Sylvain AUBRY in situ
- Pierre RAFFANEL

- 7 juin 2024
- 5 min de lecture
Des phares en ligne et points de mire

Post de Pierre Raffanel - revue Post'Art #227
Un petit crachin en préambule…Nous sommes à Songy, près de Vitry-le-François. Sylvain m’a prévenu : « La plaque mentionnant le numéro de mon adresse est cachée sous la verdure. » Discrètement, un peu à l’image de cet artiste... Nous sommes sur le perron, prêts à découvrir son atelier, son havre de tranquillité, son antre de créativité aménagée dans les combles de sa maison.

Aux sons crépitants d’un feu de bois, une coupette de kéfir à la main, nous entamons de conviviaux échanges ; lui m’évoquant ses passions pour le sport - course, athlétisme, planche à voile, dériveur – et moi des réminiscences de manœuvres avec l’armée au camp de Suippes et d’une fourragère lors de mon service militaire.
Sa passion pour la peinture est venue à la trentaine, à la fin des années 80 mais depuis longtemps une envie le taraudait : s’exprimer par l’écriture, la peinture, la sculpture…Le point de départ de ses créations et de son apprentissage : un pari avec un ami peintre lors d’un repas « arrosé entre potes », la veille du lancement d’un concours « Dessine ton village » du village de Saint-Amand sur Fion.

Parallèlement Sylvain Aubry a eu un parcours de fidélité aux « PTT » : au début technicien de maintenance au centre de tri – colis de Pantin, pendant 6 ans et avec un cycle de travail de deux nuits sur quatre. Puis rapidement il déménage à Épernay, ce qui lui permet de faire des allers-retours facilement. Par la suite, il deviendra technicien informatique à France Télécom : « à l’époque, il fallait être deux personnes pour transporter les disques durs des premiers PC (ordinateurs personnels) ». Ensuite, à Châlons-en-Champagne, il reviendra à La Poste pour être cadre chargé d’opérations (technique opérationnelle du courrier de la Champagne Ardennes et de la Picardie) : « j’étais responsable d’une cinquantaine de techniciens, c’était très intéressant mais très prenant : dépannages des machines-courrier la nuit, le week-end aussi ! ». Son dernier « job » fût responsable au contrôle de gestion avec Xavier Moulun qui fût également président de la Société Artistique Champagne Ardenne. Et puis une demande de temps partiel aménagé sénior, toujours en cours…qui lui permet de pleinement partager avec son épouse leur passion commune de la voile et de vivre six mois par an sur leur voilier amarré au lac du Der entre Vitry Le François et Saint Dizier.

L’artiste Sylvain Aubry est complétement et viscéralement autodidacte : « je suis un peu une mule, le jour où je me suis décidé à me lancer, j’ai peint tous les jours, je n’avais pas de pinceaux, je peignais avec des cotons tige, j’en ai fait des seaux ! » Au début c’était de l’aquarelle puis avec ses mélanges de pigments il réalisait des natures mortes à l’huile avec pour motif « des pots à lait ». Il a toujours trouvé amusant de produire des images qui racontent des histoires. Dès l’enfance, lors de ces vacances en Bretagne avec ses parents, il est fasciné par le phare de Tévennec situé à la pointe occidentale de la Bretagne, dans la partie nord du raz de Sein au large de la pointe du Van. Ce sera le point de départ de sa principale source d’inspiration. Plus tard, des photos dans un magazine de voile et une reproduction de ce même phare « blanc sous un ciel d’orages ». La beauté de cette vision va amorcer sa passion pour les phares en général, ce thème devient alors une récurrence pour l’artiste, un véritable ancrage d’expressions véritables, une manière sincère de peindre des histoires humaines. La liberté également de les représenter sur terre comme au milieu de l’océan, de la mer…Un de ses autres phares fétiches se situe sur la Pointe des Chats dans le Morbihan. L’artiste l’a souvent peint et exposé, permettant ainsi dans chacun de ses tableaux de rendre hommage à ce site unique, l’île de Groix, seule réserve naturelle géologique à intérêt minéralogique de France.

Sylvain se déplace régulièrement en Bretagne pour y puiser une inspiration tranquille et remplir des carnets d’aquarelle format A3. Des croquis sur motifs de paysages authentiques du Finistère, de Belle-Île-en-Mer. Une occasion unique de moments privilégiés et de partage avec ses trois petits-enfants.
Au début, certaines de mes réalisations de paysages m’ont été inspirées par le peintre Nicolas de Staël . Puis, par l’entremise de Jean Claude Baillet, j’ai intégré la Société Artistique Champagne Ardenne et rejoint les membres du bureau en tant que secrétaire quelques temps. L’association et ses artistes adhérents m’ont permis des échanges fort utiles pour mon apprentissage en peinture. Le peintre Daniel Bigaré fût un « sacré moteur » grâce à ses conseils avisés et j’ai souvent peint sur motif en extérieur avec l’aquarelliste André Chapsal. Sylvain aime à parler des influences bénéfiques des associations qui permettent ces rencontres ; même si le but de chacun des membres est différent : pour certains la peinture est un passe-temps et pour d’autres une réelle passion. D’ailleurs, me confie-t-il, je vais te conter l’anecdote de la « confiture de nouilles » ou comment expliquer à un artiste que l’on n’aime pas son œuvre d’art même si sa réalisation a demandé beaucoup d’heures de travail : « C’est comme de la confiture de nouilles, tu prends 10 litres d’eau et 2 kilos de pates, tu fais réduire, tu égouttes. Ce qui reste, tu le mets dans 5 litres d’eau, tu le refais bouillir. C’est assez long. Tu fais réduire jusqu’à ce qu’il ne te reste qu’une masse informe : de la confiture de nouilles. Le résultat : c’est très long à faire, c’est compliqué mais c’est dégueulasse. »

Aujourd’hui, le nouveau challenge de Sylvain Aubry, c’est la gravure : « J’ai toujours adoré cette technique, ce procédé de gravure douce qu’est la manière noire. Le premier travail consiste à grainer la plaque de cuivre uniformément de petits trous, à l’aide d’un outil appelé berceau. Ensuite ces petits points vont garder le noir de l’encre et pour faire la forme, on écrase les trous. ». Pour cet apprentissage, il va appliquer la même philosophie qu’il y a trente ans lors de ses premiers pas en peinture : par étapes progressives, en faisant des erreurs, en les corrigeant, recommençant avec passion, façonnant la matière ; tranquillement, paisiblement dans sa « caverne » d’artiste, son atelier cocon en prenant le temps… Comme l’écrivait Nicolas Boileau dans l’Art poétique :“Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. »





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