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  • La culture en pied d’immeubles

    Rencontre avec Patricia Guérin, Directrice de la culture du bailleur social Toit et Joie – Poste Habitat. Interview et article de Pierre Raffanel © Patricia Guérin  - Directrice de la culture Toit et Joie - Poste habitat Pierre Raffanel : Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots votre rôle de Directrice de la culture au sein du bailleur social Toit et Joie – Poste Habitat (1) ? Patricia Guérin : Mon rôle est d’animer cette direction de la culture et de mener à bien avec mes collègues une trentaine de projets par an que nous réalisons dans nos résidences avec nos habitants. Ces projets au long cours durent de 6 mois à 2 ans et sont réalisés en co-création avec des compagnies artistiques professionnelles et nos locataires. Cette direction de la culture a pour but d’aller au-delà des missions premières du bailleur social qui est de loger les habitants, de les accompagner et de les amener dans un imaginaire, dans une découverte de cultures variées, tout en étant à l’écoute des cultures émanant de chaque habitant. PR : Quelles raisons motivent un bailleur social à mener des actions culturelles ? PG : Cette direction de la culture a trois objectifs. Le premier est le bien-vivre ensemble. Ces actions culturelles sur un temps long favorisent des moments conviviaux et permettent l’organisation d’ateliers. Ces rencontres génèrent du lien entre les résidents, atténuant par anticipation des frictions éventuelles. Ces projets culturels in situ permettent au bailleur d’avoir une présence accrue sur le « terrain », d’améliorer les échanges avec les locataires, d’être plus à l’écoute et de placer les relations humaines au premier plan. Le deuxième est l’accès à la culture par l’expérience, ou plus exactement d’aventures culturelles avec des compagnies artistiques qui vont venir régulièrement dans les résidences, permettant aux locataires de voir l’artiste dans son processus de création, d’être dans les coulisses du processus créatif. Ce qui est unique ; habituellement c’est le public qui se déplace voir des spectacles, dans nos projets ce sont les artistes qui vont vers le public. PR : Un peu à l’image du facteur postier qui vient amener le courrier à domicile… PG : Tout à fait. Ces projets rendent les artistes plus accessibles permettant une proximité à la culture,  un partage moins élitiste. Le troisième objectif est de porter un autre regard sur les quartiers populaires. Les médias relaient souvent des informations négatives. Nos projets permettent d’apporter un autre regard plus constructif sur les quartiers. « Le Lion des Genêts » rebaptisé par les jeunes «Chelsea B’Gem » (2020, placage bois sur structure acier) . Cette sculpture monumentale est devenue l’emblème du quartier des Genêts. Cette œuvre collective a été réalisée dans le cadre de la réhabilitation de la résidence Toit et Joie - Poste Habitat à Saint–Michel-sur -Orge avec La Lisière (centre de création pour l’espace public) et deux artistes plasticiens Anton et Teurk. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme 1 Immeuble 1 Œuvre et a été mis à l’honneur fin 2023 dans le hors-série Connaissance des Arts.  © Toit et Joie - Poste Habitat PR : Depuis combien de temps ces projets culturels en pied d’immeubles existent-ils et s’agit-il d’une politique culturelle à proprement parler ? PG : Sept ans. Cette direction de la culture a été créée par Michèle Attar, Directrice générale de Poste Habitat. Depuis son départ à la retraite, Sylvie Vandenberghe a pris le relais en continuant à soutenir ces projets culturels pour promouvoir le bailleur en harmonie avec toutes les Directions de Toit et Joie - Poste Habitat. PR : Le budget alloué à votre direction de la culture est-il uniquement corrélé à l’abattement de la taxe foncière sur les propriétés bâties ? PG : Il y a plusieurs sources financières. En premier lieu, les fonds propres de Poste Habitat, puis la TFPB - abattement de la taxe foncière sur les propriétés bâties - qui va financer des projets uniquement en quartiers prioritaires de la  politique de la ville. Ensuite ce sont des financements  essentiellement du secteur culturel : ministère de la Culture notamment la DRAC île-de-France et pour des projets ponctuels, d’autres financeurs comme le Centre National du Livre, la Fondation de La Poste, le fonds de dotation agnès b…Depuis peu, nous nous orientons également vers des financements dans la construction : Groupe Angevin, Groupe Legendre… PR : Vos actions culturelles sont-elles bien accueillies par les locataires ? PG : Globalement oui, dans la mesure où nous faisons cette démarche avec la complicité des locataires depuis sept ans. Pour assurer  le succès de nos projets nous avons établi un mode opératoire constitué de plusieurs étapes : réunions de concertation, lancements de projets pour expliquer notre démarche pour rendre les projets moins abstraits. Ces temps de médiation et de « moments conviviaux » sont indispensables pour obtenir une bonne participation et adhésion des résidents. Réalisation de Cécile Jaillard, La Nature et les jardins  (Résidence à Villiers-Le-Bel) © Toit et Joie - Poste Habitat, photo : Patricia Guérin Ministère de la Culture  - Le Prix 1 immeuble 1 œuvre 2023 PR : Quel est le rôle des gardiennes, gardiens d’immeubles ? PG : Primordial. Ils sont de véritables ambassadeurs de nos projets et jouent un rôle majeur dans le lien avec les locataires : affichage, aide pour du porte-à-porte, coups de main pour l'organisation des goûters, rôle d’alerteur… Quelquefois ils peuvent être à l’initiative de certains projets. PR : La direction de la culture a-t-elle de réelles interactions avec le comité de direction du bailleur social ? PG : Oui, nous avons une bonne coordination et encore plus s’il y a des opérations de démolition-reconstruction. L’exemple de la résidence de L’Haÿ-les-Roses où nous avons travaillé en étroite collaboration avec la Direction de la maîtrise d’ouvrage de Toit et Joie – Poste Habitat pour la réalisation du livre avec le photographe Patrick Zachmann est assez emblématique. Nous avons également de multiples interactions avec la Direction du patrimoine et de la politique de la ville, le service de la communication ou encore le service RH. De plus la direction de la culture siégeant au Comité de Direction avec les autres directions, cela nous permet d’avoir connaissance de tous les projets en cours. D’autre part un journal interne diffusé à l’ensemble du Groupe et à ses partenaires ainsi qu’une revue envoyée à nos locataires assurent une communication autour de nos différentes actions. PR : Combien de résidences d’artistes sont organisées annuellement ? PG : Environ une trentaine de projets et autant de compagnies artistiques. PR : Plutôt impressionnant quantitativement ? PG : Effectivement. Avant de contractualiser avec les compagnies artistiques, nous redéfinissons en amont le contexte de nos projets de manière à ce que les artistes s’approprient nos missions, qu’ils puissent réaliser du sur-mesure. Il arrive parfois qu’ils réécrivent le projet qu’ils avaient imaginé au départ. PR : Des appels à projets sont-ils systématiquement mis en place ? PG : Un par an, exceptionnellement deux en 2024. Ces appels à projets nous permettent de renouveler nos réseaux d’artistes et de nous faire connaître de manière plus large comme opérateur culturel. Réalisation de Claire Courdavault  « Le temps des Andelys » fresque monumentale à l’échelle de la ville et de son architecture accompagnée par l’ association Quartier Monde dans le quartier des Friches, à Maurepas © Toit et Joie - Poste Habitat PR : J’ai eu le privilège au mois de février d’être un des  huit membres du jury du dernier appel à projets Poste Habitat « Prendre place » pour une résidence de création partagée dans la ville de Saint-Denis. Les artistes que nous avons choisies ont fait consensus de manière quasi-unanime, est-ce le cas habituellement ? PG : Oui, plutôt. PR : Les résidences d’artistes sont-elles destinées uniquement à des artistes d’arts visuels ? PG : Non, nous abordons toutes les disciplines artistiques : photographie, cinéma, littérature, arts graphiques, BD, théâtre, arts graphiques, musique…en essayant de « tordre le cou » à cette idée reçue qu’il n’y aurait que de l’art urbain en banlieue. PR : Est-ce que ces projets culturels génèrent du lien social entre artistes et locataires ? Peut-on d’une certaine façon le quantifier ? PG : Nous l’appréhendons entre autres par les réactions des gardiens, des résidents qui nous sollicitent suite à un premier projet pour renouveler une autre action l’année suivante. C’est plutôt du ressenti ! Nous avons la volonté avec la Directrice générale Sylvie Vandenberghe de mener une étude plus approfondie avec l’Observatoire des politiques culturelles. Cette étude durera une année et s’effectuera sur un échantillon de nos projets. Elle permettra d’évaluer l’impact de nos actions sur les locataires mais également nos relations avec les acteurs culturels du territoire, les partenaires locaux (médiathèques, villes, maisons de quartier…). Par ailleurs, nous avons été honorés en 2023 du prix 1 immeuble 1 œuvre par l’ex-ministre de la Culture Rima Abdul-Malak, ce qui montre la part d’intérêt et de confiance que ce ministère porte à nos actions. PR : Les artistes étant parfois « égocentrés », sont-ils toutes et tous appétent(e)s à ce genre de propositions culturelles ? PG : Effectivement nos projets vont plutôt se réaliser avec des artistes qui ont le souhait de se confronter à un public éclectique avec un désir de « sortir de leur zone de confort ». Certaines compagnies artistiques cherchent ce type de projets comme matière première pour la création de leurs œuvres : par exemple des artistes travaillant sur l’écriture d’une pièce de théâtre peuvent avoir besoin de confronter leur texte grâce à l’interprétation de jeunes résidents (insertion de termes argotiques ou de témoignages de mémoire pour étayer un sujet…). Les artistes vont ainsi « nourrir leur art » et les résidents vont pouvoir s’initier au processus de création, prendre part à un projet en commun, performer, se sentir fiers de leur participation durant l’élaboration créative et lors de la restitution en public des projets. Pendant la période du Covid, les artistes ont été privés de leur public. Beaucoup ont eu à cœur désormais d’aller vers le public et de sortir des lieux culturels traditionnels. De plus, les professionnels de la culture ont pris conscience que dans les grandes institutions, au théâtre par exemple, c’est souvent les mêmes personnes qui se déplacent et du coup, nos actions leur permettent de s’ouvrir à de nouveaux publics. PR : Comment s’organisent les résidences d’artistes ? Ont-elles un protocole prédéfini en amont et une récurrence dans leur déroulement ? PG : Les artistes établissent le format, le calendrier de leurs interventions dans la résidence et de notre côté, nous leur signifions qu’une récurrence de leur présence est primordiale au bon déroulement de nos projets. Des étapes essentielles et identiques pour chaque action menée : présentation, lancement, développement et restitution avec des points d’orgue durant le projet. PR : L’ancrage territorial du bailleur social Poste Habitat se concentre essentiellement sur l’île-de-France, est-ce que des projets artistiques sont en cours dans les résidences en Normandie, Rhône-Alpes et Provence ? PG : Nos activités sont effectivement concentrées sur l’île-de-France et nos résidences en Normandie, Rhône-Alpes et Provence sont assez récentes, une quinzaine d’années. Depuis 2023, nous portons un nouveau projet pour chaque région et cette année, nous allons intégrer ces projets dans notre festival « Au-delà des toits ». PR : Actuellement les institutions culturelles ont-elles une réelle volonté à chercher de nouvelles manières d’attirer de nouveaux publics ? PG : Oui, c’est réellement tangible. Nous le voyons au travers de nos récentes et nouvelles collaborations : INRAP, centre Pompidou (dispositif 1 jour 1 œuvre), musée de La Poste, Scène nationale de l’Essonne, pourparlers avec le musée du Louvre, le Palais de Tokyo ou encore Chaillot… PR : Peut-on considérer que ces actions culturelles permettent d’avoir un accès à la culture moins consumériste ? PG : Oui sans conteste. J’ai pour exemple un projet d’une série dont un épisode a été réalisé dans la ville des Ulis avec La Compagnie L’œil du Baobab qui a permis à une locataire retraitée de se découvrir une vocation d’actrice ; elle a été récemment recrutée comme figurante dans une série à gros budget tournée à La Défense. PR : Votre parcours professionnel est et a été résolument lié au secteur culturel (École du Louvre, DEA d’histoire contemporaine sur les relations entre la télévision et l’art, centre d’archives « musiques électro-acoustiques » de Pierre Schaeffer, maison d’édition Images modernes fondée par Bernard Picasso, Alliance Française à Toronto, comité d’entreprise de la Ratp), si vous deviez ne retenir qu’une de vos expériences, laquelle choisiriez-vous ? PG : Peut-être une expérience qui fait le lien avec tout mon parcours culturel, ma rencontre avec François Morel. Lorsque j’étais Directrice de la culture de l’Alliance Française à Toronto, je l’ai invité pour une présentation de son parcours d’acteur et pour l’enregistrement d’un billet  France Inter à Radio-Canada. À mon retour en France, j’étais alors responsable du centre culturel de la Ratp, François m’a sollicitée pour une recherche d’orchestre qui pourrait l’accompagner pour sa dernière date de tournée de chant à l’Olympia. Je lui ai proposé l’orchestre des agents de la Ratp et ce fût un magnifique moment de partages artistiques. Ce même orchestre de la Ratp a joué avec l’orchestre du Club Musical de La Poste pour la première date du festival Au-delà des toits en 2022 dans notre résidence de Bagneux : la boucle était bouclée ! PR : Comment est né le festival des arts visuels « Au-delà des toits » ? PG : Dès la création de cette Direction de la culture. Ce festival met en valeur les projets grâce à ces restitutions et permet aux locataires de performer. PR : Quand aura lieu le prochain festival ? Sa programmation nous réserve-t-elle des surprises ? Sera-t-il parrainé ? PG : En 2023, le festival « Au-delà des toits » a duré 1 mois et proposait 16 manifestations. Cette année, le festival 2024 se déroulera sur une période plus longue : du 15 mai au 29 juin avec 22 manifestations dont 3 en régions. Deux partenariats importants ont été établis pour ajouter un concert à chaque manifestation : concerts classiques avec le festival OuVERTures et musiques actuelles avec les Musiciens du Métro de la Ratp. Pour la première fois, le festival aura un parrain : Jack Lang. Nous sommes très heureux et honorés de ce parrainage ! Festival 2024 « Au-delà des toits » © Toit et Joie - Poste Habitat Retrouvez l'interview de Jack Lang, Président de l’Institut du Monde Arabe, ancien ministre de la Culture et parrain du 7e festival Au-delà des toits. (1) Toit et Joie  - Poste Habitat a été créée en 1957 à l’initiative d’Eugène Thomas, secrétaire d’état aux PTT, pour fournir de nouvelles possibilités d’habitation aux personnels des Postes et de Télécommunications qui ne bénéficiaient pas, à l’époque des contributions patronales du logement. Aujourd’hui, au sein du groupe La Poste, la SA Hlm Toit et Joie perpétue les valeurs qui ont présidé à sa création. Les missions de Poste Habitat poursuivent un objectif inchangé, à savoir loger prioritairement les postiers. Cependant, Poste Habitat n’a de cesse de se réinventer pour approfondir sa vocation initiale. C’est ainsi que le groupe a repensé son territoire d’intervention, originellement réservé à l’Ile-de-France (Toit et Joie –Poste Habitat – 15.000 logements annuels) et désormais étendu à la région Rhône-Alpes (800 logements), à la Provence (800 logements) et à la Normandie (600 logements). Article de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art 227 (mai 2024)

  • 150 ans d’impressionnisme

    L’impressionnant hommage national à l’impressionnisme Anna Boch (1848-1936) Cueillette (1890) Huile sur toile 74 x 107 cm Collection particulière © Vincent Everarts Paris 1874, première exposition impressionniste. Monet, Renoir, Degas, Morisot, Pissarro, Sisley, Boudin, Bracquemond ou encore Cézanne ont la volonté en ce jour du 15 avril 1874 de s’affranchir des règles officielles et d’organiser leur propre exposition, sise 35 boulevard des Capucines. 150 ans déjà. Une occasion unique pour le Musée d’Orsay qui abrite la plus vaste collection au monde d’œuvres impressionnistes, de célébrer cette date anniversaire, considérée comme le point de départ d’une nouvelle vision artistique, le coup d’envoi d’un mouvement de rupture de la place de l’art dans son époque. À l’initiative de Christophe Leribault, cet hommage va être célébrer bien au-delà des cimaises parisiennes ; 178 chefs-d’œuvre du mouvement quitteront les quais de l’ancienne gare d’Orsay pour des musées aux 4 coins du territoire français. La grande exposition « Paris 1874. Inventer l’ impressionnisme » a lieu à Paris du 26 mars au 14 juillet 2024 sous le commissariat de Sylvie Patry et Anne Robbins du Musée d’Orsay et, du 8 septembre 2024 au 20 janvier 2025 à Washington sous le commissariat de Mary Morton et Kimberly Jones du National Gallery of Art. Elle propose de retracer l’avènement d’un mouvement artistique surgi dans un monde en pleine mutation, celui d’un après-guerre, faisant suite à deux conflits : la Guerre franco-allemande de 1870, puis une violente guerre civile. Dans ce contexte de crise, ces 31 jeunes artistes - parmi lesquels sept sont aujourd’hui renommés internationalement – se rassemblent sous forme de société anonyme coopérative pour exposer leur travail dans l’ancien atelier du photographe Nadar en une présentation qui n’a rien d’homogène : scènes de la vie moderne, des paysages croqués en plein-air, des tableaux plus conventionnels, de même que des sculptures, gravures et émaux. Comme le note un observateur de l’époque, « ce qu’ils semblent rechercher avant tout, c’est l’impression ». « Un soir avec les impressionnistes, Paris 1874 » Exposition 3D ©Excurio - Gédéon Experiences ©musée d'Orsay Grâce une « expédition immersive » en réalité virtuelle de 45 minutes, nous pouvons nous plonger dans les conditions de visite du XIXe siècle de cette mythique exposition : lueurs blafardes de l’éclairage au gaz, ambiance sonore avec les artistes, les commentaires des invités et les moqueries des critiques lors du vernissage : un voyage véritable dans le temps, fondé sur de minutieuses recherches réalisées durant 2 ans par Excurio, Gédéon Expériences. Au fil de cette déambulation, des échappées vous emmèneront plus loin, sur les lieux qui ont marqué les débuts du mouvement et inspiré les tableaux que vous avez sous les yeux. Vous explorerez ainsi les salles du Salon ; l’atelier du peintre Frédéric Bazille ; la très animée île de la Grenouillère au bord de la Seine, avec Monet et Renoir peignant côte à côte ; ou encore la chambre d’hôtel de Monet au Havre, où celui-ci travaille à son célèbre tableau Impression, Soleil Levant. De Paris à la Normandie, vous participez ainsi à un véritable voyage sur les sites de l’impressionnisme naissant, en une extraordinaire plongée au cœur de la création. Dans « Paris 1874 », une confrontation d’œuvres ayant figuré à l’exposition impressionniste de 1874 et de tableaux et sculptures montrés au même moment au Salon officiel permet de restituer le choc visuel des œuvres des impressionnistes, mais aussi de le nuancer, par des parallèles et recoupements inattendus entre la première exposition impressionniste et le Salon. Cette exposition du musée d’Orsay montre les contradictions et l’infinie richesse de la création contemporaine tout en soulignant la modernité radicale de l’art de ces jeunes artistes. « Bonne chance !», les encourage un critique, « il ressort toujours quelque chose des innovations. » Cette exposition est une nouvelle occasion de voir ou revoir La danseuse de Degas, le Bal masqué à l’opéra de Manet prêté par Washington, La loge de Renoir venue de Courtauld de Londres, Le boulevard des capucines de Monet conservé à Kansas City…mais également des artistes plus conservateurs avec Gérôme, Alma-Tadema, Ferdinand Humbert, Gervex, Detaille, Albert Maignan…Malgré un succès de scandale et malgré le soutien de quelques collectionneurs De Bellio, Choquet, Hoschedé, Caillebotte, et du critique Théodore Duret, l’exposition de 1874 fut un échec. L’exposition présentera des prêts exceptionnels, notamment Impression, soleil levant de Claude Monet, dont le titre inspire le terme d’« impressionniste » – une moquerie de journaliste qui finira pourtant par donner son nom à ce mouvement artistique et sceller son succès. Deux expositions parallèles Il est à noter qu’en cette année 1874, à quelques semaines d’écart, deux expositions vont avoir lieu à Paris, la Première exposition des artistes indépendants dans l’ancien atelier de Nadar et le Salon officiel au Palais de l’industrie. Près de 300000 visiteurs se pressent sur les Champs-élysées contre 3500 boulevard des Capucines ! On a laissé entendre que les peintres académiques exposaient au Salon officiel tandis que la future avant-garde impressionniste participait, seule, chez Nadar. Or, il n’en est rien. Douze artistes expositions simultanément leurs œuvres dans les deux lieux, certainement pour avoir une meilleure chance de trouver un public d’acheteurs. Berthe Morisot (1841 -1895) Vue du petit port de Lorient 1869 -Huile sur toile 43,5 x 73 cm Washington, The National Gallery of Art, Ailsa Mellon Bruce Collection, 1970.17.48 ©Image Courtesy of the National Gallery of Art, Washington 178 œuvres prêtées, 34 institutions participantes, 13 régions représentées. La lumière des impressionnistes a su capter tout à la fois la métamorphose des jours et les mutations du siècle. Une lumière qui portait si loin qu’elle augurait de toutes les modernités à venir, de l’expressionnisme à l’abstraction. 150 ans après, il convenait que l’écho de cet événement inaugural résonne sur tout le territoire. Le prêt de nombreuses œuvres sur tout l’hexagone se justifie par le fait que l’impressionnisme n’est pas né uniquement à Paris. Les artistes ont travaillé à la campagne, au bord de la mer, en Normandie, dans le sud de la France…La plupart des œuvres prêtées iront en Normandie (Caen, Giverny, Rouen) pour le festival Normandie Impressionnisme, mais c’est le Musée Ingres-Bourdelle à Montauban qui a ouvert le bal de ce tour de France, avec une exposition qui a débuté le 19 janvier avec deux œuvres de Gustave Caillebotte : le Parterre de Marguerites prêté par le musée des impressionnismes Giverny et Les Soleils, jardin du Petit Gennevilliers, peinte en 1885 et faisant partie des collections du musée d’Orsay. Et si nous continuons ce tour de France de cet anniversaire des 150 ans de l’impressionnisme... Amiens Ne possédant aucune œuvre impressionniste, le Musée de Picardie a sollicité le prêt du tableau Sur la plage d’Edouard Manet, peint en 1873 à Berck-sur-Mer. C’est en effet par l’angle territorial que le musée souhaite aborder la peinture impressionniste, en montrant une plage bien connue des Amiénois. La présentation du tableau sera l’occasion de montrer au public les aspects qui caractérisent l’art de Manet : liberté dans l’imitation du motif, fluidité de la touche, exécution en plein air, abandon des règles de la perspective, intimité du sujet. Bordeaux Le regard fatal de Berthe Morisot dans Le Balcon de Manet (1832-1883) et La Cabane des douaniers de Claude Monet (1840-1926) surplombera les quais bordelais de la Garonne au MusBA. La présentation de ces deux invités de marque est l’occasion de mettre en lumière les collections du musée, qui vont du pré-impressionnisme au post-impressionnisme avec Jean-Baptiste Corot et l’École de Barbizon, Eugène Boudin et son Port de Bordeaux, Auguste Renoir, Mary Cassatt et les Bordelais Louis-Auguste Auguin et Alfred Smith. Une riche programmation culturelle accompagnera l’événement… Douai Les drapeaux de La Rue Montorgueil flotteront à Douai. Le prêt de ce chef-d’œuvre de Claude Monet, qui constitue une des sources visuelles de l’art de Henri Duhem, est un évènement qui permet d’évoquer l’arrivée de la modernité dans le Nord et la personnalité attachante de cet artiste, collectionneur et mécène. Avocat de formation, puis élève de Henri Harpignies et d’Émile Breton, Henri Duhem peint toute sa vie des paysages des Flandres, du Maroc, du Boulonnais, de Paris, de Suisse ou de la Côte d’Azur – où il finit ses jours – à l’huile, comme à l’aquarelle. À la tête d’une confortable fortune familiale, il constitue une importante collection autour de Monet, Pissarro, Renoir, Corot, Carrière, Rodin, Meunier ou Claus. Il publie plusieurs articles et essais sur ces artistes, avec lesquels il correspond. Il soutient par de nombreux achats et des commandes le début de carrière de ses amis Henri Le Sidaner et Henri Martin et fut en quelque sorte le « Caillebotte » des post-impressionnistes. Actif pendant 40 ans au musée de Douai, il y fait entrer des œuvres de presque tous ces artistes. Il eut enfin une activité inédite de marchand d’art. Lille Le Palais des Beaux-Arts de Lille possède deux toiles de Claude Monet représentant le village de Vétheuil, issues toutes deux de la donation Masson datant des années 1970 : La Débâcle, peinte dans les premières semaines de 1880 et Vétheuil, le matin, réalisée vingt ans plus tard. Vétheuil occupe une place singulière dans la vie et l’œuvre de l’artiste. En rapprochant les œuvres du Palais des Beaux-Arts de Lille de quatre prêts prestigieux du musée d’Orsay sur le même sujet, tous signés Claude Monet (Les Glaçons, 1880 ; Église de Vétheuil, 1879 ; La Seine à Vétheuil, effet de soleil après la pluie, 1879 ; Vétheuil, soleil couchant, vers 1900), cette exposition permettra d’évoquer à la fois le rythme des saisons et deux périodes stylistiques de l’artiste. Limoges Cité natale du peintre Pierre-Auguste Renoir, la Ville de Limoges s’associe à l’événement avec le musée d’Orsay par le prêt exceptionnel d’une toile du peintre, Portrait de Fernand Halphen enfant, 1880. Le tableau vient rejoindre les cinq toiles de Renoir déjà exposées au Musée des Beaux-Arts. Pour l’occasion, une nouvelle salle est aménagée dans le parcours permanent, entièrement consacrée aux collections impressionnistes du musée (Armand Guillaumin, Joaquin Sorolla), dont les œuvres de Renoir forment le point central, organisées autour du portrait prêté par le musée d’Orsay. Aux côtés du Portrait de Jean (1899) du même peintre ou des Enfants de Gabriel Thomas (1894) de Berthe Morisot, le prêt d’Orsay vient conforter la spécificité d’un fonds tourné vers la représentation de l’enfance. Enfin, la toile est choisie pour être l’« œuvre doudou » du musée, ambassadrice auprès des crèches. Montpellier À Montpellier, le musée Fabre accueillera deux chefs-d’œuvre d’Édouard Manet : Le Fifre (1866) et le Portrait d’Émile Zola (1868). Les collections du musée Fabre pour cette période ont pour cœur les œuvres de Frédéric Bazille, artiste montpelliérain mort trop jeune, en 1870, pour figurer à l’exposition de 1874. Celui-ci fut néanmoins partie prenante des débuts de l’impressionnisme, entretenant une relation tant amicale que d’émulation artistique avec Alfred Sisley, Auguste Renoir, et Claude Monet. Les prêts exceptionnels du musée d’Orsay seront l’occasion d’évoquer les prémices de l’impressionnisme, et notamment la filiation de Gustave Courbet à Frédéric Bazille, deux artistes majeures des collections montpelliéraines, en mettant l’accent sur la figure centrale d’Edouard Manet. Ces deux toiles prendront place dans une salle dédiée du parcours permanent qui mettra en valeur les liens des trois artistes, ainsi que les figures critiques, littéraires et politiques, qui les ont accompagnés et ont défendu la Nouvelle Peinture. Le portait d’Émile Zola par Manet sera ainsi mis en dialogue avec le Portrait de Charles Baudelaire par Courbet ainsi que celui d’Antonin Proust par Manet, homme politique et fervent défenseur des arts, organisateur d’une des premières expositions officielles de Courbet à l’école des beaux-arts de Paris en 1882. Nantes Le trésor national Partie de bateau de Gustave Caillebotte sera présenté dans la salle « Plein air, pleine  mer » du musée d’arts de Nantes. Cette salle propose un accrochage resserré sur la peinture de paysages « aquatiques » autour de l’impressionnisme, d’Eugène Boudin à Paul Signac. Les œuvres de Claude Monet, Les Nymphéas à Giverny (1917) et Gondole à Venise (1907) et celles de Johan Barthold Jongkind, Maxime Maufra, Alfred Sisley mettent en avant la manière dont la lumière se reflète sur l’eau, se diffracte dans l’air ou fait vibrer, l’espace d’un instant, l’écume blanche des vagues de Bretagne, de la côte normande ou de la Méditerranée. Pont-Aven Le Musée de Pont-Aven, en partenariat avec le Mu.ZEE d’Ostende (Belgique) rend hommage à Anna Boch (Saint-Vaast, Belgique, 1848- Ixelles, Belgique, 1936), 175 ans après sa naissance. L’exposition dresse le portrait multiple d’une artiste, mélomane, collectionneuse, mécène, voyageuse et passionnée d’architecture à la personnalité dynamique et avide de découvertes. Seule femme à avoir adhéré aux cercles artistiques Les XX (fondé en 1884, 10 ans après la première exposition impressionniste) et La Libre Esthétique, animés par son cousin Octave Maus, elle s’y est positionnée – fait rare pour l’époque – d’égale à égale avec ses confrères. Ensemble, ils se lancent dans l’aventure du néo-impressionnisme, alors incarné par Théo van Rysselberghe, Paul Signac et Georges Seurat. Dans le cadre des « 150 ans de l’impressionnisme avec le musée d’Orsay (1874-2024) », le Musée de Pont-Aven bénéficie du prêt exceptionnel d’un tableau de Van Gogh : Le Portrait d’Eugène Boch, frère d’Anna. Van Gogh fait la connaissance du peintre belge Eugène Boch (1855-1941) vers la mi-juin 1888, alors que ce dernier séjourne pour quelques semaines dans une commune toute proche d’Arles. Le 11 août, une idée a germé dans son esprit, celle de réaliser le portrait d’un ami artiste sur un fond bleu étoilé. Deux semaines plus tard, Boch pose pour Van Gogh. Bien qu’il ne la considère que comme une «esquisse», Van Gogh encadre cette œuvre qu’il nomme Le Poète. Roubaix La Piscine de Roubaix a émis l’idée de demander à sa  « Joconde », La Petite Châtelaine de Camille Claudel, de convier quelques enfants impressionnistes des collections nationales. Trois tableaux, de Degas, Renoir et Pissarro, et deux sculptures de Degas seront les invités de marque du marbre élaboré par Claudel dans l’esprit de l’impressionnisme, au début des années 1890. La confrontation de La Petite Châtelaine avec l’étrange Garçon au chat de Renoir et l’ambiguë, iconique Petite danseuse de 14 ans de Degas fera résonner trois visions modernes et iconoclastes de l’enfance. Normandie : Bayeux, Caen, Giverny, Honfleur, Le Havre, Rouen, Saint-Lô et Yvetot. À Bayeux, le musée d’Art et d’Histoire Baron Gérard a pu bénéficier du prêt exceptionnel du musée d’Orsay de Port-en-Bessin, avant-port, marée haute, seule œuvre de la série conservée dans une institution publique française, offre au territoire local un accès privilégié à l’histoire de l’impressionnisme et de son évolution par la présentation inédite d’un paysage réalisé in situ. En Normandie, le Bessin et son littoral ont été une source d’inspiration pour les maîtres du néo-impressionnisme. Au cours de l’été 1888, Georges Seurat a fait de Port-en-Bessin son sujet d’étude, donnant lieu à la réalisation de huit toiles. Caen Le musée des Beaux-Arts de Caen présente une exposition consacrée aux représentations de la ville marchande de 1860 à 1914, organisée dans le cadre conjoint des « 150 ans de l’impressionnisme avec le musée d’Orsay » et du festival Normandie Impressionniste 2024. Constitué d’une vingtaine d’œuvres, le prêt exceptionnel consenti par le musée d’Orsay permet d’éclairer ces décennies marquées par un essor économique sans précédent. Les lieux de commerce se multiplient. Formes anciennes et nouvelles coexistent : l’apparition des grands magasins n’entraîne pas la disparition des boutiques traditionnelles et des échoppes, à l’exemple des étals de bouquinistes représentés par James Wilson Morrice. Les artistes s’attardent sur le mouvement des rues. Sensibles à la présence des commerçants ambulants, aux gestes des modistes, aux attitudes des garçons de café, ils relèvent encore les lettres des enseignes, des publicités et des affiches qui font de la ville un petit théâtre de la marchandise. La programmation culturelle pensée autour de l’exposition met l’accent sur les résonances contemporaines de son propos. Giverny Le projet du musée des impressionnismes Giverny souhaite donner une vision un peu décalée du thème « l’impressionnisme et la mer »  en abordant la période de 1870 à 1900. L’exposition se déclinera ainsi en thématiques structurantes : les ports, mais aussi la Normandie et la Bretagne, le traitement de lumière et de la nuit, les tempêtes et les naufrages, la vie en villégiature, le goût du voyage illustreront le parcours et montreront aussi l’originalité des points de vue, le cadrage photographique ou le mode de vie des estivants à l’époque. L’ensemble des 16 prêts exceptionnels consentis par le musée d’Orsay rassembleront des peintures de Johan Barthold Jongkind, Eugène Boudin, Félix Cals, Claude Monet, Édouard Manet, Auguste Renoir, mais, aussi Philip Steer ou Charles Laval. Des œuvres méconnues dialogueront avec des peintures célèbres, créant ainsi un dialogue fécond entre peintures, dessins, estampes, mais aussi photographies et documents d’époque. Le goût des impressionnistes pour les scènes de plage, les vues maritimes ou les portraits des estivants est bien connu et toujours populaire auprès du grand public. Le mouvement impressionniste n’est pas homogène et le traitement du sujet de la marine et du bord de mer diffère selon les tempéraments, mais aussi les préoccupations propres à chaque artiste. Quoi de commun entre Monet et Renoir sur la mer ? De même Pissarro ne voit pas le Havre comme Monet. Le périmètre géographique est assez restreint : les séjours des artistes se concentrent entre la Normandie et la Bretagne. Honfleur L’exposition En compagnie d’Eugène Boudin (1824 -1898) célébre le bicentenaire de la naissance du peintre à Honfleur et le 150e anniversaire de la première exposition impressionniste. Entre Côte de Grâce et Côte Fleurie, à l’aube de l’impressionnisme proposée par le musée Eugène Boudin est centrée sur la figure du peintre et ses amitiés artistiques. Située avant l’éclosion du mouvement impressionniste, l’exposition met en relief la place du littoral normand où Isabey, Courbet, Jongkind ou encore Monet se rendent afin d’explorer, par la palette et le motif, les ciels et paysages situés autour de Honfleur dans les années 1860 et le début des années 1870. Outre le rôle de la Ferme Saint-Siméon comme lieu de rencontre et d’émulation artistique, ou l’année 1865, année phare de fréquentation par des artistes de renom du littoral normand, une attention particulière est portée sur la relation unissant Monet à ses deux mentors. Eugène Boudin, qui l’initie à la pratique en plein air, et Jongkind qui l’aide à parachever son traitement du paysage. Le prêt exceptionnel par le musée d’Orsay de la toile de Monet, La Charrette. Route sous la neige à Honfleur de 1867 ainsi qu’une sélection de toiles d’Eugène Boudin et de Jongkind permettent cette mise en regard singulière. Le Havre L’exposition du MuMa du Havre permettra de confronter des chefs-d’œuvre de la peinture, notamment impressionniste, et de la photographie et de présenter aussi des œuvres rares ou méconnues. Les toiles prêtées par le musée d’Orsay, Cathédrale de Rouen, Train dans la campagne, de Claude Monet, Port de Rouen, Saint-Sever de Camille Pissarro, ou encore la photographie d’ Edmond Bacot Partie supérieure de la façade de la Cathédrale de Rouen, viennent à l’appui des thématiques de l’exposition : le renouvellement de la représentation du paysage et de la modernité que peintres et photographes ont, à leur manière, contribué à forger. Rouen Le musée des Beaux-Arts de Rouen choisit d’élargir la focale et de faire un pas de côté en abordant la figure de Whistler et la fascination profonde et durable que celui-ci exerce entre 1874 et 1914 en France et, plus globalement, en Europe et aux États-Unis. Rassemblant plus de 180 œuvres, cette exposition donne à voir, pour la première fois, l’influence capitale de l’esthétique, de la sensibilité de Whistler sur ses contemporains. À travers le prêt de 24 œuvres (14 peintures et 10 photographies), le soutien du musée d’Orsay à ce projet est exceptionnel. Pièce majeure des collections nationales, l’œuvre la plus illustre de Whistler Arrangement en gris et noir n°1, ou la mère de l'artiste (1871) renouvelle les codes traditionnels du portrait. Le jeu de lignes verticales de la composition renforce l’aspect hiératique de la pose. En rupture avec l’idée qu’une œuvre se doit de raconter une histoire, Whistler affuble ses peintures de sous-titres musicaux, privilégiant l’harmonie colorée à consonance musicale, plutôt que le sujet de la toile. L’impact de cette peinture est immense. Nombreux sont les artistes – qu’ils soient peintres, photographes, écrivains, poètes ou compositeurs, et plus récemment cinéastes – influencés par la singularité de sa peinture, tout autant que par la personnalité hors du commun du dandy américain. Les œuvres des photographes Alfred Stieglitz et Paul Haviland, ainsi que des peintres Charles Cottet, John White Alexander et Fernand Khnopff prêtées par le musée d’Orsay illustrent parfaitement les multiples postérités de Whistler. Whistler James Abbott Mac Neil (1804-1881) Arrangement en gris et noir n° 1, ou la mère de l'artiste (1871) Paris, musée d'Orsay © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Jean Schormans Saint-Lô Le prêt de la peinture de Degas représentant les graveurs Desboutin et Lepic s’inscrit dans le projet d’exposition intitulée Degas, Manet, Pissarro, impression(s) de gravures qui se déroule au musée d’art et d’histoire de Saint-Lô du 15 juin au 15 septembre 2024. Le musée met en lumière une technique pratiquée par les artistes impressionnistes mais longtemps restée confidentielle : la gravure. Celle-ci témoigne des recherches sur la lumière, de l’intérêt que les artistes portent aux nouvelles techniques graphiques. Elle permet une histoire révisée de l’impressionnisme qui ne se cantonne pas seulement aux peintres présents aux huit expositions. L’œuvre du musée d’Orsay est intéressante à plus d’un titre car elle permet d’aborder le caractère expérimental de cette technique. C’est en effet sous la direction de Lepic que Degas s’initie au monotype. Lepic est aussi à l’origine d’un procédé, l’eau forte mobile, lui permettant de retranscrire les variations atmosphériques. De plus, cette œuvre témoigne des liens étroits entre les artistes. Ils se représentaient mutuellement dans leurs œuvres et se réunissaient aussi pour encrer ensemble et imprimer des planches chez l’éditeur Cadart. Yvetot Le Musée des Ivoires, situé à Yvetot, accueille un prêt exceptionnel du musée d’Orsay : Les Villottes de Charles Angrand. Le musée municipal présentera cette œuvre en lien avec l’exposition de Marc Desgrandchamps qui se déroulera simultanément à la galerie Duchamp, centre d’art contemporain d’intérêt national. Les 150 ans de l’impressionnisme sont l’occasion pour la Ville d’Yvetot, son musée municipal et son centre d’art contemporain d’intérêt national, de considérer le Pays de Caux – ses paysages, ses spécificités, sa lumière – comme un motif à part entière.  Un territoire que les peintres, et notamment les impressionnistes et les artistes proches du mouvement, ont su saisir. Car il est bien question de saisissement : à l’image de ce tableau de Charles Angrand, Les Villottes. Artiste rouennais, qui a arpenté ce territoire et dont les préoccupations picturales, vers 1887 au moment de la réalisation de cette huile sur carton, ne sont pas – encore – éloignées des recherches de ses amis Impressionnistes, et en premier lieu de celles de Claude Monet. Manière ainsi de créer un aller-retour entre deux peintres, entre deux regards qui interrogent à 150 ans de distance, ces mêmes paysages. Extrait de la revue Post'Art n°227 (mai 2024) Chronique de Pierre Raffanel

  • Une leçon de peinture avec Jean- Claude Gérodez

    Vous croisant lors d’un de vos ateliers , j’ai pu assister « à chaud » à une leçon de peinture, conviviale mais néanmoins studieuse, et vous ai proposé de relater nos échanges au travers de cette interview. Pierre Raffanel : Tout d’abord, merci pour votre disponibilité et votre accueil bienveillant. Dans votre ouvrage « La leçon de peinture » vous nous dites qu’il s’adresse à des « amateurs éclairés », curieux d’approcher le « beau métier » ? Qu’en est-il ? JcG : La grande affaire de mon parcours se résume en deux versants : mon travail individuel d’artiste peintre et graveur tout d’abord puis le rapport aux ateliers, l’envie de transmettre et de partager mon savoir et mon vécu…l’art comme aventure et comme « métier »… PR : quid de l’enseignement artistique ouvert au plus grand nombre ? JcG : Notre civilisation des loisirs qui se targue depuis nombre d’années de surconsommations diverses, de divertissements factices a engendré des activités culturelles multiformes démocratiques et nécessaires : « le tout est possible pour tout le monde » ! Mais pour que toutes les démarches soient défendables, elles doivent être exigeantes, humbles, et connaître les éléments fondamentaux des techniques du dessin et de la peinture : dans l’idée de monstration, c’est la moindre des politesses ! Au cours des ateliers une solidité de pensée se forge, authentique, un réel travail de recherches, d’études en lien direct avec l’histoire de l’art. PR : faut-il être artiste pour enseigner efficacement ? JcG : je crois que les grands artistes ne sont pas et n’ont pas toujours été de grands pédagogues, et inversement des artistes de moindre talent peuvent être d’excellents enseignants. L’artiste-professeur, pour être authentique dans sa démarche, doit être immergé dans « l’aventure » au quotidien : physiquement, moralement, spirituellement proche des histoires de l’art planétaire. PR : inversement, serait-il possible d’enseigner sans pratiquer la peinture ? JcG : pas à ma connaissance. Le transmetteur a souvent une « personnalité », une authenticité, une générosité; et fondamentalement place l’art au sommet de la pyramide. Tant que nous n’aurons pas saisi que dans l’éducatif, l’Art sous toutes ses formes n’est pas la périphérie mais le centre de nos préoccupations éducatives, alors on n’aura rien changé de nos systèmes sociaux, politiques et existentiels ! PR : quelles sont les premières notions que vous transmettez à vos élèves ? JcG : Pour mon enseignement, je propose des exercices divers que nous corrigeons ensemble par de nombreuses analyses partagées. L’apprentissage artistique est avant tout un dépassement de soi, une manière de laisser paraître une sensibilité fine pour la recherche de son propre langage. Solidité technique et réalisation de sa propre vision de la peinture. PR : quelle est le rôle de la matière dans l’apprentissage ? JcG : essentielle et fondamentale. La clé de la technique en peinture est de transmuter la matière picturale, le pigment en pure poétique. La peinture commence lorsque l’image s’efface. Or la problématique aujourd’hui, est que l’on fabrique des images, alors que nous pourrions probablement accomplir une diète salutaire ! L’image est un leurre puisque tout se joue dans la vibration de la matière picturale. PR : est-il indispensable que l’élève se confronte à un maximum de techniques : graphite, fusain, encre, lavis, gouache, pastel sec et à l’huile, peinture à l’huile et acrylique ? JcG : oui car tout artiste a et doit avoir une palette extrêmement étendue. Pourquoi ? Parce qu’un matériau, un pigment vont tellement faire signe et vont engager une ouverture le plus souvent, insoupçonnée… PR : quelle place donnez-vous au vide dans l’art et quels sont les notions fondamentales de l’apprentissage ? JcG : aussi importante qu’est le silence en musique. Ce vide qui provoque cette curiosité, cette lucidité de ce qu’est un espace à peindre c’est-à-dire ce travail idéal entre les pleins et les vides qui va rythmer la structure d’une toile. Ensuite se jouent les éléments clés : l’espace, le trait, les lignes, les rythmes, le mouvement, la lumière, la couleur … PR : vous semblez très attaché à donner une dimension poétique à la peinture ? JcG : oui car l’artiste a une responsabilité sociale que l’on pourrait qualifier de poético-politique, cela me paraît fondamental « d’habiter le monde en poète ». PR : le déroulé de chacune de vos séances est-il toujours identique ? JcG : oui et non. Cela dépend des ateliers, des participants. Le fondement est le même : une exigence technique. Durant une séance je fais des propositions de temps plus ou moins longs par des croquis rapides, des études d’une heure ou deux, des explorations de techniques mixtes, de modelage de la terre, de gravure…La structure de fond reste la même et peut, en fonction de ce qui se déroule dans leur travail, évoluer et se moduler. PR : l’art oscille entre représentation du réel et pensée abstraite, quelle est votre méthode pour guider l’élève dans ses choix ? JcG : pour la dite réalité, nous avons en atelier le goût absolu et constant de l’observation du monde, d’un portrait, d’une nature morte, d’un paysage « sur le motif »… Comme disait Goethe : « On ne voit bien que ce que l’on a dessiné ». Il faut apprendre à voir et non regarder. Une peinture repose sur une architecture solide, une conception alliant géométrie et érotisme. On travaille à développer notre imagination. Nous nous appuyons sur toute la littérature, ouvrages importants d’historiens d’art comme Daniel Arrasse par exemple… Pour ce qui est de l’abstraction, il n’y pas de clivage avec la figuration : chez Nicolas Poussin, figuratif, résonne néanmoins la pensée abstraite... Chez Poliakoff, non- figuratif se tient la figuration parce qu’il emploie des matériaux, une toile qui sont figuratifs ! Je préfère le terme de peinture non figurative pour désigner l’abstraction. PR : pourquoi le « nu » est-il si formateur ? JcG : parce que ça s’adresse à ce que nous sommes : le corps. Les artistes ont manipulé le corps humain jusqu’à en donner une vague apparence, creusant dans nos réalités physiques, nos esthétismes. La beauté existe dans des modèles très différents, de tous âges. PR : une connaissance de l’histoire de l’art et de ces divers courants artistiques sont-ils des passages obligés pour l’apprentissage ? JcG : indispensable. PR : peindre semble plutôt un acte solitaire. Pour autant, l’atelier est-il un espace de partage et de transmission ? JcG : oui, l’atelier est une chance inouïe de partager toutes nos différences, nos diverses conceptions. Mon rôle est d’accompagner l’élève dans toutes les directions. PR : l’apprentissage de la peinture permet-il de nous « grandir humainement » ? JcG : chaque démarche artistique nous permet d'être plus haut avec nous-mêmes et par conséquent plus juste avec les autres, plus accueillants plus authentiques. Chaque démarche artistique nous élève, plus curieux du mondes et des autres. C'est une nourriture indispensable et une fête de l'esprit. (chronique de Pierre Raffanel dans la revue Post'Art 10 - juin 2023) Séance atelier au Musée du Louvre (cour Marly - aile Richelieu) avec Jean Claude Gérodez en plein échange avec ses élèves pour une analyse partagée d’un croquis « sur le motif » © 2023 Pierre Raffanel

  • La céramiste Yolande MICHELON in situ

    L' artiste Yolande Michelon en interview avec Pierre Raffanel ©2023 Photo Marie Bueno À peine arrivés dans cette charmante campagne icaunaise, nous sommes plongés illico dans les effluves de vernis et de térébenthine de l’atelier de Yolande et par l’enthousiasme contagieux de cette artiste. Il y a presque 25 ans, Yolande est tombée « en amour » de la laque. Découverte au détour d’une promenade à Prémery dans la Nièvre, elle visite une exposition dans des anciens abattoirs, elle y découvre des paravents magnifiques : la laque fût une révélation quasi-instantanée ! Dès la semaine qui suivit, elle s’inscrivit aux cours de Lièn, laqueuse et n’eût de cesse depuis, que d’apprendre ce savoir-faire ancestral. L’apprentissage fût long et ce n’est qu’après plusieurs années de pratique qu’elle commença à maîtriser les techniques et procédés de la laque. Mais revenons, au début de son histoire : elle naît à Paris, son père est alors menuisier-ébéniste mais sa mère souhaitant ouvrir un commerce, la famille déménage à Auxerre où Yolande y poursuivra ses études. Adolescente, elle se rêve décoratrice d’intérieur, mais son père de souche stéphanoise ne veut pas qu’elle aille à Paris pour ses études. Elle se fait alors embaucher au standard PTT. S’ensuivra une belle carrière à la Poste : dactylo à la Direction, puis secrétaire au service des Ressources Humaines. Ensuite, une antenne de documentation est créée, elle y organise les concours de facteurs et les recrutements, qui à l’époque étaient massifs ! Par la suite on lui proposera le poste de rédactrice du journal local postal Jourpost et deviendra responsable de communication. Son apprentissage artistique se fera pendant ses années « postales »,  durant ses loisirs ; au début dans son garage puis viendra la construction de son atelier, attenant à sa maison. À ses débuts, les matériaux indispensables à la fabrication de ses laques étant onéreux, Yolande pratique la porcelaine. Elle peint également des dessins sur bois, à base de caséine sur des armoires normandes… Son inspiration, elle la puise dans son quotidien, elle est insatiable, fait feu de tout bois : vue de Paris par satellite, des aurores boréales, des yeux comme motifs pour une exposition dans une clinique ophtalmologique en Allemagne, des miroirs, des bouts d’ardoise… Rien n’est aléatoire dans sa créativité : un dessin, un calque prédéterminent la composition de ses laques souvent abstraites… La discipline de la laque est complexe par la diversité des supports utilisés (bois, fer, terre…), par les diverses techniques à maîtriser (savants dosages de mélange de vernis et térébenthine ou de pigments broyés de couleurs et blanc de Meudon…) et par les nombreuses étapes successives. Beaucoup d’abnégation et « d’huile de coude » sont également indispensables : plusieurs couches successives de couleurs plus ou moins épaisses, de ponçages, de lustrages sont nécessaires pour l’obtention du résultat escompté : un aspect lisse et agréable au toucher. Ces divers étapes, maintes fois répétées pour retrouver la trace du décor composée en amont, et entrecoupées de temps de séchage vont révéler brillance, profondeur de l’œuvre ! Ses réalisations requièrent de la patience, une grande habilité manuelle, un goût du bricolage, mais aussi le sens de la débrouille : elle récupère de-ci de-là, un maximum de choses, d’objets, de cailloux… et les transforme au service de sa créativité – écolo avant l’heure d’une certaine façon. Yolande est intarissable sur les techniques de ce savoir-faire, à la fois ancestral depuis les premières utilisations en Chine, 1000 ans avant J-C et moderne par l’émergence au fil des décennies d’un style occidental qui ne cesse d’évoluer (exemple de la période Art Déco). La technique de la laque offre un terrain d’expérimentation presque sans limite : métallisation de feuilles d’or, d’argent, de cuivre, d’aventurine ou poudre de métal ; incrustation de matériaux très fins (coquilles d’œuf, nacre) ou très épais (écaille, ivoire) et de décors avec l’inclusion et accumulation de couleurs. Enfin vous l’avez compris, le travail de la laque nécessite passion et longueur de temps. Alors n’hésitez pas à prendre un peu du vôtre pour visiter au gré de vos humeurs le LACtelier de la « sémillante »  Yolande Michelon ou de plonger votre regard dans une de ces laques au détour d’une exposition. (chronique de Pierre Raffanel dans la revue Post'Art 11 - décembre 2023) "Rivière nacrée" Céramique de Yolande Michelon ©2023 Photo Pierre Raffanel

  • Interview de Xavier CARRèRE, sculpteur et plasticien

    Xavier CARRèRE dans son atelier show-room ©2023 Photo Pierre Raffanel Xavier Carrère nous a ouvert chaleureusement les portes (en « Herbes folles ») de ses ateliers nichés au cœur des Landes où nous avons pu découvrir son univers artistique – prolifique et élégant , son audacieux talent et sa sensibilité indéniable et peut-être même l’expression d’une certaine philosophie de vie ! Pierre Raffanel : Êtes-vous artiste verrier, souffleur de verre, sculpteur ? Xavier Carrère : Je dirais sculpteur et plasticien. J’ai réalisé essentiellement des pièces en verre mais j’ai beaucoup associé cette matière à d’autres matières (bois, bronze, béton, fer, pierre, acier...). Je n’ai pas voulu me nommer souffleur de verre car réducteur par rapport à mon travail, verrier c’est trop vaste, trop générique ! PR : J’ai cru lire que votre formation avait commencé avec votre oncle maternel ? Xavier : Oui pour le verre, avec Robert Pierini, lui-même formé à la verrerie de Biot près d’Antibes pour d’abord un travail sur un verre utilitaire (verres à pied, carafes), puis s’installant à son compte en 1980 il aura rapidement une recherche personnelle. À cette époque c’est le début des petits ateliers individuels en France, Allemagne, Europe. L’accès aux couleurs, aux acides était difficile ; il n’y avait que des industries de verre, les petites unités n’existaient pas. J’ai vu naître cette évolution. Mon oncle a commencé à imaginer des décors sur des vases, s’inspirant de la nature, de poissons, d’ailes de papillon… il a fait des recherches sur les oxydes métalliques, les couleurs et a réussi à imposer un style, une signature. PR : Avez-vous fréquenté une école d’art ? Xavier : Mon apprentissage « technique » s’est fait en assistant mon oncle : dosage d’une bonne quantité de verre au bon moment, à la bonne température. Cet apprentissage a bien duré 5 à 6 ans : répétition des gestes pour assurer une juste précision. En parallèle, avant de travailler le verre, dès mon plus jeune âge, j’ai toujours dessiné, peint, sculpté, avec une nécessité de s’exprimer au travers de l’art. Dès que j’ai eu un minimum de maîtrise, tous les soirs mon oncle me prêtait son atelier et seul, je m’essayais à créer mes premières pièces. Rapidement, mes réalisations ont été remarquées par des galeries et mes œuvres ont pu être exposées. La curiosité, mes observations de différentes techniques lors de mes voyages aux États-Unis, dans les pays de l’Est ont été essentielles à mon apprentissage ; elles m’ont ouvert des horizons. PR : Vous avez été formateur au sein de l’association ADAC à Paris ? Xavier : Oui pendant 3 ans, j’ai été responsable de l’atelier de verre soufflé et cela a été un formidable tremplin car à l’époque j’aurais voulu m’installer mais je n’avais pas les moyens financiers. Lors d’une Biennale internationale au musée Fernand Léger à Biot où j’avais été sélectionné, une rencontre avec le responsable de l’atelier de verre soufflé – chalumeau de l’ADAC m’a permis d’intégrer cette association. Ce fût une magnifique opportunité car, en dehors des cours d’initiation que je prodiguais, j’ai pu faire des recherches à l’atelier pendant les vacances scolaires. Ce fût une période d’intenses activités. J’organisais régulièrement des démonstrations de souffleurs de verre qui permettaient aux élèves d’observer le travail de ces artistes. J’ai pu inviter l’un des plus grands maîtres verriers Lino Tagliapietra, c’était la première fois qu’un artiste italien venait montrer ses techniques en France. PR : Pourquoi n’êtes-vous pas resté en région parisienne ou dans votre terre originelle le Var ? Xavier : Parce que j’ai préféré une région plus sereine, les Landes. À l’époque, le week-end je me baladais un peu, j’ai découvert Orthez lors de mes études de photographie et j’ai aimé l’espace, la tranquillité de cette région. Et malgré mon statut de chômeur suite à mon départ de Paris, j’ai été surpris par l’accueil très chaleureux à mon arrivée. C’est par l’entremise d’une amie rencontrée lors de mes études à l’école de photographie que je me suis installé à Soustons, j’ai loué un espace de 100m2 en plein centre-ville, j’ai récupéré quelques réalisations de collègues artistes et j’ai commencé en été une activité de galeriste. Puis j’ai trouvé un atelier perdu dans les bois de Soustons où j’ai exercé une activité de souffleur de verre, de performances qui attiraient des visiteurs pendant 2 à 3 ans. PR : Quand votre vocation a-t-elle pointé le bout de son nez ? Xavier : J’ai envie de dire presque à la naissance, j’ai eu ce besoin de m’exprimer par la matière. En revanche, je n’ai pas été doué pour les études, je m’ennuyais un peu, j’étais rêveur, un peu tricheur. N’étant pas très à l’aise avec les potes de mon âge, je préférais la fréquentation de personnes plus âgées comme certains de mes professeurs. PR : Pour vos sculptures en verre, la lumière est-elle essentielle ? Xavier : Pas toujours, j’ai fait des moulages de sculptures en verre pour faire des bronzes qui produisait un résultat très satisfaisant grâce au volume des formes polies, rondes. PR : Du coup vous n’êtes pas vraiment dans la quête d’une résultante de couleurs qui amènerait à un certaine luminosité, une transparence? Xavier : Tout à fait, c’est-à-dire que je me suis toujours méfié de la séduction que pouvait apporter le verre. Effectivement cette transparence nous attire mais je trouve cela trop réducteur. Une sculpture en béton par le biais du symbole qu’elle dégage, par ses formes peut tout autant nous séduire. C’est vrai que je peux être aussi attiré par le jeu des effets et prismes d’optique comme certains maîtres tels Yan Zoritchak mais c’est un autre registre. PR : Quelle est l’origine du mot Ovolite dont vous nommez certaines de vos créations ? Xavier : C’est un ami poète qui a trouvé l’idée, suite à une de mes installations d’alignement de 66 bulles de verre sur la grande plage de Biarritz en 1998. Ovo signifiant l’œuf et lite la pierre. Puis l’idée de les suspendre sur tes tiges métalliques m’est venu en observant les forêts de pin devant mon ancien atelier à Soustons.  Ces ovolites sont devenus une de mes signatures. PR : Avez-vous un processus d’inspiration ? Xavier : Je ne me suis jamais enfermé dans un processus déterminé. À partir du moment où je ne me fais plus plaisir, que je sens que je me copie, je passe à autre chose. Le grand plaisir dans la création est d’aller dans des territoires inconnus, de se surprendre soi-même, quitte à se tromper, à faire des erreurs et avoir des périodes d’errance pour mieux rebondir. PR : A ce propos, après une période où vos œuvres étaient inspirées par le thème du « Lien », votre dernière exposition « I love your imperfections » s’est nourrie du Kintsugi, cet art séculaire japonais qui consiste à réparer des objets cassés ? Xavier : C’est mon mariage en 1999 qui m’a inspiré le thème des « Liens », les liens plus ou moins tendus, les liens qui te laissent vivre,  les liens qui t’étouffent…qui m’a permis de faire interagir différentes matières pour la création de mes sculptures. Puis un divorce, des changements de vie, ces liens qui se cassent m’ont amené à la conclusion que ces liens existent à vie et qu’ils te sont intrinsèquement liés et qu’il faut les accepter. C’est là que je me suis intéressé au Kintsugi, cet art d’accepter ces fêlures, de réparer et sublimer ces échecs, en quelque sorte de résilience. PR : Quel est l’origine du Kintsugi  ? Xavier : Cet art japonais remonte au XVe siècle lorsque le chef de guerre japonais dénommé Ashkaga Yoshimasa cassa son bol fétiche lors de la cérémonie du thé. Il le renvoie alors en Chine pour le faire réparer, les artisans percent le bol et lui mettent des agrafes. Le résultat lui déplait et il met alors au point une technique avec des laques naturelles pour le restaurer : scotch, mise à l’abri de la lumière avec un certain taux d’humidité, puis une succession de séchages, ponçages et apposition de laques et la dernière étape saupoudrage d’or. le Kintsugi by Xavier CARRèRE ©2023 Photo Pierre Raffanel PR : Que ce soit en arrivant aux abords de votre atelier ou dans votre lumineux et spacieux showroom où nous sommes, j’ai pu admirer des créations grand format ? Xavier : Ce sont des pièces plutôt prévues pour des extérieurs. J’ai un assistant qui est un bon soudeur qui m’aide pour ces réalisations. PR : Votre atelier a hébergé une sorte de musée du verre ? Xavier : Dès que j’ai fait l’acquisition de ce lieu à Magescq, j’ai constitué une collection de collègues verriers. Suite au décès d’un ami artiste, j’ai voulu lui rendre hommage en lui créant un espace dédié puis est venu l’idée de raconter l’histoire et les évolutions du verre contemporain depuis les années 80 car j’ai eu la chance de voir la création du premier de verre soufflé en France à Dieulefit dans la Drome. J’ai demandé à chacun des verriers des ateliers disséminées sur le territoire de confier une de leurs créations et nous avons constitué une association. Cela a duré 5 ans ;  des estrades dans l’atelier, des démonstrations de verre soufflé, une partie pédagogique avec des scolaires, des curistes. Puis la gestion devenant trop contraignante, j’ai confié cette collection au Musée- Centre de verre de Carmaux. PR : J’ai pu contempler quelques-unes de vos créations chez les étoilés Coussau au Relais de la Poste, comment votre relation s’est-elle nouée ? Xavier : Très simplement. Dès mon arrivée dans les Landes, j’ai voulu louer leurs vitrines pour exposer mon travail, mais l’accueil que m’a réservé le chef doublement étoilé a été plus généreux. Ce fût le début d’une belle relation d’échanges mutuels qui perdure encore aujourd’hui. Je reconnais que d’avoir été adoubé par les Coussau m’a conféré et me confère une certaine notoriété. PR : Avez-vous eu des collaborations avec d’autres artistes ? Xavier : Oui, lors du Festival d’arts numériques « Collisions » en 2018 organisé par le Fablab l’Établi à Soustons. L'originalité du festival a reposé sur la constitution de binômes d'artistes régionaux issus d'un côté des arts numériques, de l'autre des arts plastiques s'engageant à mixer et confronter leurs disciplines et leurs démarches artistiques pour créer des œuvres originales hybrides. PR : Votre fils Iban (Jean en basque) crée des bijoux, lui avez-vous transmis votre passion artistique ? Xavier : Il a fait un cursus scolaire jusqu’au bac, a commencé des études de communication mais il a eu une révélation : « Je veux être bijoutier ». Il a suivi des cours à Hossegor avec Armand Varailhon, bijoutier à la retraite et s’est lancé dans l’aventure de la création de bijoux, avec pour inspiration les thèmes de l’océan, du surf et pour la fabrication, un ancrage très local. PR : Avez-vous d’autres projets ? Xavier : Rencontrer de nouvelles galeries qui accueilleraient mes sculptures d’extérieur. (chronique de Pierre Raffanel dans la revue Post'Art 11 - décembre 2023) Xavier CARRèRE dans son atelier ©2023 Photo Pierre Raffanel

  • Interview TV Patrol TFC news

    Un reportage sur les artistes philippins. Diffusion TV Patrol TFC news aux Philippines. Interviews du curateur Pierre Raffanel, de l'assistante curateur Marie Bueno et de l'artiste Djorella lors du 94 Salon national d'art contemporain au Bastille Design Center à Paris.

  • Le peintre Roger PENDARIÈS in situ

    Atmosphère d’atelier du peintre Roger Pendariès à Saint-Jean, près de Toulouse. Ce n’est pas sans un pincement au cœur que je me retrouve en ma terre natale à la rencontre de Roger Pendariès, authentique toulousain et peintre de la « couleur et du chant de la vie ». Son atelier se situe à l’écart de sa maison dans une vaste pelouse bordée de chênes et de parterres de fleurs. Ses débuts : son père qui pratique l’art en amateur l’encourage…à l’école il aime dessiner et se passionne également pour le sport, surtout la bicyclette. C’est le rugby qui lui permettra de rester à Toulouse après son service militaire, et une hernie discale qui stoppera net toute pratique sportive. En 1943, à 14 ans, après son certificat d’études il entre dans l’administration postale comme télégraphiste et se met à faire des croquis, des portraits à la gouache recopiant des cartes postales ! Ensuite c’est au « bureau-gare » où il travaille, dans les années 52-53 qu’il rencontre René Bonnefont qui lui transmet l’envie de peindre, lui permettra de connaître la Société Artistique et son responsable Edmond Sahuguède. Plus tard les encouragements répétés de Gaston Penavayre et un esprit d’émulation avec les peintres Joseph Mistou, Darcourt, Nougaillon ! Son apprentissage : en autodidacte, par une pratique sans relâche, au jour le jour, en se confrontant ave le milieu artistique local et en puisant l’inspiration dans les paysages des Pyrénées Orientales, de l’Aude… Il participe dès 1960 à de nombreux salons régionaux. En 1972, première exposition personnelle avant d’étendre sa participation à d’autres galeries et salons en France et à l’étranger. Il obtient de nombreux prix pour ses huiles et ses pastels. Des encouragements des PTT par des commandes importantes, de grandes fresques pour les Chèques Postaux de Toulouse et les Télécoms d’Albi. En 1980 il réalise avec René Bonnefont la décoration de l’Office National des Annuaires à Bordeaux. En 1986 et 2005 il est invité d’honneur au Salon National de la Société Artistique au Musée de la Poste à Paris. Sa technique : au début du figuratif, puis petit à petit il élargit sa toile, « ce qui l’intéresse ce sont la couleur et l’atmosphère ». Il travaille à la truelle (« arrangée par ses soins pour qu’elle soit assez souple »), pose sa couleur en à-plat de manière fine tandis que des monticules de peinture à l’huile séchée, s’amoncellent sur sa palette, se sert de « petits cernes pour faire monter la touche ». Ensuite il faut de la patience, attendre que ça sèche, mettre 3 ou 4 épaisseurs de peinture « sinon ça craquelle, du coup, une toile commencée à l’automne il l’a finie au printemps ». Souvent il peint en amont un pastel pour élaborer sa composition…Cette technique personnelle, ce travail de patience, cette recherche amoureuse de la couleur (du levant sur l’étang de Thau ou des couleurs du désert) traduisent au plus juste sa vision. « Pour lui le sujet importe peu, seule la couleur est là pour apporter l’émotion ressentie devant le paysage, mais du combat on ne garde que la victoire, victoire de la ligne, de la couleur, victoire de la création et du temps, la toile s’élabore aussi lorsqu’elle attend juste le moment où elle sera Camargue, Andalousie, Tunisie, Sibérie, nuit ou jour. Elle sera émotion, elle sera vie pure et palpitante ou centre même de la couleur, au spectateur de ralentir le pas et de s’en imprégner. » Post de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art 8 - mai 2022 - La Société Artistique Eté en Lauraguais et Champ de coquelicots (huile) de Roger Pendariès

  • Le peintre Daniel BIGARÉ in situ

    Atmosphère d’atelier Le Nergone de Daniel BIGARÉ à Ecury s/ Coole, petit village près de Châlons en Champagne. « Tu ne sais pas où tu vas arriver, c’est la toile qui t’emmène ». Nous y sommes, le décor est planté : le clapotis de la rivière Coole au fond de la cour, l’ambiance chaleureuse de cette maison champenoise restaurée avec une bande de « potes », de grosses poutres de bois et un escalier qui nous mène à ce bel atelier de 80 m2 …et oh! surprise, juste à côté, une galerie constituée de 120 mètres linéaires pour accrocher les toiles du « Big ». C’est Ginette, son épouse, qui nous accueille, bienveillante et attentive, on sent immédiatement une complicité entre ces deux-là ! L’atelier est un cocon style loft avec une luminosité idéale et propice à la création. Très structuré, ordonné et fonctionnel aussi : le coin travail (grand chevalet, pinceaux, palettes, pots …), la mini-cuisine, le coin rangement (ordinateur, classification des œuvres de l’artiste…), et un coin pour refaire le monde et boire un coup avec les copains : un canapé, une guitare, une collection de pipes et de cafetières… Justement, un de ces copains d’enfance : Jean Cabut. Ils sont nés à quatre jours d’intervalle, à Châlons en Champagne et fréquenteront les mêmes bancs d’école. Daniel, voyant que Cabu est un as du dessin « capable même de faire un croquis dos tourné, les mains dans les poches » préfère s’orienter vers la « gribouille ». Pendant les premières années, sa peinture est dans la grisaille : des tons gris, marron, vert. Puis s’inspirant du « bleu » de Nicolas de Staël, il créera au fil du temps sa palette de « blue note » personnelle. Puis il « monte en gammes de couleurs » Le vert, lui, a presque complétement disparu. Les couleurs sont à l’épicentre de toute l’œuvre de Daniel Bigaré. La couleur est structurante, point d’ancrage de son inspiration, le dessin lui vient dans un deuxième temps. Ses personnages bougent en une verticalité rythmée, heureuse et dynamique. Rien n’est statique ! Ses tableaux sont vivants, empreints d’humanité et de voyages : marines, ports méditerranéens, marchés au Burkina Faso, souks, paysages bretons, ambiances urbaines, New-Orléans et jazzmen new-yorkais. D’ailleurs, John Coltrane est son musicien préféré. Cabu lui insufflera l’idée de changer son paraphe d’artiste, « trop inspirée de Bernard Buffet ». La liberté de ton de Daniel Bigaré viendra lors d’une exposition de La Société Artistique : « J’arrive, je vois Pierre Lonchamp en débardeur, rouge vif. Son allure m’a scotché, son attitude nonchalante m’a impressionné. Un véritable déclic qui m’a libéré. » C’est le départ du style Bigaré, à mi-chemin entre le figuratif et le non figuratif. D’autres peintres postiers l’inspireront : Albert Gorra peintre figuratif de Châlons, Augustin Memin, Claude Frégère, Gaston Sébire , Pierre Ambriogiani, Yves Degorre … avec tous, le même dénominateur commun, la passion de leur art ! Post de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art 5 - novembre 2020 - La Société Artistique

  • Le peintre Yves DEGORRE in situ

    Atmosphère d’atelier du peintre Yves DEGORRE à Wallers, près de la "trouée d'Arenberg" dans le Nord. Une fois n’est pas coutume, ce ne sont pas les personnages singuliers des tableaux d’Yves Degorre qui vont nous regarder légèrement pensifs, mais nous qui allons nous pencher dans l’atmosphère de création de l’artiste, jeter un œil sur sa table de travail, scruter cette pièce jaune style art déco où ont été créés ses « Gilles », ses courbes féminines, ses formes fantasmagoriques... L’atelier de l’artiste est situé à Wallers, à quelques encablures de la « Trouée d’Arenberg » secteur pavé de 2400 mètres et passage mythique de la course cycliste « Paris-Roubaix » dans la maison de l’ancien garde-chasse du Prince d’Arenberg ! Dehors le temps est à la pluie, dedans nous sommes accueillis par le sourire d’enfant, la tendre bonhommie d’Yves et l’humour charmant de son épouse Eva dans cette demeure toute jonchée des œuvres des différentes périodes artistiques de l’artiste et de sa fille Corinne. Nous sommes venus essayer de percer le « mystère » des œuvres de l’artiste. C’est dans le caractère d’Yves Degorre sans nul doute que se définit sa peinture qui évoque tour à tour la fluidité, la douceur, le paradoxe, l’évanescence. Le champ lexical de ses créations : attendrissantes, oniriques, circassiennes, féminines, inquiétantes, ondulantes, énigmatiques, délicates, grinçantes… C’est son mariage avec Eva qui sera le déclencheur de sa passion. Nous sommes alors en 1971 et Yves est âgé de 27 ans. A dix-huit ans, il aurait voulu entrer au Beaux-arts, mais ses parents ont refusé. Il est alors entré à la Poste comme guichetier à Roubaix. S’ensuivra vingt-huit mois de service militaire en Algérie, à son retour en France il sera nommé à Valenciennes, puis continuera sa carrière pendant une quinzaine d’années au centre de tri de Valenciennes en horaires de nuit pour pouvoir peindre en journée. Sa technique : sur la toile, il dépose des aplats de couleurs, puis se profilent petit à petit des contours de personnages qui peuvent changer au fur et à mesure de son inspiration, du hasard. « Quelquefois, je traîne, je ne trouve pas…alors je remets de la couleur, j’efface, je ponce, j’applique du modeling paste si besoin… ». Pour obtenir un effet de fluidité entre les différentes couleurs de peinture, de quasi-superposition, de transparence, il met de la couleur sur du sopalin, tapotant plus ou moins pour avoir un peu d’épaisseur. On dirait presque du pastel. Souvent des journaux des magazines lui servent de palette. Les tons utilisés sont « pastels » : jaune, gris bleuté, jaune-vert, rouge pâle, bleu ciel, rose… De prime abord une œuvre de Degorre peut paraître contradictoire, car à la fois accessible et absconse, puis peu à peu son univers fantastique aux douces couleurs tout empreint de visions, de rêves suggérés s’immisce dans les méandres de notre inconscient et nous emmène vers une sorte de paradis perdu. Le Petit Prince de Saint Exupéry nous dessine un mouton ; le Petit Prince Yves « d’Arenberg » des clowns, pantins, poupées, marionnettes, des apparitions ! Lui dit : « La peinture est avant tout un jeu, un plaisir ! » Pourtant primé et médaillé à maintes reprises, présenté par les galeries et salons les plus prestigieux, Yves Degorre tient à son autonomie d’artiste, reste éloigné des modes du marché de l’Art. Elle, son épouse Eva, nous suggère avec une pointe d’humour non dissimulée : «T’es dans le flou, minou ! ». Eclaircissons ce « flou artistique » au travers de ce portrait chinois ! Yves, si tu étais… Un peintre ? Klimt Un animal ? Un chat Un paysage ? Un parc fleuri Une fleur ? Une rose Une couleur ? Bleu ou rouge Un pays ? La France Un instrument de musique ? Une guitare Un musicien ? Brel et Brassens Une phrase ? « Ce qui compte c’est la santé ». Yves Degorre et son univers pictural nous inspirent deux autres maximes : « La gaîté est la moitié de la santé » et « l’humilité est le contrepoison de l’orgueil ». Post de Pierre Raffanel Extrait de la revue Post'Art 7 - décembre 2021 - La Société Artistique

  • Autochromes en Pays Basque

    L’exposition « Le Pays Basque en couleurs. Autochromes, 1907-1935 », est à voir au Musée basque et de l’histoire de Bayonne jusqu’au 14 janvier 2024. On y découvre un Pays Basque quasi ethnographique grâce aux 225 clichés exposés, représentatifs des paysages et mœurs du territoire, dans les premières décennies du XXe siècle. La technique de l’autochrome, procédé trichrome sur plaque de verre inventé en 1903 par les Frères Lumière fût le premier procédé de photographies en couleur et nous permet une déambulation colorisée étonnante dans le passé au travers de ces images, comme autant de témoignages d’une époque. Jacques Battesti, attaché de conservation pour l’institution bayonnaise, a conçu le commissariat avec le Musée basque de Bilbao et en partenariat avec le Musée départemental Albert-Kahn de Boulogne-Billancourt. Fruit d’un minutieux travail de recherche, cette sélection d’autochromes est fascinante et nous témoigne des périodes de transformation du territoire basque : modes de vie traditionnels, encore largement dominants, nouvelles pratiques des loisirs, croissance des villes et déploiement exponentiel de la modernisation… Ces photographies sont quelquefois de belles images comme celles d’Antonin Personnaz, un Bayonnais, ami de Léon Bonnat et des peintres impressionnistes que l’on qualifie de pictorialistes ; d’autres mémorielles, comme les clichés sur la vie quotidienne d’Eulalia Abaitua, photographe de Bilbao et enfin les images à usage documentaire comme celles d’Auguste Léon, un des opérateurs des Archives de la planète. Par deux fois en 1924 il est venu au Pays basque, s’intéressant aux modes de vie, à l’architecture sous l’impulsion du géographe humaniste Jean Brunhes. Le Musée Basque de Bilbao actuellement fermé au public pour cause de rénovation accueillera dès sa réouverture cette exposition dans les nouveaux espaces de cet édifice du XVIIe, anciennement église et collège San Andrés de la Compagnie de Jésus, niché au cœur du centre ancien de Bilbao…à suivre sur www.euskalmuseoa.eus Vue de l'exposition et photos de Biarritz par ©1912 Charles Adrien ©1928Auguste Léon ©1907 Antonin Personnaz ©2023 photos Pierre Raffanel © affiche de l'exposition "Le Pays Basque en couleurs. Autochromes, 1907-1935" © photo Antonin Personnaz "Attelage de boeufs vers Villefranque ©Collection Société française de photographie

  • 75 ans de Pif le chien

    Post et photos de Pierre Raffanel © Pif le chien et le chat Hercule © Mircea Arapu - Arnal © Vaillant Ça se fête en grand au Musée en herbe : * l’artiste Pop Art Benjamin Capdevielle et son œuvre taquin originale en 100 cubes ** la dédicace du nouvel album PIF par Mircea Arapu ***le chanteur Ycare ! ****le nouveau timbre officiel de Pif : le premier strip du monde Pif le chien a 75 ans. Né sous le crayon d’Arnal, le 28 mars 1948, le petit chien des français est bien vivant. Il séduit aujourd’hui les plus jeunes lecteurs et va retrouver le chemin de l’animation… © le strip le plus long © Ycare © dédicace de Mircea Arapu © Oeuvre taquin de Benjamin Capdevielle © photos Pierre Raffanel

  • Avant-première ART PARIS 2023

    Post et photos de Pierre Raffanel le mercredi 29 mars 2023 © ART PARIS 2023 © Photo Pierre Raffanel En visite en avant-première de la 25e édition d’Art Paris le 29 mars, ma déambulation m’a mené dans la partie « Solo show » de l’exposition et m’a permis de découvrir, de redécouvrir les œuvres d’ artistes qui ont eu un lien avec l’association La Société Artistique de La Poste Groupe et d’Orange. En effet Jean Dewasne et Louise Barbu ont respectivement en 1984 et 1993 réalisé la couverture de la revue Post’Art (Arts PTT) et Vincent Bioulès a fait l’objet d’une chronique d’Alain Assémat dans la rubrique « Poussant la porte du musée Fabre à Montpellier » en novembre 2020. J’ai été particulièrement sensible à l’initiative de la Galerie Françoise Livinec de rendre hommage à la peinture de Louise Barbu, à ces représentations de l’inconscient révélant des formes élastiques en lévitation. Au premier coup d’œil on reconnaît les toiles de cette artiste : « Nous nous sommes approchés d’une intimité. Nous contemplons une solitude métaphysique. Non pas celle que l’on trouve chez Ernst ou Alechinsky. Car la solitude ici est heureuse. Les formes sont entre elles. Elles abritent une lumière qui monte à travers leur épiderme et répand sur elles avec livéralité, sa brûlante blancheur. » (Henri Raynal). Un esthétisme rondement sensuel… © Louise Barbu / galerie Françoise Livinec ART PARIS 2023 © Jean Dewasne / galerie Patrice Trigano ART PARIS 2023 © Vincent Bioulès / galerie La Forest DIvonne ART PARIS 2023 © Photos Pierre Raffanel Voir les couvertures d’Arts PTT de Louise Barbu et Jean Dewasne sur : https://www.societeartistique.org/revue/ Article sur Vincent Bioulès d’Alain Assémat (revue Post’Art nov 2020 ) : https://bit.ly/3U0HIEW

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