« TATI 100 Bobines » fresque en cinémascope de Tibaï
- Pierre RAFFANEL

- il y a 22 heures
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Dernière mise à jour : il y a 2 heures

L’œuvre monumentale « TATI 100 Bobines » semble être bien plus qu'une simple
fresque ; c'est un carrefour temporel où le 7ème art est disséqué par l’artiste Tibaï (Thierry Bailly) avec la malice d'un auteur de bande dessinée. Peinte en 1995 à l’acrylique, elle est un hommage aux Frères Lumière et une célébration du centenaire de l’histoire du cinéma avec Jacques TATI comme élément moteur du thème.

Cette toile en « cinémascope pictural » avec ses 8,65 mètres de long et 2,16 de hauteur adopte un ratio qui rappelle le format « panoramique ». Cette dimension impose au spectateur un travelling physique : on ne regarde pas la toile, on la parcourt, tout comme le regard suit le défilement d'une pellicule. L’artiste fait référence « aux cinémas de quartier, à ce cinéma qui faisait rêver à l’époque où les personnes allaient voir un spectacle : avec les court-métrages avant le film, les vendeuses de glace, l’entracte… ».
Le réalisateur Jacques Tati habillé en « François le facteur » (personnage de fiction dans son court métrage de « L’école des facteurs » et son film « Jour de fête » en 1947) est "élément moteur" de bout en bout de la fresque de Tibaï. Tati, c'est l'observation du monde moderne avec un décalage poétique et burlesque. François le facteur sur son vélocipède est le personnage central de cette fresque, naviguant dans un monde trop technologique pour lui, il sert ici de fil conducteur (au sens propre comme au figuré) pour relier les époques. L'œuvre utilise le gag visuel, une spécialité de Tati, pour lier les genres cinématographiques. On peut y voir un parallèle avec la trame narrative du film « Jour de fête ».
Chaque recoin de la toile raconte une micro-histoire. La métaphore y est omniprésente. Cette création est une hybridation, un mélange entre la culture "noble" (le musée, l'histoire de l'art) et la culture "populaire" (la BD, le cinéma, les effets spéciaux). Cette fresque est également une chronique du progrès : de la manivelle au pixel. Le parallèle établi entre les Frères Lumière et les images de synthèse (CGI computer generated imagery) montre l'évolution de la "magie" : de George Méliès et son artisanat, son théâtre filmé, ses illusions faites main à Steven Spielberg et l’avènement de l'ère du blockbuster, du numérique et de l'immersion technologique.
Chaque élément, symbole ou manifeste "s'agencent chimiquement" évoquant plusieurs genres de l’histoire du cinéma (péplum, western, comédies musicales, fictions, films « culte »…). C'est une métaphore de la pellicule (argentique) qui devient ici une fusion artistique. A gauche de la toile, ce personnage haut en couleurs est issu de l’imaginaire de l’artiste, en hommage au 7e art, forme d’expression artistique « spectaculaire » et au cinéma italien. Sur la plage, tambour battant, nimbé d’images représentants une pléiade d’actrices et d’acteurs, il nous déclame : « Oyez, oyez. Amis des arts, césars et autres oscars ! Voyez donc maître Jacques dans tous ses états…nous faire son cinéma !! » Tout de go, François le facteur déroule de la pellicule de sa sacoche postale, sortant des kilomètres de rushs dévoilant un gigantesque manège. Le personnage facteur « Jacques Tati » nous emmène, réapparaissant plusieurs fois sur la toile dans des évocations de l’aventure cinématographique « jusqu’à l’arrivée où il pense avoir compris l’histoire du cinéma ». Il rentre, à gauche de l’œuvre, en plein jour dans une salle de cinéma ; il en sort, la projection terminée et à droite de la toile, tout heureux, un bras en l’air, l’auriculaire et l’index tendus en signe de liberté (« Rock on ») et il fait nuit !

Puis, la pellicule nous révèle à la « loupe » le premier film d’Hollywood du réalisateur David Ward Griffith, film muet racontant les débuts de l’histoire de l’Amérique. S’ensuivent ensuite une myriade d’acteurs, de comédiennes et de réalisateurs qui s’y entremêlent : Simone Signoret, Yves Montand, Coluche, Arletty, Mae West, Al Jolson, John Wayne, Frank Sinatra, Marilyn Monroe, Greta Garbo, Laurel et Hardy, Buster Keaton, Robert Redford, Paul Newman, Takashi Miike, les frères Lumière observant le facteur Tati sur son vélo, tous phares éclairés… Mais également des personnages de fiction : l’oiseau du « Roi et l’oiseau » de Paul Grimault, la planète-visage du « Voyage dans la Lune » de Georges Méliès, le gorille géant King-Kong, les amoureux d’« Autant en emporte le vent », le robot futuriste du film en images de synthèse « Terminator 2 »...Des lieux mythiques : le plus grand cinéma du monde « le Gaumont-Palace » de la place Clichy avec ses 6000 places, « l’Hôtel du Nord », le manoir de Norman Bates de « Psychose » avec au pied des marches Robert Mitchum dans le film « La nuit du chasseur » de Charles Laughton, les immeubles de « Métropolis », le vélocross volant d’ «E.T.»…

Cette œuvre semble être une véritable machine à remonter le temps. Elle transforme l'histoire du cinéma en un immense terrain de jeu surréaliste où la perspective n'est pas seulement spatiale, mais aussi historique. En une phrase, l’artiste Tibaï nous résume son œuvre : « « Oscar », vous avez parlé d’oscar ? Comme c’est bizarre. Mais non César vous n’y êtes pas, je parlais d’Art tout simplement. Drôle d’atmosphère ne trouvez-vous pas !? »

Rétrospective et pérégrinations de la fresque « Tati 100 bobines » de Tibaï
1995- Réalisation de la fresque par l’artiste Tibaï (Thierry Bailly) sur toile, en un seul tenant, en 648 heures. (assisté du peintre postier Frédéric Bauché)
18 janvier 1996 - Exposition pour la première fois au bureau de Poste Paris la Boétie – Champs Elysées dans le VIIIe arrondissement parisien sous la houlette de Gabriel Hentzen et Jean-Claude Sénat respectivement directeur de la Poste Paris-Nord et directeur d’établissement principal.
Cette première monstration de la fresque de Tibaï fut parrainée par Philippe Druillet (dessinateur et scénariste) et Jean-Pierre Bénézit (galeriste et rédacteur du « dictionnaire Bénézit »)
(Pour effectuer le transport de la fresque après l’exposition, la Maison Marin a été contraint de découper la toile en deux parties ne pouvant réaliser un châssis de quasi 9 mètres de long)
1996 Exposition au siège du Groupe La Poste à Boulogne Billancourt
1997 Exposition au festival du court-métrage de Clermont-Ferrand
1997 Cinquantenaire du film « Jour de fête » de Jacques TATI
1999 Exposition au Festival de Cannes
(Pour l’occasion, une soudure est réalisée entre les 2 parties du tableau. Au décrochage de l’exposition, la fresque ayant été mal conditionnée est restaurée – réentoilée et renforcée par la Maison Marin)
2000 Exposition à Osaka lors du 1er Festival d’art contemporain franco-japonais
(mise en place d’un ourlet blanc et d’œillets sur l’ensemble du pourtour)
Exposition dans plusieurs festivals locaux
2007 Exposition à Sainte-Sévère-sur-Indre pour le centenaire de la naissance de Jacques TATI
Exposition à la Cité des Artistes - Paris XVIIIe (tous les 2 ans)



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