joie « Fresque 150 ans impressionnisme » / Argenteuil   / artiste sélectionné : HOPARE Alexandre Monteiro / Fresque « La barque des rêves partagés » classée 13 e  du concours mondial Best of 2024 - Street art Cities : ·        2025 mars - Concours national Lettr’Art – challenge d’art posté avec 35 artistes (thème « Je m’intègre au décor » en partenariat avec Philapostel / Arzon ·        2025 mars /Appel à projets de Poste Habitat – Bailleur Toit et Joie « Au-delà du réel » / Champigny sur Marne / artiste sélectionné : compagnie MKCD ·     2026 mars / 34 ème Salon de Peinture et de Sculpture / Maromme / 100 artistes sélectionnés ·        2026 juin - Concours national Lettr’Art – challenge d’art posté (thème « Regards sur la nature» en partenariat avec Philapostel / Lacanau

  • Interview de Georg HALLENSLEBEN, illustrateur et peintre

    Post de Pierre Raffanel L’artiste aux 2 facettes ou lorsque l’illustration devient peinture ... Georg Hallensleben © 2021 Photo GH Son parcours Né en 1958 en Allemagne, il s’initie au dessin dès son plus jeune âge, s’inscrit dans une Académie d’Art à Cologne. Puis part à Rome où il peint, dessine sans relâche pendant près de vingt ans. Il fait ses premières expositions dans des galeries en Suisse et en Autriche. Actuellement il réside à Paris où il se consacre à l’illustration jeunesse et à des « séries et variations » de peinture. Ses rencontres et « moments charnières » Adolescent, il conçoit et dessine son premier livre jeunesse. Plus tard, lors de la foire internationale du livre jeunesse de Bologne, il remodèlera cette première maquette à base de successions d’images et Pauline paraîtra en 1999. A Rome, il sympathise avec l’américaine Kate Banks assistante de l’éditrice new-yorkaise Frances Foster, ensemble ils collaborent à l’histoire de Baboon publié en 1996 chez Gallimard . Le célèbre collectionneur allemand d’art contemporain Hans Van der Grinten , mettra en scène avec passion dessins et aquarelles de l’artiste dans le musée de Kranenburg. Sa rencontre avec Pierre Marchand créateur du secteur jeunesse chez Gallimard fut primordiale. C’est là que Georg travaille avec la maquettiste Anne Gutman sur des livres illustrés écrits par Kate Banks. Petit à petit, une belle connivence naîtra, amènera Anne à l’écriture. Ce sera le point de départ de moultes collaborations et continuera quand, en 1999 Pierre Marchand deviendra directeur de création au groupe Hachette. Les personnages Gaspard et Lisa créés avec Anne, sont des icônes au Japon et ont même une « ville » dans un parc d’attraction au pied du mont Fuji. Les livres à tirettes ou à effets sonores de Pénélope mettent avec humour l’enfant au cœur des histoires souvent drôles. Plus récemment le roman Les Couzinzines raconte les tribulations d’Achille avec sa famille et ses cousins avec, une fois n’est pas coutume, des dessins à la plume. « A Paris »  Gaspard et Lisa  avec Hello Kitty (Hachette Livre 2014) ©Georg Hallensleben ©photo pierre raffanel Son atelier Il est au cœur de l’appartement familial, niché au centre de Paris, avec un air de campagne et une ambiance de dolce vita. Georg et son épouse Anne Gutman travaillent énormément : il peint les images et elle écrit les histoires, fait la mise en page…l’échange est permanent ! Leurs trois enfants sont leurs premiers lecteurs. Vue d'atelier ©Georg Hallensleben Ses inspirations Paysages glanés au cours de ballades à pied ou à bicyclette en Suisse italienne et en Italie : le mélange des rochers, montagnes avec des éléments béton aux sorties des tunnels, du métal des garde-fous et des panneaux de signalisation… Souvenirs de Milan, Rome, du lac de Cöme, de Gênes et ses autoroutes, du viaduc Morandi, du petit village de Guadagnolo… Ses techniques Au commencement, des dessins à foison, des travaux monochromes…L’artiste aime les « séries » avec des variations : des séries grises à la gouache noire et des déclinaisons dans les tons marron. Les couleurs de sa palette très réduite (jaune, rouge clair et foncé, bleu cobalt et cyan, violet et blanc) nourrissent ses peintures à l’huile. Georg compare ses « séries » aux variations d’un thème musical. Il cite les variations de Jean Sébastien Bach et les interprétations à chaque fois revisitées de Bob Dylan lors de ces concerts. Il joue ses « accords » en modulant ses tonalités et en déclinant un même thème en plusieurs œuvres ...Il aime parler de tension entre la profondeur et la surface plane du tableau ! Ses illustrations : après la gouache de ses débuts et à part un petit détour par l’acrylique, il peint à l’huile des pleines pages aux douces couleurs chatoyantes qui décrivent l’aspect concret et le quotidien de la vie des enfants. Des œuvres d’atmosphères tout en légèreté ! « Comme Bonnard, Hallensleben goûte les couleurs de la vie, la prouesse technique sous l'apparente facilité » (Florence Noiville - Le Monde - février 2000). Illustration extraite de Gaspard et la Tour Eiffel (Hachette Livre 2014) ©Georg Hallensleben Ses projets De nouvelles illustrations et histoires de Gaspard et Lisa , de Pénélope , une série pour les petits appelée Mon chaton, un projet de BD (une histoire de fantômes) avec Anne Gutman… De nouvelles « séries variations » de peintures inspirées d’images de street view et de caméras de surveillance avec différents stades de transformations, en différentes tonalités. La ville de Gaspard et Lisa dans le parc d’attractions Fuji-Q Highland au Japon © Georg Hallensleben Post de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art - juin 2020

  • Cheval, un facteur inspirant

    Post de Sébastien RICHEZ , docteur en histoire contemporaine Comité pour l'histoire de La Poste Propos recueillies par Pierre Raffanel Retour sur le plus célèbre employé des Postes, qui consacra plus de trois décennies à la construction de son Palais Idéal dans la Drôme. Une œuvre monumentale sans équivalent, admirée par Picasso, Gaudi ou Niki de Saint Phalle... © COCO peintre du Facteur Cheval au Palais Idéal © 2012 Arimaj - Creative Commons Attribution. Dans le cadre de l'Exposition "Cent Regards d'Artistes" organisée à Hauterives à l'occasion du Centenaire de la fin de construction du Palais Idéal. En 1912, le facteur Cheval pose la dernière pierre de son Palais idéal. Il achève une œuvre de « 10 000 journées, 93 000 heures, 33 ans d’épreuves », comme il l’inscrit sur la façade Est du monument. Inhabitable, l’édifice du facteur Cheval est peuplé d’animaux de toutes sortes : pieuvre, caïman, ours, biche, éléphant, pélican… Mais aussi de créatures imaginaires ou mythologiques comme des géants et de fées. Pour créer ce fantastique bestiaire, le facteur Cheval a puisé son inspiration dans différents supports : cartes postales, photographies ou illustrations tirées de journaux comme Le Magasin pittoresque ou la Revue illustrée. Le « travail d’un seul homme », et modestement celui d’un « fils de paysan » précise-t-il, se défendant en tout cas de son vivant de toute qualité d’artiste. Né le 19 avril 1836 à Charmes-sur-l’Herbasse (Drôme), Joseph Ferdinand Cheval, issu d’un milieu paysan, quitte l’école à l’âge de douze ans pour aider son père aux champs. Orphelin à dix-sept ans, il devient boulanger puis agriculteur. Le 12 juillet 1867, entre dans l’administration des Postes comme facteur. Affecté à Hauterives, il est chargé de la tournée de Tersanne, point de départ de son histoire. En avril 1879, il bute sur ce qu’il nommera sa « pierre d’achoppement ». Acte anodin, qui lui donne l’idée de créer son palais. Repérant les pierres durant ces trente kilomètres de tournée quotidienne, il retourne les ramasser une fois achevée [en effet, il lui est théoriquement interdit d’en transporter quand il s’occupe du courrier], parfois dans sa brouette. Il meurt le 19 août 1924 et est enterré à Hauterives (Drôme) dans la tombe monumentale qu’il s’était lui-même construite après avoir achevé son Palais idéal. En 1969, André Malraux, ouvert au surréalisme par sa pensée artistique et humaniste, se résout enfin à classer l’œuvre de Cheval à l’inventaire des monuments historiques : il aura fallu un article de Jean Dutourd dans Le Figaro en 1968 sur la singularité de l’art naïf venant couronner les relances du jeune ministre des PTT Jacques Marette (1962-67) pesant dans la balance. Couronnement majeur ou reconnaissance intime pour Cheval, qui n’aurait de toute façon jamais pu imaginer cela de son vivant ? Son Palais est déjà devenu un socle de réflexion à des courants naissants, tout comme une source féconde d’inspirations créatrices. A l’opposé des poncifs de l’art classique ou à la mode, sont recensées les « qualités » qui avaient déjà mis Cheval au pinacle des courants du surréalisme, de l’art brut et de l’art naïf. Facteur Ferdinand Cheval avec sa seconde épouse Marie-Philomène Richaud et sa fille Alice (photo prise en 1884 ou 1885) © auteur inconnu - Droit Public André Breton (1896-1966), principal théoricien et animateur du surréalisme, y rallie en premier Cheval quand en 1931 il découvre le Palais, dont la photo figurera dans Les Vases Communiquants, puis en 1932 en lui dédiant un texte du genre dans son recueil Le révolver aux cheveux blancs. Ensuite le peintre Jean Dubuffet, lorsqu’il définit les principes de « l’art brut » en 1945 comme réaction spontanée contre l'art intellectuel, contre la beauté, privilèges de quelques-uns, cite en exemplarité l'art du facteur Cheval. Surtout, quand la critique fait du peintre Henri Rousseau (1844-1910), aussi appelé « Le Douanier » Rousseau, de son vivant, le chantre de l’art naïf, le Palais idéal est cité comme œuvre architecturale cofondatrice réalisée en parallèle. Depuis cette phase d’identification, des artistes majeurs du XXe siècle ont toutes et tous créé une œuvre sur Cheval ou exprimé une admiration au non-artiste et profane fonctionnaire des Postes. Il faut citer Pablo Picasso, cofondateur du cubisme avec Georges Braque et compagnon d'art du surréalisme, Jean Tinguely, créateur du « nouveau réalisme » prônant la récupération de matériaux et le détournement d’usage, ou encore Niki de Saint Phalle, membre des nouveaux réalistes nourris par l’art brut. Il faut aussi rappeler l’ancrage fait par la presse artistique, d’Antoni Gaudi (1852-1924) et son esprit créatif baroque, à son contemporain Cheval par son extravagance ornementale, aussi comme un des influenceurs de Salvadore Dali (1904-1989). A tel point que, avec beaucoup d’à-propos humoristique et d’infini respect pour ce groupe de personnalités évocateur, Josette Rasle, la commissaire d’une exposition consacrée au facteur dans les murs du musée de La Poste en 2007, s’était permise de tous les considérer comme « des poulains… de Cheval ». Des héritiers spirituels, Cheval en a aussi inspiré à la Poste. Comme l’ex-receveuse des PTT, Jeanne Devidal (1908-2008), surnommée « la folle de Saint-Lunaire », dont la maison faite de bric et de broc a nourri l’image de la postière sœur artistique de Cheval. Ou encore Jules Mougin (1912-2010), surnommé le « facteur-poète » parlant aux oiseaux, ou « le facteur Cheval des mots et des incroyables crayonnages », rallié à l'art brut d’inspiration troglodytique, se qualifiant humblement lui-même de « petit garçon à côté de Cheval ». Depuis 1959, par l’activité de la commission du programme philatélique, la Poste contribue à un courant de « patrimonialisation » des trésors de toutes natures. Déjà en 1984, pour le soixantième anniversaire de sa mort, les PTT avaient émis un timbre bizarre, sans figuration du facteur, oublié au profit de son imposant palais achevé en… 1912. Devait-on y voir là un maladroit appel du pied de l’administration, qui deviendra entreprise publique en 1991, lorgnant le site pour en faire acquisition et soulager ainsi la collectivité locale ? La Poste avait dû renoncé à cette audace culturelle et touristique qui aurait bouleversé son profil, pour des « raisons financières ». Timbre de 2024 émis par Philaposte représentant le Facteur Cheval et son Palais idéal. Création et gravure Sophie Beaujard d'après photo portrait © Bridgeman Images Pour 2024, ce timbre est l’expression d’un singulier lignage à entrées multiples, autant culturel que professionnel, qui ne s’est pas éteint avec le temps. Son essence a même alimenté d’autres sphères culturelles. Une bande dessinée aux éditions Glénat (2006), « Rêves de Pierres », a permis de donner de l’ampleur au monument de Cheval. Des artistes de la chanson populaire, comme Michel Fugain ou L’Affaire Louis Trio, ont interprété au milieu des années 1990 de touchants textes mettant en avant la poésie émanant de Cheval. Le Palais idéal se fait régulièrement la scène de compositions musicales internationales, de créations éphémères ou de spectacles. Le 7e art a accueilli Cheval en 2019 sous les traits de Jacques Gamblin dans un film biographique réalisé par Nils Tavernier. Affiche du film "L'incroyable histoire du Facteur Cheval" de Nils TAVERNIER ©2019 Sébastien Richez est un historien reconnu, notamment pour son travail au sein du Comité pour l'histoire de La Poste. Sa démarche historiographique se distingue par une volonté de concilier l'histoire institutionnelle, l'histoire sociale et l'évolution des techniques. Sa démarche s’inscrit dans une histoire totale, mêlant économie, sociologie, aménagement du territoire et mutations technologiques. Découvrez son parcours > Affiche "Le facteur Cheval" Bernard Rancillac (acrylique sur papier 50x30 ©2006 Adagp) de l'exposition au musée de La Poste en 2007 - commissaire d'exposition Josette Rasle

  • Interview de Coline FABRE, créatrice de vitraux contemporains

    Coline FABRE dans son atelier à Tusson ©photo Marie Bueno Pierre Raffanel : Comment vous définiriez-vous : maître verrier ? peintre ? Y a-t-il une terminologie féminine pour désigner votre profession ? Coline Fabre : Ah, alors là ! (sourire) C’est une question d’actualité, c’est vrai ! Je me définis comme une créatrice de vitraux. Le terme exact serait maître verrier ou verrier, mais maître verrier c’est aussi celui qui souffle…Or pour la réalisation d’un vitrail, j’utilise généralement du verre soufflé déjà coloré. Certains disent vitrailliste, je l’abhorre. Pourtant cela ne me choque pas si cela concerne la mosaïque de dire mosaïste ! Pour la féminisation de la terminologie, on aurait pu dire maîtresse verrière mais définitivement je préfère le terme «créatrice de vitraux ».Il y a aussi les verriers restaurateurs qui font de la conservation de vitraux. PR : Quelle a été votre formation ? Coline : Au départ, l’École des Métiers d’Art dans le XVe arrondissement de Paris, plus exactement l’ENSAAMA (École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art) où j’ai obtenu mon diplôme en 1980. J’ai ensuite travaillé dans divers ateliers durant les vacances d’été et les deux ans qui suivirent, années pendant lesquelles j’ai eu l’occasion de travailler chez Jean-Jacques Grüber. Cette rencontre fût primordiale puisqu’elle m’a permis de devenir l’assistante de sa fille Jeannette Weiss-Grüber, artiste spécialisée dans la création de vitraux contemporains autour de vitraux anciens. PR : Fréquenter la famille Grüber fut certainement riche d’enseignements ? Coline : Oui l’expérience fut formidable, Jeannette étant la petite-fille du célèbre Jacques Grüber – grande figure du vitrail Art nouveau (École de Nancy) – et son oncle étant le peintre expressionniste Francis Grüber, mort jeune, ami d’Yves Tanguy et de Pierre Tal Coat. Le père de Jeannette, Jean-Jacques Grüber aurait certainement été célèbre s’il avait été historien de l’Art du Vitrail mais il a dû reprendre l’atelier à la mort de son père Jacques ! PR : Peut-on parler de dynastie dans l’Art du Vitrail ? Coline : Oui, la famille Gruber faisait partie d’une « dynastie » créée en 1900 par Jacques Gruber. La plus ancienne de ces dynasties est l’atelier Simon-Marq à Reims, cela remonte au XVIIe siècle. À ce jour une des seules qui subsiste est l’atelier Duchemin dans le XIVe arrondissement de Paris., repris par leurs filles Marie et Charlotte . PR : Existe-t-il des courants, des écoles en région ? Coline : Il y a eu des courants, qui toujours étaient en rapport avec l’évolution de la peinture et des autres arts visuels. Comme par exemple l’école de Nancy. PR : Combien de temps êtes-vous restée dans l’atelier de Jeannette Weiss-Grüber ? Coline : Mon expérience avec Jeannette a duré dix ans puis elle a fermé son atelier et nul n’a repris dans sa famille. Atelier de l'artiste à Tusson - Maquette d’un vitrail ©photo marie bueno PR : Aurait-elle pu vous transmettre son atelier ? Coline : Non, parce qu’entretemps, les Monuments Historiques m’avaient confié mon premier ouvrage dans le cadre des chantiers d’été de l’association « Le Club Marpen » à Tusson. À partir de 1985, chaque année, je m’éclipsais de son atelier pendant trois ou quatre mois pour réaliser la création des quinze baies de l’église abbatiale de Marcillac-Lanville, un édifice majeur des Charentes. J’avais établi mon atelier dans l’église même pour m’imprégner le plus possible de l’atmosphère du lieu, je peignais les vitraux dans les fenêtres et pouvais observer le jeu changeant de la lumière au gré des heures. En 1990 j’ai acheté mon atelier à Tusson, près de Ruffec et d’Angoulême et m’y suis installée. J’intervenais régulièrement comme professionnelle et encadrais des stagiaires sur les chantiers d’été organisés par le « réseau Rempart ». PR : Qu’est-ce que le réseau Rempart ? Coline : C’est une union d’associations œuvrant pour la sauvegarde du patrimoine et qui a pour objectif principal de conduire des actions de réhabilitation et de mettre en valeur des patrimoines architecturaux, archéologiques... Leur devise « Restaurer les édifices en restaurant les humains ». PR : Votre apprentissage est-il venu d’une vocation ? Coline : Enfant, juste une envie de dessiner, souvent recroquevillée sur mon cahier. Quelquefois à l’école on me disait « Va finir ton heure en salle de dessin ! ». Plus tard, à l’École des Métiers d’Art, je m’imaginais faisant de l’illustration pour enfants, de la publicité… PR : Du figuratif. Pourtant vos choix se sont portés vers l’abstraction ? Coline : L’idée a commencé à germer…à Grimaud lors de vacances familiales dans les années 70… j’ai fait la rencontre d’un ami de la famille qui créait des bijoux en verre tout à fait extraordinaires. « Un jour - la seule fois dans sa vie - il a réalisé les vitraux d’une église en utilisant du gemmail : il mettait du verre concassé dans la résine, ça avait une allure sympathique et assez contemporaine ». Et je me suis dit : « Tiens, le vitrail contemporain ça existe ! ». PR : La lumière tient un rôle important dans vos œuvres ? Coline : Oui, primordial. Au travers des vitraux il faut tendre vers une résultante blanche à l’aide d’un équilibre de couleurs. Les reflets peuvent être colorés mais je ne veux pas qu’on ait la sensation d’être dans un aquarium avec des visages à l’aspect bleuté. Les vitraux anciens très colorés de la cathédrale de Chartres en sont un bel exemple ! A contrario, si on regarde des vitraux du XIXe siècle, la lumière résultante est souvent jaunâtre, pisseuse ! PR : Je vais être un tantinet provocateur… pourquoi la blancheur serait-elle plus opérante ? Coline : Ah ! Effectivement pourquoi ça serait mieux ? Cette lumière blanche me permet de ne pas dénaturer l’édifice lui-même. PR : Si je reprends vos propos dans l’article « Imaginaire et Inconscient », extraits de la revue l’Esprit du temps, l’idée serait que « le vitrail est un voile tendu entre deux blocs de pierre massifs qui ont toujours été là ». Ce qui signifierait que le vitrail sous-tendrait une structure existante, servirait de lien au patrimoine et que cette lumière blanche diffusée par le vitrail serait plus opportune à révéler et magnifier le lieu ? Coline : Tout à fait…et d’ailleurs j’ai fait beaucoup de vitraux jaunes et blancs, j’ai recommencé de multiples fois ma première fenêtre et me suis aperçue que les tons ocres et jaunes s’associaient magnifiquement à des fresques anciennes. PR : Effectivement dans l’église de Chavenat ou celle d’Artiguevieille, vous avez réalisé des vitraux dans les tons jaunes assez lumineux et blancs… Coline : J’ai mis longtemps à comprendre qu’il faut plus de verre blanc que de verre jaune. Mes premiers vitraux, je les ai réalisés à l’ancienne, c’est à dire que le blanc-blanc n’existait pas, le blanc c’était toujours du verdâtre. J’ai voulu créer des parallèles, des équivalents avec mes créations contemporaines. J’ai longtemps cherché et recommencé mes ouvrages ! Prieuré de Marcillac-Lanville (Charente) Réalisation 2018-2020 ©Coline Fabre ©photo pierre raffanel PR : Justement, cette recherche de la résultante de blanc, l’avez-vous obtenue uniquement de manière empirique ou revêt-elle des aspects purement techniques et mathématiques ? Coline : En fait c’est mathématique et pourtant je ne m’explique pas pourquoi à la Chapelle du Rosaire de Saint Paul de Vence (vitraux d’Henri Matisse et de son maître-verrier attitré Paul Bony) , il n’y a pas une once de blanc, pourtant la résultante est blanche à partir de verres jaunes, bleus, verts. PR : Votre processus d’inspiration ? Est-il une vision fulgurante ou une émanation du vide ? Coline : Après avoir chassé toutes les idées parasites, mon processus de création naît du vide pourtant rempli de l’édifice qui lui, est bel et bien présent. D’ailleurs à Milly-la-Forêt il y a une chapelle peinte par Jean Cocteau où se trouve un petit écriteau avec cette pensée qui semble évidente au premier abord : « A Milly-la-Forêt, j’ai trouvé un cadre ». Effectivement, « le lieu existe, tu n’as pas à le choisir, le format de tes peintures est là ! ». PR : Vous avez besoin d’une immersion totale du lieu, mais la vision émanant de l’édifice n’est-elle pas trop prégnante ? N’êtes-vous pas happée par l’endroit ? Coline : Non, je ne me laisse pas happer, ça serait beau si c’était ça ! Au début, sur mes premières créations, c’était un peu compliqué, je procédais de manière empirique. Puis, au fur et à mesure de la trentaine de chantiers que j’ai pu réaliser, une vision jaillit, s’impose et en même temps il se passe souvent un laps de temps assez long où il ne se passe rien. Heureusement les dates butoirs entre les appels d’offres et le démarrage des réalisations permettent de laisser mûrir l’inspiration. PR : La plupart de vos créations de vitraux sont situées dans des églises et chapelles romanes, principalement en Charente et en Bourgogne ? Coline : Il y a beaucoup d’églises romanes en Charente et c’est la raison pour laquelle je m’y suis installée. J’adore cette architecture qui m’autorise à être « bien contemporaine» en étant moins connotée que le style gothique. De plus elles ont pour moi une dimension plus abordable qui me permet de rentrer dans un univers et de vraiment développer une écriture personnelle en résonance avec l’architecture du lieu. Ma préoccupation première est d’intégrer des vitraux contemporains dans ces monuments historiques… Prieuré de Marcillac-Lanville (Charente) Réalisation 2018-2020 ©Coline Fabre PR : Faut-il être croyante pour réaliser des œuvres dans des lieux de culte ? Coline : Oui j’adorerais être croyante mais je ne le suis toujours pas ! Un jour un évêque m’a dit lors d’une inauguration dans une petite église : « Vous devez avoir une foi très profonde pour faire d’aussi beaux vitraux ! ». Ma réponse fut : « Écoutez, je ne suis pas pratiquante mais je suis contente que mes vitraux soient praticables ! » J’aime ces lieux qui sont propices à la contemplation et à la méditation. « Je dirais que je me sens, à travers ces édifices, dépositaire, non de la croyance des anciens, mais de ce que celle-ci a éveillé en eux : le désir de créer. Cette quête de chaque jour. » PR : Peut-on dire qu’il y a de la spiritualité dans vos œuvres ? Coline : Je pense qu’à partir du moment où je suis dans une architecture sacrée, je vais aller dans le sens de l’édifice et me couler dans l’atmosphère qu’il dégage. Je vais être réceptive à son caractère unique et mes créations vont s’imprégner de la spiritualité du lieu. PR : Pourquoi votre choix de l’abstraction au lieu d’une figuration que vous nommez « réalisme illusionniste qu’a laissé le XIXe siècle » ? Coline : L’abstraction est plus évocatrice et les vitraux peuvent s’épanouir pleinement, dans la simplicité que nécessite une église romane. Ce qui m’embête c’est quand, dans une fenêtre, à partir du moment où « ce voile tendu entre deux blocs » te propose une espèce de volume, une perspective, des choses derrière : ce n’est plus du tout « un voile tendu ». C’est là que se dégage un faux volume, une chose qui n’existe pas et qui fait semblant d’exister; et cela ne me plaît pas du tout ! PR : Avez-vous eu des collaborations avec d’autres artistes ? Coline : Non, car mon statut d’artiste (Maison des artistes) ne me permet pas de réaliser de vitraux d’un autre artiste, il faudrait que je sois artisan et que je prenne des assurances spécifiques… « J’œuvre seule » et je suis toujours celle qui intervient en dernier sur les chantiers après les couvreurs, les maçons… PR : Avez-vous d’autres projets ? Coline : Oui j’ai eu la chance qu’on me propose de créer un ensemble de mobilier liturgique... Post de Pierre RAFFANEL Extrait de la revue Post Art 6 - juillet 2021 - La Société Artistique "Pictograf" Vitrail de Coline FABRE Couverture originale de la revue POST'ART n°6

  • Laque européenne : techniques et procédés

    Techniques et procédés par Yolande MICHELON Reportage de Pierre Raffanel Réalisé dans l'atelier de Yolande MICHELON " LACtelier" à Fleury La Vallée dans l'Yonne L' atelier de Yolande MICHELON baptisée : LACtelier à Fleury La Vallée © 2023 photo Pierre Raffanel L e mot laque   est utilisé au féminin lorsqu’il s’agit du produit et au masculin lorsqu’il s’agit de l’œuvre d’art. La laque est un suc naturel d’un arbre poussant en Asie « arbre à laque » (Rhus Vernicifera). Cette laque dite végétale est peu utilisée en Europe pour des raisons climatiques. En 1730, les frères Martin mettent au point une laque à base de Copal, mais vers le milieu du XIX e , les progrès de la chimie permettent la mise au point de vernis de meilleure qualité. Les artisans européens cherchèrent à imiter la technique « ancestrale » et sa matière jusqu’à inventer un style purement occidental qui ne cessera dès lors d’évoluer. La période Art Déco, avec en particulier Jean Dunand, a vu l’émergence d’un style parfaitement lisible dans l’univers décoratif. Aujourd’hui les artistes s’expriment au moyen de vernis synthétiques bénéficiant des innovations technologiques de l’industrie chimique : laque cellulosique, polyuréthane et polyester (dite laque européenne). La laque est aujourd’hui en constante évolution et ne cesse de s’enrichir de nouvelles expressions qui métissent les techniques traditionnelles et modernes pour faire émerger un art à part entière. La laque Européenne dans sa vision contemporaine existe pour elle-même et non plus pour servir à recouvrir des meubles. Entoilage du support bois avec de la tarlatane  ©2023 photo Pierre Raffanel   Technique : Les supports : bois, fer, terre… Entoilage du support : tarlatane et colle de peau Plusieurs couches de blanc d’apprêt Couleurs : pigments broyés Liant : vernis, térébenthine Couche de blanc de Meudon et de liant (vernis + térébenthine) © 2023 photo Marie Bueno   L’oxydation : On utilise la propriété d’oxydation qu’offrent le cuivre et l’argent.   La métallisation : Grâce à des feuilles d’or, de cuivre, d’argent collées sur le fond ou sur le motif. Ajout de poudre métal : cuivre, or, argent, aventurine… L’incrustation (noyée ou rapportée) : Le support est recouvert de matériaux très minces (coquille d’œuf, nacre) ou de morceaux épais taillés (écaille, ivoire) et enchâssés dans des cuvettes creusées à leurs mesures.   Décors : Inclusion de couleurs : superposition de plusieurs couleurs en couches plus ou moins régulières. Après ponçage ces couleurs réapparaissent incrustées les unes dans les autres. Ponçage à sec © 2023 photo Pierre Raffanel   Le ponçage Travailler par enlèvement. Le ponçage consiste en enlever partiellement les couches de peinture, pour retrouver le tracé du décor composé en amont. C’est également enlever toutes les traces de pinceaux et des impacts de poussière. Ponçage à l’eau et nettoyage au fur et à mesure à l’éponge  © 2023 photo Pierre Raffanel Le lustrage Tout se révèle par le lustrage : la brillance, la profondeur, les merveilles mais aussi la moindre imperfection. C’est le moment de vérité qui sanctionne des mois de travail. La finition peut-être brillante, satinée ou mate Lustrage...et lustrage © 2023 photo Pierre Raffanel     Technique d’incrustation de coquilles d’oeuf © 2023 photo Pierre Raffanel   Les différentes étapes de la technique de la laque sur un même support  © 2023 photo Marie Bueno Divers papiers pour le ponçage à sec et à l’eau ©2023 photo Pierre Raffanel De la nacre ©2023 photo Pierre Raffanel

  • La culture en pied d’immeubles

    Rencontre avec Patricia Guérin, Directrice de la culture du bailleur social Toit et Joie – Poste Habitat. Interview et article de Pierre Raffanel   © Patricia Guérin  - Directrice de la culture Toit et Joie - Poste habitat Pierre Raffanel : Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots votre rôle de Directrice de la culture au sein du bailleur social Toit et Joie – Poste Habitat (1) ? Patricia Guérin : Mon rôle est d’animer cette direction de la culture et de mener à bien avec mes collègues une trentaine de projets par an que nous réalisons dans nos résidences avec nos habitants. Ces projets au long cours durent de 6 mois à 2 ans et sont réalisés en co-création avec des compagnies artistiques professionnelles et nos locataires. Cette direction de la culture a pour but d’aller au-delà des missions premières du bailleur social qui est de loger les habitants, de les accompagner et de les amener dans un imaginaire, dans une découverte de cultures variées, tout en étant à l’écoute des cultures émanant de chaque habitant.   PR : Quelles raisons motivent un bailleur social à mener des actions culturelles ? PG : Cette direction de la culture a trois objectifs. Le premier est le bien-vivre ensemble. Ces actions culturelles sur un temps long favorisent des moments conviviaux et permettent l’organisation d’ateliers. Ces rencontres génèrent du lien entre les résidents, atténuant par anticipation des frictions éventuelles. Ces projets culturels in situ permettent au bailleur d’avoir une présence accrue sur le « terrain », d’améliorer les échanges avec les locataires, d’être plus à l’écoute et de placer les relations humaines au premier plan. Le deuxième est l’accès à la culture par l’expérience, ou plus exactement d’aventures culturelles avec des compagnies artistiques qui vont venir régulièrement dans les résidences, permettant aux locataires de voir l’artiste dans son processus de création, d’être dans les coulisses du processus créatif. Ce qui est unique ; habituellement c’est le public qui se déplace voir des spectacles, dans nos projets ce sont les artistes qui vont vers le public.   PR : Un peu à l’image du facteur postier qui vient amener le courrier à domicile… PG : Tout à fait. Ces projets rendent les artistes plus accessibles permettant une proximité à la culture,  un partage moins élitiste. Le troisième objectif est de porter un autre regard sur les quartiers populaires. Les médias relaient souvent des informations négatives. Nos projets permettent d’apporter un autre regard plus constructif sur les quartiers. « Le Lion des Genêts » rebaptisé par les jeunes «Chelsea B’Gem » (2020, placage bois sur structure acier) . Cette sculpture monumentale est devenue l’emblème du quartier des Genêts. Cette œuvre collective a été réalisée dans le cadre de la réhabilitation de la résidence Toit et Joie - Poste Habitat à Saint–Michel-sur -Orge avec La Lisière (centre de création pour l’espace public) et deux artistes plasticiens Anton et Teurk. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme 1 Immeuble 1 Œuvre et a été mis à l’honneur fin 2023 dans le hors-série Connaissance des Arts.  © Toit et Joie - Poste Habitat   PR : Depuis combien de temps ces projets culturels en pied d’immeubles existent-ils et s’agit-il d’une politique culturelle à proprement parler ? PG :  Sept ans. Cette direction de la culture a été créée par Michèle Attar, Directrice générale de Poste Habitat. Depuis son départ à la retraite, Sylvie Vandenberghe a pris le relais en continuant à soutenir ces projets culturels pour promouvoir le bailleur en harmonie avec toutes les Directions de Toit et Joie - Poste Habitat.   PR : Le budget alloué à votre direction de la culture est-il uniquement corrélé à l’abattement   de la taxe foncière sur les propriétés bâties ? PG : Il y a plusieurs sources financières. En premier lieu, les fonds propres de Poste Habitat, puis la TFPB - abattement   de la taxe foncière sur les propriétés bâties - qui va financer des projets uniquement en quartiers prioritaires de la  politique de la ville. Ensuite ce sont des financements  essentiellement du secteur culturel : ministère de la Culture notamment la DRAC île-de-France et pour des projets ponctuels, d’autres financeurs comme le Centre National du Livre, la Fondation de La Poste, le fonds de dotation agnès b…Depuis peu, nous nous orientons également vers des financements dans la construction : Groupe Angevin, Groupe Legendre…   PR : Vos actions culturelles sont-elles bien accueillies par les locataires ? PG :  Globalement oui, dans la mesure où nous faisons cette démarche avec la complicité des locataires depuis sept ans. Pour assurer  le succès de nos projets nous avons établi un mode opératoire constitué de plusieurs étapes : réunions de concertation, lancements de projets pour expliquer notre démarche pour rendre les projets moins abstraits. Ces temps de médiation et de « moments conviviaux » sont indispensables pour obtenir une bonne participation et adhésion des résidents. Réalisation de Cécile Jaillard, La Nature et les jardins  (Résidence à Villiers-Le-Bel) © Toit et Joie - Poste Habitat, photo : Patricia Guérin Ministère de la Culture  - Le Prix 1 immeuble 1 œuvre 2023   PR : Quel est le rôle des gardiennes, gardiens d’immeubles ? PG :  Primordial. Ils sont de véritables ambassadeurs de nos projets et jouent un rôle majeur dans le lien avec les locataires : affichage, aide pour du porte-à-porte, coups de main pour l'organisation des goûters, rôle d’alerteur… Quelquefois ils peuvent être à l’initiative de certains projets.   PR : La direction de la culture a-t-elle de réelles interactions avec le comité de direction du bailleur social ? PG :  Oui, nous avons une bonne coordination et encore plus s’il y a des opérations de démolition-reconstruction. L’exemple de la résidence de L’Haÿ-les-Roses où nous avons travaillé en étroite collaboration avec la Direction de la maîtrise d’ouvrage de Toit et Joie – Poste Habitat pour la réalisation du livre avec le photographe Patrick Zachmann est assez emblématique. Nous avons également de multiples interactions avec la Direction du patrimoine et de la politique de la ville, le service de la communication ou encore le service RH. De plus la direction de la culture siégeant au Comité de Direction avec les autres directions, cela nous permet d’avoir connaissance de tous les projets en cours. D’autre part un journal interne diffusé à l’ensemble du Groupe et à ses partenaires ainsi qu’une revue envoyée à nos locataires assurent une communication autour de nos différentes actions.   PR : Combien de résidences d’artistes sont organisées annuellement ? PG :  Environ une trentaine de projets et autant de compagnies artistiques.   PR : Plutôt impressionnant quantitativement ? PG :  Effectivement. Avant de contractualiser avec les compagnies artistiques, nous redéfinissons en amont le contexte de nos projets de manière à ce que les artistes s’approprient nos missions, qu’ils puissent réaliser du sur-mesure. Il arrive parfois qu’ils réécrivent le projet qu’ils avaient imaginé au départ.   PR : Des appels à projets sont-ils systématiquement mis en place ? PG :  Un par an, exceptionnellement deux en 2024. Ces appels à projets nous permettent de renouveler nos réseaux d’artistes et de nous faire connaître de manière plus large comme opérateur culturel. Réalisation de Claire Courdavault  « Le temps des Andelys » fresque monumentale à l’échelle de la ville et de son architecture accompagnée par l’ association Quartier Monde   dans le quartier des Friches, à Maurepas © Toit et Joie - Poste Habitat   PR : J’ai eu le privilège au mois de février d’être un des  huit membres du jury du dernier appel à projets Poste Habitat « Prendre place » pour une résidence de création partagée dans la ville de Saint-Denis. Les artistes que nous avons choisies ont fait consensus de manière quasi-unanime, est-ce le cas habituellement ? PG :  Oui, plutôt.   PR : Les résidences d’artistes sont-elles destinées uniquement à des artistes d’arts visuels ?   PG :  Non, nous abordons toutes les disciplines artistiques : photographie, cinéma, littérature, arts graphiques, BD, théâtre, arts graphiques, musique…en essayant de « tordre le cou » à cette idée reçue qu’il n’y aurait que de l’art urbain en banlieue.   PR : Est-ce que ces projets culturels génèrent du lien social entre artistes et locataires ? Peut-on d’une certaine façon le quantifier ? PG :  Nous l’appréhendons entre autres par les réactions des gardiens, des résidents qui nous sollicitent suite à un premier projet pour renouveler une autre action l’année suivante. C’est plutôt du ressenti ! Nous avons la volonté avec la Directrice générale Sylvie Vandenberghe de mener une étude plus approfondie avec l’Observatoire des politiques culturelles. Cette étude durera une année et s’effectuera sur un échantillon de nos projets. Elle permettra d’évaluer l’impact de nos actions sur les locataires mais également nos relations avec les acteurs culturels du territoire, les partenaires locaux (médiathèques, villes, maisons de quartier…). Par ailleurs, nous avons été honorés en 2023 du prix 1 immeuble 1 œuvre  par l’ex-ministre de la Culture Rima Abdul-Malak, ce qui montre la part d’intérêt et de confiance que ce ministère porte à nos actions.   PR : Les artistes étant parfois « égocentrés », sont-ils toutes et tous appétent(e)s à ce genre de propositions culturelles ? PG :  Effectivement nos projets vont plutôt se réaliser avec des artistes qui ont le souhait de se confronter à un public éclectique avec un désir de « sortir de leur zone de confort ». Certaines compagnies artistiques cherchent ce type de projets comme matière première pour la création de leurs œuvres : par exemple des artistes travaillant sur l’écriture d’une pièce de théâtre peuvent avoir besoin de confronter leur texte grâce à l’interprétation de jeunes résidents (insertion de termes argotiques ou de témoignages de mémoire pour étayer un sujet…). Les artistes vont ainsi « nourrir leur art » et les résidents vont pouvoir s’initier au processus de création, prendre part à un projet en commun, performer, se sentir fiers de leur participation durant l’élaboration créative et lors de la restitution en public des projets. Pendant la période du Covid, les artistes ont été privés de leur public. Beaucoup ont eu à cœur désormais d’aller vers le public et de sortir des lieux culturels traditionnels. De plus, les professionnels de la culture ont pris conscience que dans les grandes institutions, au théâtre par exemple, c’est souvent les mêmes personnes qui se déplacent et du coup, nos actions leur permettent de s’ouvrir à de nouveaux publics.   PR : Comment s’organisent les résidences d’artistes ? Ont-elles un protocole prédéfini en amont et une récurrence dans leur déroulement ? PG :  Les artistes établissent le format, le calendrier de leurs interventions dans la résidence et de notre côté, nous leur signifions qu’une récurrence de leur présence est primordiale au bon déroulement de nos projets. Des étapes essentielles et identiques pour chaque action menée : présentation, lancement, développement et restitution avec des points d’orgue durant le projet.   PR : L’ancrage territorial du bailleur social Poste Habitat se concentre essentiellement sur l’île-de-France, est-ce que des projets artistiques sont en cours dans les résidences en Normandie, Rhône-Alpes et Provence ?   PG :  Nos activités sont effectivement concentrées sur l’île-de-France et nos résidences en Normandie, Rhône-Alpes et Provence sont assez récentes, une quinzaine d’années. Depuis 2023, nous portons un nouveau projet pour chaque région et cette année, nous allons intégrer ces projets dans notre festival « Au-delà des toits ».   PR : Actuellement les institutions culturelles ont-elles une réelle volonté à chercher de nouvelles manières d’attirer de nouveaux publics ? PG :  Oui, c’est réellement tangible. Nous le voyons au travers de nos récentes et nouvelles collaborations : INRAP, centre Pompidou (dispositif 1 jour 1 œuvre ), musée de La Poste, Scène nationale de l’Essonne, pourparlers avec le musée du Louvre, le Palais de Tokyo ou encore Chaillot…   PR : Peut-on considérer que ces actions culturelles permettent d’avoir un accès à la culture moins consumériste ? PG :  Oui sans conteste. J’ai pour exemple un projet d’une série dont un épisode a été réalisé dans la ville des Ulis avec La Compagnie L’œil du Baobab qui a permis à une locataire retraitée de se découvrir une vocation d’actrice ; elle a été récemment recrutée comme figurante dans une série à gros budget tournée à La Défense.     PR : Votre parcours professionnel est et a été résolument lié au secteur culturel  (École du Louvre, DEA d’histoire contemporaine sur les relations entre la télévision et l’art, centre d’archives « musiques électro-acoustiques » de Pierre Schaeffer, maison d’édition Images modernes fondée par Bernard Picasso, Alliance Française à Toronto, comité d’entreprise de la Ratp),   si vous deviez ne retenir qu’une de vos expériences, laquelle choisiriez-vous ? PG :  Peut-être une expérience qui fait le lien avec tout mon parcours culturel, ma rencontre avec François Morel. Lorsque j’étais Directrice de la culture de l’Alliance Française à Toronto, je l’ai invité pour une présentation de son parcours d’acteur et pour l’enregistrement d’un billet  France Inter à Radio-Canada. À mon retour en France, j’étais alors responsable du centre culturel de la Ratp, François m’a sollicitée pour une recherche d’orchestre qui pourrait l’accompagner pour sa dernière date de tournée de chant à l’Olympia. Je lui ai proposé l’orchestre des agents de la Ratp et ce fût un magnifique moment de partages artistiques. Ce même orchestre de la Ratp a joué avec l’orchestre du Club Musical de La Poste pour la première date du festival Au-delà des toits en 2022 dans notre résidence de Bagneux : la boucle était bouclée !   PR : Comment est né le festival des arts visuels « Au-delà des toits » ? PG :  Dès la création de cette Direction de la culture. Ce festival met en valeur les projets grâce à ces restitutions et permet aux locataires de performer.   PR :   Quand aura lieu le prochain festival ? Sa programmation nous réserve-t-elle des surprises ? Sera-t-il parrainé ? PG  : En 2023, le festival « Au-delà des toits » a duré 1 mois et proposait 16 manifestations. Cette année, le festival 2024 se déroulera sur une période plus longue : du 15 mai au 29 juin avec 22 manifestations dont 3 en régions. Deux partenariats importants ont été établis pour ajouter un concert à chaque manifestation : concerts classiques avec le festival OuVERTures et musiques actuelles avec les Musiciens du Métro de la Ratp. Pour la première fois, le festival aura un parrain : Jack Lang. Nous sommes très heureux et honorés de ce parrainage ! Festival 2024 « Au-delà des toits » © Toit et Joie - Poste Habitat Retrouvez l'interview de Jack Lang, Président de l’Institut du Monde Arabe, ancien ministre de la Culture et parrain du 7e festival Au-delà des toits.   (1)  Toit et Joie   - Poste Habitat a été créée en 1957 à l’initiative d’Eugène Thomas, secrétaire d’état aux PTT, pour fournir de nouvelles possibilités d’habitation aux personnels des Postes et de Télécommunications qui ne bénéficiaient pas, à l’époque des contributions patronales du logement. Aujourd’hui, au sein du groupe  La Poste , la SA Hlm Toit et Joie perpétue les valeurs qui ont présidé à sa création.   Les missions de Poste Habitat  poursuivent un objectif inchangé, à savoir loger prioritairement les postiers. Cependant, Poste Habitat n’a de cesse de se réinventer pour approfondir sa vocation initiale. C’est ainsi que le groupe a repensé son territoire d’intervention, originellement réservé à l’Ile-de-France (Toit et Joie –Poste Habitat – 15.000 logements annuels) et désormais étendu à la région Rhône-Alpes (800 logements), à la Provence (800 logements) et à la Normandie (600 logements).   Article de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art 227 (mai 2024)

  • Facebook
  • Instagram
  • Linkedin
  • Youtube
  • icone LINKTREE
  • Spotify Pierre Raffanel
  • Deezer Pierre Raffanel
  • Apple music Itunes Pierre Raffanel
  • Amazon Pierre Raffanel

© 2020-2026 Studio Beauregard  

            

bottom of page