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- Street art à la Poste du Louvre
Post de Pierre Raffanel - décembre 2025 BRUSK - 3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Retour sur la 3 e édition du festival de street art et d’art contemporain orchestrée par la galerie Roussard à La Poste du Louvre avec La Poste Immobilier. Ce fût l’occasion de redécouvrir ce monument parisien, emblème de l’architecture fin XIXème siècle, récemment rénové et réouvert au public, conçu par l’architecte Julien Guadet. Brusk - 3 édition Street Art Poste Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel 18 artistes pour cette exposition de type muséal & performances live de 12 artistes dans la cour intérieure, espace semi-couvert par une architecture métallique typique, dans le plus pur style Eiffel : Anagruz, Ardif, Astro, Brusk, Patricia Casagrande, Djalouz, Ender, Ensemble Réel, Graffmatt, Clément Herrmann, Jaëraymie, Jo Di Bona, Kaldea, Levalet, Mathieu1976, Jérôme Mesnager,Nadège Dauvergne, Ninin, OneMizer, Petite Poissonne Alexis Raoult, Joachim Romain, Rafael Sliks, Shaz, Sax, Softtwix, Stoul, Tito/Mulk, Wèkup. Nadege Dauvergne - 3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Kaldea - 3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Graffmatt -c'est dans la boîte-3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Jo Di Bona - 3 édition Street Art Poste Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel SOFTTWIX -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Rafael SLIKS- 3 édition Street Art Poste Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Onemizer -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Henry Blache aka SAX -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Djalouz -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel Anagruz -3 édition Street Art Poste du Louvre - Galerie Roussard ©photo Pierre Raffanel #BilanExpo #ArtUrbain #ArtContemporain #LaPosteImmobilier #PosteLouvre #CultureÀParis #laPoste
- Interview de Coline FABRE, créatrice de vitraux contemporains
Pierre Raffanel : Comment vous définiriez-vous : maître verrier ? peintre ? Y a-t-il une terminologie féminine pour désigner votre profession ? Coline Fabre : Ah, alors là ! (sourire) C’est une question d’actualité, c’est vrai ! Je me définis comme une créatrice de vitraux. Le terme exact serait maître verrier ou verrier, mais maître verrier c’est aussi celui qui souffle…Or pour la réalisation d’un vitrail, j’utilise généralement du verre soufflé déjà coloré. Certains disent vitrailliste, je l’abhorre. Pourtant cela ne me choque pas si cela concerne la mosaïque de dire mosaïste ! Pour la féminisation de la terminologie, on aurait pu dire maîtresse verrière mais définitivement je préfère le terme «créatrice de vitraux ».Il y a aussi les verriers restaurateurs qui font de la conservation de vitraux. PR : Quelle a été votre formation ? Coline : Au départ, l’École des Métiers d’Art dans le XVe arrondissement de Paris, plus exactement l’ENSAAMA (École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art) où j’ai obtenu mon diplôme en 1980. J’ai ensuite travaillé dans divers ateliers durant les vacances d’été et les deux ans qui suivirent, années pendant lesquelles j’ai eu l’occasion de travailler chez Jean-Jacques Grüber. Cette rencontre fût primordiale puisqu’elle m’a permis de devenir l’assistante de sa fille Jeannette Weiss-Grüber, artiste spécialisée dans la création de vitraux contemporains autour de vitraux anciens. PR : Fréquenter la famille Grüber fut certainement riche d’enseignements ? Coline : Oui l’expérience fut formidable, Jeannette étant la petite-fille du célèbre Jacques Grüber – grande figure du vitrail Art nouveau (École de Nancy) – et son oncle étant le peintre expressionniste Francis Grüber, mort jeune, ami d’Yves Tanguy et de Pierre Tal Coat. Le père de Jeannette, Jean-Jacques Grüber aurait certainement été célèbre s’il avait été historien de l’Art du Vitrail mais il a dû reprendre l’atelier à la mort de son père Jacques ! PR : Peut-on parler de dynastie dans l’Art du Vitrail ? Coline : Oui, la famille Gruber faisait partie d’une « dynastie » créée en 1900 par Jacques Gruber. La plus ancienne de ces dynasties est l’atelier Simon-Marq à Reims, cela remonte au XVIIe siècle. À ce jour une des seules qui subsiste est l’atelier Duchemin dans le XIVe arrondissement de Paris., repris par leurs filles Marie et Charlotte . PR : Existe-t-il des courants, des écoles en région ? Coline : Il y a eu des courants, qui toujours étaient en rapport avec l’évolution de la peinture et des autres arts visuels. Comme par exemple l’école de Nancy. PR : Combien de temps êtes-vous restée dans l’atelier de Jeannette Weiss-Grüber ? Coline : Mon expérience avec Jeannette a duré dix ans puis elle a fermé son atelier et nul n’a repris dans sa famille. Atelier de l'artiste à Tusson - Maquette d’un vitrail ©photo marie bueno PR : Aurait-elle pu vous transmettre son atelier ? Coline : Non, parce qu’entretemps, les Monuments Historiques m’avaient confié mon premier ouvrage dans le cadre des chantiers d’été de l’association « Le Club Marpen » à Tusson. À partir de 1985, chaque année, je m’éclipsais de son atelier pendant trois ou quatre mois pour réaliser la création des quinze baies de l’église abbatiale de Marcillac-Lanville, un édifice majeur des Charentes. J’avais établi mon atelier dans l’église même pour m’imprégner le plus possible de l’atmosphère du lieu, je peignais les vitraux dans les fenêtres et pouvais observer le jeu changeant de la lumière au gré des heures. En 1990 j’ai acheté mon atelier à Tusson, près de Ruffec et d’Angoulême et m’y suis installée. J’intervenais régulièrement comme professionnelle et encadrais des stagiaires sur les chantiers d’été organisés par le « réseau Rempart ». PR : Qu’est-ce que le réseau Rempart ? Coline : C’est une union d’associations œuvrant pour la sauvegarde du patrimoine et qui a pour objectif principal de conduire des actions de réhabilitation et de mettre en valeur des patrimoines architecturaux, archéologiques... Leur devise « Restaurer les édifices en restaurant les humains ». PR : Votre apprentissage est-il venu d’une vocation ? Coline : Enfant, juste une envie de dessiner, souvent recroquevillée sur mon cahier. Quelquefois à l’école on me disait « Va finir ton heure en salle de dessin ! ». Plus tard, à l’École des Métiers d’Art, je m’imaginais faisant de l’illustration pour enfants, de la publicité… PR : Du figuratif. Pourtant vos choix se sont portés vers l’abstraction ? Coline : L’idée a commencé à germer…à Grimaud lors de vacances familiales dans les années 70… j’ai fait la rencontre d’un ami de la famille qui créait des bijoux en verre tout à fait extraordinaires. « Un jour - la seule fois dans sa vie - il a réalisé les vitraux d’une église en utilisant du gemmail : il mettait du verre concassé dans la résine, ça avait une allure sympathique et assez contemporaine ». Et je me suis dit : « Tiens, le vitrail contemporain ça existe ! ». PR : La lumière tient un rôle important dans vos œuvres ? Coline : Oui, primordial. Au travers des vitraux il faut tendre vers une résultante blanche à l’aide d’un équilibre de couleurs. Les reflets peuvent être colorés mais je ne veux pas qu’on ait la sensation d’être dans un aquarium avec des visages à l’aspect bleuté. Les vitraux anciens très colorés de la cathédrale de Chartres en sont un bel exemple ! A contrario, si on regarde des vitraux du XIXe siècle, la lumière résultante est souvent jaunâtre, pisseuse ! PR : Je vais être un tantinet provocateur… pourquoi la blancheur serait-elle plus opérante ? Coline : Ah ! Effectivement pourquoi ça serait mieux ? Cette lumière blanche me permet de ne pas dénaturer l’édifice lui-même. PR : Si je reprends vos propos dans l’article « Imaginaire et Inconscient », extraits de la revue l’Esprit du temps, l’idée serait que « le vitrail est un voile tendu entre deux blocs de pierre massifs qui ont toujours été là ». Ce qui signifierait que le vitrail sous-tendrait une structure existante, servirait de lien au patrimoine et que cette lumière blanche diffusée par le vitrail serait plus opportune à révéler et magnifier le lieu ? Coline : Tout à fait…et d’ailleurs j’ai fait beaucoup de vitraux jaunes et blancs, j’ai recommencé de multiples fois ma première fenêtre et me suis aperçue que les tons ocres et jaunes s’associaient magnifiquement à des fresques anciennes. PR : Effectivement dans l’église de Chavenat ou celle d’Artiguevieille, vous avez réalisé des vitraux dans les tons jaunes assez lumineux et blancs… Coline : J’ai mis longtemps à comprendre qu’il faut plus de verre blanc que de verre jaune. Mes premiers vitraux, je les ai réalisés à l’ancienne, c’est à dire que le blanc-blanc n’existait pas, le blanc c’était toujours du verdâtre. J’ai voulu créer des parallèles, des équivalents avec mes créations contemporaines. J’ai longtemps cherché et recommencé mes ouvrages ! Prieuré de Marcillac-Lanville (Charente) Réalisation 2018-2020 ©Coline Fabre ©photo pierre raffanel PR : Justement, cette recherche de la résultante de blanc, l’avez-vous obtenue uniquement de manière empirique ou revêt-elle des aspects purement techniques et mathématiques ? Coline : En fait c’est mathématique et pourtant je ne m’explique pas pourquoi à la Chapelle du Rosaire de Saint Paul de Vence (vitraux d’Henri Matisse et de son maître-verrier attitré Paul Bony) , il n’y a pas une once de blanc, pourtant la résultante est blanche à partir de verres jaunes, bleus, verts. PR : Votre processus d’inspiration ? Est-il une vision fulgurante ou une émanation du vide ? Coline : Après avoir chassé toutes les idées parasites, mon processus de création naît du vide pourtant rempli de l’édifice qui lui, est bel et bien présent. D’ailleurs à Milly-la-Forêt il y a une chapelle peinte par Jean Cocteau où se trouve un petit écriteau avec cette pensée qui semble évidente au premier abord : « A Milly-la-Forêt, j’ai trouvé un cadre ». Effectivement, « le lieu existe, tu n’as pas à le choisir, le format de tes peintures est là ! ». PR : Vous avez besoin d’une immersion totale du lieu, mais la vision émanant de l’édifice n’est-elle pas trop prégnante ? N’êtes-vous pas happée par l’endroit ? Coline : Non, je ne me laisse pas happer, ça serait beau si c’était ça ! Au début, sur mes premières créations, c’était un peu compliqué, je procédais de manière empirique. Puis, au fur et à mesure de la trentaine de chantiers que j’ai pu réaliser, une vision jaillit, s’impose et en même temps il se passe souvent un laps de temps assez long où il ne se passe rien. Heureusement les dates butoirs entre les appels d’offres et le démarrage des réalisations permettent de laisser mûrir l’inspiration. PR : La plupart de vos créations de vitraux sont situées dans des églises et chapelles romanes, principalement en Charente et en Bourgogne ? Coline : Il y a beaucoup d’églises romanes en Charente et c’est la raison pour laquelle je m’y suis installée. J’adore cette architecture qui m’autorise à être « bien contemporaine» en étant moins connotée que le style gothique. De plus elles ont pour moi une dimension plus abordable qui me permet de rentrer dans un univers et de vraiment développer une écriture personnelle en résonance avec l’architecture du lieu. Ma préoccupation première est d’intégrer des vitraux contemporains dans ces monuments historiques… Prieuré de Marcillac-Lanville (Charente) Réalisation 2018-2020 ©Coline Fabre PR : Faut-il être croyante pour réaliser des œuvres dans des lieux de culte ? Coline : Oui j’adorerais être croyante mais je ne le suis toujours pas ! Un jour un évêque m’a dit lors d’une inauguration dans une petite église : « Vous devez avoir une foi très profonde pour faire d’aussi beaux vitraux ! ». Ma réponse fut : « Écoutez, je ne suis pas pratiquante mais je suis contente que mes vitraux soient praticables ! » J’aime ces lieux qui sont propices à la contemplation et à la méditation. « Je dirais que je me sens, à travers ces édifices, dépositaire, non de la croyance des anciens, mais de ce que celle-ci a éveillé en eux : le désir de créer. Cette quête de chaque jour. » PR : Peut-on dire qu’il y a de la spiritualité dans vos œuvres ? Coline : Je pense qu’à partir du moment où je suis dans une architecture sacrée, je vais aller dans le sens de l’édifice et me couler dans l’atmosphère qu’il dégage. Je vais être réceptive à son caractère unique et mes créations vont s’imprégner de la spiritualité du lieu. PR : Pourquoi votre choix de l’abstraction au lieu d’une figuration que vous nommez « réalisme illusionniste qu’a laissé le XIXe siècle » ? Coline : L’abstraction est plus évocatrice et les vitraux peuvent s’épanouir pleinement, dans la simplicité que nécessite une église romane. Ce qui m’embête c’est quand, dans une fenêtre, à partir du moment où « ce voile tendu entre deux blocs » te propose une espèce de volume, une perspective, des choses derrière : ce n’est plus du tout « un voile tendu ». C’est là que se dégage un faux volume, une chose qui n’existe pas et qui fait semblant d’exister; et cela ne me plaît pas du tout ! PR : Avez-vous eu des collaborations avec d’autres artistes ? Coline : Non, car mon statut d’artiste (Maison des artistes) ne me permet pas de réaliser de vitraux d’un autre artiste, il faudrait que je sois artisan et que je prenne des assurances spécifiques… « J’œuvre seule » et je suis toujours celle qui intervient en dernier sur les chantiers après les couvreurs, les maçons… PR : Avez-vous d’autres projets ? Coline : Oui j’ai eu la chance qu’on me propose de créer un ensemble de mobilier liturgique... Post de Pierre RAFFANEL Extrait de la revue Post Art 6 - juillet 2021 - La Société Artistique "Pictograf" Vitrail de Coline FABRE Couverture originale de la revue POST'ART n°6
- Interview de Georg HALLENSLEBEN, illustrateur et peintre
L’artiste aux 2 facettes ou lorsque l’illustration devient peinture ... Son parcours Né en 1958 en Allemagne, il s’initie au dessin dès son plus jeune âge, s’inscrit dans une Académie d’Art à Cologne. Puis part à Rome où il peint, dessine sans relâche pendant près de vingt ans. Il fait ses premières expositions dans des galeries en Suisse et en Autriche. Actuellement il réside à Paris où il se consacre à l’illustration jeunesse et à des « séries et variations » de peinture. Ses rencontres et « moments charnières » Adolescent, il conçoit et dessine son premier livre jeunesse. Plus tard, lors de la foire internationale du livre jeunesse de Bologne, il remodèlera cette première maquette à base de successions d’images et Pauline paraîtra en 1999. A Rome, il sympathise avec l’américaine Kate Banks assistante de l’éditrice new-yorkaise Frances Foster, ensemble ils collaborent à l’histoire de Baboon publié en 1996 chez Gallimard . Le célèbre collectionneur allemand d’art contemporain Hans Van der Grinten , mettra en scène avec passion dessins et aquarelles de l’artiste dans le musée de Kranenburg. Sa rencontre avec Pierre Marchand créateur du secteur jeunesse chez Gallimard fut primordiale. C’est là que Georg travaille avec la maquettiste Anne Gutman sur des livres illustrés écrits par Kate Banks. Petit à petit, une belle connivence naîtra, amènera Anne à l’écriture. Ce sera le point de départ de moultes collaborations et continuera quand, en 1999 Pierre Marchand deviendra directeur de création au groupe Hachette. Les personnages Gaspard et Lisa créés avec Anne, sont des icônes au Japon et ont même une « ville » dans un parc d’attraction au pied du mont Fuji. Les livres à tirettes ou à effets sonores de Pénélope mettent avec humour l’enfant au cœur des histoires souvent drôles. Plus récemment le roman Les Couzinzines raconte les tribulations d’Achille avec sa famille et ses cousins avec, une fois n’est pas coutume, des dessins à la plume. «A Paris» Gaspard et Lisa avec Hello Kitty (Hachette Livre 2014) ©Georg Hallensleben ©photo pierre raffanel Son atelier Il est au cœur de l’appartement familial, niché au centre de Paris, avec un air de campagne et une ambiance de dolce vita. Georg et son épouse Anne Gutman travaillent énormément : il peint les images et elle écrit les histoires, fait la mise en page…l’échange est permanent ! Leurs trois enfants sont leurs premiers lecteurs. Vue d'atelier ©Georg Hallensleben Ses inspirations Paysages glanés au cours de ballades à pied ou à bicyclette en Suisse italienne et en Italie : le mélange des rochers, montagnes avec des éléments béton aux sorties des tunnels, du métal des garde-fous et des panneaux de signalisation… Souvenirs de Milan, Rome, du lac de Cöme, de Gênes et ses autoroutes, du viaduc Morandi, du petit village de Guadagnolo… Ses techniques Au commencement, des dessins à foison, des travaux monochromes…L’artiste aime les « séries » avec des variations : des séries grises à la gouache noire et des déclinaisons dans les tons marron. Les couleurs de sa palette très réduite (jaune, rouge clair et foncé, bleu cobalt et cyan, violet et blanc) nourrissent ses peintures à l’huile. Georg compare ses « séries » aux variations d’un thème musical. Il cite les variations de Jean Sébastien Bach et les interprétations à chaque fois revisitées de Bob Dylan lors de ces concerts. Il joue ses « accords » en modulant ses tonalités et en déclinant un même thème en plusieurs œuvres ...Il aime parler de tension entre la profondeur et la surface plane du tableau ! Ses illustrations : après la gouache de ses débuts et à part un petit détour par l’acrylique, il peint à l’huile des pleines pages aux douces couleurs chatoyantes qui décrivent l’aspect concret et le quotidien de la vie des enfants. Des œuvres d’atmosphères tout en légèreté ! « Comme Bonnard, Hallensleben goûte les couleurs de la vie, la prouesse technique sous l'apparente facilité » (Florence Noiville - Le Monde - février 2000). Illustration extraite de Gaspard et la Tour Eiffel (Hachette Livre 2014) ©Georg Hallensleben Ses projets De nouvelles illustrations et histoires de Gaspard et Lisa , de Pénélope , une série pour les petits appelée Mon chaton, un projet de BD (une histoire de fantômes) avec Anne Gutman… De nouvelles « séries variations » de peintures inspirées d’images de street view et de caméras de surveillance avec différents stades de transformations, en différentes tonalités. La ville de Gaspard et Lisa dans le parc d’attractions Fuji-Q Highland au Japon © Georg Hallensleben Post de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art - juin 2020
- La céramiste Yolande MICHELON in situ
La Madelon « Centenaire de la guerre de 14-18 » (laque avec incrustation) ©Yolande MICHELON © 2023 Photo Pierre Raffanel À peine arrivés dans cette charmante campagne icaunaise, nous sommes plongés illico dans les effluves de vernis et de térébenthine de l’atelier de Yolande et par l’enthousiasme contagieux de cette artiste. Il y a presque 25 ans, Yolande est tombée « en amour » de la laque. Découverte au détour d’une promenade à Prémery dans la Nièvre, elle visite une exposition dans des anciens abattoirs, elle y découvre des paravents magnifiques : la laque fut une révélation quasi-instantanée ! Dès la semaine qui suivit, elle s’inscrivit aux cours de Lièn, laqueuse et n’eût de cesse depuis, que d’apprendre ce savoir-faire ancestral. L’apprentissage fut long et ce n’est qu’après plusieurs années de pratique qu’elle commença à maîtriser les techniques et procédés de la laque. L' artiste Yolande Michelon en interview avec Pierre Raffanel ©2023 Photo Marie Bueno Mais revenons, au début de son histoire : elle naît à Paris, son père est alors menuisier-ébéniste mais sa mère souhaitant ouvrir un commerce, la famille déménage à Auxerre où Yolande y poursuivra ses études. Adolescente, elle se rêve décoratrice d’intérieur, mais son père de souche stéphanoise ne veut pas qu’elle aille à Paris pour ses études. Elle se fait alors embaucher au standard PTT. S’ensuivra une belle carrière à la Poste : dactylo à la Direction, puis secrétaire au service des Ressources Humaines. Ensuite, une antenne de documentation est créée, elle y organise les concours de facteurs et les recrutements, qui à l’époque étaient massifs ! Par la suite on lui proposera le poste de rédactrice du journal local postal Jourpost et deviendra responsable de communication. S on apprentissage artistique se fera pendant ses années « postales », durant ses loisirs ; au début dans son garage puis viendra la construction de son atelier, attenant à sa maison. À ses débuts, les matériaux indispensables à la fabrication de ses laques étant onéreux, Yolande pratique la porcelaine. Elle peint également des dessins sur bois, à base de caséine sur des armoires normandes… Son inspiration, elle la puise dans son quotidien, elle est insatiable, fait feu de tout bois : vue de Paris par satellite, des aurores boréales, des yeux comme motifs pour une exposition dans une clinique ophtalmologique en Allemagne, des miroirs, des bouts d’ardoise… Rien n’est aléatoire dans sa créativité : un dessin, un calque prédéterminent la composition de ses laques souvent abstraites… La discipline de la laque est complexe par la diversité des supports utilisés (bois, fer, terre…), par les diverses techniques à maîtriser (savants dosages de mélange de vernis et térébenthine ou de pigments broyés de couleurs et blanc de Meudon…) et par les nombreuses étapes successives. Beaucoup d’abnégation et « d’huile de coude » sont également indispensables : plusieurs couches successives de couleurs plus ou moins épaisses, de ponçages, de lustrages sont nécessaires pour l’obtention du résultat escompté : un aspect lisse et agréable au toucher. Ces divers étapes, maintes fois répétées pour retrouver la trace du décor composée en amont, et entrecoupées de temps de séchage vont révéler brillance, profondeur de l’œuvre ! Ses réalisations requièrent de la patience, une grande habilité manuelle, un goût du bricolage, mais aussi le sens de la débrouille : elle récupère de-ci de-là, un maximum de choses, d’objets, de cailloux… et les transforme au service de sa créativité – écolo avant l’heure d’une certaine façon. Yolande est intarissable sur les techniques de ce savoir-faire, à la fois ancestral depuis les premières utilisations en Chine, 1000 ans avant J-C et moderne par l’émergence au fil des décennies d’un style occidental qui ne cesse d’évoluer (exemple de la période Art Déco). La technique de la laque offre un terrain d’expérimentation presque sans limite : métallisation de feuilles d’or, d’argent, de cuivre, d’aventurine ou poudre de métal ; incrustation de matériaux très fins (coquilles d’œuf, nacre) ou très épais (écaille, ivoire) et de décors avec l’inclusion et accumulation de couleurs. Enfin vous l’avez compris, le travail de la laque nécessite passion et longueur de temps. Alors n’hésitez pas à prendre un peu du vôtre pour visiter au gré de vos humeurs le LACtelier de la « sémillante » Yolande Michelon ou de plonger votre regard dans une de ces laques au détour d’une exposition. (chronique de Pierre Raffanel dans la revue Post'Art 11 - décembre 2023) "Rivière nacrée" Céramique de Yolande Michelon ©2023 Photo Pierre Raffanel
- Une leçon de peinture avec Jean- Claude Gérodez
Vous croisant lors d’un de vos ateliers , j’ai pu assister « à chaud » à une leçon de peinture, conviviale mais néanmoins studieuse, et vous ai proposé de relater nos échanges au travers de cette interview. Pierre Raffanel : Tout d’abord, merci pour votre disponibilité et votre accueil bienveillant. Dans votre ouvrage « La leçon de peinture » (éditions Eyrolles) vous nous dites qu’il s’adresse à des « amateurs éclairés », curieux d’approcher le « beau métier » ? Qu’en est-il ? JcG : La grande affaire de mon parcours se résume en deux versants : mon travail individuel d’artiste peintre et graveur tout d’abord puis le rapport aux ateliers, l’envie de transmettre et de partager mon savoir et mon vécu…l’art comme aventure et comme « métier »… PR : quid de l’enseignement artistique ouvert au plus grand nombre ? JcG : Notre civilisation des loisirs qui se targue depuis nombre d’années de surconsommations diverses, de divertissements factices a engendré des activités culturelles multiformes démocratiques et nécessaires : « le tout est possible pour tout le monde » ! Mais pour que toutes les démarches soient défendables, elles doivent être exigeantes, humbles, et connaître les éléments fondamentaux des techniques du dessin et de la peinture : dans l’idée de monstration, c’est la moindre des politesses ! Au cours des ateliers une solidité de pensée se forge, authentique, un réel travail de recherches, d’études en lien direct avec l’histoire de l’art. PR : faut-il être artiste pour enseigner efficacement ? JcG : je crois que les grands artistes ne sont pas et n’ont pas toujours été de grands pédagogues, et inversement des artistes de moindre talent peuvent être d’excellents enseignants. L’artiste-professeur, pour être authentique dans sa démarche, doit être immergé dans « l’aventure » au quotidien : physiquement, moralement, spirituellement proche des histoires de l’art planétaire. PR : inversement, serait-il possible d’enseigner sans pratiquer la peinture ? JcG : pas à ma connaissance. Le transmetteur a souvent une « personnalité », une authenticité, une générosité; et fondamentalement place l’art au sommet de la pyramide. Tant que nous n’aurons pas saisi que dans l’éducatif, l’Art sous toutes ses formes n’est pas la périphérie mais le centre de nos préoccupations éducatives, alors on n’aura rien changé de nos systèmes sociaux, politiques et existentiels ! PR : quelles sont les premières notions que vous transmettez à vos élèves ? JcG : Pour mon enseignement, je propose des exercices divers que nous corrigeons ensemble par de nombreuses analyses partagées. L’apprentissage artistique est avant tout un dépassement de soi, une manière de laisser paraître une sensibilité fine pour la recherche de son propre langage. Solidité technique et réalisation de sa propre vision de la peinture. PR : quelle est le rôle de la matière dans l’apprentissage ? JcG : essentielle et fondamentale. La clé de la technique en peinture est de transmuter la matière picturale, le pigment en pure poétique. La peinture commence lorsque l’image s’efface. Or la problématique aujourd’hui, est que l’on fabrique des images, alors que nous pourrions probablement accomplir une diète salutaire ! L’image est un leurre puisque tout se joue dans la vibration de la matière picturale. PR : est-il indispensable que l’élève se confronte à un maximum de techniques : graphite, fusain, encre, lavis, gouache, pastel sec et à l’huile, peinture à l’huile et acrylique ? JcG : oui car tout artiste a et doit avoir une palette extrêmement étendue. Pourquoi ? Parce qu’un matériau, un pigment vont tellement faire signe et vont engager une ouverture le plus souvent, insoupçonnée… PR : quelle place donnez-vous au vide dans l’art et quels sont les notions fondamentales de l’apprentissage ? JcG : aussi importante qu’est le silence en musique. Ce vide qui provoque cette curiosité, cette lucidité de ce qu’est un espace à peindre c’est-à-dire ce travail idéal entre les pleins et les vides qui va rythmer la structure d’une toile. Ensuite se jouent les éléments clés : l’espace, le trait, les lignes, les rythmes, le mouvement, la lumière, la couleur … PR : vous semblez très attaché à donner une dimension poétique à la peinture ? JcG : oui car l’artiste a une responsabilité sociale que l’on pourrait qualifier de poético-politique, cela me paraît fondamental « d’habiter le monde en poète ». PR : le déroulé de chacune de vos séances est-il toujours identique ? JcG : oui et non. Cela dépend des ateliers, des participants. Le fondement est le même : une exigence technique. Durant une séance je fais des propositions de temps plus ou moins longs par des croquis rapides, des études d’une heure ou deux, des explorations de techniques mixtes, de modelage de la terre, de gravure…La structure de fond reste la même et peut, en fonction de ce qui se déroule dans leur travail, évoluer et se moduler. PR : l’art oscille entre représentation du réel et pensée abstraite, quelle est votre méthode pour guider l’élève dans ses choix ? JcG : pour la dite réalité, nous avons en atelier le goût absolu et constant de l’observation du monde, d’un portrait, d’une nature morte, d’un paysage « sur le motif »… Comme disait Goethe : « On ne voit bien que ce que l’on a dessiné ». Il faut apprendre à voir et non regarder. Une peinture repose sur une architecture solide, une conception alliant géométrie et érotisme. On travaille à développer notre imagination. Nous nous appuyons sur toute la littérature, ouvrages importants d’historiens d’art comme Daniel Arrasse par exemple… Pour ce qui est de l’abstraction, il n’y pas de clivage avec la figuration : chez Nicolas Poussin, figuratif, résonne néanmoins la pensée abstraite... Chez Poliakoff, non- figuratif se tient la figuration parce qu’il emploie des matériaux, une toile qui sont figuratifs ! Je préfère le terme de peinture non figurative pour désigner l’abstraction. PR : pourquoi le « nu » est-il si formateur ? JcG : parce que ça s’adresse à ce que nous sommes : le corps. Les artistes ont manipulé le corps humain jusqu’à en donner une vague apparence, creusant dans nos réalités physiques, nos esthétismes. La beauté existe dans des modèles très différents, de tous âges. PR : une connaissance de l’histoire de l’art et de ces divers courants artistiques sont-ils des passages obligés pour l’apprentissage ? JcG : indispensable. PR : peindre semble plutôt un acte solitaire . Pour autant, l’atelier est-il un espace de partage et de transmission ? JcG : oui, l’atelier est une chance inouïe de partager toutes nos différences, nos diverses conceptions. Mon rôle est d’accompagner l’élève dans toutes les directions. PR : l’apprentissage de la peinture permet-il de nous « grandir humainement » ? JcG : chaque démarche artistique nous permet d'être plus haut avec nous-mêmes et par conséquent plus juste avec les autres, plus accueillants plus authentiques. Chaque démarche artistique nous élève, plus curieux du mondes et des autres. C'est une nourriture indispensable et une fête de l'esprit. (chronique de Pierre Raffanel dans la revue Post'Art 10 - juin 2023) Séance atelier au Musée du Louvre (cour Marly - aile Richelieu) avec Jean Claude Gérodez en plein échange avec ses élèves pour une analyse partagée d’un croquis « sur le motif » © 2023 Pierre Raffanel
- LAUZERO, une musicalité lumineuse
Post et photos de Pierre Raffanel du 28 janvier 2023 Exposition « Un hymne à la Lumière » LAUZERO du 27 janvier au 6 février à l’Espace Lucie Aubrac à Montmorency Né à Fleurance dans le Gers, ce peintre est davantage attiré par les molles boucles de la Seine, les toits en bâtière des clochers tapis d’Île de France, les coteaux de Montmorency que par les sites de sa Gascogne natale… « Partant d’une palette réduite, il sait par un mûr et patient travail de la brosse faire vibrer des gris et des bleus, d’une multiple et rare distinction, dans des ciels souvent immenses, et sur un dessin nerveux, que rongent de légères épaisseurs de matière, donner du corps à tous les éléments solides, évoquant plus que représentés, avec une infinité d’ocre en des bruns chauds, quelques rouges, quelques émeraudes et de grands blancs crayeux savamment modelés. » Ces œuvres sont souvent musicales. Une vibration, une émotion envoûtante, une vision poétique se dégagent de ces toiles où l’on ressent également une volonté affirmée, une nature discrète et délicate, un dépouillement de construction qui conduit l’artiste aux limites de l’abstrait. Sa tendance à structurer les surfaces en formes géométriques, en prismes de lumière, en verticales qui s’élèvent, évoque une certaine spiritualité. Vernissage en présence de la fille du peintre Pascale Lauzero, du Maire de Montmorency Maxime Thory ,de l’adjoint à la culture Éric Sauray et en partenariat avec l’association Nature & culture en vallée de Montmorency ©Photos Pierre Raffanel © NEIGE (1963) albert LAUZERO Albert LAUZERO en quelques dates : - Arrive à Paris en 1927,dès son arrivée la" lumière" de l'Île de France l'émerveille - Fait son service militaire à Montpellier et prend conscience de sa vocation d’artiste - Retour à Paris - Tombe malade en 1933, se soignera pendant 5 ans, cessant même de peindre et dessiner · 1ère exposition particulière Galerie Carmine en 1947 · Un des fondateurs avec René Blanc et Charles Pollaci de l’école de Pontoise · Membre de la Société Artistique PTT dès juin 1957 grâce au secrétaire général Gaston Penavayre et à l’entremise de Georges Massié, directeur adjoint des Beaux-arts de la ville de Paris · Un des membres fondateurs du groupe 109 en 1982
- Rétrospective Albert LAUZERO
Post de Pierre Raffanel « Au vent d’Autan » © Albert LAUZERO 172*202cm (huile sur toile) 1974 Du 29 juin au 13 octobre 2024, sous la houlette de Michel Hue et à l’initiative de la fille du peintre, Pascale Lauzero, une rétrospective intitulée « Entre paysage et musique » a mis en lumière 70 tableaux de 1933 aux années 2000 du peintre Albert LAUZERO à l’ église abbatiale de Flaran . Michel Hue, conservateur départemental du patrimoine et des musées du Gers nous explique lors du vernissage : « Dans le cadre de ses activités autour de l’Art contemporain depuis plus de 23 ans, la Conservation départementale du Patrimoine, des musées du Gers et de l’abbaye de Flaran met en avant chaque été un(e) artiste qui incarne les tendances esthétiques de notre époque. » Pour cette exposition, certainement une des plus importantes rétrospectives de cet artiste, c’est également un retour aux sources ; Albert Lauzero (1909-2006) est en effet natif du Gers, plus exactement de Fleurance. L’ensemble architectural de Flaran est un témoin de l’histoire médiévale gersoise et un joyau de l’art cistercien. Depuis les années 80, il accueille un centre d’art qui abrite l’une des plus belles collections d’art au monde, constituée par le philanthrope anglo-saxon Michael Simonow, tombé amoureux de ce cadre remarquable. En quarante ans, il a constitué une collection de chefs-d’œuvre confiés à l’abbaye. Des peintures du XVIe au XXe siècle (Cézanne, Renoir, Matisse, Picasso, Monet, Braque, Tiepolo, Rubens, Courbet, Rodin …) qui se déploient aujourd’hui magnifiquement dans le dortoir des moines (XVIIIe) qui a fait l’objet d’une importante rénovation en 2008 et 2009. Aujourd’hui, la collection Simonow forte de plus de 300 chefs-d’œuvre, unique en son genre dans le Gers et remarquable à l’échelon national, bénéfice d’un écrin à la mesure de son intérêt historique et esthétique. Certains surnomment l’abbaye de Flaran « le Petit Louvre de la Gascogne » et elle est une étape majeure sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Des quatre itinéraires menant de France à Saint-Jacques de Compostelle, la via Podensis part du Puy. Elle traverse le massif d’Aubrac, s’arrête à Conques, Beaulieu, Moissac et passe par Flaran, autant d’étapes dans ce sud-ouest qui voyait se regrouper tous ces « marcheurs de Dieu » en quête de pénitence et d’absolution. « Les grandes orgues » © Albert LAUZERO 147*116cm (huile sur toile) 1972 LAUZERO, une musicalité lumineuse En mars 1974, dans la revue Arts PTT n° 67, Robert Vrinat écrivait : « Notre ami Lauzero et fidèle exposant du Salon des PTT a présenté cet automne un important ensemble de ses œuvres récentes dans les belles et vastes salles de la galerie Durand-Ruel. » Albert Lauzero arrive à Paris en 1927, il a dix-huit ans, dès son arrivée la" lumière" de l'Île de France l'émerveille. Il fait son service militaire à Montpellier et prend conscience de sa vocation d’artiste. Il revient à Paris, tombe malade en 1933, se soignera pendant 5 ans, cessant même de peindre et dessiner. Il reprend sa carrière artistique en 1938, à l’Académie de la Grande Chaumière, sous le professorat d’Othon Friesz, d’Yves Brayer et en tant que graveur dans l’atelier de Paul Bornet. Il est également postier : inspecteur à Montmorency dans l’Oise : à quelle période ? En 1947, sa première exposition particulière Galerie Carmine. Remarqué, il participe au Salon d’Automne, il vit désormais de sa peinture, il multiplie les expositions personnelles ou de groupe et bénéficie de commandes de l’État jusque dans les années 70. Inspiré par les paysages, les bords de Seine et les villages d’Ile-De-France, il se forge très vite un style personnel au sein de l’École de Pontoise (1950) dont il est un des fondateurs avec René Blanc et Charles Pollaci. Il expose abondamment en France et à l’étranger et voyage tout autant. En 1957, il se tourne vers des expérimentations artistiques en atelier, naviguant entre le figuratif et l’abstrait, découvre la baie de Somme et inscrit désormais le thème de la musique dans ses toiles. Il est également membre de la Société Artistique PTT dès juin 1957 grâce au secrétaire général de la Fédération, Gaston Penavayre et à l’entremise de Georges Massié, directeur adjoint des Beaux-arts de la ville de Paris. Dans les années 1970, il retrouve la lumière gasconne et se consacre à une production dense et marquante, affinant son style. En 1983, il devient un des membres fondateurs du groupe « 109 », groupe d’artistes professionnels qui expose en Biennale au Grand Palais. En 1987, Montmorency lui rend un important hommage dans le cadre de son salon et organisera une rétrospective en 2005. « Lever de soleil sur les vignes » © Albert LAUZERO 82*101cm (huile sur toile) 1972 Quand Albert Lauzero est en région parisienne, il est attiré par les molles boucles de la seine, les toits en bâtière des clochers tapis d’Île de France, les coteaux de Montmorency, les falaises du pays cauchois : « Partant d’une palette réduite, il sait par un mûr et patient travail de la brosse faire vibrer des gris et des bleus, d’une multiple et rare distinction, dans des ciels souvent immenses, et sur un dessin nerveux, que rongent de légères épaisseurs de matière, donner du corps à tous les éléments solides, évoquant plus que représentés, avec une infinité d’ocre en des bruns chauds, quelques rouges, quelques émeraudes et de grands blancs crayeux savamment modelés. » Mais il conservera tout au long de sa vie un attachement particulier à sa terre gasconne, à la lumière de son Gers natal où il effectue des séjours réguliers. Ses œuvres sont souvent musicales. Une vibration, une émotion envoûtante, une vision poétique se dégagent de ces toiles où l’on ressent également une volonté affirmée, une nature discrète et délicate. Un dépouillement de construction qui le conduit aux limites de l’abstrait. Sa tendance à structurer les surfaces en formes géométriques, en prismes de lumière, en verticales qui s’élèvent, évoque une certaine spiritualité. Présentation de la rétrospective Albert Lauzero par Michel Hue et en présence de Pascale Lauzero lors du vernissage ©2024 Photo Pierre Raffanel Cette visite de l'exposition est guidée par Pascale Lauzero, fille du peintre, qui nous plonge dans la vie intime de son père, révèle les conditions de réalisation des oeuvres majeures exposées, et explique l'évolution de sa peinture. © Studio Papy Nota bene : Fondée en 1151, l’abbaye de Flaran est une abbaye cistercienne située à Valence-sur-Baïse. C'est le monument le plus visité du Gers. >> https://www.patrimoine-musees-gers.fr/
- Poste Rodier : quand l’Art urbain s’empare du patrimoine Postal.
Post de Pierre Raffanel - décembre 2025 Attorno a tutto, il mare - HITNES - Vulcano - HITNES - Baile de los americas - HITNES © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition temporaire "Échappées" Quel voyage ! L'exposition "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" à la Poste Rodier vient de clore ses portes, et je suis encore sous l'impression de cette fable moderne exceptionnelle, d’une parenthèse artistique suspendue. Imaginée par l’artiste Alëxone Dizac pour la Fondation Desperados, cette exposition collective m’a permis de naviguer au travers de récits réels, imaginaires, intimes et collectifs grâce aux œuvres de 12 artistes d’Art urbain dans l’ancienne halle occupée par les facteurs. Les volumes industriels de ces espaces bétonnés ont offert une caisse de résonance inédite à ces expressions libres. A moment in time - Andrew SCHOULTZ © 2025 Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" La force de cette initiative réside dans sa capacité à nous inviter à tracer notre propre échappée. C'était un rappel puissant de la créativité et de la liberté qui peuvent émerger au cœur même de l'environnement urbain. Cet édifice postal a été réalisé avant la disparition du corps des architectes des PTT en 1973, par André CHATELIN, architecte en chef des PTT. On lui doit également le musée de La Poste. Pour Rodier, il imagine une structure aux grandes portées et volumes généreux, organisée sur 8 niveaux. Getting there - CMP ONE ©Photo Pierre Raffanel © 2025 Exposition "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" En ouvrant ses portes de manière temporaire, le site Rodier s'inscrit dans une démarche d'urbanisme inclusif et dynamique, devenant un théâtre d’évasion, un labyrinthe narratif guidé par Julia Montauk. Ce partenariat entre la Fondation Desperados et la Poste Immobilier préfigure la future transformation du lieu : un programme immobilier mixte répondant aux nouveaux enjeux de la Ville de Paris et du Groupe La Poste. C'est ici que le « combo art et patrimoine » joue son rôle le plus noble : donner un sens nouveau à la ville et accompagner sa mutation en douceur. Cette initiative est un rappel puissant que la créativité et la liberté peuvent émerger au cœur même des structures les plus rigides. Promenons-nous dans les bois - MADAME © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine « Echappées célèbre un art en mouvement, enraciné dans la parole, mais tendu vers l’imaginaire. Un art qui ne s’expose pas seulement : il se raconte. Ces échappées sont celles du quotidien, des cadres des théories, du réel strict, pour basculer dans un monde où les récits font œuvre, et où l’œuvre devient récit. » ICINORI - Mayumi Otero & Raphaël Urwiller © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine Le Casting de l’exposition temporaire "Échappées - récit d'une odyssée urbaine" (Les 12 Artistes) Commissariat (Alëxone Dizac) : Pour son premier commissariat, Alëxone a composé une équipe internationale et pluridisciplinaire, mêlant peinture, sculpture, photographie et installations : 100TAUR (France) : Spécialiste des créatures hybrides et de l'art fantastique. Andrew Schoultz (USA) : Connu pour ses paysages dynamiques et ses motifs répétitifs complexes. Benjamin Laading (France) : Travaille sur l'esthétique du graffiti (le "fatcap") avec une précision académique. Charles Fréger (France) : Photographe de renom explorant les costumes et les rituels populaires. CMP One (Danemark) : Figure historique du graffiti, maître du lettrage et des scènes urbaines. Duy Anh Nhan Duc (Vietnam/France) : Artiste botaniste qui crée des œuvres délicates avec la nature. Le parloir des souhaits - DUY ANH NHAN DUC © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine Hitnes (Italie) : Muraliste fasciné par le monde animal et les sciences naturelles. Icinori (Mayumi Otero & Raphaël Urwiller - France) : Duo d'illustrateurs et éditeurs au style graphique unique. Madame (France) : Célèbre pour ses collages poétiques et ses jeux de mots vintage. Miss Van (France) : Pionnière de l'art urbain féminin, connue pour ses "Poupes" sensuelles et oniriques. Steph Cop (France) : Sculpteur qui redonne vie au bois mort à travers ses personnages "Aro". Yun-Jung Song (Corée/France) : Artiste explorant l'identité et les émotions à travers des compositions oniriques. Creaturas - MISS VAN © Photo Pierre Raffanel ©2025 Exposition Échappées - récit d'une odyssée urbaine
- Fresque de Roger PENDARIèS
Fresque de Roger Pendariès - tryptique situé au Crec Toulouse ©2025 photo Pierre Raffanel ¶ Patrimoine postal ¶ Clin d’œil à la fresque de Roger Pendariès lors d’une visite impromptue du Centre de Relation et Expertise Client de Toulouse, rue Palaprat lors des Journées du Patrimoine 2025. Ravi de constater la préservation de cette fresque lors des travaux de réfection de la cantine du Crec grâce à l’action concertée de Jean François Bessoles et à la mobilisation de l’association Société Artistique Midi-Pyrénées et d’Alain Aost. Le Centre régional des services financiers de Toulouse fut créé en 1956 par l’architecte toulousain, Paul de Noyers. Dès 2015 la Banque Postale lance une refonte et une restructuration de ses centres financiers qui seront renommés Centre de Relation et d’Expertise Client. ¶ Historique de la réalisation de la fresque ¶ Trois maquettes proposées par l'artiste dans les années 70 : les abords de la Garonne au cœur de Toulouse, un paysage des Pyrénées Orientales et celle choisie par le directeur des Chèques postaux : plage de Saint Cyprien / Argelès-sur-Mer . Description de la fresque : tryptique (6.84m -2.88x3- sur 1,6m) – huile sur panneau composite bois – réalisée par le peintre postier Roger Pendariès sur une période de 3 mois. ¶ Parcours de l’artiste postier Roger Pendariès ¶ Roger Pendariès, authentique toulousain et peintre de la « couleur et du chant de la vie ». En 1943, à 14 ans, après son certificat d’études il entre dans l’administration postale comme télégraphiste. Dans les années 70, commandes par les PTT de grandes fresques : Chèques Postaux de Toulouse et les Télécoms d’Albi. En 1980 il réalise avec René Bonnefont la décoration de l’Office National des Annuaires à Bordeaux. En 1986 et 2005, invité d’honneur au Salon National de la Société Artistique au Musée de la Poste à Paris. Fêtera bientôt ses 97 ans… En savoir plus > chronique de Pierre Raffanel - revue Post’Art – mai 2022 Tryptique de Roger Pendariès - restaurant d'entreprise - Crec Toulouse La Poste - La Banque Postale ©2025 photo Pierre Raffanel
- Éternel MUCHA
Chronique de Marie BUENO - mars 2023 - Revue Post'Art n°11 Exposition "Eternel MUCHA" au Grand Palais immersif ©2023 Photo Pierre Raffanel D epuis le 22 mars 2023 le Grand Palais immersif accueille une superbe exposition pleine de poésie, de douceur et d’émotions qui retrace le parcours d’un immense artiste européen, emblématique du XXe siècle : Alphonse Mucha, également connu sous le nom d'Alfons Mucha. Artiste prodigue et engagé qui semble avoir vécu cent vies à la fois : illustrateur virtuose, affichiste, graphiste, peintre monumental, architecte d’intérieur, décorateur et professeur d’art, surtout connu pour son style artistique distinctif, qui est devenu synonyme de l'Art Nouveau. La scénographie de cette exposition, d’une grande intelligence, nous permet une immersion exceptionnelle et époustouflante dans la vie de ce peintre. Dès l’entrée dans une salle grande dimension, assis ou allongé sur de grands poufs, on assiste à une projection triptyque grandiose (non sans rappeler les projections de l’Atelier des lumières) : des explosions de couleurs et de formes, une bande musicale très prenante, on en prend plein les yeux et les oreilles ! Les œuvres de l’artiste se prêtent parfaitement à ce concept d’immersion. Une balade de salle en salle nous plonge dans la vie de cet artiste humaniste, son parcours, ses techniques, sans oublier la mise en perspective avec tous les artistes influencés par Mucha. Une exposition originale qui fourmille de détails utilisant des animations variées qui rendent l’interactivité pertinente, un hologramme avec la voix originale de Mucha, le côté ludique des petits écrans qui permettent au visiteur de créer sa propre œuvre, voire de se prendre pour Mucha. Une véritable expérience sensorielle visuelle, auditive et même olfactive - une sorte de voyage à la fois intemporel et magique ! M ucha né en pleine renaissance nationale tchèque le 24 juillet 1860 à Ivancice, en Moravie (aujourd'hui République tchèque), passionné par le dessin dès son enfance, montre un talent artistique précoce. Il a étudié à l'Académie des Beaux-Arts de Munich, en Allemagne, période où il peint des décors de théâtre avant de s'installer à Paris à 27 ans en 1887. En 1889 il poursuit ses études à l’Académie Julian et à l’Académie Colarossi. Un riche mécène l’aide le temps de sa formation mais il doit ensuite travailler comme illustrateur publicitaire pour des magazines et des journaux. Le tournant dans sa carrière : à la veille de Noël, encore peu connu, il fait un remplacement en 1894 chez l’imprimeur Lemercier et reçoit une commande urgente qui va transformer sa vie : Sarah Bernhard fait appel à lui pour l’affiche de la pièce de théâtre Gismonda . Tombant littéralement sous le charme du style original de Mucha elle signe avec lui un contrat de six ans. Elle devient sa muse et son amie proche. C’est le début du succès. Mucha devient alors l’illustrateur et dessinateur de sa génération : décors de théâtre, affiches publicitaires qui recouvrent les murs et colonnes Morris de tout Paris : Lorenzaccio, Rêverie et Automne… En 1900, tout le monde « se l’arrache », l’Art nouveau est à son apogée, Mucha devient l’artiste le plus recherché de ce style. Trois portraits d’Alphonse MUCHA - Exposition "Éternel Mucha" ©2023 Photo Pierre Raffanel L’originalité de son style surprend à plusieurs égards : Sarah Bernhardt sensuelle, quasiment en grandeur nature, femme magnifiée presque idéalisée avec des tons doux et pastels qui contrastent avec les couleurs criardes et/ou éclatantes utilisées par les autres affichistes de l’époque (Jules Chéret et Toulouse-Lautrec) . Le message, le texte informatif subtilement intégré dans les plis de la robe de Gismonda … il réitèrera la stylisation et les figures isolées dans de nombreuses autres affiches. Il transforme l’affiche descriptive en affiche séductrice qui capte tous les passants. L’affiche publicitaire devient un Art à part entière ! Bref, ces affiches pour le théâtre Bernhardt ont été très populaires dans toute l’Europe, ont contribué à la célébrité internationale de Mucha et ont popularisé le style de l'Art Nouveau. Des œuvres caractérisées par des femmes élégantes et gracieuses, souvent entourées de motifs floraux et organiques. L'utilisation de couleurs vives, de lignes courbes et harmonieuses et grand nombre de petits détails qui fourmillent pour créer des compositions harmonieuses et esthétiques. À l’occasion de l’Exposition Universelle il participe à de nombreux projets. On lui confie les décors du pavillon de la Bosnie-Herzégovine où il présente La Nature , un buste en bronze orné de malachite représentant l’idéal féminin de l’époque. En 1901, la bijouterie Fouquet (rue Royale) lui commande la réalisation des décors de sa boutique parisienne (reconstituée au sein des collections permanentes du musée Carnavalet). Il collabore avec plusieurs marques comme Lefèvre-Utile (les célèbres biscuiteries Lu), les champagnes Ruinart ou Moët & Chandon ou encore des parfums de renom. Dans cette exposition, on peut admirer une série de panneaux décoratifs intitulée "Les Quatre Saisons" représentant une saison différente et une scène féminine dans un paysage correspondant. Ces œuvres sont très appréciées pour leur beauté et leur symbolisme. En cette fin de XIX e siècle, le développement des techniques de lithographie en couleur favorise l’essor des affiches publicitaires et donc la popularité de Mucha. Pour lui, les affiches permettent d’offrir de l’art dans les rues aux personnes qui n’ont pas les moyens d’aller dans les musées. L'exposition se concentre sur son influence permanente, du mouvement pacifiste "Flower Power", des années soixante aux mangas japonais, en passant par les super-héros, les comics, les artistes de rue et même l'art du tatouage. Son style innovant et fascinant est même transposé à de nombreuses œuvres et appliqué à divers objets qui ornent les maisons des amateurs d’art dans le monde entier ! L’atelier de MUCHA - Exposition « éternel MUCHA » © Mucha Trust ©2023 Photo Pierre Raffanel En 1904 Mucha s’installe aux États-Unis et enseigne dans plusieurs universités. Dans le monde entier, il influence de nombreux artistes. Adulé au Japon (résonnance entre l’art de l’affiche de Mucha et la tradition de l’estampe ukiyo-e) , il est aussi reconnu comme le précurseur des mangas (muchamania au Japon dès 1970) . En 1910, après avoir obtenu un grand succès à Paris, Mucha revient à Prague en Tchécoslovaquie où il poursuit ses projets artistiques tout en agissant également dans le mouvement national en France. L e "style Mucha" a fasciné les amateurs du monde entier, en tant que peintre que ce soit dans ses toiles mais aussi dans ses œuvres monumentales, comme l'Épopée slave mais aussi en tant qu'illustrateur et designer lorsqu'il s'agit de l’ornement des objets de toutes sortes, ses créations de peintures, d'illustrations, de sculptures et de bijoux, ses décorations de bouteilles de champagne, flacons de parfum...Mucha a également réalisé des peintures qui reflétaient ses intérêts pour la spiritualité, la mythologie et la nature. Ces œuvres sont souvent caractérisées par des formes serpentines aux ancrages d’or ou d’argent et des symboles mystiques. Il a également créé des illustrations pour des livres, des magazines et des calendriers. Il est un artiste engagé, peintre philosophe et grand humaniste qui place l’homme au centre de ses préoccupations. Il entre en 1898 au Grand Orient de France et dans l’esprit de la franc-maçonnerie qui prône « l’amélioration de l’humanité et la conscience de la liberté », il souhaite contribuer au progrès de l’humanité à travers son art. Il rêve de réaliser un projet d’envergure retraçant la mythologie slave riche de symboles, « L’Épopée slave » un ensemble de vingt tableaux qui raconte l’histoire de ces hommes du IIIe au XXe siècle et qui développe une vision de l’histoire comme modèle pacifiste du monde. En 1901 Mucha est même nommé chevalier de La Légion d’Honneur. Entre 1904 et 1909, il fera plusieurs séjours aux États-Unis pour chercher les fonds nécessaires à l’accomplissement de ce projet, c’est finalement l’industriel Charles Richard Crane qui acceptera de le financer. En 1912, il rentre dans son pays natal et se consacre à la peinture. En 1919, l’indépendance du nouvel état de Tchécoslovaquie est confirmée par le traité de Versailles. L’artiste est persuadé que l’art peut aider les peuples à s’unir et à maintenir la paix. Malheureusement à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, en 1938, la Tchécoslovaquie perd d’importantes régions et en 1939, l’entrée à Prague des Allemands signe la fin de l’indépendance acquise seulement vingt ans plus tôt. Mucha fait partie des premières personnalités arrêtées par la Gestapo. Peu de temps après sa libération, Mucha décède d’une pneumonie à le 14 juillet 1939 (à Prague ). L'œuvre de Mucha est extrêmement influente et contribue à la redéfinition de l'art de l'époque. Son style unique a été largement imité et inspiré de nombreux artistes de l'Art Nouveau. Mucha a lui-même continué à travailler jusqu'à la fin de ses jours mais son travail a été quelque peu oublié après sa mort. Cependant et heureusement, dans les années 1960, il est lié à un regain d'intérêt et est de nouveau considéré. "Éternel Mucha" : un visiteur crée sa propre œuvre à l’aide d’un écran tactile ©2023 Photo Marie Bueno
- David DECOBERT, le pastel à l'honneur
Le pastelliste - David DECOBERT (pastel) À la rencontre de David DECOBERT, artiste pastelliste talentueux et facteur, postier à Roissy-en– Brie en banlieue parisienne. Interview de Pierre Raffanel pour la revue POST’ART # 229 - juin 2025 Pierre Raffanel : « Il était une fois… Un Roi ! s'écrieront aussitôt mes petits lecteurs. Non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois un morceau de bois. » …ainsi commence l'interview. Ces mots sont en préambule de l’histoire de Pinocchio, ce personnage de fiction du livre éponyme du journaliste et écrivain italien Carlo Collodi. Peux-tu m’expliquer la récurrence de Pinocchio dans tes oeuvres ? Est-ce un choix délibéré ? David Decobert : Pas vraiment. C’est une marionnette que m’a offerte mon père quand j’étais enfant, dans ma dixième année. Je ne jouais pas spécialement avec et « à la limite, elle me faisait presque peur ! » Puis j’ai commencé à dessiner, je cherchais un sujet et naturellement elle m’a servi de modèle une première fois...ensuite, elle est devenue une source inépuisable d’inspiration. Au fil du temps et au gré de mes envies, Pinocchio revient régulièrement. PR : Tes débuts d’artiste, très jeune apparemment ? DD : J’ai toujours dessiné. Mais tu ne me poses pas la bonne question. La bonne question c’est : « Vous, c’est quand que vous vous êtes arrêté ! ». En fait, tous les enfants dessinent, certains ne s’arrêtent jamais. Avec plus ou moins d’assiduité, j’ai toujours été attiré par l’artistique et la chose créative. PR : Et le déclic de ta passion du pastel ? DD : A la fin des années 90. J’étais facteur et sur ma tournée il y avait un pastelliste de métier, Chris. Il faisait partie de la Société des Pastellistes de France qui avait organisé cette année-là une exposition à la Grande Halle de Roissy-en-Brie. J’ai été impressionné par cette technique, j’ai acheté ma première boîte de pastels et j’ai commencé, seul, mon apprentissage. PR : Tes premiers tableaux ont-ils été réalisés avec minutie dès le début ? DD : Oui car je suis minutieux de nature, exigeant et perfectionniste. J’ai toujours fait des oeuvres très précises, je me suis juste amélioré au fur et à mesure de ma pratique. Je me suis également documenté et j’ai pas mal fréquenté les musées. PR : En parallèle de ton métier de postier ? DD : Exactement, facteur. Enfin pour quelques mois encore, car je suis en temps partiel aménagé sénior (TPAS en « sigle postal ») et mon activité de distribution va s’arrêter complètement fin août. Je serai en préretraite et je pourrai me consacrer pleinement à mon activité artistique. J’ai eu un bac de comptabilité gestion. J’ai pratiqué deux semaines ! J’ai passé en 1990 le concours de facteur à La Poste et celui de contrôleur auquel j’ai eu une note éliminatoire. Avec du recul, je m’en réjouis maintenant car je n’aurais pas aimé l’évolution de ce métier. En étant facteur, j’ai pu, jusqu’à récemment, avoir une activité épanouissante. Au fil des années, les tournées sont devenues de plus en plus longues à cause de la baisse du trafic courrier, et ces derniers mois, l’arrêt du tri le matin et le passage en méridienne ont rendu ce métier plus difficile à mon goût. PR : As-tu toujours eu ta tournée de facteur sur la commune de Roissy-en-Brie ? DD : Quasiment. J’ai été nommé à Noisy-le Grand en Seine-Saint-Denis. Au début, j’étais remplaçant sur les tournées à découvert, puis j’ai été titulaire d’une même tournée. Puis après mes 2 ans d’affectation, j’ai demandé une mutation à Roissy-en-Brie. Double goutte pour double pente - David DECOBERT (pastel) PR : As-tu « acheté » un quartier et peux-tu m’expliquer comment cela s’est déroulé ? DD : A l’époque, deux fois par an, il y avait une « vente de quartiers ». Des quartiers se libéraient suite à des départs en retraites, des mutations…et à l’ancienneté, on postulait pour l’acheter. « Acheter » était le terme consacré car il n’y avait pas de réelle monétisation, juste un peu d’excitation provoquée par le souhait d’avoir la tournée désirée. PR : Ton temps passé à peindre a-t-il évolué avec le temps ? DD : Oui dès le moment où j’ai commencé à faire des salons dédiés au pastel en plus des expositions locales, encouragé par une amie pastelliste Nathalie Murat. Mon premier salon fut celui de Giverny en 2015, qui depuis a déménagé à Berric dans le Morbihan. Par la suite, j’ai été sollicité par différents organisateurs. PR : Tu utilises des pastels secs, peux-tu m’expliquer ta manière de les usiter ? DD : J’ai une particularité : je taille mes bâtons de pastel en pointe ou du moins de façon à avoir une arête tranchante pour obtenir une netteté dans mon trait. Ensuite je récupère la poudre que j’ai taillée, je la broie, je la passe au tamis, je remets un peu d’eau, je la roule et ainsi je reconstitue des bâtonnets plus fins de pastel. PR : Tu rajoutes un peu de fixatif ? DD : Légèrement à la fin de mes réalisations pour stabiliser la poudre. PR : As-tu des formats de prédilection pour tes tableaux ? DD : Plus c’est petit, plus je suis à l’aise. Mais depuis quelque temps je fais des formats plus grands : des 70x70cm. J’utilise une loupe pour les réaliser. PR : Ton inspiration porte sur deux thèmes génériques : des natures mortes que tu nommes « les vies silencieuses » et des tableaux avec Pinocchio comme personnage récurrent ? Le périlleux temps des cerises - David DECOBERT (pastel) DD : Oui je préfère le terme anglo-saxon Still life au terme nature morte. PR : Peux-tu m’expliquer la récurrence de tes références dans tes oeuvres : le tableau dans le tableau, la coccinelle, des bouts de scotch, des bougies, une goutte d’eau, des volutes de fumée, des déchirures … ? DD : Oui ce sont des références à des vanités qui sont des allusions au temps qui passe. La bougie, les déchirures sur le papier sont des memento mori (en latin : « souviens-toi que tu vas mourir »). Ils représentent différents éléments symboliques dont l'association évoque le caractère éphémère de la vie et la fragilité des choses matérielles. Le scotch, le tableau dans le tableau sont des clins d’oeil à la peinture trompe-l’ oeil. PR : Je trouve que tes œuvres que tu qualifies de « minimalistes poétiques » ont la qualité d’être immédiatement identifiables ? DD : Ce titre a été trouvé par la journaliste Stéphanie Portal qui a eu la gentillesse de m’autoriser à le réemployer pour mon site internet. Je vais effectivement à l’essentiel : palette de couleurs assez réduite, utilisation d’objets « simples » du quotidien (verres ordinaires, tasses), peu d’éléments exposés et épure de la mise en scène. PR : Le choix des titres de tes réalisations sont-ils poétiques, emprunts de dérision, d’humour, d’ironie et veux-tu nous transmettre des messages ? DD : Ma réponse va être décevante. Je peins plutôt au gré de ma perception du moment présent, de mes envies sans rechercher vraiment un sens, un message. Ce sont les visiteurs qui me confient que mes tableaux leur racontent des histoires, se les approprient et me livrent des interprétations que je n’aurais même pas soupçonnées ou peut-être inconsciemment. Bien souvent, le point de départ de mes créations est une envie d’utiliser une couleur, une harmonie ou une association de couleurs. PR : As-tu une organisation millimétrée de travail ? DD : Au départ c’est une envie qui va guider une idée, une couleur. Puis une fois le tableau commencé, tout est sous contrôle dans la mise en place. En revanche le temps passé n’a pas d’importance, je ne compte pas les heures, à contre-courant de notre société qui veut « que tout soit fini avant de commencer », je prends le temps qu’il faut pour mes réalisations. Ce sont certainement mes Pinocchio qui sont le plus exigeant en temporalité car plus de détails dans le personnage. PR : Ton tableau « Mon Girault 58 » est-il une référence à la marque ? DD : Oui et 58 une référence à la couleur bistre que j’utilise fréquemment. C’est un tableau qui leur était destiné et qui est d’ailleurs exposé dans leur boutique galerie à Montignac-Lascaux. Leurs pastels et ceux de la marque Rembrandt conviennent à ma pratique. Pinocchiaravaggio - David DECOBERT (pastel) PR : Comment es-tu devenu membre de la Société des Pastellistes de France ? DD : Lors d’une rencontre dans un salon de pastels. PR : La notion d’amateur dans ta pratique artistique, comment la définirais-tu ? DD : C’est une question que je ne me pose pas mais j’aurais envie de te répondre : « Je suis un peintre du dimanche qui peint tous les jours ». Peindre et m’exprimer par la créativité sont des besoins vitaux. Être artiste est plus important que la notion d’amateur ou professionnel. J’ai eu quelquefois la sensation durant ma carrière d’avoir une double vie. Mon travail « alimentaire » m’a permis une liberté dans l’expression de ma pratique artistique. PR : Souhaites-tu te poser une question ? DD : Je ne suis pas trop dans les mots. Mes tableaux en disent déjà beaucoup … Mal de cadre - David DECOBERT (pastel) Interview du pastelliste David DECOBERT par Pierre Raffanel pour la revue POST’ART # 229 - juin 2025
- Laure CHEVALIER : entre code et couleur, entre logique et lumière
Cette rencontre avec Laure CHEVALIER fut en ce jour du 29 juin 2025 au pavillon du Verdurier, en plein cœur de Limoges, une véritable bouffée régénérante, un ping-pong d’échanges vivifiants. Je vous transcris nos propos sous la forme d’une prose en liberté à l’image de cette artiste qui ne cherche ni la ligne droite ni la conformité et où l’on perçoit immédiatement que rien, chez elle, n’est tiède ni convenu. Cropped logo (digital art) ©Laure CHEVALIER Science et peinture : le grand écart fertile Elle est de ces profils rares, difficilement résumables. Biologiste de formation, informaticienne de métier, peintre par nécessité intérieure, Laure Chevalier incarne une sorte de tension féconde entre rigueur rationnelle et créativité débridée. Depuis 2003, elle évolue dans l’univers structuré de la Banque Postale. Son CV est une spirale ascendante dans l’univers des technologies : ingénieure Software développement, chargée de mission – application repository manager – ScrumMaster junior, cheffe de projet monétique, jusqu’à son rôle actuel de responsable 3DS pour les paiements en ligne. Un poste exigeant, minutieux, exigeant de la précision dans chaque décision, du calme dans la tempête. Mais en parallèle, un autre monde s’agite. Un monde silencieux, intérieur, souvent tenu secret pendant des années, qu’elle révèle peu à peu. Ce monde-là est peint, esquissé, rêvé ; un subtil mélange d’art digital et de peinture à l’huile. Une vocation contenue Gamine déjà, elle dessinait. Plein de gribouillis sur les murs de sa chambre. Tellement que ses parents ont dû retapisser. Il y a chez elle ce geste qui ne demande pas d’autorisation, ce besoin de tracer, de représenter, de s’exprimer — sans autre médiation que le crayon levé. Un souvenir de dernière année d’école maternelle flotte, celui d’un professeur d’arts plastiques. Mais ensuite ? Aucun encouragement, aucun signal. Une filière scientifique choisie par raison. Elle parle aujourd’hui, sans amertume mais avec lucidité, de ces phrases entendues trop souvent : « T’en feras rien. » « Faut faire quelque chose de sérieux. » Des phrases qui sonnent encore, longtemps après. Le résultat ? Un jardin secret, un monde intérieur resté en jachère trop longtemps. Elle confie aujourd’hui quelques regrets de ne pas avoir osé, de ne pas avoir intégré une école d’art plus tôt, de ne pas s’être opposée à certaines injonctions. Mais aujourd’hui, elle peint. Et elle parle. Elle se dit « esprit Renaissance » , curieuse insatiable, toujours entre deux mondes. Le seuil (huile) ©Laure CHEVALIER 2015 : l’année du basculement À l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Limoges, elle suit des cours en parallèle de sa vie professionnelle. Romain Larbre l’aide à sortir de sa « zone de confort créative ». Sa première immersion dans un atelier public de peinture à l’huile, en 2015, est une épiphanie : « Jamais je ne me suis sentie autant à ma place, en phase. Instinctivement je savais quoi faire. » Il ne s’agissait pas d’apprendre, mais de retrouver quelque chose, une mémoire sensorielle peut-être, un geste enfoui, une connexion … Avant cela, pendant une dizaine d’années, elle crée déjà, en bénévole des visuels pour l’association EnDanse, des flyers, des affiches, des supports numériques. Le digital, elle continue à l’utiliser, pas en œuvre finale mais en traitements intermédiaires, en prémaquettes comme travail préparatoire. Elle y revient quand le temps manque, quand l’huile demande cette lenteur qu’impose son séchage. « Quand t’es pas sûr de ton idée, plutôt que d’investir dans du matériel, le numérique est bien pratique. » Le digital lui permet de maintenir le fil, de ne pas perdre le souffle créatif entre deux temps de vie, entre deux obligations professionnelles. Mais pour l’œuvre finale, c’est bien à la peinture qu’elle revient : cette matière vivante, indocile, profonde. Un univers pictural fait de seuils, de décalages, d’énergies contradictoires Des récurrences dans son discours pictural : passage, transition, changement d’état. Il y a dans ses toiles un monde en perpétuel basculement. Des seuils franchis. Cette captation de moments où l’ombre passe à la lumière et réciproquement : « Chaque moment est un lieu et chaque lieu est un moment. » Ses œuvres saturées de couleurs primaires explosent d’énergie, comme une réponse à l’austérité du quotidien. Cadrages dynamiques, souvent proches de l’instant capturé. Licornes, symboles d’espoir, de réenchantement. Boxeuses tendres serrant des peluches. Des interprétations non-manichéennes où elle « fuit comme la peste les idées tranchées », les « émotions brutes », elle préfère instiller dans ses réalisations de subtils détails, parler de l’humain dans sa normalité, dans ses nuances. Sa technique picturale la pousse vers un réalisme poussé, ses tableaux flirtent avec l’hyperréalisme. Elle admire ces artistes qu’elle appelle des « imprimantes sur pattes », mais sourit en disant que ses verres progressifs l’empêchent d’atteindre ce niveau de technique ! Elle cite Magritte, Pollock, Frida Kahlo et aussi Boulet, le dessinateur-blogueur, pour l’humour et la tendresse du quotidien. Une œuvre en mouvement, une parole qui s’affirme L’artiste oscille encore, comme une aiguille entre deux pôles : faut-il faire des œuvres esthétiques, lisibles, reconnaissables, faciles à identifier ? Ou au contraire, se laisser porter par l’instinct, au risque de la dispersion ? Elle sait ce qu’on lui conseille : faire « des œuvres de la même veine », reconnaissables. Mais elle n’en a pas envie. Dans sa série des « Invisibles », des personnages sans tête, elle cherche à transmettre l’universalité, à effacer les identités trop marquées. Le mouvement fonctionne, dit-elle, mais les vêtements trahissent encore les genres. Rien n’est simple. Elle refuse en bloc le cliché de l’artiste maudit : « Est artiste celui ou celle qui accepte de mourir de faim ? » Son credo est à l’opposé : « Chaque être humain porte en lui un minimum de créativité. » Créer n’est pas un privilège, c’est une faculté humaine. Pas besoin d’autorisation pour créer. Pas besoin d’étiquette. Pas besoin de permission pour peindre ce qui déborde. Laure Chevalier est à la fois femme de chiffres, peintre instinctive et singulière, funambule entre ombre et lumière. Interview de Laure Chevalier par Pierre Raffanel - juin 2025 « Déesses contemporaines » Tiamat - Badhbh - Lethe - Lamasthu - Yavanna - So childish 2 - So childish "Hug me we're humans" - Nehalennia la boxeuse- Zeleia ( huiles) ©Laure CHEVALIER Une série picturale de Laure Chevalier librement inspirée de mises en scène photographiques réalisées avec de proches amies. Cette série de portraits réinvente les figures mythologiques féminines à travers une relecture contemporaine, intime et engagée. Le travail de l’artiste mêle technique picturale, exploration des textures et regards croisés entre Histoire, mythe et vécu personnel. Dans cette galerie de « déesses contemporaines », chaque figure convoquée — qu’elle provienne des panthéons anciens (babylonien, grec, celte, mésopotamien) ou d’univers fictionnels (Tolkien) — devient le support d’un questionnement sur la représentation féminine, le pouvoir, la mémoire et la résistance. Ici, les femmes ne sont plus muses, objets, ou simples symboles : elles sont actrices, puissantes, parfois monstrueuses, toujours souveraines. « Les dés sont pipés depuis des millénaires », affirme l’artiste. À la croisée du féminisme, du mythe et de l’expression plastique, ses « Déesses contemporaines » proposent une relecture puissante et poétique des archétypes féminins, comme autant de contre-récits face aux silences de l’Histoire. TIAMAT , matrice originelle et chaos sacré, mère de tous les dieux, déesse babylonienne, personnification des eaux primordiales. BADHBH , déesse corneille de la guerre celte. YAVANNA , nourricière fictive et Reine de la Terre. LETHE , déesse grecque, allégorie de l’oubli et du passage. LAMASHTU , démone mésopotamienne des douleurs occultées. NEHALENNIA , divinité maritime protectrice : chacune devient figure-totem, incarnation d’un combat, d’un souvenir ou d’une émotion partagée. ZELEIA , cité oubliée de la Troade. En contrepoint, SO CHILDISH , première huile de l’artiste, s’élève comme un manifeste. Née de la stupeur et de l’indignation face à la première élection de Donald Trump, la boxeuse tend ses bras : « Hug me, we’re humans » — « Serre-moi dans tes bras, nous sommes des humains ».Une invitation à la tendresse, mais aussi à la lutte. Une fragilité armée. « Les invisibles » La dame aux couleurs - Spirits in the sky - Le banc - Breaking - L'année venait à peine de commencer - Anaérobie - Prochaine séance ( huiles) ©Laure CHEVALIER











