Anne-Marie ARETHENS in situ
- Pierre RAFFANEL

- 30 mai 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Post de Pierre Raffanel - Revue Post'Art #227
Le goût des formes géométriques et des couleurs lumineuses

Direction Fagnières dans l’atelier de l’artiste, autodidacte et passionnée, Anne-Marie Arethens dans cette petite ville périurbaine du département de la Marne, près de Châlons-en-Champagne ou plus exactement à la rencontre de son couple. J’ai comme une vague impression qu’elle et son mari Gérard sont inséparables, à la ville comme à l’atelier ! Nous sommes accueillis avec chaleur et grande convivialité dans leur doucereux pavillon, en terre « connue », Gérard venant, l’an dernier, de céder sa place de Président de la Société Artistique Champagne-Ardenne à François Vigneron.

Anne-Marie a dessiné et peint dès le plus jeune âge, avant même son entrée à l’école primaire. Elle habite à la campagne et se retrouve rapidement seule à la maison car, benjamine de la famille, ses deux frères ayant respectivement 15 et 8 ans d’écart d’âge, le grand étant parti de l’école en apprentissage et le deuxième en pension à Châlons. Cette précocité sera encouragée par les instituteurs et professeurs de dessin et tout son temps libre sera consacré à sa passion naissante. Elle aurait aimé faire les beaux-arts mais ses parents lui disent : « quel intérêt ? ». Elle commence alors un travail de secrétaire, une année durant dans un garage Renault. Puis, parallèlement dès 16-17 ans, elle prendra des cours de peinture par correspondance à la Famous Artists School située à Cannes La Bocca pour peaufiner sa technique : « J’envoyais mes dessins et ils me revenaient corrigés. Puis il y a eu une pause… ».

Avant 1992, sa priorité sera sa vie de famille, ses jumeaux et sa fille qu’elle cumulera avec un parcours professionnel riche d’expériences diverses et de rebondissements. Grâce à l’entremise de son époux, elle travaillera pendant 22 ans à la coopérative agricole, 42 heures hebdomadaires, d’abord près du silo Champagne Céréales puis, en 1992 l’entreprise fusionne et déménage sur Reims. Anne-Marie, prime de licenciement en poche, se fait alors recruter chez Atebat, un architecte, juste à côté de son domicile. Ce sera le déclic, un parfum de liberté, du temps libéré, elle reprendra alors le pinceau…et participera à des ateliers dans un centre social et culturel : la MJC du Verbeau. Ensuite deux ans après, même scénario, comme une histoire qui se répète : l’entreprise déménage à Reims et elle ne veut pas partir. Elle trouve un CDD de secrétaire pendant un an chez un plombier-chauffagiste ; puis en remplacement d’un congé-maternité elle travaillera pour la mairie à la foire de Châlons-en-Champagne. Ensuite elle se fera embaucher à La Poste (encodage dans un centre courrier) puis au service crédit au centre financier. Ses dernières années de salariée se dérouleront au service communication de la mairie de Châlons.

Mais revenons en 1992, l’année qui a réenclenché sa soif de peindre, son envie d’en découdre avec la matière picturale…En premier lieu, l’artiste réalisera des copies d’œuvres de grands maîtres : Renoir, Van Gogh...Elle y apprend son art. Cela lui permet d’acquérir de bonnes bases en peinture et d’essayer moultes techniques : pastel, huile, un peu d’aquarelle, peinture au couteau puis acrylique. Pas à pas, elle progresse, emmagasine de l’expérience personnelle grâce à des échanges avec des artistes d’une association fagniérote puis avec les peintres de la Société Artistique de Champagne-Ardenne. Au fil du temps, elle affine ses goûts, cherche « son style » et un jour de 2010, elle se décide : couleurs à satiété, projections de lumière et formes géométriques…
Le point de départ de ses réalisations sont souvent des photos prises lors de vacances en famille à Collioure, Gruissan, Roquefort des Corbières, en Grèce ou en Italie comme le Ponte Vecchio à Florence. Puis sur l’ordinateur et avec l’aide de son mari, ils modifient les perspectives avec un logiciel de retouches d’images afin de trouver un équilibre de proportions qui soit à sa convenance. Quelquefois, suivant la taille de la toile choisie, elle applique des coefficients multiplicateurs adaptés. Elle dessine au crayon ses formes géométriques, patiemment, mathématiquement à la manière d’un « dessin industriel » , utilisant ses grilles de calcul, de multiples…un travail minutieux, méticuleux. Les ombres sont souvent réalisées à main levée. Ses thématiques récurrentes sont des paysages architecturaux en faisceaux de couleurs lumineuses et perspectives d’inspiration cubiste.

Lors d’une exposition collective à Sarry, l’aquarelliste André Chapsal lui confie amicalement : « Ton style c’est chouette, mais à la longue tu vas te lasser ! » Mais que nenni : ce style correspond parfaitement à son caractère, elle aime tout ce qui est rectiligne, ordonné avec une palette de couleurs sans cesse renouvelée. Sa méthode : le rangement ! Pour éviter de choisir les mêmes teintes, les tubes sont rangés et, à chaque nouvelle création, elle sélectionne de nouvelles tonalités. Pour réaliser ses aplats, les couleurs utilisées sont assez opaques, presque sans nuance pour représenter le plus souvent des paysages géométriques avec ou sans verdure. Ses toiles sont souvent des clins d'œil à la Bretagne, aux dédales atypiques des pays du pourtour méditerranéen ou encore au Jard anglais et aux petites rues cachées du centre-ville de Châlons. Lors d’une exposition personnelle à l’abbaye de Vinetz, le maire de Châlons, Benoist Apparu lui dira : « Quelle belle idée de donner des couleurs méditerranéennes à notre ville de Châlons ! ». En effet, Anne-Marie Arethens, une artiste qui au travers de ces créations volontairement colorées, nous insuffle du baume chatoyant au cœur. Ses œuvres discrètement chamarrées transcendent d’une douce mais affirmée féminité notre environnement quelquefois morose et un tantinet grisâtre.
Post de Pierre Raffanel - Revue Post'Art #227






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