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Au pied du mur : fresque de l'artiste urbain Florian Dejardin

  • Photo du rédacteur: Pierre RAFFANEL
    Pierre RAFFANEL
  • il y a 11 heures
  • 4 min de lecture

In situ avec Florian Dejardin - Propos recueillis par Pierre Raffanel en octobre 2025

Post de Pierre Raffanel - mars 2026


Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR

Le Street Art est souvent perçu comme un élan de spontanéité pure, une trace laissée à la hâte sur le béton. Pourtant, la réalisation d'une fresque de grande taille est un exercice de haute précision qui mêle ingénierie des matériaux, géométrie et narration.

Pour comprendre ce processus méticuleux, nous avons suivi l’artiste urbain Florian Dejardin lors de la création de son œuvre « Le Mur Poisson ». Nous avons recueilli son témoignage. Son récit montre bien que derrière l'aspect spontané d'une fresque se cache une méthodologie rigoureuse, presque académique, adaptée aux contraintes du support urbain.


Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR

1. Préparer le dialogue avec le béton

Florian Dejardin : « Le mur est apprêté lorsqu’il est brut de béton/ ciment, afin qu’il ne "boive" pas les pigments de la peinture en spray, ainsi les couleurs restent vives et ressortent plus franchement. »

Pierre Raffanel : Avant même que la première goutte de couleur ne touche la paroi, un travail de préparation invisible est nécessaire. Le support n'est pas qu'une surface ; c'est un matériau vivant, poreux et exigeant.

Sans cette sous-couche, la peinture s'enfoncerait dans les pores du ciment, perdant son éclat et sa durabilité. L'apprêt crée une barrière protectrice qui garantit la saturation chromatique. Il faut dompter la porosité du support : le béton et le ciment sont des matériaux très "assoiffés". Sans une couche d'apprêt (souvent une sous-couche acrylique), le liant de la peinture aérosol est absorbé, ce qui rend les couleurs ternes et "poussiéreuses". En isolant le mur, l'artiste garantit une saturation maximale des pigments.


Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR

2. L'esquisse, le tracé

Florian Dejardin : « On trace les traits de construction avec une teinte plutôt neutre et assez claire, afin qu’une fois recouverts ceux-ci disparaissent en se fondant sous les couches plus soutenues. »

Pierre Raffanel : Une fois le mur "apprêté", l'artiste doit projeter son dessin à grande échelle. C'est la phase la plus critique pour la structure de l'œuvre : concevoir l'ossature de la fresque, créer cette armature graphique,  ce « squelette pictural» destiné à être recouvert par la « chair » de la couleur.

L'utilisation d'une teinte neutre et claire pour l'esquisse est stratégique. C'est ce qu'on appelle souvent la mise en place au "grisaille" ou avec des couleurs "fantômes". Cela permet de valider les proportions à grande échelle, de corriger facilement les erreurs sans créer d'épaisseurs disgracieuses et s’assurer que le trait de construction ne "transperce" pas visuellement les couleurs finales.


Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR

3. L'équilibre entre préparation et improvisation

Florian Dejardin : « Les artistes sont souvent prémunis d’esquisses plus ou moins finalisées pour la mise en place des différents éléments, une part d’improvisation est toujours possible (éléments de liaisons, fioritures, animations dynamisantes, mise en relief…) »

Pierre Raffanel : Contrairement aux idées reçues, le street-artiste ne part pas à l'aveugle. Cependant, il laisse une porte ouverte à l'énergie du moment. Florian Dejardin souligne un point crucial : l'esquisse sur papier n'est qu'une base. Le passage du format A4 au mur de plusieurs mètres change la perspective. L'improvisation permet d'adapter l'œuvre à l'environnement direct (lumière, mobilier urbain, texture du mur).


Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR

4. La narration : quand le mur raconte une histoire

Florian Dejardin : « Ici cartes postales ou photos s'envolent, des personnages s'en échappent, hommage à une région, au temps qui passe. Le peintre prend du recul, trace quelques lettres, dans l'esprit de la composition, empreintes graphiques volatiles. L'écriture, le verbe est l'homme. »

Pierre Raffanel : Dans cette étape, la fresque quitte le simple domaine décoratif pour devenir narrative. Une fresque réussie n'est pas qu'une prouesse technique ; c'est un message. Pour « Le Mur Poisson », Florian Dejardin a intégré des éléments qui lient l'œuvre à son territoire et à l'humanité. L'utilisation de cartes postales et de lettrages ajoute une dimension temporelle et humaine. L'ajout d'éléments graphiques et volatiles transforme le mur en un poème visuel, où la typographie devient un pont entre l'artiste et le spectateur, une symbolique du mouvement et de l’éphémère. L'écriture : c'est la signature de l'intellect humain sur la matière brute. Dixit Florian Dejardin : "L'écriture, le verbe est l'homme".


Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR

5. La finition : l'œil de l’artiste

Florian Dejardin : « Contours, dernières retouches et finitions, les peintres peaufinent et améliorent certains détails. »

Pierre Raffanel : La dernière étape est celle du contraste et de la définition. C'est ici que l'œuvre prend sa profondeur finale. C’est souvent avec le "contour" (souvent noir ou de couleur foncée) que l’artiste redonne du punch à l'ensemble, faisant sortir les volumes et affirmant le style final.

Le travail de Florian Dejardin sur « Le Mur Poisson » nous rappelle que l'art urbain est un artisanat exigeant. De la préparation chimique du support à la réflexion philosophique sur le "verbe", chaque coup de spray est le fruit d'une longue réflexion technique et artistique.


Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR

Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR
Fresque « Mur poisson » ©Florian DEJARDIN ©photo DR

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