Le street art s’expose sur papier
- Pierre RAFFANEL

- 31 janv.
- 3 min de lecture
Post de Pierre Raffanel - janvier 2026 - Paris

Le Bastille Design Center a récemment fermé les portes de la 4ième édition de « 100% Paper IV ». Plus qu’une simple exposition collective, ce projet d’envergure orchestré par Hopare et Urban Signature s’impose désormais comme le manifeste d’une scène urbaine qui n’a plus peur de l'éphémère.
L’artiste plasticien Alexandre Monteiro, commissaire d’exposition pour l’événement est reconnu pour ses visages féminins fragmentés et ses fresques monumentales. Pour cette édition, il signe un collage inédit taille XXL qui accueille les visiteurs dès l'entrée. Urban Signature, spécialisé en évènements de street art "sur-mesure", apporte son expertise logistique et curatoriale avec à la manœuvre les frères Elliot et Warren Buisson.

Dans l'imaginaire collectif, le street art est indissociable du béton, de l'acier et des grands formats muraux. Pourtant, l'exposition 100% Paper IV a rappelé que le papier reste la cellule souche de la création urbaine. C’est sur ce support, souvent perçu comme fragile ou préparatoire, que l’idée prend vie avant de braver les éléments extérieurs. Le choix du lieu d’exposition dans ce bâtiment industriel « le Bastille Design Center » permet un contraste saisissant entre le caractère brut, historique et métallique du bâtiment et la fragilité organique du papier créant une dynamique visuelle captivante.

Environ 300 créations originales présentées, explorant toutes les facettes de ce matériau ; du petit format intime aux grandes pièces impressionnantes et aux diverses techniques : dessins à la main, encres de chine, collages complexes, sérigraphies artisanales, lithographies et techniques mixtes.
L'exposition réussit le tour de force de faire cohabiter des légendes du street art et la jeune garde montante avec un casting de quelques 120 artistes.
Des références : Maye, Jo Di Bona, Miss Van, Pez, Levalet, Madame, RNST, Sax, Jo Little.
Des habitués : Horss, Raf Urban, Matt_tieu, Caroline Karenine, Graff Matt.
Des nouveaux venus : Vinie, Ensemble Réel, Abys, Ador, Taroe.
Habituellement organisée dans le 3e arrondissement, l'exposition monte en puissance en investissant le 74 boulevard Richard-Lenoir. Ce bâtiment du XIXe siècle offre une architecture de métal et de verre répartie sur trois niveaux : le rez-de-chaussée en espace d'accueil et point névralgique ; le sous-sol avec une ambiance plus brute et underground ; et le premier étage avec son impressionnante verrière (12 mètres de hauteur), où la lumière naturelle sublime les textures du papier. Les « patrimoniaux » escaliers en bois qui craquent ajoutent une dimension sensorielle et historique à la visite.

L'événement a été conçu pour être interactif et accessible, un lieu de vie et de rencontre avec un espace shop situé à l'entrée permettant d'acquérir des œuvres en édition limitée (Maye, Ardif, Ador...), des objets dérivés (livres, textiles) à des prix plus doux que les pièces originales. Un parcours famille avec un jeu de piste est proposé aux enfants : ils doivent retrouver des drapeaux cachés dans l'expo pour compléter leur propre affiche de collage. Également une pièce au 1er étage aménagée comme une classe d’école, dédiée à des ateliers de dessin et coloriage avec comme motif de base un portrait féminin d’Hopare.

L’exposition a également soulevé une question cruciale sur le marché de l’art actuel : comment collectionner l'inaccessible ? Le street art est par essence public et périssable. Le passage au papier permet cette transition vers l'intime. « Le papier, c’est le retour à la main, au trait brut sans l’artifice de la bombe aérosol à grande échelle. C’est une mise à nu de l’artiste. » dixit la note d’intention de l’exposition.
En maintenant une entrée gratuite et en proposant des œuvres originales à des prix variés, l'événement a conservé l’ADN démocratique du mouvement urbain, évitant l'écueil de l'élitisme des galeries traditionnelles.
Le succès de cette 4ième édition confirme que le public est en quête d'expériences physiques et tangibles. Dans un monde de plus en plus numérique, le grain du papier et l’odeur de l’encre au Bastille Design Center ont offert une parenthèse organique bienvenue.
100% Paper IV n'était pas seulement une exposition de vente ; c'était la preuve vivante que le street art, loin d'être un effet de mode, continue de se structurer et de se réinventer.






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