Six étudiants des Gobelins sublime la figure du facteur
- Pierre RAFFANEL

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Pour leur projet de fin d’études, six étudiants du master concepteur-réalisateur de Gobelins - Paris (l’école de référence des arts visuels) ont choisi de poser leur regard sur une figure indissociable de notre quotidien, pourtant rarement mise en lumière : le facteur. Cette réalisation d’une grande sensibilité atteste sans conteste de la qualité des créateurs du cinéma d’animation français.
À travers un voyage visuel d’une poésie rare, ce film intitulé « Chère fin » suit Ben, un postier de 60 ans, lors de son ultime tournée, au moment charnière où sonne l'heure de la retraite. L'origine de ce projet puise ses racines dans une expérience humaine profonde. C’est Alissende Masson, l’une des co-réalisatrices, qui en a insufflé la première idée. Après avoir travaillé plusieurs étés dans un service gériatrique, la jeune femme avait été profondément marquée par la transition délicate que vivent les personnes âgées à la fin de leur vie active. Ce moment précis où un chapitre majeur se clôt, emportant avec lui un cadre social et professionnel quotidien, est devenu le cœur de la réflexion de l'équipe. Pour illustrer ce sentiment vertigineux de fin de cycle, les étudiants ont immédiatement décelé la force symbolique du facteur. Personnage unique au sein de la société, il est à la fois un vecteur essentiel de communication et un témoin silencieux de nos existences. Au fil de sa carrière, il voit les enfants grandir, les familles évoluer et remarque les plus infimes changements du décor quotidien. Pourtant, malgré cette proximité de tous les jours, il maintient toujours une juste distance réglementaire : il n'est pas un intime. C’est ce paradoxe touchant que le film explore, révélant la solitude de cet homme le jour où les liens se coupent.
Sur le plan narratif, « Chère fin » bascule habilement dans un univers onirique. On y suit Ben naviguant sur les flots d’un archipel surréaliste au guidon de son vieux vélo. Alors que l’échéance fatidique se rapproche de boîte aux lettres en boîte aux lettres, les émotions du vieil homme refont surface, l’entraînant dans une exploration mélancolique et douce de ses propres souvenirs. Le film interroge avec beaucoup de délicatesse le devenir de l'artisan une fois l'uniforme et le vélo remisés. Que ressent-on lorsque ce qui a été fait par pure vocation s'arrête définitivement ? Heureusement, portés par la bienveillance des résidents de l’archipel, le spectateur et le protagoniste réalisent ensemble que la fin de ce cycle n’est pas une disparition, mais une sublimation des expériences passées, ouvrant la voie à un nouveau commencement.
Clément Saden, un des co-réalisateurs confie dans un interview du magazine Forum du Groupe La Poste l’implication qu’il a fallu en termes de travail pour la création d’un tel projet : « En animation 100%, le temps est notre matière première. Nous sommes partis d'une page totalement blanche. Rien que la phase d'écriture et de réflexion a duré trois mois pour traduire l'histoire en images, définir l'univers visuel et concevoir le storyboard (le découpage plan par plan). En animation, impossible d'improviser un plan de coupe au dernier moment ; chaque image doit être pensée et créée de A à Z. Au total, la préproduction, la production et la postproduction nous ont demandé neuf mois de travail intensif. »
Sorti à l'automne 2025, le film cumule déjà près de 200 000 vues sur YouTube et commence à briller à l'international, notamment avec un premier prix décroché à Tokyo. A noter une vibrante partition sonore signée Jérémy Ben Ammar. Naviguant entre surréalisme et réalisme social, « Chère fin » est une œuvre universelle sur le temps qui passe, la transmission et la beauté des fins de cycle. Un film de fin d'études qui sonne, pour ces six réalisateurs, comme le début d'un avenir très prometteur.

Le Pitch de "Chère fin" film d'animation :
Une dernière tournée sur les flots de la mémoire
Le synopsis : Ben entame sa dernière tournée de livraisons à travers l’archipel surréaliste qu’il a parcouru toute sa carrière. Accompagné de son vieux vélo qui glisse sur les flots et de son journal de bord, il voit, de livraison en livraison, ses émotions refaire surface. Face à la nostalgie de ses souvenirs et grâce à la bienveillance des résidents, Ben va réaliser que la fin de ce cycle n’est que le prélude d’un nouveau commencement.
Réalisation : Khéma Cousin, Lien Franckel, Laora Le Boursicot, Alissende Masson, Joséphine Mounier, Clément Saden.
Musique & Univers Sonore : Jérémy Ben Ammar (Composition, conception sonore et mixage).
Production : GOBELINS Paris (Suivi par Fahim Boukhelifa).
Distribution : Miyu Distribution (Luce Grosjean).
Le court-métrage complet ainsi que les coulisses du projet (making-of) sont disponibles sur les réseaux sociaux officiels de l'équipe et sur leur compte Instagram @cherefin.gobelins




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