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- Éternel MUCHA
Chronique de Marie BUENO - mars 2023 - Revue Post'Art n°11 Exposition "Eternel MUCHA" au Grand Palais immersif ©2023 Photo Pierre Raffanel En mars 2023 le Grand Palais immersif a accueilli une superbe exposition pleine de poésie, de douceur et d’émotions qui retrace le parcours d’un immense artiste européen, emblématique du XXe siècle : Alphonse Mucha, également connu sous le nom d'Alfons Mucha. Artiste prodigue et engagé qui semble avoir vécu cent vies à la fois : illustrateur virtuose, affichiste, graphiste, peintre monumental, architecte d’intérieur, décorateur et professeur d’art, surtout connu pour son style artistique distinctif, qui est devenu synonyme de l'Art Nouveau. La scénographie de cette exposition, d’une grande intelligence, nous permet une immersion exceptionnelle et époustouflante dans la vie de ce peintre. Dès l’entrée dans une salle grande dimension, assis ou allongé sur de grands poufs, on assiste à une projection triptyque grandiose (non sans rappeler les projections de l’Atelier des lumières) : des explosions de couleurs et de formes, une bande musicale très prenante, on en prend plein les yeux et les oreilles ! Les œuvres de l’artiste se prêtent parfaitement à ce concept d’immersion. Une balade de salle en salle nous plonge dans la vie de cet artiste humaniste, son parcours, ses techniques, sans oublier la mise en perspective avec tous les artistes influencés par Mucha. Une exposition originale qui fourmille de détails utilisant des animations variées qui rendent l’interactivité pertinente, un hologramme avec la voix originale de Mucha, le côté ludique des petits écrans qui permettent au visiteur de créer sa propre œuvre, voire de se prendre pour Mucha. Une véritable expérience sensorielle visuelle, auditive et même olfactive - une sorte de voyage à la fois intemporel et magique ! Publicité JOB - Alphonse MUCHA © Mucha Trust Mucha né en pleine renaissance nationale tchèque le 24 juillet 1860 à Ivancice, en Moravie (aujourd'hui République tchèque), passionné par le dessin dès son enfance, montre un talent artistique précoce. Il a étudié à l'Académie des Beaux-Arts de Munich, en Allemagne, période où il peint des décors de théâtre avant de s'installer à Paris à 27 ans en 1887. En 1889 il poursuit ses études à l’Académie Julian et à l’Académie Colarossi. Un riche mécène l’aide le temps de sa formation mais il doit ensuite travailler comme illustrateur publicitaire pour des magazines et des journaux. Le tournant dans sa carrière : à la veille de Noël, encore peu connu, il fait un remplacement en 1894 chez l’imprimeur Lemercier et reçoit une commande urgente qui va transformer sa vie : Sarah Bernhard fait appel à lui pour l’affiche de la pièce de théâtre Gismonda. Tombant littéralement sous le charme du style original de Mucha elle signe avec lui un contrat de six ans. Elle devient sa muse et son amie proche. C’est le début du succès. Mucha devient alors l’illustrateur et dessinateur de sa génération : décors de théâtre, affiches publicitaires qui recouvrent les murs et colonnes Morris de tout Paris : Lorenzaccio, Rêverie et Automne… En 1900, tout le monde « se l’arrache », l’Art nouveau est à son apogée, Mucha devient l’artiste le plus recherché de ce style. Trois portraits d’Alphonse MUCHA - Exposition "Éternel Mucha" ©2023 Photo Pierre Raffanel L’originalité de son style surprend à plusieurs égards : Sarah Bernhardt sensuelle, quasiment en grandeur nature, femme magnifiée presque idéalisée avec des tons doux et pastels qui contrastent avec les couleurs criardes et/ou éclatantes utilisées par les autres affichistes de l’époque (Jules Chéret et Toulouse-Lautrec). Le message, le texte informatif subtilement intégré dans les plis de la robe de Gismonda… il réitèrera la stylisation et les figures isolées dans de nombreuses autres affiches. Il transforme l’affiche descriptive en affiche séductrice qui capte tous les passants. L’affiche publicitaire devient un Art à part entière ! Bref, ces affiches pour le théâtre Bernhardt ont été très populaires dans toute l’Europe, ont contribué à la célébrité internationale de Mucha et ont popularisé le style de l'Art Nouveau. Des œuvres caractérisées par des femmes élégantes et gracieuses, souvent entourées de motifs floraux et organiques. L'utilisation de couleurs vives, de lignes courbes et harmonieuses et grand nombre de petits détails qui fourmillent pour créer des compositions harmonieuses et esthétiques. Éternel Mucha © 2023 Maxime Chermat pour Grand Palais Immersif À l’occasion de l’Exposition Universelle il participe à de nombreux projets. On lui confie les décors du pavillon de la Bosnie-Herzégovine où il présente La Nature, un buste en bronze orné de malachite représentant l’idéal féminin de l’époque. En 1901, la bijouterie Fouquet (rue Royale) lui commande la réalisation des décors de sa boutique parisienne (reconstituée au sein des collections permanentes du musée Carnavalet). Il collabore avec plusieurs marques comme Lefèvre-Utile (les célèbres biscuiteries Lu), les champagnes Ruinart ou Moët & Chandon ou encore des parfums de renom. Dans cette exposition, on peut admirer une série de panneaux décoratifs intitulée "Les Quatre Saisons" représentant une saison différente et une scène féminine dans un paysage correspondant. Ces œuvres sont très appréciées pour leur beauté et leur symbolisme. En cette fin de XIXe siècle, le développement des techniques de lithographie en couleur favorise l’essor des affiches publicitaires et donc la popularité de Mucha. Pour lui, les affiches permettent d’offrir de l’art dans les rues aux personnes qui n’ont pas les moyens d’aller dans les musées. L'exposition se concentre sur son influence permanente, du mouvement pacifiste "Flower Power", des années soixante aux mangas japonais, en passant par les super-héros, les comics, les artistes de rue et même l'art du tatouage. Son style innovant et fascinant est même transposé à de nombreuses œuvres et appliqué à divers objets qui ornent les maisons des amateurs d’art dans le monde entier ! L’atelier de MUCHA - Exposition « éternel MUCHA » © Mucha Trust ©2023 Photo Pierre Raffanel En 1904 Mucha s’installe aux États-Unis et enseigne dans plusieurs universités. Dans le monde entier, il influence de nombreux artistes. Adulé au Japon (résonnance entre l’art de l’affiche de Mucha et la tradition de l’estampe ukiyo-e), il est aussi reconnu comme le précurseur des mangas (muchamania au Japon dès 1970). En 1910, après avoir obtenu un grand succès à Paris, Mucha revient à Prague en Tchécoslovaquie où il poursuit ses projets artistiques tout en agissant également dans le mouvement national en France. Le "style Mucha" a fasciné les amateurs du monde entier, en tant que peintre que ce soit dans ses toiles mais aussi dans ses œuvres monumentales, comme l'Épopée slave mais aussi en tant qu'illustrateur et designer lorsqu'il s'agit de l’ornement des objets de toutes sortes, ses créations de peintures, d'illustrations, de sculptures et de bijoux, ses décorations de bouteilles de champagne, flacons de parfum...Mucha a également réalisé des peintures qui reflétaient ses intérêts pour la spiritualité, la mythologie et la nature. Ces œuvres sont souvent caractérisées par des formes serpentines aux ancrages d’or ou d’argent et des symboles mystiques. Il a également créé des illustrations pour des livres, des magazines et des calendriers. Il est un artiste engagé, peintre philosophe et grand humaniste qui place l’homme au centre de ses préoccupations. Il entre en 1898 au Grand Orient de France et dans l’esprit de la franc-maçonnerie qui prône « l’amélioration de l’humanité et la conscience de la liberté », il souhaite contribuer au progrès de l’humanité à travers son art. Il rêve de réaliser un projet d’envergure retraçant la mythologie slave riche de symboles, « L’Épopée slave » un ensemble de vingt tableaux qui raconte l’histoire de ces hommes du IIIe au XXe siècle et qui développe une vision de l’histoire comme modèle pacifiste du monde. En 1901 Mucha est même nommé chevalier de La Légion d’Honneur. Entre 1904 et 1909, il fera plusieurs séjours aux États-Unis pour chercher les fonds nécessaires à l’accomplissement de ce projet, c’est finalement l’industriel Charles Richard Crane qui acceptera de le financer. En 1912, il rentre dans son pays natal et se consacre à la peinture. En 1919, l’indépendance du nouvel état de Tchécoslovaquie est confirmée par le traité de Versailles. L’artiste est persuadé que l’art peut aider les peuples à s’unir et à maintenir la paix. Malheureusement à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, en 1938, la Tchécoslovaquie perd d’importantes régions et en 1939, l’entrée à Prague des Allemands signe la fin de l’indépendance acquise seulement vingt ans plus tôt. Mucha fait partie des premières personnalités arrêtées par la Gestapo. Peu de temps après sa libération, Mucha décède d’une pneumonie à le 14 juillet 1939 (à Prague). L'œuvre de Mucha est extrêmement influente et contribue à la redéfinition de l'art de l'époque. Son style unique a été largement imité et inspiré de nombreux artistes de l'Art Nouveau. Mucha a lui-même continué à travailler jusqu'à la fin de ses jours mais son travail a été quelque peu oublié après sa mort. Cependant et heureusement, dans les années 1960, il est lié à un regain d'intérêt et est de nouveau considéré. «Bières de la Meuse » Alphonse Mucha © Mucha Trust "Éternel Mucha" : un visiteur crée sa propre œuvre à l’aide d’un écran tactile ©2023 Photo Marie Bueno Chronique de Marie BUENO - mars 2023 - Revue Post'Art n°11 #Mucha #PalaisImmersif Affiche Monaco Monte-Carlo (détail) chef d'oeuvre de l'Art nouveau commandé par les chemins de fer PLM (Paris-Lyon-Marseille) © Alphonse Mucha, 1897, Staatliche Museen zu Berlin - Kunstbibliothek La Plume © Alphonse Mucha, 1896, Staatliche Museen zu Berlin, Kunstbibliothek
- L'art-thérapie chez l'enfant
Quand la créativité devient un chemin d'expression et d'épanouissement. Post de Marie Bueno – juillet 2026 Enfant mutique avant une séance d’art-thérapie ©Wix L'enfance est une période riche en découvertes, mais aussi en émotions parfois difficiles à comprendre ou à exprimer. Peurs, anxiété, difficultés scolaires, changements familiaux ou manque de confiance en soi peuvent peser sur le bien-être d'un enfant. Dans ce contexte, l'art-thérapie constitue une approche particulièrement intéressante, car elle permet aux plus jeunes de communiquer autrement que par les mots. Qu'est-ce que l'art-thérapie ? L'art-thérapie est une pratique d'accompagnement qui utilise la création artistique comme moyen d'expression, de communication et de développement personnel. Contrairement à un cours de dessin ou à une activité artistique classique, l'objectif n'est pas de réaliser une œuvre parfaite ni d'acquérir une technique particulière. Ce qui compte avant tout est le processus créatif et ce qu'il permet à la personne d'exprimer. Selon les besoins de l'enfant, différents supports peuvent être utilisés : dessin, peinture, collage, modelage, sculpture, photographie, écriture créative ou encore activités autour des couleurs et des formes. Ces médiations artistiques deviennent alors des outils permettant d'explorer les émotions, les pensées et les expériences vécues. Enfant qui verbalise ce qu’il dessine ©Wix Pourquoi l'art-thérapie est-elle particulièrement adaptée aux enfants ? Les enfants ne disposent pas toujours du vocabulaire nécessaire pour expliquer ce qu'ils ressentent. Certains éprouvent même des difficultés à identifier leurs émotions. Le langage artistique offre alors une autre voie de communication. À travers un dessin, un personnage imaginé ou une création en pâte à modeler, l'enfant peut représenter symboliquement ses préoccupations, ses peurs ou ses désirs. L'œuvre devient une forme de dialogue qui permet à l'art-thérapeute de mieux comprendre ce que vit l'enfant tout en respectant son rythme. L'art-thérapie offre également un espace sécurisant où l'enfant peut expérimenter sans crainte du jugement. Cette liberté favorise la confiance en soi et le sentiment de compétence. "L'activité artistique peut dépasser largement la simple pratique créative" Marie Bueno ©Wix Les principaux bénéfices de l'art-thérapie chez l'enfant · Favoriser l'expression des émotions : la colère, la tristesse, la peur ou encore la frustration peuvent parfois être difficiles à verbaliser. Les activités artistiques permettent à l'enfant de donner une forme visible à ce qu'il ressent intérieurement. Par exemple, un enfant anxieux pourra représenter ses inquiétudes sous forme de monstres ou de tempêtes colorées. Cette mise en image aide souvent à mieux comprendre et apprivoiser ses émotions. · Développer la confiance en soi : créer quelque chose de personnel procure un sentiment de satisfaction et de valorisation. L'enfant découvre qu'il est capable de produire, d'inventer et de faire des choix. Cette expérience positive contribue progressivement à renforcer l'estime de soi. · Réduire le stress et l'anxiété : l'activité créative favorise la concentration sur l'instant présent. Le dessin, la peinture ou le modelage peuvent avoir un effet apaisant comparable à certaines techniques de relaxation. L'enfant trouve un espace où il peut se détendre et relâcher les tensions accumulées. · Encourager le développement cognitif et moteur : manipuler des pinceaux, découper, coller ou modeler sollicite la motricité fine et la coordination. Les activités artistiques stimulent également l'imagination, la résolution de problèmes et la capacité à organiser sa pensée. · Faciliter les relations sociales : lorsqu'elle est pratiquée en groupe, l'art-thérapie permet aux enfants de partager une expérience commune, d'apprendre à respecter les créations des autres et de développer leurs compétences relationnelles. "L'art-thérapie pratiquée en groupe permet aux enfants de partager une expérience commune" Marie Bueno ©Wix Dans quelles situations l'art-thérapie peut-elle être utile ? L'art-thérapie peut accompagner des enfants confrontés à diverses situations : Difficultés émotionnelles ou comportementales ; Anxiété, stress ou peurs importantes ; Manque de confiance en soi ; Difficultés scolaires ; Troubles de l'attention ; Séparation parentale ou changements familiaux ; Deuil ou événement traumatique ; Difficultés relationnelles ; Handicap ou maladie chronique. Elle peut également être bénéfique pour des enfants qui ne présentent pas de difficulté particulière mais qui souhaitent développer leur créativité et leur capacité d'expression. Enfant qui fait parler son dessin ©Wix Quelques exemples d'activités utilisées : Le dessin des émotions : l'enfant est invité à représenter une émotion à l'aide de formes, de couleurs ou de personnages. Cette activité facilite l'identification et l'expression du ressenti. Le collage de soi : à partir d'images découpées dans des magazines, l'enfant compose un portrait symbolique de lui-même. Cette démarche favorise la réflexion sur son identité, ses goûts et ses qualités. La création d'un personnage protecteur : l'enfant imagine puis dessine ou modèle un personnage capable de l'aider dans les moments difficiles. Cette activité permet de mobiliser ses ressources personnelles et son imagination. Le modelage : la manipulation de l'argile ou de la pâte à modeler procure souvent un effet apaisant. Elle permet également d'exprimer des émotions à travers le volume et la matière. Une approche centrée sur l'enfant L'art-thérapie ne cherche pas à interpréter chaque dessin ou chaque création de manière systématique. Elle s'appuie avant tout sur l'écoute, l'observation et le respect de l'univers de l'enfant. Chaque œuvre est unique, tout comme chaque parcours. L'objectif n'est pas de transformer l'enfant, mais de lui offrir un espace dans lequel il peut explorer ses émotions, développer ses ressources et gagner en confiance. L'art-thérapie représente une approche douce et accessible qui permet aux enfants d'exprimer ce qu'ils ressentent lorsque les mots ne suffisent pas. En utilisant la créativité comme moyen de communication, elle favorise le bien-être émotionnel, le développement personnel et l'épanouissement de l'enfant. Dans une société où les sollicitations et les sources de stress sont nombreuses, elle offre un précieux espace de liberté, d'expression et de découverte de soi. « Chaque œuvre est unique, tout comme chaque parcours » Marie Bueno ©Wix Au fil de ma carrière d'enseignante en maternelle et lors des ateliers artistiques que j’animais sur Paris (pour des enfants de 3 à 12 ans), je me suis rendu compte que, sans l'avoir véritablement prémédité, une dimension proche de l'art-thérapie s'était naturellement invitée dans ma pratique. Mon objectif premier a toujours été de proposer des espaces de création libres, où chaque enfant pouvait expérimenter, imaginer, s'exprimer et surtout être écouté sans jugement. Très vite, les retours des parents, des familles mais aussi des professionnels de santé qui accompagnaient certains enfants m'ont amenée à réfléchir à cette dimension thérapeutique. Il n'était pas rare que l'on me rapporte qu'un enfant semblait plus apaisé, plus confiant, moins anxieux ou davantage capable d'exprimer ses émotions depuis sa participation régulière aux ateliers. Au fil des années, j'ai entretenu des liens réguliers avec différents soignants — psychologues, pédopsychiatres, psychomotriciens, orthophonistes ou éducateurs spécialisés — qui suivaient certains enfants en dehors de l'école ou des ateliers. Nous faisions régulièrement le point sur leur évolution, leurs difficultés et les progrès observés. Ces échanges étaient particulièrement enrichissants et révélateurs. À plusieurs reprises, ce sont d'ailleurs ces professionnels eux-mêmes qui ont souligné les effets positifs des ateliers sur les enfants qu'ils accompagnaient. Ils constataient souvent une amélioration de la confiance en soi, une plus grande capacité à verbaliser les émotions ou encore une diminution de certains comportements anxieux ou de repli. A travers sa bande dessinée, enfant qui exprime sa colère ©Wix « Je me souviens notamment d'un jeune garçon particulièrement réservé, presque mutique, qui participait très peu aux échanges verbaux et semblait constamment en retrait du groupe. Au fil des séances, ses créations graphiques, notamment sous forme de bandes dessinées, sont devenues de plus en plus riches et détaillées. À travers ses personnages, il a commencé à raconter des histoires, puis à parler de lui-même de manière indirecte. Progressivement, il a gagné en assurance, prenant davantage la parole et s'autorisant à partager ses idées avec les autres. Cette évolution a été remarquée aussi bien par ses parents que par les professionnels qui le suivaient. » " L'enfant exprime des émotions à l'aide de formes, de couleurs ou de personnages. Cette activité facilite l'identification et l'expression du ressenti " Marie Bueno ©Wix « Je pense également à une petite fille très anxieuse qui éprouvait des difficultés à exprimer ce qu'elle ressentait et qui se mettait à bégayer lorsqu’elle devait prendre la parole. Grâce à la peinture libre et à la création de personnages imaginaires, entre autres, elle avait trouvé un moyen d'extérioriser ses peurs et ses préoccupations. Peu à peu, les mots sont venus accompagner les images. Son rapport aux autres s'est amélioré et elle a gagné en sérénité. Là encore, cette progression a été soulignée par son entourage et les soignants qui l'accompagnaient. ». « Lorsque la parole est trop douloureuse, l’expression artistique peut-être une voix d’accès à la parole » Marie Bueno ©Wix Certaines expériences ont été plus marquantes encore. Il est arrivé que des enfants, incapables de parler directement de ce qu'ils vivaient, laissent apparaître dans leurs dessins, leurs récits ou leurs créations artistiques des éléments révélant une profonde souffrance. L'espace de confiance créé au sein des ateliers (ce qui est primordial) leur permettait parfois d'exprimer, pour la première fois, des situations de violence, de maltraitance ou d'abus dont ils n'avaient jamais parlé auparavant même en classe. Bien entendu, il ne s'agissait pas pour moi d'interpréter seule ces productions, mais de transmettre mes observations aux professionnels compétents lorsque cela s'avérait nécessaire. Ces situations m'ont profondément marquée et m'ont convaincue de l'importance de l'expression artistique comme voie d'accès à la parole lorsque celle-ci est trop difficile ou trop douloureuse. Avec le recul, ces nombreuses expériences m'ont montré à quel point, lorsque l'enfant bénéficie d'un cadre sécurisant, bienveillant et respectueux de son rythme, l'activité artistique peut dépasser largement la simple pratique créative. Elle devient un espace privilégié d'expression, de construction de soi et parfois même de réparation. Sans être de l'art-thérapie au sens strict du terme, mes ateliers ont souvent produit des effets qui s'en rapprochaient, précisément parce qu'ils accordaient une place essentielle à la liberté de création, à l'écoute attentive et à la parole de l'enfant. Les observations partagées au fil des années par les familles et les professionnels de santé n'ont fait que renforcer cette conviction. Marie Bueno (enseignante spécialisée dans les ateliers d'expression artistique pour enfants et ex-professeure des écoles en maternelle) Collages à partir d'images découpées dans des magazines : "l’art-thérapie source d’espoir !" ©Wix
- Musée Basque / Léon BONNAT, peintre il y a cent ans
Post de Pierre Raffanel - août 2022 pour la revue Post'Art 9 - La Société Artistique Musée basque et de l'histoire de Bayonne ©Photo Pierre Raffanel J’ai découvert avec ravissement le 7 juillet, veille de l’ouverture, l’exposition évènement consacrée à Léon Bonnat pour marquer le centenaire de sa mort et rendre hommage à cet artiste – peintre, graveur, collectionneur, professeur- qui légua à sa cité natale, Bayonne, une collection d’œuvres d’art parmi les plus estimées de France dont un ensemble conséquent d’œuvres de Bonnat lui-même. Le Ministère de la Culture a même "estampillé" cette manifestation qui dure six mois, du label exposition d’intérêt général. Sabine Cazenave, Directrice du Musée Basque et commissaire de cette exposition nous confie que " c’est la première fois qu’autant d’œuvres de Léon Bonnat sont réunies et que ce fût une gageure car les espaces de cette maison du début XVIIe – le Musée Basque - ne sont pas forcément adaptés à des œuvres de grands formats." Pas moins de 84 œuvres, issues des collections du Musée Bonnat-Helleu de la ville de Bayonne et d’autres prêtées par les Musée du Louvre, d’Orsay, du Petit Palais, du Château de Versailles…et de collections privées. L’exposition retrace chronologiquement la riche carrière de l’artiste, montrant l’évolution de son style, la diversité de ses influences et la pluralité de ses thématiques, des premiers succès de peintre d’histoire à ses oeuvres orientalistes, sa production paysagiste et ses grands décors. Mais surtout, ce qui l’a rendu célèbre et lui a ouvert les portes de l’Académie : ses portraits. Portraitiste de personnalités des Arts, des Sciences et de la Politique comme Louis Pasteur, Dominique Ingres, Léon Gambetta, Jules Ferry, Ernest Renan, Henri Germain, Emile Loubet, Aramand Fallières ou Adolphe Thiers… Son tableau le plus célèbre, nous le connaissons tous ! Nous l’avons observé sur les bancs d’école, dans un magazine et pourtant, souvent nous ignorons que cette œuvre est de Léon Bonnat : le portrait de Victor Hugo, d’ailleurs frontispice de l’affiche, peint seulement avec du blanc et un dégradé de brun. Cette attention portée sur le travail de la matière, de la lumière et un fond souvent sombre se retrouve sur nombre de ces œuvres. Cette exposition permet sans nul doute de réhabiliter cet artiste en montrant toute l’étendue et la multiplicité de son talent. Benjamin Couilleux, Directeur du Musée Bonnat-Helleu et commissaire de cette exposition nous dit : "Trop injustement et longtemps oublié, ce peintre mérite largement d’être reconnu ! Egalement bienfaiteur, il a énormément contribué au rayonnement culturel bayonnais." ©Léon Bonnat (1833–1922). Autoportrait. 1855, huile sur toile marouflée sur bois, Paris, Musée d’Orsay. Né en 1933 à Bayonne, Léon Bonnat s’établira à Madrid avec son père et suivra de 1846 à 1853 sa première formation à l'atelier de Federico et José Madrazo à la Real Academia de Bella Artes de San Fernando. Revenu dans sa ville natale suite au décès de son père, il partira grâce à une bourse de la ville de Bayonne à Paris en 1854 pour parfaire son apprentissage dans l'atelier de Léon Cogniet à l'école des Beaux-Arts. Ces séjours permettront au jeune artiste de forger son style vigoureusement réaliste, nourri par la tradition de la peinture française comme espagnole. En témoigne ce premier Autoportrait (1855), une huile sur toile marouflée sur bois présentant un Léon Bonnat jeune, beau garçon, loin des standards de l'époque. Une oeuvre déjà résolument moderne et très "ressemblante". Presque à l'égale d'une photographie ! ©Léon Bonnat, Portrait de Victor Hugo, 1879. Huile sur toile (détail). Paris, Musée d’Orsay, dépôt au musée national du château de Versailles. ©Photo RMN-Grand Palais / Gérard Blot / Bridgeman Images. Photogravure : ProfilKolor. En 1857, au Prix de Rome, sa "Résurrection de Lazare" ne lui valut qu'un deuxième prix mais une aide financière de Bayonne lui permettra de séjourner trois années en Italie dans la ville aux sept collines. Le peintre gardera durant toute sa vie des liens très étroits avec sa ville natale. "C'est un homme qui tout au long de sa carrière, y compris au moment de sa plus grande gloire parisienne, n'a jamais oublié d'où il venait. Il revenait fréquemment à Bayonne mais aussi à Saint-Jean-de Luz." dixit le Maire de Bayonne, Jean René Etchegaray. Les décennies 1860-1870 verront l'artiste progressivement s'imposer sur la scène parisienne, il expose au Salon de grandes compositions religieuses frappantes par leur mélange de naturalisme et de théâtralité, tout en s'inscrivant dans la tradition des maîtres du passé par leurs inflexions renaissantes et baroques. Son tableau "Le Christ en croix", commande de l'Etat en 1874, à l'époque d'un impressionisme naissant, provoque un scandale par son "cruel réalisme" : cette oeuvre majeure marquera un tournant qui sera considéré comme naturaliste.Dans les années 1870, l’atelier de son hôtel particulier verra défiler hommes politiques les plus en vue, artistes, écrivains, actrices célèbres tels Victor Hugo, le cardinal Lavigerie, le duc d’Aumale, auxquels s’ajoutent la jet set américaine (Astor, Vanderbilt...), le cercle des familles israélites et moultes personnalités aisées à l’instar de « Madame Pasca » (1874). ©Madame Pasca. 1874, huile sur toile, Paris, Musée d’Orsay. Devenu riche et célèbre, le peintre et maître acquiert une collection extraordinaire de chefs-d’œuvre composée d’esquisses de Rubens, de dessins de Léonard de Vinci, de Raphaël et de Michel Ange…et deviendra un collectionneur d’art français de haut rang. Nommé Grand-Croix de la Légion d’Honneur le 14 octobre 1900, Bonnat dirige les Musées nationaux jusqu’à sa mort. Nommé directeur de l’école des Beaux-Arts de Paris en 1905, ce grand admirateur de Diego Velasquez enseignera toute sa carrière à de nombreux élèves français et étrangers : citons Henri de Toulouse-Lautrec, Thomas Eakins ou Raoul Dufy…mais également à des jeunes talents originaires de Bayonne et du Pays Basque. Le rôle de Bonnat s’avèrera essentiel pour l’émergence, à la fin du XIXe , d’une véritable école picturale bayonnaise. La plupart des artistes s’illustreront à leurs débuts dans des sujets historiques et prendront toutefois une voix singulière, sans renier l’héritage du maître. Seule femme du groupe, Marie Garay sera très attachée à l’identité culturelle de sa région natale. ©Pays Basque en 1898 - Léon Bonnat - Paris, Musée d'Orsay - dépôt Musée Basque et de l'histoire de Bayonne À son décès en 1922 à Monchy-Saint-Éloi et sans descendance, Léon Bonnat se souviendra des aides octroyées naguère par sa ville natale et lui léguera sa collection exceptionnelle. Célèbre et célébré de son vivant, Léon Bonnat se verra injustement éclipsé par les courants modernes du début du XXe comme l’expressionnisme, le cubisme, le surréalisme. Pourtant, ses portraits devenus pour certains iconiques, son style complexe nourri par les maître anciens et sa fidélité à un naturalisme singulier en font l’un des maîtres les plus originaux de l’art français de la IIIe République. Benjamin Couilleaux / Sabine Cazenave (vernissage) ©Photos Pierre Raffanel A voir : Le programme exhaustif de l’exposition : A paraître au mois d’août à la boutique du Musée Basque et de l’histoire de Bayonne Le catalogue de l’exposition « Léon Bonnat peintre (1833-1922) du Pays Basque à Victor Hugo », Ed. Faton, sous la direction de Sabine Cazenave et Benjamin Couilleaux A paraître à l’automne 2022, le second volume du catalogue raisonné intitulé "Léon Bonnat - Au-delà des portraits" de Guy Saigne - Ed. Mare et Martin Arts. ©Léon Bonnat . Autoportrait. 1919 - Rodez, Musée Denys Puech.
- Exposition « Du vent dans les synapses » : de l’art comme un réseau interconnecté au cœur des Landes
Post de Pierre Raffanel - Juillet 2026 Exposition « Du vent dans les synapses » Xavier Carrère et Gertrud Varailhon ©2026 photo Pierre Raffanel "Du vent dans les synapses" : c’est une rencontre au sommet de la matière qui s’opère actuellement dans les Landes avec deux artistes plasticiens hors normes. Née de trente ans d'amitié et d'une complicité artistique, cette exposition croisée entre Xavier Carrère et Gertrud Varailhon prend le cerveau humain comme terrain de jeu. Le parcours, pensé comme une arborescence neuronale, débute d'abord en ville et se prolonge dans le showroom et les ateliers de Xavier Carrère à Magescq pour recréer, par la matière, les flux électriques de nos pensées. Le cerveau humain est une incroyable machine à traiter la beauté, un réseau complexe de milliards de neurones qui s'échangent des informations à chaque seconde. C’est précisément ce cœur secret de notre humanité qui dicte le tempo de cette exposition qui nous invite à prendre le large, à nous évader le temps d'une expérience immersive à double visage. Ici, la synapse du cerveau humain n'est pas qu'une métaphore scientifique, c'est le thème central de l'événement. La synapse, c'est cette zone de contact, cet instant magique où l'influx nerveux passe d'une cellule à l'autre. Dans l'espace d'exposition, elle devient le point de jonction précis où l'œuvre touche le regard, ce moment où une étincelle s'allume instantanément entre elle et nous. C'est un souffle sensoriel qui vient relier les idées, les formes et les émotions, conçu pour réveiller nos connexions intérieures. Le parallèle avec le système nerveux se prolonge dans l'histoire même des créateurs : trente ans qu’ils se connaissent. Trente ans que Xavier Carrère et Gertrud Varailhon croisent leurs œuvres, nourrissent leurs réflexions sur l'art et confrontent leurs regards. À l'image de deux neurones qui renforcent leurs connexions à force de communiquer, leur complicité profonde repose sur une fidélité artistique et des valeurs communes. Ensemble, ils partagent ce même grain de folie et de poésie, dans l'espoir permanent de susciter un déclic, un véritable influx sensoriel entre la matière et celui qui regarde. L'ensemble des réalisations dévoilées au public met brillamment en regard deux démarches distinctes, mais viscéralement réunies par cette même envie de matérialiser les courants invisibles de la pensée. Le parcours met en lumière la confrontation de techniques fascinantes, illustrant la dualité des messages chimiques et électriques qui parcourent notre esprit. Exposition « Du vent dans les synapses » Oeuvres de Xavier Carrère - Vue extérieure du Showroom à Magescq - Landes ©2026 photo Pierre Raffanel Xavier Carrère met cette fois l'accent sur ses sculptures "grand format". Véritables prouesses techniques, ses structures monumentales mêlent l'acier thermolaqué, le béton, le bronze, les clous liés et le bois noirci par la technique ancestrale japonaise du Yakisugi (bois brûlé). Au cœur de ces colosses composites viennent s'enchâsser ses fameuses ovolites, des inclusions de verre soufflé qui agissent comme des capsules de lumière pure, symboles des décharges d'énergie qui traversent nos cellules. Gertrud Varailhon crée l'événement avec ses fascinantes « toisons de nature ». Joaillière d'exception passée maître dans l'art végétal, elle se consacre désormais à la création d’immenses pelisses d’aiguilles de pins prenant des allures de peau, métamorphosant ainsi le végétal en animal. Des milliers de fines aiguilles sont collectées, triées par taille, peintes, puis enfilées une à une sur de la toile pour former d’ondulants panneaux muraux ou de grandes cloisons au parfum sylvestre. Entre primitivisme et modernité, ses œuvres unissent la contemporanéité du design et la fraîcheur d'un art naturaliste. Ses "tapisseries végétales" partagent avec la tradition d'Aubusson la même démesure monumentale et une patience d'exécution presque sacrée. Cependant, l'artiste opère un basculement contemporain radical : le fil textile cède la place à l'aiguille de pin. Le motif ne cherche plus à imiter la nature, il est la nature. C'est une tapisserie tridimensionnelle, vivante et odorante, qui fait entrer la forêt landaise dans l'histoire de la haute filature artistique. Exposition « Du vent dans les synapses » Oeuvres de Gertrud Varailhon ©2026 photo Marie Bueno Le contraste entre la puissance monumentale des grands formats de Xavier Carrère et le travail minutieux, presque cellulaire, de Gertrud Varailhon crée un rythme visuel hors du commun. On passe de la géométrie épurée des sculptures composites à la densité vibrante d'une pelisse végétale, mimant le voyage d'une idée à travers les méandres du cerveau. « Du vent dans les synapses » n'est pas une simple déambulation passive. C'est une invitation à observer comment trente années d'échanges intellectuels se matérialisent dans l'espace. En mariant le feu, le verre, le métal et la patience infinie du végétal, l'exposition réussit son pari le plus audacieux : faire physiquement circuler un vent de liberté et provoquer un véritable court-circuit poétique dans l'esprit du visiteur. Entrée libre du 26 juin au 31 août 2026 Showroom 414 rue de la Gare 40140 Magescq – France Vernissage le 25 juin 2026 de l'exposition « Du vent dans les synapses » Showroom à Magescq - Landes ©2026 photo Marie Bueno
- L'art posté : du Slow Art poétique !
Post de Pierre Raffanel - juin 2026 Vue de l'exposition et du concours d'art posté de Philapostel en juin 2026 - LACANAU - Azureva ( Membres du jury : Pascale Bruneau, Yvette Clois, Annie Serra et Jean-Claude Labbé) ©2026 Photo Pierre Raffanel À l'ère du tout-numérique, des e-mails instantanés et des notifications éphémères, une forme d’expression artistique résiste au temps en misant sur la patience, le toucher et le voyage : l'art posté (ou Mail Art). L’art posté ne se résume pas à envoyer une jolie lettre. C’est un acte artistique où le support, l’adresse, le timbre et les tampons de la poste font partie intégrante de l’œuvre. Pour que l'objet devienne officiellement de "l'art posté", il doit impérativement : voyager à découvert (sans enveloppe protectrice, ou alors l'enveloppe est elle-même l'œuvre), être affranchi et circuler par les voies postales officielles et porter les stigmates de son voyage (flammes d'oblitération, tampons de tri, code-barres postal, marques de manipulation). Les précurseurs de ce mouvement s'amusaient parfois à tester les limites des postiers en envoyant des objets insolites : des chaussures peintes, des morceaux de bois écorcés ou des collages complexes, avec l'adresse écrite directement sur l'objet. Si les surréalistes et les futuristes s’envoyaient déjà des lettres dadas et poétiques, c’est dans les années 1960 que le mouvement se structure sous l'impulsion de l'artiste américain Ray Johnson et de sa New York Correspondence School. Lié au mouvement international Fluxus, l'art posté est né d'une volonté de fuir le marché de l'art traditionnel, ses galeries élitistes et ses enjeux financiers. Les règles d'or du réseau étaient (et restent) simples : pas de sélection (tout le monde peut participer), pas de vente (on n'achète pas le Mail Art, on l'échange) et pas de censure. Bien avant l'invention des réseaux sociaux, les "mail-artistes" ont créé une communauté planétaire ultra-connectée. Un artiste basé à Paris pouvait initier une œuvre (un dessin, un collage), l'envoyer à un homologue à Tokyo, qui la complétait avant de la poster à un créateur à New York. C’est un art de la correspondance, basé sur le partage et l'altérité. Recevoir une œuvre dans sa boîte aux lettres crée un lien d'intimité unique entre l'expéditeur et le destinataire. Vue de l'exposition et du concours d'art posté de Philapostel en juin 2026 - LACANAU - Azureva avec la FFAP Fédération Française des Associations Philatéliques ©2026 Photo Pierre Raffanel Pascale Bruneau de l’association philatélique Philapostel nous confie : « Cet art est démocratique, libre et non élitiste puisqu'il ne s'embarrasse d'aucun intermédiaire autre que le timbre et le facteur ! Dans l'art posté, pas de sélection, pas de jugement, pas de prise de tête académique, juste du plaisir et des surprises en boîtes aux lettres ! Pas de chef de file ni de représentants, juste du partage. Dans ce contexte là, il peut y avoir autant de définition de cet art qu'il y a de mail'artistes... ». 1 prix du concours d'art posté "Regards sur la nature" : © Pierre Raffanel (catégorie Société Artistique) Philapostel - juin 2026 LACANAU - Membres du jury : Pascale Bruneau, Yvette Clois, Annie Serra (Philapostel) et Jean-Claude Labbé (FFAP) ©Photo Pierre Raffanel Quand la correspondance devient une œuvre d’art En 2026, alors que l'intelligence artificielle et le virtuel saturent notre quotidien, l'art posté s'offre un retour en grâce. Il incarne une forme de résistance poétique et de Slow Art. La matérialité : on touche le papier, on sent la texture de la gouache ou du feutre. Le facteur hasard : une lettre peut se corner, se tacher, ou même s'égarer. Ce risque fait partie de la beauté de la démarche. C’est aussi une « main tendue » aux facteurs, premiers spectateurs de ces œuvres itinérantes. En somme, l'art posté nous rappelle que l'art n'a pas besoin de cadres dorés ni d' algorithmes pour exister. Parfois, il suffit d'un timbre, d'un peu d'audace et d'une boîte jaune au coin de la rue. Enveloppe décorée (dessin à l'encre) Frédéric Pioche, facteur de Paris 33 (date de départ : 31 décembre 1901) © Musée de La Poste, Paris / La Poste © Photo Thierry Debonnaire l ’ère du tout-numérique, des e-mails instantanés et des
- CALDER : roi du fil du fer, sculpteur du mouvement
Exposition Rêver en équilibre à la Fondation Louis Vuitton du 15 avril au 16 août 2026 Post de Pierre Raffanel - avril 2026 Entrer dans l'exposition Rêver en équilibre, c'est accepter de quitter la pesanteur du quotidien pour s'immerger dans un monde où le métal devient plume. Alexander Calder, l’ingénieur devenu poète, ne se contentait pas de sculpter la matière ; il sculptait le vide, le mouvement et le temps. Au cœur de cette rétrospective qui célèbre le centième anniversaire de l’arrivée de Calder à Paris en 1926, le visiteur découvre l'évolution fascinante d'un artiste qui a révolutionné la sculpture moderne. Cette exposition retrace par un parcours chronologique et thématique, les évolutions et grandes étapes de son œuvre. The Flying Trapeze, 1925 Huile sur toile © Alexander CALDER © Calder Foundation, New York ©2026 photo Pierre Raffanel Une large place est donnée à la présentation du Cirque de Calder (1926-1931). Ce spectacle, aujourd’hui qualifiable de performance, porte en germe les accomplissements futurs. Ces sculptures sans masse, signées par celui que l’on nomme « Roi du fil de fer » figurent personnages et portraits. Contrairement à la statuaire traditionnelle, massive et ancrée au sol, les œuvres de Calder cherchent l’évasion : une forme « d’art de la lévitation ». En 1931, Marcel Duchamp suggère le terme de « mobiles » pour nommer ces sculptures. Ces structures de fil de fer et de plaques colorées, incarnent une "danse sans fin" où l'équilibre est précaire mais parfait. En contraste, ces stabiles, sculptures monumentales au sol ancrent l'espace. Bien qu'immobiles, leurs courbes dynamiques suggèrent une tension prête à jaillir, comme des créatures de métal veillant sur les jardins du musée. Calder utilisait sa formation d'ingénieur pour défier les lois de la physique. Chaque pièce est le résultat d'un calcul minutieux de masses et de leviers. Pourtant, la technique s'efface totalement derrière la poésie du résultat. Blizzard, 1950 Feuille de métal, fil de fer et peinture © Alexander CALDER © Sprengel Museum, Hanover ©2026 photo Pierre Raffanel Calder disait : "Pourquoi l'art doit-il être statique ? Si l'on regarde une œuvre, elle doit être vivante, elle doit bouger." L'exposition met particulièrement en lumière ses travaux sur le fil de fer, qu'il maniait comme un trait de crayon dans l'espace, créant des portraits et des silhouettes d'une transparence absolue. The Brass Family, 1929 fil de laiton et bois peint © Alexander CALDER © Whitney Museum of American Art, New York - Don de l’artiste 69.255 ©2026 photo Pierre Raffanel Maurice Bruzeau est avec Calder en 1974 et écrit dans la revue Arts PTT : « Une œuvre qui parle et un artiste qui se tait. Il préfère parler de ses amis, ceux avec qui il s’est lié dès son arrivée à Paris, en 1926-1927 pour Fernand Léger, en 1929 pour Miró. Parler d’eux, des histoires joyeuses d’une vie d’artiste pour qui tout n’est pas tout gai, oh non, où parler du petit vin de pays, tenez, Saché n’est pas loin des coteaux de la Loire, des crus de Touraine et d’Anjou. Ou parler à la rigueur de sa jeunesse, lorsqu’il était ingénieur diplômé du Stevens Institute of Technology, et qu’il a eu envie de faire autre chose, devenant bûcheron, dessinateur de publicité, faisant dix autres métiers. Et se mettant à peindre, comme sa mère. Puis débarquant à Paris et sculptant, comme son père et son grand-père… Même la date de sa naissance reste un mystère. Les actes officiels sont formels : il est né le 22 juillet 1898 à Philadelphie. Mais dans la famille, tout le monde sait ça : la mère de Calder a toujours affirmé que l’employé s’était trompé, et qu’Alexander était né le 22 août. Un mois plus tard. Et elle était bien placée pour le savoir ! Alors, le dernier jour sous le signe du Cancer, ou le dernier du Lion ? A le voir, on donne raison à Mrs Calder : son fils a la crinière du lion. Et planté au centre de son univers, il vous regarde. Car vos questions, cela fait un bout de temps qu’on les lui pose ! Il paraît, dans les éditions d’art, depuis le livre de poche jusqu’à l’album de luxe, dix ouvrages sur lui chaque année dans le monde, et des centaines d’articles. Alors, ce qui compte, pour lui, c’est la qualité de votre regard devant ce qui l’appelle, par l’anglicisme et avec un accent presque indéchiffrable, « les choses » The things. Des choses qui vont de quelques grammes à quelques dizaines de tonnes. On ne joue pas avec « les choses » : ce sont elles qui jouent avec vous. Il faut se laisser aller, tout oublier, rêver, se balancer avec les feuilles de métal dans le vent, monter à l’assaut des pics de fer, voir s’envoler les ailes courbes et rivetées. Il faut imaginer la chanson des couleurs, le jeu infini des formes, entrer dans ce jeu-là comme on entre dans la danse. Alors le spectateur est comblé. » Laocoön, 1947 Feuille de métal, fil de fer, ficelle et peinture © Alexander CALDER © The Eli and Edythe L. Broad Collection ©2026 photo Pierre Raffanel Cette célébration d’Alexander Calder à la Fondation Louis Vuitton nous rappelle que l'équilibre n'est pas une position fixe, mais un ajustement constant. Le jeu des ombres portées sur les murs blancs dédouble les sculptures, créant une forêt de silhouettes mouvantes. Calder, ce "sculpteur du vent", nous invite à lever les yeux et à contempler la beauté de l'imprévisible. Une visite qui laisse, durablement, une sensation de légèreté. Fish,1942 Tige, fil de fer, verre, miroir, porcelaine, poterie, ficelle et peinture © Alexander CALDER © Shirley Family Calder Collection - Promised gift to the Seattle Art Museum ©2026 photo Pierre Raffanel Exposition « Calder. Rêver en équilibre » à la Fondation Louis Vuitton du 15 avril au 16 août 2026 en partenariat avec la Calder Foundation et le Whitney Museum of American Art Bijoux & sculptures portables faits à partir de matériaux de récupération - 1937 à 1950 © Alexander CALDER © Calder Foundation, New York ©2026 photo Pierre Raffanel
- Le Musée de poche : quand la grandeur tient dans quelques mètres carrés…
Post de Marie Bueno - juin 2026 Musée de poche au 41 rue de la Fontaine au Roi 75011 Paris ©photo Pierre Raffanel À Paris, les musées rivalisent souvent de majesté. Façades imposantes, collections monumentales, fréquentations records : la culture semble parfois se mesurer à l'échelle du gigantisme. Pourtant, au détour d'une rue discrète du 11e arrondissement, existe un lieu qui a fait le pari exactement inverse. Le Musée de poche ne cherche pas à impressionner. Il ne possède ni galeries interminables, ni chefs-d'œuvre mondialement célèbres, ni files d'attente serpentant sur les trottoirs. Et c'est précisément ce qui fait sa singularité. Dès l'entrée, quelque chose surprend. On n'a pas l'impression de pénétrer dans un musée au sens habituel du terme. On entre plutôt dans un espace chaleureux, presque intime, où l'on se sent immédiatement à sa place. L'atmosphère évoque davantage un salon, une bibliothèque ou l'atelier d'un artiste qu'une institution culturelle. Cette proximité change tout. Dans les grands musées, le visiteur est souvent invité à admirer. Ici, il est invité à rencontrer, à participer. Les œuvres ne semblent pas trôner à distance ; elles dialoguent avec ceux qui les regardent. Les enfants, surtout, ne paraissent pas simplement tolérés dans un univers conçu pour les adultes. Ils en sont les véritables hôtes. C'est peut-être là que réside la plus belle réussite du lieu. À une époque où les écrans captent l'attention dès le plus jeune âge et où les images défilent à toute vitesse, le Musée de poche propose une expérience devenue rare : prendre son temps. Prendre le temps de regarder un dessin. Prendre le temps de feuilleter un livre. Prendre le temps de poser une question. Prendre le temps de s'émerveiller. Ici, l'enfant n'est pas sollicité de toutes parts. On lui offre un espace pour observer, imaginer, créer et rêver. Le musée rappelle ainsi une évidence que notre époque tend parfois à oublier : l'éducation artistique ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances. Elle aide aussi à former le regard, développer la curiosité et cultiver l'attention. Ce qui frappe également, c'est l'absence de prétention. Ce musée ne cherche pas à être le plus grand, le plus spectaculaire ou le plus innovant. Il se contente d'être fidèle à sa mission : rendre l'art accessible aux enfants et aux familles. On ressort avec le sentiment d'avoir découvert un lieu précieux. Un de ces endroits qui ne font pas beaucoup de bruit mais qui laissent une empreinte durable. Un lieu qui prouve que la qualité d'une expérience culturelle ne dépend ni de la taille des bâtiments ni du prestige des collections. Dans une ville où tout semble parfois devoir être toujours plus grand, plus rapide et plus impressionnant, le Musée de poche nous rappelle une vérité simple : certaines des plus belles rencontres avec l'art tiennent dans quelques mètres carrés. Et c'est peut-être justement parce qu'il est petit qu'il est si grand. Musée de poche – Atelier de peinture avec Melvil Mercier ©photo Marie Bueno Au Musée de poche, les couleurs ont tous les droits Ce dimanche-là, avant la séance de contes, j'ai assisté à un atelier de peinture destiné à de jeunes enfants accompagnés d'un adulte. Trois petites filles d'environ cinq ans étaient venues avec leur maman et un petit garçon avec sa tante. Une petite troupe joyeuse, curieuse et impatiente de créer. L'atelier était animé par Melvil Mercier, qui avait choisi de faire découvrir aux enfants un mouvement artistique encore inconnu pour eux : le fauvisme. Avant même de sortir les pinceaux, tout le monde s'est installé en regroupement. Les enfants observaient avec attention les reproductions de tableaux présentées par Melvil. Avec des mots simples, adaptés à leur âge, il expliquait que certains peintres avaient osé s'éloigner de la réalité pour laisser davantage de place à leurs émotions et à leur imagination. Les couleurs vives, parfois surprenantes, suscitaient déjà des réactions. Les enfants commentaient, observaient et répondaient volontiers aux questions. Puis est arrivé un moment qui m'a particulièrement plu. Avant de passer à la création, Melvil a proposé une petite séance de mise en train. On a délié les bras, fait tourner les poignets, relâché les épaules et le cou. Quelques exercices simples mais judicieux pour préparer le corps autant que l'esprit. Cette attention m'a semblé très juste. Avant de créer, il fallait être disponible, détendu, prêt à laisser circuler son imagination. Une fois les tabliers enfilés, tout le monde s'est installé aux petites tables de travail. La consigne était simple et merveilleuse à la fois : peindre un paysage, mais sans utiliser les couleurs habituelles. La mer pouvait devenir orange. L'herbe rouge. Les montagnes violettes. Le ciel jaune. Pour une fois, il n'était pas question de réalité. Il n'y avait ni bonne ni mauvaise réponse. Les couleurs n'avaient plus d'obligation. Elles étaient libres. Très vite, les enfants se sont emparés de cette possibilité avec un naturel désarmant. Là où les adultes hésitent parfois, eux n'avaient aucune difficulté à imaginer un monde où tout est possible. Le pinceau suivait l'imagination sans se soucier des conventions. J'observais les échanges entre les enfants et les adultes qui les accompagnaient. Les mamans et la tante participaient elles aussi à l'atelier, partageant ce moment de création. Il ne s'agissait pas seulement d'occuper un dimanche après-midi mais de vivre ensemble une expérience artistique. Un détail m'a particulièrement amusée. Comme souvent dans ce type d'activité, certains adultes ne pouvaient s'empêcher d'intervenir. Un conseil par-ci, une suggestion par-là. On aidait à choisir une couleur ou à réaliser un mélange. Parfois même, un pinceau passait entre les mains de l'adulte. Les enfants acceptaient parfois ces propositions. Mais pas toujours ! Certains tenaient à leur montagne rose, à leur soleil vert ou à leur mer orange. Et ils avaient leurs raisons. Cette scène m'a fait réfléchir. Sommes-nous encore capables, nous les adultes, de pénétrer pleinement dans l'imaginaire des enfants ? Avec les années, nous accumulons des habitudes et des certitudes. Nous savons que l'herbe est verte, que le ciel est bleu et que la mer ne devrait pas être orange. Les enfants, eux, inventent, osent et réinventent le monde sans se demander s'il est réaliste. Musée de poche – Atelier de peinture avec Melvil Mercier ©photo Marie Bueno Après quarante années passées en école maternelle à raconter des histoires et à observer les enfants créer, je sais combien cette liberté est précieuse. Elle est fragile aussi. Avec les meilleures intentions du monde, nous cherchons parfois à guider, corriger ou améliorer. Pourtant, les enfants possèdent souvent une audace créative que nous avons peu à peu perdue. Ce que j'ai particulièrement apprécié dans la démarche de Melvil, c'est qu'il ne cherchait pas à produire un « beau dessin » à afficher coûte que coûte. L'objectif était ailleurs : faire découvrir un courant artistique, montrer qu'un peintre peut s'affranchir de la réalité et inviter chacun à oser inventer. Une belle leçon, finalement. Car le fauvisme, expliqué à des enfants de cinq ans, devient une invitation à regarder le monde autrement. Et les enfants comprennent cela bien plus vite que nous.Lorsque l'atelier s'est achevé, les feuilles étaient couvertes de couleurs inattendues, de paysages impossibles et de joyeuses audaces. Aucun tableau ne ressemblait à un autre. Au Musée de poche, ce matin-là, les couleurs avaient tous les droits. Et les enfants aussi ! Musée de poche – Séance de contes avec Thibault Longuet ©photo Marie Bueno Au Musée de poche, l'art de raconter aux tout-petits Avant même que l'histoire ne commence, quelque chose se passe. Quelques notes de musique résonnent dans la salle. Les conversations s'apaisent peu à peu. Les petits visages se tournent vers le conteur. Les bébés cessent un instant de s'agiter. En quelques secondes, l'attention est là., les bébés écoutent et les grands aussi. C'est ainsi que débute la séance contée du « Lapin perdu » animée par Thibault Longuet au Musée de poche. Assis parmi les enfants et leurs parents, j'ai été frappée par la manière dont il crée immédiatement un lien avec son jeune public. Avant même les premiers mots, la musique ouvre une porte vers l'imaginaire. Les sons intriguent, rassurent et invitent au voyage. Puis vient la voix. Une voix douce et étonnamment présente. Une voix qui n'a pas besoin d'être forte pour être entendue. Une voix qui accompagne les enfants dans l'histoire. Musée de poche – Séance de contes avec Thibault Longuet ©photo Marie Bueno Ce jour-là, le public était composé d'enfants âgés de quelques mois à trois ans. Certains bébés étaient installés sur les genoux de leurs parents, d'autres découvraient le spectacle assis sur les coussins au sol. Les plus grands s'approchaient avec curiosité. Tous semblaient attirés par la même promesse : celle d'une aventure à partager. Raconter des histoires à des enfants si jeunes est un exercice délicat. Leur attention est spontanée mais fugace. Il faut savoir l'accueillir, la guider et la renouveler sans cesse. Thibault y parvient avec une remarquable délicatesse. Les récits prennent vie grâce à une multitude de petits trésors : instruments de musique, objets sonores, chansons, marionnettes et jeux de voix. Chaque élément semble arriver au bon moment. Une marionnette apparaît et les regards s'illuminent. Un instrument résonne et les oreilles se tendent. Un refrain revient et les sourires fleurissent. Même les plus jeunes semblent percevoir qu'il se passe quelque chose de spécial. Mais ce qui m'a le plus touchée n'était pas seulement l'attention des enfants. C'était aussi celle des adultes. Pendant quelques instants, les téléphones disparaissent, les préoccupations du quotidien s'effacent. Parents et enfants partagent les mêmes émotions, les mêmes sourires, la même histoire. Et je dois reconnaître que moi aussi, je me suis laissée gagner par la magie du moment. Au fil du récit, je me suis surprise à sourire presque autant que les enfants, à attendre l'apparition d'une nouvelle marionnette, à écouter les instruments avec curiosité. Comme si une petite part de mon enfance avait discrètement repris sa place dans cette salle. C'est peut-être cela, au fond, la réussite de ces séances. Elles ne racontent pas seulement des histoires aux enfants. Elles offrent aussi aux grands la possibilité de retrouver, le temps d'un conte, leur capacité d'émerveillement. Et dans notre monde si pressé, ce cadeau-là est sans doute l'un des plus précieux.
- « Écrire le Facteur Cheval » à Rouen
Post de Pierre Raffanel - mai 2026 Vue de l'exposition "Ecrire le Facteur Cheval" au Village La Poste de Rouen © 2026 photo Pierre Raffanel Du 20 au 22 mai 2026, la salle Mont Saint-Michel du Village La Poste de Rouen a vibré au rythme de l’art brut et de la transmission. Sous l’impulsion de Sabrina Jajko, directrice de la communication Normandie (branche Services-Courrier-Colis de La Poste) et de son équipe composée de Laurine Davaine et Manon Bolz, l’exposition « Écrire le Facteur Cheval » a mis à l’honneur le travail de l’artiste franco-algérien Hakim Beddar, ainsi que les créations inspirées de collégiens d'Étrépagny. L’exposition est le fruit d’une collaboration étroite née en 2025 entre Poste Habitat Normandie et son directeur Antoine Cramoisan, l’artiste et les élèves du collège Louis Anquetin d’Étrépagny. Installé en résidence artistique dans l’ancien centre de courrier d'Étrepagny - un lieu chargé de symboles puisqu'il s'agit du bureau de poste où Sabrina Jajko a débuté sa carrière comme jeune factrice - Hakim Beddar a partagé son art avec les habitants et les collégiens en les initiant à la gravure. Ensemble, ils se sont plongés dans l’histoire singulière du Facteur Cheval, ce bâtisseur visionnaire dont l'œuvre est aujourd'hui ancrée dans notre patrimoine. Sabrina Jajko nous confiait :« Et si l’art permettait aussi de transmettre l’histoire, les valeurs et la mémoire collective ? C’est précisément ce que nous avons souhaité insuffler à travers cet événement. » Sabrina Jajko, Patricia Guérin, Antoine Cramoisan, Hakim Beddar et Sébastien Richez lors du vernissage "Ecrire le Facteur Cheval" le 20 mai 2026 © 2026 photo Pierre Raffanel Ce rendez-vous unique a marqué le coup d’envoi de la 9ᵉ édition du festival Au-delà des toits, qui propose 27 événements du 20 mai au 7 juillet 2026, avec pour point d’orgue une fresque monumentale de l’artiste Seth, rue Petit dans le XIXe arrondissement parisien. Patricia Guérin, directrice culture du bailleur social Toit et Joie – Poste Habitat a honoré de sa présence le lancement de cette exposition. Les visiteurs ont pu découvrir un ensemble d'œuvres faisant dialoguer passé, présent et imaginaire : La série de portraits en gravures réalisée par Hakim Beddar, explorant ses thèmes de prédilection : la mémoire, la résilience et la transmission intergénérationnelle. Les dessins et estampes des élèves, fiers de voir leur travail de l’année passée ainsi mis en valeur. Le prêt d’un tableau inspiré du Facteur Cheval, réalisé et prêté par Julien Cahagne, lui-même facteur à Sainte-Marie-des-Champs a apporté une dimension plus personnelle à cette exposition. Le 20 mai 2026, le vernissage a eu l’honneur de la présence et de l’intervention très appréciée de Sébastien Richez, historien contemporain. Ses éclairages culturels et historiques ont permis au public de redécouvrir le Facteur Cheval non pas seulement comme un artiste marginal, mais comme le symbole d'une culture postale profondément humaine et universelle. À travers cette exposition, le Groupe La Poste a réaffirmé sa volonté d'accorder une place essentielle à la culture, à l'accès à l'art et à la valorisation de son histoire. Estampes du Palais Idéal de l'artiste Hakim Beddar © 2026 photo Pierre Raffanel Hakim Beddar : plasticien et scénographe de formation, il a exercé pendant 5 ans en Algérie avant de s'installer en France. Il partage aujourd'hui sa vie entre création pure et pédagogie. Maîtrisant les techniques traditionnelles, il excelle dans l'art de l'estampe et de la gravure en techniques mixtes. Oeuvre de Julien Cahagne © DR © 2026 photo Pierre Raffanel Joseph Ferdinand Cheval : il naît le 19 avril 1836 à Charmes-sur-l’Herbasse, dans la Drôme, au sein d’une modeste famille de cultivateurs. Sa scolarité s’arrête tôt, à l’âge de 12 ans. Après un apprentissage de boulanger, il devient facteur rural à Hauterives et parcourt chaque jour de longues tournées de plus de 30 kilomètres. En 1879, à 43 ans, une pierre trouvée par hasard de sa tournée change le cours de sa vie. Fasciné par sa forme, il commence à ramasser et transporter, hors de ses temps travaillés, parfois jusqu’à 50 kilos par jour, des pierres aux allures étonnantes pour construire le « palais » dont il rêve. Au fil des années, Cheval édifie ainsi, seul, le Palais Idéal, une œuvre singulière, emblématique de l’art naïf. L’art naïf ou brut désigne un courant artistique créé par des artistes autodidactes, sans formation académique. Leurs œuvres se caractérisent souvent par des formes expressives, des couleurs vives, une abondance de détails et une perspective incorrecte mais pleine de poésie. L’art naïf est considéré comme un art de liberté, loin des codes officiels. Son Palais Idéal, aujourd’hui classé et ouvert aux visiteurs (260000 en 2025), demeure le symbole d’une créativité hors norme et de la persévérance d’un homme déterminé à faire exister son rêve. Joseph Ferdinand Cheval meurt le 19 août 1924 à Hauterives.
- « TATI 100 Bobines » fresque en cinémascope de Tibaï
Post de Pierre Raffanel - avril 2026 "Tati 100 Bobines" Fresque sur toile (acrylique) Tibaï ©1995 photo DR L’œuvre monumentale « TATI 100 Bobines » semble être bien plus qu'une simple fresque ; c'est un carrefour temporel où le 7ème art est disséqué par l’artiste Tibaï (Thierry Bailly) avec la malice d'un auteur de bande dessinée. Peinte en 1995 à l’acrylique, elle est un hommage aux Frères Lumière et une célébration du centenaire de l’histoire du cinéma avec Jacques TATI comme élément moteur du thème. Cette aventure artistique et technique a également été rendue possible grâce à la précieuse collaboration de l'artiste postier Frédéric Bauche (1959-2024). "Tati 100 Bobines" Fresque sur toile - partie gauche (acrylique) Tibaï ©1995 photo DR Cette toile en « cinémascope pictural » avec ses 8,65 mètres de long et 2,16 de hauteur adopte un ratio qui rappelle le format « panoramique ». Cette dimension impose au spectateur un travelling physique : on ne regarde pas la toile, on la parcourt, tout comme le regard suit le défilement d'une pellicule. L’artiste fait référence « aux cinémas de quartier, à ce cinéma qui faisait rêver à l’époque où les personnes allaient voir un spectacle : avec les court-métrages avant le film, les vendeuses de glace, l’entracte… ». Le réalisateur Jacques Tati habillé en « François le facteur » (personnage de fiction dans son court métrage de « L’école des facteurs » et son film « Jour de fête » en 1947) est "élément moteur" de bout en bout de la fresque de Tibaï. Tati, c'est l'observation du monde moderne avec un décalage poétique et burlesque. François le facteur sur son vélocipède est le personnage central de cette fresque, naviguant dans un monde trop technologique pour lui, il sert ici de fil conducteur (au sens propre comme au figuré) pour relier les époques. L'œuvre utilise le gag visuel, une spécialité de Tati, pour lier les genres cinématographiques. On peut y voir un parallèle avec la trame narrative du film « Jour de fête ». Chaque recoin de la toile raconte une micro-histoire. La métaphore y est omniprésente. Cette création est une hybridation, un mélange entre la culture "noble" (le musée, l'histoire de l'art) et la culture "populaire" (la BD, le cinéma, les effets spéciaux). Cette fresque est également une chronique du progrès : de la manivelle au pixel. Le parallèle établi entre les Frères Lumière et les images de synthèse (CGI computer generated imagery) montre l'évolution de la "magie" : de George Méliès et son artisanat, son théâtre filmé, ses illusions faites main à Steven Spielberg et l’avènement de l'ère du blockbuster, du numérique et de l'immersion technologique. Chaque élément, symbole ou manifeste "s'agencent chimiquement" évoquant plusieurs genres de l’histoire du cinéma (péplum, western, comédies musicales, fictions, films « culte »…). C'est une métaphore de la pellicule (argentique) qui devient ici une fusion artistique. A gauche de la toile, ce personnage haut en couleurs est issu de l’imaginaire de l’artiste, en hommage au 7e art, forme d’expression artistique « spectaculaire » et au cinéma italien. Sur la plage, tambour battant, nimbé d’images représentants une pléiade d’actrices et d’acteurs, il nous déclame : « Oyez, oyez. Amis des arts, césars et autres oscars ! Voyez donc maître Jacques dans tous ses états…nous faire son cinéma !! » Tout de go, François le facteur déroule de la pellicule de sa sacoche postale, sortant des kilomètres de rushs dévoilant un gigantesque manège. Le personnage facteur « Jacques Tati » nous emmène, réapparaissant plusieurs fois sur la toile dans des évocations de l’aventure cinématographique « jusqu’à l’arrivée où il pense avoir compris l’histoire du cinéma ». Il rentre, à gauche de l’œuvre, en plein jour dans une salle de cinéma ; il en sort, la projection terminée et à droite de la toile, tout heureux, un bras en l’air, l’auriculaire et l’index tendus en signe de liberté (« Rock on ») et il fait nuit ! "Tati 100 Bobines" Fresque sur toile - partie droite (acrylique) Tibaï ©1995 photo DR Puis, la pellicule nous révèle à la « loupe » le premier film d’Hollywood du réalisateur David Ward Griffith, film muet racontant les débuts de l’histoire de l’Amérique. S’ensuivent ensuite une myriade d’acteurs, de comédiennes et de réalisateurs qui s’y entremêlent : Simone Signoret, Yves Montand, Coluche, Arletty, Mae West, Al Jolson, John Wayne, Frank Sinatra, Marilyn Monroe, Greta Garbo, Laurel et Hardy, Buster Keaton, Robert Redford, Paul Newman, Takashi Miike, les frères Lumière observant le facteur Tati sur son vélo, tous phares éclairés… Mais également des personnages de fiction : l’oiseau du « Roi et l’oiseau » de Paul Grimault, la planète-visage du « Voyage dans la Lune » de Georges Méliès, le gorille géant King-Kong, les amoureux d’« Autant en emporte le vent », le robot futuriste du film en images de synthèse « Terminator 2 »...Des lieux mythiques : le plus grand cinéma du monde « le Gaumont-Palace » de la place Clichy avec ses 6000 places, « l’Hôtel du Nord », le manoir de Norman Bates de « Psychose » avec au pied des marches Robert Mitchum dans le film « La nuit du chasseur » de Charles Laughton, les immeubles de « Métropolis », le vélocross volant d’ «E.T.»… Illustration - carton d'invitation vernissage du 18 janvier 1996 - Exposition au bureau de Poste Paris la Boétie – Champs Elysées Paris VIIIe ©Tibaï ©1995 photo DR Cette œuvre semble être une véritable machine à remonter le temps. Elle transforme l'histoire du cinéma en un immense terrain de jeu surréaliste où la perspective n'est pas seulement spatiale, mais aussi historique. En une phrase, l’artiste Tibaï nous résume son œuvre : « « Oscar », vous avez parlé d’oscar ? Comme c’est bizarre. Mais non César vous n’y êtes pas, je parlais d’Art tout simplement. Drôle d’atmosphère ne trouvez-vous pas !? » Illustration "Tati 100 Bobines" Tibaï ©1995 photo DR Rétrospective et pérégrinations de la fresque « Tati 100 bobines » de Tibaï 1995- Réalisation de la fresque par l’artiste Tibaï (Thierry Bailly) sur toile, en un seul tenant, en 648 heures, assisté du peintre postier Frédéric Bauche (1959-2024). En collaborant avec Tibaï avec passion et rigueur dans la réalisation de cette fresque titanesque, il y a laissé son empreinte et sa sensibilité. Saluer aujourd'hui cette œuvre, c'est aussi rendre un vibrant hommage à sa mémoire et à son engagement de l'ombre. Cette réalisation commune fut le point de départ d'une amitié entre les 2 artistes qui durera jusqu'au décès de Frédéric Bauche. 18 janvier 1996 - Exposition pour la première fois au bureau de Poste Paris la Boétie – Champs Elysées dans le VIIIe arrondissement parisien sous la houlette de Gabriel Hentzen et Jean-Claude Sénat respectivement directeur de la Poste Paris-Nord et directeur d’établissement principal. Cette première monstration de la fresque de Tibaï fut parrainée par Philippe Druillet (dessinateur et scénariste) et Jean-Pierre Bénézit (galeriste et rédacteur du « dictionnaire Bénézit ») (Pour effectuer le transport de la fresque après l’exposition, la Maison Marin a été contraint de découper la toile en deux parties ne pouvant réaliser un châssis de quasi 9 mètres de long) 1996 Exposition au siège du Groupe La Poste à Boulogne Billancourt 1997 Exposition au festival du court-métrage de Clermont-Ferrand 1997 Cinquantenaire du film « Jour de fête » de Jacques TATI 1999 Exposition au Festival de Cannes (Pour l’occasion, une soudure est réalisée entre les 2 parties du tableau. Au décrochage de l’exposition, la fresque ayant été mal conditionnée est restaurée – réentoilée et renforcée par la Maison Marin) 2000 Exposition à Osaka lors du 1er Festival d’art contemporain franco-japonais (mise en place d’un ourlet blanc et d’œillets sur l’ensemble du pourtour) Exposition dans plusieurs festivals locaux 2007 Exposition à Sainte-Sévère-sur-Indre pour le centenaire de la naissance de Jacques TATI Exposition à la Cité des Artistes - Paris XVIIIe (tous les 2 ans)
- Six étudiants des Gobelins sublime la figure du facteur
Post de Pierre Raffanel - mai 2026 "Chère fin" (2025) Réalisation : Khéma Cousin, Lien Franckel, Laora Le Boursicot, Alissende Masson, Joséphine Mounier, Clément Saden. Musique & Univers Sonore : Jérémy Ben Ammar. Production : GOBELINS Paris. (Durée 7mn50) Pour leur projet de fin d’études, six étudiants du master concepteur-réalisateur de Gobelins - Paris (l’école de référence des arts visuels) ont choisi de poser leur regard sur une figure indissociable de notre quotidien, pourtant rarement mise en lumière : le facteur. Cette réalisation d’une grande sensibilité atteste sans conteste de la qualité des créateurs du cinéma d’animation français. À travers un voyage visuel d’une poésie rare, ce film intitulé « Chère fin » suit Ben, un postier de 60 ans, lors de son ultime tournée, au moment charnière où sonne l'heure de la retraite. L'origine de ce projet puise ses racines dans une expérience humaine profonde. C’est Alissende Masson, l’une des co-réalisatrices, qui en a insufflé la première idée. Après avoir travaillé plusieurs étés dans un service gériatrique, la jeune femme avait été profondément marquée par la transition délicate que vivent les personnes âgées à la fin de leur vie active. Ce moment précis où un chapitre majeur se clôt, emportant avec lui un cadre social et professionnel quotidien, est devenu le cœur de la réflexion de l'équipe. Pour illustrer ce sentiment vertigineux de fin de cycle, les étudiants ont immédiatement décelé la force symbolique du facteur. Personnage unique au sein de la société, il est à la fois un vecteur essentiel de communication et un témoin silencieux de nos existences. Au fil de sa carrière, il voit les enfants grandir, les familles évoluer et remarque les plus infimes changements du décor quotidien. Pourtant, malgré cette proximité de tous les jours, il maintient toujours une juste distance réglementaire : il n'est pas un intime. C’est ce paradoxe touchant que le film explore, révélant la solitude de cet homme le jour où les liens se coupent. Sur le plan narratif, « Chère fin » bascule habilement dans un univers onirique. On y suit Ben naviguant sur les flots d’un archipel surréaliste au guidon de son vieux vélo. Alors que l’échéance fatidique se rapproche de boîte aux lettres en boîte aux lettres, les émotions du vieil homme refont surface, l’entraînant dans une exploration mélancolique et douce de ses propres souvenirs. Le film interroge avec beaucoup de délicatesse le devenir de l'artisan une fois l'uniforme et le vélo remisés. Que ressent-on lorsque ce qui a été fait par pure vocation s'arrête définitivement ? Heureusement, portés par la bienveillance des résidents de l’archipel, le spectateur et le protagoniste réalisent ensemble que la fin de ce cycle n’est pas une disparition, mais une sublimation des expériences passées, ouvrant la voie à un nouveau commencement. Clément Saden, un des co-réalisateurs confie dans un interview du magazine Forum du Groupe La Poste l’implication qu’il a fallu en termes de travail pour la création d’un tel projet : « En animation 100%, le temps est notre matière première. Nous sommes partis d'une page totalement blanche. Rien que la phase d'écriture et de réflexion a duré trois mois pour traduire l'histoire en images, définir l'univers visuel et concevoir le storyboard (le découpage plan par plan). En animation, impossible d'improviser un plan de coupe au dernier moment ; chaque image doit être pensée et créée de A à Z. Au total, la préproduction, la production et la postproduction nous ont demandé neuf mois de travail intensif. » Sorti à l'automne 2025, le film cumule déjà près de 200 000 vues sur YouTube et commence à briller à l'international, notamment avec un premier prix décroché à Tokyo. A noter une vibrante partition sonore signée Jérémy Ben Ammar. Naviguant entre surréalisme et réalisme social, « Chère fin » est une œuvre universelle sur le temps qui passe, la transmission et la beauté des fins de cycle. Un film de fin d'études qui sonne, pour ces six réalisateurs, comme le début d'un avenir très prometteur. "Chère fin" (2025) Production : GOBELINS Paris. Le Pitch de "Chère fin" film d'animation : Une dernière tournée sur les flots de la mémoire Le synopsis : Ben entame sa dernière tournée de livraisons à travers l’archipel surréaliste qu’il a parcouru toute sa carrière. Accompagné de son vieux vélo qui glisse sur les flots et de son journal de bord, il voit, de livraison en livraison, ses émotions refaire surface. Face à la nostalgie de ses souvenirs et grâce à la bienveillance des résidents, Ben va réaliser que la fin de ce cycle n’est que le prélude d’un nouveau commencement. Réalisation : Khéma Cousin, Lien Franckel, Laora Le Boursicot, Alissende Masson, Joséphine Mounier, Clément Saden. Musique & Univers Sonore : Jérémy Ben Ammar (Composition, conception sonore et mixage). Production : GOBELINS Paris (Suivi par Fahim Boukhelifa). Distribution : Miyu Distribution (Luce Grosjean). Le court-métrage complet ainsi que les coulisses du projet (making-of) sont disponibles sur les réseaux sociaux officiels de l'équipe et sur leur compte Instagram @cherefin.gobelins "Chère fin" (2025) Réalisation : Khéma Cousin, Lien Franckel, Laora Le Boursicot, Alissende Masson, Joséphine Mounier, Clément Saden. Production : GOBELINS Paris.
- Calder face à Calder
Regards croisés sur deux gouaches d'Alexander Calder (1898-1976) Post de Pierre Raffanel - avril 2026 Alexander CALDER début 1974 ©DR 1974 photo J. Berteau L'intention de cette présentation est de mettre en lumière un aspect crucial, mais parfois éclipsé, du travail d'Alexander Calder : sa pratique picturale, et plus particulièrement ses gouaches. Si l’artiste est mondialement célébré pour l'invention du mobile et la tridimensionnalité, ses œuvres sur papier ne sont pas de simples études préparatoires, mais une extension bidimensionnelle de ses recherches sur le mouvement, l'équilibre et le cosmos. La confrontation de l’œuvre de 1964 (issue des collections de la Calder Foundation et exposée à la Fondation Vuitton lors de l’exposition « Calder. Rêver en équilibre » en 2026) et de l’œuvre de 1974 (popularisée en couverture de la revue Arts PTT en 1974), nous révèle des similitudes évidentes. Pourtant, en dix ans, le langage plastique de Calder s'est épuré, passant d'une abstraction vibrante et texturée à une composition graphique radicale, presque pop, qui s'inscrit pleinement dans la culture visuelle des années 1970. « Untitled » gouache et encre sur papier (1964) ©Alexander CALDER © Foundation Calder - New York ©2026 photo Pierre Raffanel L'œuvre « Sans titre » de 1964 (exposée à la Fondation Louis Vuitton du 15 avril au 16 août 2026) Cette période coïncide avec la consécration de ses "stabiles" en Europe et le dialogue formel initié plus tôt avec l'abstraction et les volumes de ses contemporains. Dans ses œuvres du milieu des années 60, Calder sature encore l'espace de lignes sinueuses, de spirales terrestres et de projections de couleurs (souvent des superpositions de rouge, de bleu et de jaune vibrants, rehaussés de noir). La texture y est plus lourde, presque organique. Le plan pictural capte l'énergie cinétique brute. Cette composition datée de 1964 repose sur ses fondamentaux iconographiques devenus de véritables signaux : des cercles parfaits (rouges, bleus, noirs) évoquant des astres, et des aplats d'une netteté parfaite. Le mouvement ne naît plus du geste ou de la texture, mais de la tension géométrique entre les formes pures suspendues sur le blanc du papier, faisant écho immédiat à ses mobiles. Gouache monogrammée - mars 1974 - 46.5 x 39 cm ©Alexander CALDER Couverture de la revue Arts PTT n° 67 de mars 1974 (rédacteur en chef : Maurice Bruzeau) (Don à La Société Artistique - Président : Emile Simon) ©photo Pierre Raffanel L'œuvre « Sans titre » 1974 (couverture de la revue Arts PTT n° 67 de mars 1974) Conçue pour la revue associative Arts PTT parmi 3 projets proposés (fondée en 1949 par la Fédération La Société Artistique de La Poste et Orange), cette œuvre illustre la volonté de Calder de démocratiser son art à la fin de sa vie, en touchant un public plus large que celui des galeries d'art contemporain. Dix ans plus tard, l’artiste s’inspire du « style » de la gouache précédemment décrite : cercles et aplats similaires (rouges, bleus, noirs). Ces 2 réalisations attestent de la capacité de Calder à dépasser le volume : il parvient à faire "danser" une surface plane sans l'aide du vent ou de la physique. Réunir ces deux jalons temporels permet de célébrer un Calder acteur d'un art moderne accessible, ancré dans le quotidien, d’une abstraction sémiotique et populaire. Chez cet artiste, la gouache n'est pas un médium de second plan : c'est un laboratoire quotidien, rapide et spontané, qu'il pratique surtout le matin pour "se mettre en train" avant d'attaquer le travail du métal. Dans les années 1960 et 1970, sa technique s'affine pour devenir une véritable signature visuelle. La palette chromatique de ses 2 œuvres sur papier met en exergue la pureté des « primaires ». Calder utilise une palette extrêmement restreinte et immédiatement reconnaissable. Il refuse les nuances subtiles, les dégradés ou les mélanges complexes. Il applique la couleur pure, sortie du tube. Le noir (l'ossature) : C'est le liant de ses compositions. Le noir sert à tracer les lignes de force, les spirales, ou à créer des masses lourdes (sous formes de disques) qui ancrent la composition, à l'image des structures de ses stables. Le rouge (la vibration) : Ce sont ses couleurs de prédilection. Le rouge de Calder (souvent un rouge de cadmium) est chaud et éclatant. Le bleu (l'espace) : Utilisé de manière plus parcimonieuse, souvent pour figurer des éléments célestes ou introduire un contrepoint froid aux aplats de rouge. Le blanc du papier (le vide) : Chez Calder, le blanc n'est pas un fond neutre, c'est un espace actif. C'est l'équivalent de "l'air" dans lequel bougent ses mobiles. La gouache (souvent mêlée à de l'encre de Chine pour les noirs) offre à Calder la matité et l'opacité dont il a besoin pour créer des contrastes violents. Calder peint vite. On observe souvent, notamment dans les œuvres de 1964, des projections accidentelles, des coulures ou des traces de pinceau visibles. Cela donne à la gouache une énergie sauvage que l'on ne retrouve pas dans ses sculptures rigides. À mesure qu'on avance vers les années 1970, son geste se fait plus graphique et appliqué : une évolution vers l'aplat parfait. Les formes (cercles, formes totémiques, vagues) deviennent des aplats lisses et denses. C’est cette netteté quasi-sérigraphique qui a permis à l’œuvre de 1974 d'être si facilement transposée en couverture de la revue Arts PTT. Le support : il utilise des papiers épais, souvent du papier chiffon ou du papier aquarelle à fort grammage, capables d'absorber de grandes quantités d'eau sans gondoler, ce qui donne ce rendu très mat et velouté propre à ses gouaches tardives. En résumé, la technique de Calder à cette époque repose sur un paradoxe : la force d'un impact graphique immédiat (couleurs primaires saturées, formes géométriques simples) combinée à la vibration du fait-main (lignes parfois tremblées, épaisseurs de gouache variables). C'est ce qui rend ses papiers si vivants et indissociables de ses sculptures. Exposition « Calder. Rêver en équilibre » à la Fondation Louis Vuitton du 15 avril au 16 août 2026 en partenariat avec la Calder Foundation et le Whitney Museum of American Art.
- Entretien avec Josette RASLE, commissaire d'exposition
Propos recueillis par Pierre RAFFANEL en septembre 2025 Josette RASLE ©photo DR Quid de ton parcours « postal » ? Et de ton parcours associatif : secrétaire générale de la Société littéraire de La Poste et rédactrice en chef de la revue Missives ? Josette Rasle : J’ai débuté ma carrière postale aux chèques postaux à Orléans où je suis restée un peu plus de deux ans, en faisant la permanence à la bibliothèque à l’heure du déjeuner. Les bibliothèques des PTT étaient des mines. Il y avait vraiment un fonds incroyable. Je suis arrivée à Paris fin 1982 pour m’occuper de la Société littéraire que j’ai ouverte à de nouvelles activités. Avec quelques membres du Conseil d’administration et des délégués nous avons pensé qu’il fallait faire évoluer la revue, changer son titre un peu vieillot, son aspect… et cela a donné ce que tu sembles bien connaître. As-tu fait un parcours d’études en lien avec l’art ? J.R. : Non je suis une autodidacte qui a toujours eu la passion de l’art et de la littérature. Quelle est l’exposition au musée postal dont tu as été commissaire et qui t’as le plus marquée ? Et d’une exposition durant tout ton parcours ? J.R. : Toute exposition est marquante car chacune nécessite un travail et une réflexion différente. Une exposition monographique ne se travaille pas comme une exposition collective ou une exposition à caractère « historique ». Ma première exposition, je l’ai consacrée à Hervé Télémaque qui était un ami. Il m’a fait confiance. Et tout s’est passée dans la plus grande des complicités. Travailler avec un artiste encore vivant c’est passionnant si cela se fait dans l’écoute et le respect de la parole de chacun. Une exposition se fait aussi avec toute une équipe : de la direction qui doit approuver le projet à l’équipe technique qui doit être efficace et bienveillante. Ce qui était le cas. Je dois dire que j’ai eu de la chance car les différents directeurs avec qui j’ai travaillés étaient ouverts à la nouveauté. De même que la responsable de la communication et l’attachée de presse. J’ai beaucoup appris des artistes. Avec Nils Udo – que j’ai rencontré à La Réunion où nous avions été invités en même temps : lui pour créer une œuvre moi pour mener un atelier sur le Facteur Cheval, notre échange a été vivifiant et très amical. J’ai beaucoup aimé consacrer une exposition au Facteur Cheval. J’ai de magnifiques souvenirs là encore avec Christophe Bonin qui était le directeur du Palais Idéal, avec la plasticienne polonaise Gabriela Morawetz qui avait fait toute une installation de photos et de voiles. C’était magique. Avec le Musée (grâce au service de la communication) et Le Palais nous avons organisé bon nombre d’événements. Notre collaboration se poursuivra d’ailleurs bien après cette exposition. Je pourrais aussi citer l’exposition hors-les murs L ’art fait ventre réalisée au petit musée du Montparnasse avec, pour l’accompagner, des manifestations dans la charmante allée, notamment des petites cantines concoctées par l’artiste/ cuisinière Brigitte de Malau en clin d’œil à la cantine de Marie Vassilieff qui nourrissait Picasso, Braque etc… pendant la guerre. Avec Martine Morel, directrice de la communication, nous avons dû batailler. Nous avons vécu quelques heures chaudes mais nous ne regrettons rien. Et puis nous avions la confiance et le soutien de Mauricette Feuillas, notre directrice. Cependant l’exposition la plus difficile à réaliser a été « Aragon et l’art moderne », pas à cause de la personnalité de l’écrivain mais parce que le Musée de la Poste n’est pas le Centre Pompidou. Il a donc fallu ouvrir mon carnet d’adresse et le carnet d’adresse des amis, pour obtenir certains prêts d’une très grande valeur. Je n’ai pas toujours pu montrer ce que j’aurais aimé montrer mais bon je suis fière que ce soit le musée de La Poste qui soit à l’origine de cette célébration. Les deux autres mousquetaires du surréalisme avaient eu leur exposition, manquait le troisième qui est tout de même l’un de nos plus grands écrivains. Mais ceci dit, j’ai trouvé de la joie à concevoir, à réaliser tous mes projets (Lonné et Verbena, José Abad, Chaissac Homme de lettres, Chaissac et Dubuffet travaillée avec le Musée des Sables d’Olonne, Gleizes et Metzinger dont l’exposition a été reprise par le Musée de Lodève, Bernard Rancillac, etc.…) Josette Rasle et Kashink devant la palissade du Musée de la Poste qu'elle vient de peindre dans le cadre de l'événement " Ralentir Street art 2016-2019" en co-commissariat avec Céline Neveux ©photo DR As-tu eu des rencontres singulières dans ta vie ? Des « moments charnières » dans tes expériences professionnelles ? J.R. : Oui beaucoup. J’ai été en prise avec énormément de gens de toutes sortes, en France et à l’étranger. Les numéros spéciaux que j’ai créés m’ont amené à travailler avec des écrivains, des artistes, des philosophes, des sociologues, des comédiens, des directeurs de théâtre, de musées, des géographes, des ambassades etc., à faire des déplacements, notamment avec le Festival Est-Ouest de Die qui, à l’époque, avait centré ses échanges sur les pays de l’ancien bloc de l’Union Soviétique. Nous tentions de dénicher les perles rares qui participeraient en France au Festival. Une manne pour ces pays fermés. Il y avait toujours de belles découvertes dans des lieux souvent inattendus, coupés de tout. Chaque numéro spécial a été pour moi un voyage. Le travail que j’ai entrepris pendant deux ou trois ans avec Chomo, un artiste singulier qui vivait en ermite dans la forêt de Fontainebleau a été une aventure passionnante. L’Asie centrale, la Sibérie… mais aussi André Degaine, ce postier fou de théâtre, le facteur Jean-Louis Toussaint qui faisait chanter les timbres etc… Tous ont contribué à leur façon à rendre mon travail – que je n’ai jamais considéré comme tel - passionnant. Je m’intéressais beaucoup aux cultures dites minoritaires et j’ai souvent axé les numéros spéciaux sur elles tout en les accompagnant à leur sortie de rencontres de plusieurs jours qui se déroulaient au Studio Raspail. Là aussi j’ai des souvenirs forts. Mais j’ai aussi créé des numéros spéciaux adhérents et des ateliers d’écriture, des prix etc… avec l’aide d’Anne-Marie Bence et de Martine Rauzet ; j’avais le même plaisir à travailler avec mes collègues. Rester au plus près de la vie, qu’elle soit sur votre territoire ou à des milliers de kilomètres. Regarder ce que fait l’autre, essayer de comprendre sans jugement hâtif. Au musée de la Poste, l’aventure a continué différemment, de façon plus resserrée mais tout aussi intense. Qu’est-ce qui t’a amené à écrire cet ouvrage « écrivains et artistes Postiers du monde » en 1997 ? J.R. : En fait, je voulais faire une exposition de quelques artistes et écrivains français et étrangers qui ont travaillé à La Poste, ponctuellement ou qui y avait fait carrière. Mon intention était de montrer que les PTT avait été un vivier de créateurs depuis toujours. J’avais rencontré la directrice de la Halle St Pierre qui avait trouvé l’idée intéressante et qui faisait sens dans ce musée puisqu’on pouvait ranger bon nombre de ces artistes sous la bannière art naïf ou art brut. Mais elle est partie quelques mois après, avant même que nous ayons pu mettre en route le projet. Il faut dire que la Halle Saint-Pierre n’était pas le musée que l’on connaît aujourd’hui. Sa remplaçante qui s’était montrée enthousiaste à son arrivée a peu à peu changé d’avis, ayant trouvé des projets qui lui tenaient plus à cœur et qui étaient les siens. De deux choses l’une où je remisais au placard ce travail que j’avais bien avancé ou alors je transformais le projet en livre. Ce qui n’est pas du tout la même chose mais bon… J’ai alors reçu le soutien d’André Darrigrand qui, en plus de ses fonctions de Directeur Général du groupe, était aussi Président de la Société Littéraire. Ce livre t-a-t-il permis de découvrir des artistes postiers dont tu n’avais pas eu écho ? Ce livre n’étant pas une anthologie, comment as-tu opéré pour faire ta sélection d’artistes ? J.R. : Quelques-uns, notamment l’Espagnol Vicente Perez Bueno, le Mexicain Hermenegildo Bustos…. Je connaissais Bastien-Lepage tellement prisé par les artistes scandinaves, Vivin, Rimbert, Lonné, Verbena, Mac Nab, F.A.Cazals dont j’ai fait rééditer le Jardin des ronces pour le 100ème anniversaire de la Société littéraire. … mais mon intention était ailleurs. Il ne s’agissait pas pour moi de dresser un inventaire de tous les postiers écrivains ou artistes qui s’étaient distingués ou se distinguaient dans ces domaines, il s’agissait plutôt de montrer comment un métier, une entreprise comme les PTT dont l’humain était au cœur de leur mission – relier les hommes par la voix ou la correspondance– pouvait influencer les comportements, l’imaginaire de ceux qui en avait la charge. Montrer comment celle-ci permettait, voire suscitait, la créativité du personnel qui avait par ailleurs la chance de s’exprimer par le biais de multiples associations souvent créées par des responsables au plus haut niveau qui avait à cœur de tisser un lien au sein de l’entreprise. Ce secteur associatif des PTT est un phénomène assez unique, cité en exemple dans le rapport qu’avait commandé Jack Lang sur la culture dans la Fonction publique. Les propositions de ces associations étaient souvent exigeantes. Et cela donne raison aux travaux d’Isabelle de Lajarte que tu m’as évoqué et que j’ignorais. "Ecrivains et artistes postiers du monde - Maîtres de Poste XIX - XX siècles" de Josette RASLE ©1997 Ed. Cercle d'art - Paris En 1991, dans son étude sociologique « Les peintres amateurs », Isabelle de Lajarte a consacré un chapitre étayé aux peintres amateurs postiers. Elle révèle en effet qu’il y a une proportion plus élevée de peintres « engagés » dans leur activité artistique par rapport aux autres groupes de peintres amateurs et que 10% d’entre eux (sur les 1500 adhérents de la fédération Société Artistique en 1991) ont un déroulement de carrière assez intéressant pour qu’on s’y attarde ? Qu’en penses-tu ? J.R. : Je ne connais pas son étude mais je suis à peu près sûre que ses réflexions rejoignent les miennes mais en tant que sociologue elle a certainement approfondi et analysé des aspects que je n’ai fait qu’effleurer. En 1989, pour célébrer la Révolution française, nous avions constitué un petit groupe d’associations émanant de divers ministères : les Finances, l’Agriculture… et je dois dire que le secteur des PTT était le plus étoffé. Même si des choses intéressantes se passaient chez eux, il n’y avait pas cette diversité. Ton livre chronique les postiers artistes et écrivains, pourquoi ce choix de domaines d’expression ? J.R. : Pour moi l’un ne va pas sans l’autre. J’ai toujours allié les deux, que ce soit dans Missives ou dans ma vie personnelle. Dixit ton édito de 1997 « les PTT sont depuis toujours une pépinière de talents ». En 2025, y a-t-il autant d’artistes postiers qu’en 1997 ? Existe-t-il actuellement une culture PTT, « pététiste » comme l’aimait à le dire René Rimbert ? J.R. : L’entreprise a beaucoup changé depuis la séparation de La Poste et de France Télécom et avec elle son esprit. Beaucoup d’employés se sont sentis trahis par la réforme qui remettait en cause le service public, leur façon de travailler, le développement de leur carrière. Le secteur associatif en a d’ailleurs pâti. Des délégués – tous bénévoles – qui assuraient la liaison entre les régions et le siège social ont remis leur démission. Peu à peu on a compté au sein des associations plus d’adhérents extérieurs que d’adhérents internes. La Poste et France Télécom continuaient cependant à leur verser des subventions. Dans ces conditions, il est devenu plus difficile de repérer les postiers et télécommunicants singuliers. Le profil du personnel a aussi peu à peu évolué. Les mentalités aujourd’hui ne sont plus les mêmes et il n’y a plus vraiment le sentiment d’appartenance à l’entreprise. Peut-être subsiste-t-il encore à la Poste – on le perçoit dans des actions menées par la Fondation du groupe, mais à France Télécom je ne crois pas. Depuis les années 80-90 il y a eu une forte « démocratisation » des activités de loisirs, culturelles ou artistiques. Quel est ton avis sur l’évolution de la pratique picturale amateur des postiers ? J.R. : Il m’est difficile de répondre à cette question car en rejoignant le Musée de La Poste j’ai perdu contact d’une certaine façon avec le personnel. Je travaillais pour un public sans distinction de son appartenance à quoi que ce soit. Toutefois, si nul n’a apparemment plus besoin de l’entreprise pour exercer ses passions car un choix s’offre à lui à l’extérieur, ce n’est peut-être pas aussi simple et aussi mirifique. Il reste un pourcentage du personnel qui a besoin de ce partage, de cet échange entre collègues. J’ai pu le constater à travers la Fondation La Poste dont j’ai été membre du C.A. pendant plusieurs années. Des postiers lui soumettent des projets, à caractère culturel ou sociétal, fort intéressants à l’échelon de leur ville, de leur village ou s’engagent sur des Festivals ou autres qu’elle soutient. Une autre façon de s’impliquer et d’impliquer l’entreprise. Toi-même tu dois bien t’en rendre compte à travers l’association artistique. En lisant la revue que vous publiez, je ne vois pas qu’il y ait grand changement. Des rubriques nouvelles sont proposées qui répondent peut-être plus à ce que les postiers attendent aujourd’hui mais ce qui perdure et doit perdurer c’est l’organisation de salons qui leur permettent d’exposer leurs œuvres et ce dans toute la France. L’entre-soi s’il est fait dans un certain esprit - qui n’a rien à voir avec le repli sur soi – peut être stimulant, encourageant. Créer est une chose, montrer ses œuvres en est une autre. Et les difficultés pour trouver des « débouchés » sont aussi difficiles pour les amateurs que pour les artistes confirmés. Après la Seconde Guerre mondiale, la pratique artistique a été fortement encouragée au sein des entreprises. A l’époque, les dirigeants voulaient favoriser, entre autres objectifs, l’émergence d’une solidarité de classe et accorder de l’importance aux activités sociales dans le cadre professionnel. Cette tendance s’est inversée. Pourquoi la dimension artistique et culturelle tend à disparaitre des priorités de l’entreprise contemporaine et semble devenir accessoire dans un contexte de rationalisation et de performance ? J.R. : Ta réponse est dans ta question. La rentabilité, l’argent sont au cœur des préoccupations de tous les grands groupes – y compris ceux qui ont des missions de service public. Cette recherche de la rentabilité, de la performance à outrance participe à la déshumanisation de nos sociétés. C’est un choix politique et sociétal. La mondialisation, la concurrence, le toujours plus vite, le toujours plus quelque chose sont un cancer qui ronge et laisse sur le bas-côté de la route toute une population qui n’a pas ni les clés ni les moyens de réagir. La culture, en général, est un moyen d’épanouissement de l’être humain, une élévation de l’esprit mais elle est aussi un moyen de contestation d’un ordre établi ; elle ne disparaît pas seulement des entreprises (dont on peut contester avec raison que ce soit leur mission) mais de la société civile. Il n’y a qu’à voir le budget consacré à la culture au niveau national et régional. Il n’a jamais été aussi bas. Les années Lang sont loin derrière nous. Peut-on parler de la même manière des artistes professionnels et de ces artistes qui exercent parallèlement à leurs travaux créatifs une activité alimentaire ? J.R. : Ce n’est pas parce qu’on expose dans une galerie et qu’on a une reconnaissance du monde artistique professionnel que l’on a la vie facile. Il n’est pas rare que des artistes professionnels aient une activité alimentaire. Ils sont professeurs aux Beaux-arts ou dans des écoles ou assistants etc… Si l’écriture ne nourrit pas son homme, c’est souvent vrai aussi pour l’art. Je connais bon nombre d’artistes de valeur qui vivent très chichement. Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus par le marché de l’art qui se complexifie de plus en plus et qui devient de plus en plus une affaire de spéculation. C’est la raison pour laquelle, il faut créer des lieux alternatifs, des rencontres.... Dans quelle mesure Henri Raynal a-t-il contribué au travers de la revue Arts PTT de la Société Artistique à la notoriété d’artistes postiers et ce, malgré que le monde de l’art n’ait pas vraiment pris et ne prenne toujours pas au sérieux ces parutions les concernant ? J.R. : J’ai beaucoup de respect et d’amitié pour Henri Raynal qui est un écrivain inclassable. Son œuvre souvent jugée complexe et par trop hybride, reçoit un soutien grandissant et mérité de la part de philosophes, de penseurs de tous les âges. Sa vision du monde, son enthousiasme pour ce qui est, sa façon si personnelle de célébrer l’univers, la diversité qui pour lui est adoration de l’Un, est de plus en plus et de mieux en mieux partagée. Henri a donné beaucoup de son talent et de son temps pour essayer de rendre visible certains postiers et nul doute que sa voix a eu un écho auprès de galeries, de critiques d’art qu’il fréquentait. Il a beaucoup fait aussi pour informer, guider ses collègues dans cette jungle de l’art et sa rubrique dans Arts PTT était toujours intéressante même si ses goûts n’étaient pas toujours les miens. Et ce que j’aime chez lui, c’est sa ferveur, sa générosité et sa volonté de défendre les artistes qu’il aimait, qu’ils soient connus ou totalement inconnus. Tu m’as évoqué le fait que la revue Post’art (anciennement Arts PTT) pourrait faire des portraits de postiers singuliers quel que soit leur domaine ? Peux-tu m’en dire plus… J.R. : C’est une idée qui n’est pas nouvelle mais qui a le mérite de mettre en avant un postier passionné par un domaine. C’est toujours intéressant de partager ses passions et de donner à voir un autre visage d’une personne. Affiches des expositions "Gaston Chaissac" "Aragon et l'art moderne" "Facteur Cheval " -Commissariats Josette Rasle ©Musée de La Poste Commissariats d’expositions au musée postal de Josette Rasle - Hervé Télémaque, du coq à l’âne (Musée de La Poste, 2005) - Deux postiers singuliers : Raphaël Lonné, Pascal Verbena (Musée de La Poste du 1er octobre 2005 au 11 février 2006) - Gaston Chaissac, homme de lettres (Musée de La Poste, 2006) - Marc Pessin, au cœur de l’écrit (Musée de La Poste, en collaboration avec la revue Missives) - Avec le facteur Cheval (Musée de La Poste, 2007, en collaboration avec le Palais Idéal du Facteur Cheval) - Charles Lapicque, une rétrospective (Musée de La Poste, 2008) - José Abad, du timbre à la sculpture (Musée de La Poste, 2009) - Le Bestiaire d'André Masson (Musée de La Poste, 2009) - Aragon et l'art moderne (L'Adresse Musée de La Poste, 2010) - Nils-Udo – Nature, rétrospective (L'Adresse Musée de La Poste, 2011) - Gleizes et Metzinger, du cubisme et après (L'Adresse Musée de La Poste, 2012. Itinérance au Musée des beaux-arts de Lodève) - Chaissac-Dubuffet, Entre plume et pinceau (L'Adresse Musée de La Poste, 2013, (en collaboration avec l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonne) - L'Art fait ventre (L'Adresse Musée de La Poste au Chemin du Montparnasse, 2014) - Faites vos vœux ! Ex-voto d'artistes contemporains (L'Adresse Musée de la Poste au Chemin du Montparnasse du 6 octobre 2014 au 3 janvier 2015) - Rétrospective Bernard Rancillac (Musée de La Poste à l’Espace Niemeyer, 2017, en collaboration avec le musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables d’Olonne) Affiches des expositions "L'art fait ventre" "Ex-voto" Rétrospective Rancillac" - Commissariats Josette Rasle ©Musée de La Poste Autres commissariats de Josette Rasle - Raphaël Lonné, Centro de Bellas Artes, 2007 (Madrid -Espagne) - Le Facteur Cheval et Sir Edward James (Mexique) - Libres comme l’art – 100 ans d’histoire entre les artistes et le PCF (Co-commissariat avec Renaud Faroux, Espace Niemeyer, 29 novembre 2021 -29 janvier 2022) - A venir : 1936/2026 – Résonances (Co-commissariat avec Renaud Faroux, Espace Niemeyer, octobre 2026 – janvier 2027) Publications -Ecrivains et artistes postiers du monde - Maîtres de poste, XIXe-XXe (Ed. Cercle d’art – mai 1997) -Co-édition avec Dominique Brunet de plusieurs ouvrages de correspondances de Gaston Chaissac (Editions du Murmure, Gallimard et Claire Paulhan…) - Co-édition avec Renaud Faroux de Libres comme l’art-100 ans d’histoire entre les artistes et le PC, Editions de l’Atelier, 2022 - A paraître (en librairie le 21 août) : J’ouvre /Je ferme, Editions du Murmure, collection « Le Chant d’Orphée »











